‹ Les cathédrales de FranceChapitre 21 sur 109 · TR PT · texte numérisé non relu

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lement la couronne, en sanctifiant leur puissance par les prières de la religion. Dans des temps désastreux, où la France gémissait sous l'empire d'odieux étrangers, une héroïne à jamais immortelle par son courageux patriotisme et par son ardente piété vint ajouter encore au prestige de sa gloire.

L'origine de l'Église d'Orléans remonte à la naissance même du christianisme. Une grande obscurité environne

son berceau. Au rapport des historiens *, saint Altin, envoyé par saint Pierre, l’an 69 de Jésus-Christ, vint le premier faire entendre la prédication évangélique aux habitants de Genabum. La mission du courageux apôtre produisit des fruits abondants. Plus heureuse que la plupart des Églises des Gaules, l’Église nouvelle ne fut pas obligée de se réfugier dans des eryptes ténébreuses. Elle put dès le commencement se soustraire à la persécution et à la haine des gentils et célébrer ses augustes mystères dans des temples publics. Saint Altin construisit lui-même une basilique dans laquelle se réunirent longtemps les fidèles d'Orléans. Ruinée plus tard par l'effet irrésistible des siècles, elle fut remplacée par une autre plus grande et plus somptueuse. La modeste basilique était d’ailleurs devenue insuffisante pour contenir l’affluence des populations chrétiennes. Saint Euverte conçut et réalisa le projet d'élever une église plus vaste et plus magnifique que l’ancienne. Le Seigneur bénit les efforts du vertueux et zélé prélat, et il le manifesta par des signes

extraordinaires. Un ange vint lui indiquer le lieu sur lequel

* Voyez : Histoire d'Orléans, par le P. Guyon.

devait être érigée la nouvelle construction. Animés par ce témoignage d’une protection particulière du ciel, les travaux furent entrepris avec une grande joie et une sainte ardeur. Bientôt ils furent heureusement terminés. Un concours immense de peuple remplissait l'enceinte sacrée pendant l’auguste cérémonie de la dédicace. Un prodige, dont la mémoire est, pour ainsi dire, encore vivante par la tradition monumentale, vint frapper d’étonnement l’innombrable assemblée. Tandis que saint Euverte célébrait la messe, une nue resplendissante parut au-dessus de sa tête, et de cette nue sortit une main qui bénit par trois fois le temple, le clergé et le peuple. Un cri d’admiration s’échappa de toutes les lèvres, et pour conserver à la postérité le souvenir d’une si grande merveille, l’église, dédiée autrefois à saint Étienne, premier martyr, fut placée sous l’invocation de la Sainte-Croix. Depuis cette époque la cathédrale d’Orléans , plusieurs fois reconstruite , a toujours conservé la même consécration et le même vocable.

Gette glorieuse basilique, illustrée par des prodiges éclatants, souvent visitée par la piété des peuples, fut augmentée par le successeur de saint Euverte. Alors s'ouvre une série de calamités pour la cathédrale d'Orléans comme pour le plus grand nombre des églises épiscopales de France. Les fureurs de la guerre, les dévastations des Normands la détruisirent plusieurs fois. Vers la fin du douzième siècle , ruinée par la vétusté, elle s’écroula entièrement.

La première pierre de la nouvelle cathédrale fut posée le 12 septembre 1287, par Gilles Pastay, évèque d'Orléans et successeur de Robert de Courtenay, qui avait fait d'im-

menses préparatifs pour la construction de cet édifice et qui semblait y mettre toute sa gloire, lorsque la mort vint arréter l'exécution de ses projets. Ce monument fut élevé sur un plan magnifique par un architecte dont l’histoire ne nous a pas conservé le nom. L'influence de la grande renaissance dans l'architecture chrétienne avait inspiré l’ensemble et les détails de cet édifice. IL n’était pas encore achevé, lorsqu’en 1567 les calvinistes en firent écrouler la plus grande Partie en faisant jouer des mines dans les principaux piliers. L'ancien portail, qui n'était pas joint à l’église, les chapelles du rond-point et quelques portions du chœur échappèrent au désastre. On ne fit d’abord qu’une réédification partielle, indispensable pour la célébration des saints mystères, et le monument resta dans ce déplorable état jusqu’en 1598.

La cathédrale d'Orléans ne se serait peut-être jamais relevée de ses ruines, sans la libéralité de Henri IV et sans la protection de Clément VIII. Le souverain pontife accorda un jubilé solennel pour tous les fidèles qui viendraient dévotement à Orléans et qui contribueraient de leurs aumônes à la restauration de l’église de Sainte-Croix. Ce jubilé attira une multitude incalculable de pèlerins dont la pieuse générosité produisit des sommes considérables. Le roi et la reine posèrent la première pierre du nouvel édifice, le 18 avril 1601 , avec une grande pompe et au milieu d’une foule innombrable qui se pressait dans toute la ville. Dieu soit loué, s’écria le roi, en terminant la cérémonie, mais ce n’est pas assez de commencer cet édifice, si nous n’avons soin de le bien continuer et parachever, et il ajouta beaucoup d’au-

tres dons à ceux qu’il avait déjà faits. Malgré l’enthousiasme

avec lequel les travaux furent repris, la construction fut lentement exécutée, souvent arrêtée par des obstacles imprévus, et actuellement cette cathédrale n’est point encore entièrement finie.

L'église de Sainte-Croix d'Orléans est grande, majestueuse, d’un aspect imposant et noble. Sans répéter les éloges exagérés que lui ont donnés les historiens d'Orléans, nous devons dire qu'elle occupe une place distinguée parmi les plus célèbres monuments de France. Elle se fait particulièrement remarquer par l'étendue de ses proportions, sa légèreté, son élégance, la profusion des ornements , la délicatesse des moindres détails, le caractère entièrement neuf des tours. Vue à distance, elle saisit par son ordonnance régulière et pittoresque. L’œil se perd dans les galeries, les contre-forts, les ares-boutants, les clochetons, qui donnent tant de mouvement et de charme à l’architecture religieuse. L'architecte a ouvert, pour la décoration extérieure, tous les trésors d’une imagination riche et fertile; il a épuisé toutes les ressources d’une décoration dont le mérite est l'abondance et la variété des sujets. En se plaçant dans les jardins du palais épiscopal , à quelque distance du chevet, à l'endroit où se trouvent les parties conservées de l'édifice de 1287, on mesure avec surprise et admiration les belles lignes architecturales du monument, on est frappé de la science et de l’artifice déployées dans toute la construction. La flèche centrale et les deux tours, découpées d’une manière fantastique et presque transparentes, se montrent dans une perspective ravissante. Ajoutez à ce magique spectacle des ares-bou-

tants travaillés avec un art ingénieux, percés à jour et em-

bellis des formes si agréables des trèfles, des arcades trilobées, des piliers butants chargés de crosses végétales, et vous comprendrez avec peine l'impression qu’on éprouve en considérant ce magnifique édifice.

La façade principale se fait remarquer autant par son étendue que par sa riche ornementation. Malgré les beautés sans nombre qui en font une des plus-œuvres d'architecture religieuse, nous ne la comparerons pas aux portails splendides d'Amiens, de Reims, de Strasbourg et de Chartres. Il y a la science, le goût, le fini du travail qu'on trouve dans ces inimitables chefs-d'œuvre, moins cependant la pureté parfaite , l'inspiration sans réminiscence d'aucune autre méthode.

Quoique le frontispice de la cathédrale d'Orléans ait été bâti à une époque de déplorable mémoire, par le triste abandon que l’on fit généralement de l’art catholique au profit d’un art entièrement païen, les architectes qui en surveillèrent les travaux se montrèrent fidèlement attachés aux principes qui avaient guidé dans l'édification de l’abside au treizième siècle. On ne saurait trop les louer du bon goût dont ils ont fait preuve en cette circonstance, car il leur fallait du courage pour se soustraire aux aveugles préjugés qui régnaient alors dans tous les esprits. Les deux tours élevées avec tant de soins et de persévérance leur feront à jamais honneur aux yeux de la postérité. Ces deux tours présentent, au-dessus d’une grande et belle galerie à clairevoie, trois étages à quatre faces semblables, superposés pyramidalement. Le premier, décoré de statues et d’une belle

fenêtre, est flanqué aux angles de quatre charmants escaliers

en spirale surmontés de campaniles d’une surprenante légèreté. Les deux derniers étages sont ornés d’arcades gracieuses, couronnés par une galerie découpée en trèfles, comme une délicate dentelle en pierre. La décoration est complétée par quatre statues d’anges d’une grandeur colossale.

Tout cependant, à la cathédrale d'Orléans, n’est pas également digne d’éloges. Des architectes ont oublié les principes dont ils n’auraient jamais dû se départir, pour placer des ornements de la renaissance et même des parties en architecture grecque : c’est ainsi que l’un des portails est orné de colonnes, de chapiteaux et d’un entablement empruntés à l'ordre corinthien. Le contraste de cette construction bâtarde ressort d'une façon bien tranchée par la comparaison qu'on en fait naturellement avec le portail du nord, d’une élégance et d'une pureté de style remarquables.

L'intérieur de la cathédrale d'Orléans est moins riche que celui d'un grand nombre d’autres cathédrales. La partie qui attire immédiatement l'attention des archéologues religieux est l’abside ou le rond-point du chœur. Le vaisseau principal produit un effet majestueux. Les travées en sont soutenues sur des piliers et sur des arcs chargés de nervures prismatiques. Le plan général est à cinq nefs : le chœur est accompagné de onze chapelles et entouré d’un seul bas-côté. La longueur totale de l'édifice est de cent trente mètres sur une largeur de vingt-huit mètres soixante-six centimètres ; le transsept est long de cinquante-quatre mètres soixante centimètres ; les maîtresses voûtes s'élèvent au-dessus du pavé de trente-deux mètres cinquante centimètres ,

et les tours, de quatre-vingts mètres soixante centimètres.

SAXNT-PALRRE

'e JR ÉGLISE de Poitiers est une des plus célèbres de

Aÿ, la France entière par sa glorieuse antiquité et > F par la grandeur et la sainteté de plusieurs des - 7 pontifes qui l’ont gouvernée. Dès les premiers

ww, siècles du christianisme, à cette époque surtout où l’arianisme menaçait d’envahir le monde chrétien, on voit apparaître, couronnée de la double auréole du talent et de la vertu, la tête vénérée de saint Hilaire. Ce fut une des plus fermes colonnes du catholicisme, un des plus solides remparts de l’orthodoxie, un des plus intrépides défenseurs de la divinité de Jésus-Christ. C’est un de ces grands noms dont le souvenir forme un patronage respecté dans tous les àges. Un peu plus tard, saint Fortunat vint ajouter un nouvel éclat à l'illustration du siége épiscopal de Poitiers. Nous

retrouvons son nom dans tous les livres qui traitent de notre histoire primitive ou des origines de notre art chrétien.

La ville de Poitiers est très-riche en restes d’antiquités gallo-romaines et en monuments religieux du moyen âge. L'étude de tous ces édifices offre un intérêt immense pour la science de l'architecture sacrée. On ne tarde pas à y reconnaître un système et des procédés particuliers , une marche originale, une méthode spéciale dont l'examen attentif doit produire d'importants résultats pour l’histoire des progrès et des transformations de l’art de bâtir durant la période romano-byzantine. Nous pouvons seulement nommer ici la curieuse église de Saint-Jean, occupée aujourd'hui par un musée d’antiquités ; l’église de Sainte-Radegonde, l’église de Saint-Hilaire, la magnifique église de Notre-Dame, pour nous occuper spécialement de l’église cathédrale dédiée à Saint-Pierre.

La première basilique épiscopale établie à Poitiers aux temps les plus reculés de l'antiquité ecclésiastique dans les Gaules, fut soumise à une foule de désastres. Les Sarrasins, les Normands , les malheurs sans cesse renaissants de ces siècles toujours tourmentés par des orages, la ruinèrent à diverses reprises. Le zèle des évèques et des fidèles, aussi persévérant pour édifier que le génie du mal pour détruire, la releva dans le même emplacement. En 1018, un incendie affreux , qui réduisit presque toute la ville en cendres, n'épargna pas la cathédrale. Guillaume IV, comte de Poitiers, résolut de réparer les ravages du terrible fléau, et, dès 1022, il fit sortir de ses débris une nouvelle église

épiscopale, consacrée par Isambert IV. Cet édifice, à peine

achevé, subit le malheureux sort de celui qui l'avait précédé. Au milieu du douzième siècle , Henri IT, roi d'Angleterre, sur les instances d’Aliénor ou Éléonore d'Aquitaine, son épouse, reconstruisit la cathédrale sur un plan plus vaste et avec une magnificence en rapport avec sa haute fortune. Les travaux furent commencés avec grande ardeur; mais, un peu plus tard, le zèle s'étant refroidi, le monument, commencé vers 1152, après avoir éprouvé de nombreuses interruptions , ne fut consacré que le 17 octobre de l’année 1379, par Bertrand de Meaumont, alors évêque de Poitiers. Pendant ce long laps de temps, l'architecture religieuse avait modifié ses principes : nous en trouverons des signes non équivoques à la partie inférieure de la cathédrale actuelle. Le portail principal, dans ses parties les plus importantes, ne date que du quatorzième siècle. Quelques détails du sommet des tours sont plus récents encore et doivent être attribués au quinzième siècle.

Après avoir marqué succinctement les époques capitales, essayons maintenant d'apprécier l’ensemble du monument. Nous dirons d’abord que l’église de Saint-Pierre de Poitiers est un des plus remarquables édifices de la phase transitionnelle ; il porte tous les caractères bien exprimés de cette époque remarquable. Ce n’est plus le style byzantin dans sa pureté, ce n’est pas non plus le style ogival dans son élancement et dans sa majesté; c'est quelque chose d’intermédiaire, qui porte l'empreinte des deux systèmes à leur point de contact immédiat. Dans ce temple règne, avec l'unité du dessin, le grandiose de l’art, qui respire tout à la fois et dans

l'étendue et dans la hardiesse des voûtes. L'aspect général

est imposant et religieux. Cet édifice majestueux n’a rien de cet éclat frivole emprunté à la superfluité des ornements; il a toute la noble simplicité de la grande architecture.

- Quand on considère attentivement l’église de Saint-Pierre, quelques réflexions s'offrent naturellement à l'esprit sur les caractères qui la distinguent. Nous aimons beaucoup à procéder par comparaison , parce que dans l’appréciation des monuments, c’est un excellent moyen d'analyser les traits communs et les signes particuliers. Le roi Henri IT fit élever - à Angers plusieurs édifices très-intéressants , contemporains de la cathédrale de Poitiers. La chapelle et la grande salle de l’hospice Saint-Jean doivent être mentionnées en première ligne ; c’est l'expression complète de la transformation au douzième siècle de l’architecture catholique. Nous avons remarqué un certain air de famille entre le monument d'Angers et celui de Poitiers. IL est impossible d'y méconnaitre les mêmes principes, un peu modifiés par des causes locales. Si l'Anjou avait emprunté le style poitevin pour la construction du célèbre cloître de l’ancienne abbaye de Saint-Aubin, le Poitou n’a pas été étranger à l'influence angevine dans l'érection de l’église de Saint-Pierre. Nous trouvons aussi quelques rapports entre la cathédrale de Poitiers et l’église de Saint-Maurice d'Angers , surtout dans les belles voûtes qui couronnent ces deux édifices, que l'on doit attribuer à la même période architectonique.

L'église cathédrale de Poitiers se développe dans les dimensions suivantes : longueur intérieure, quatre-vingt-quatorze mètres quarante centimètres ; largeur dans la nef, trente mètres trente centimètres ; largeur dans la croisée,

cinquante-six mètres cinquante centimètres; hauteur de la voûte principale, vingt-neuf mètres cinquante centimètres ; hauteur des voûtes latérales, vingt-quatre mètres vingt centimètres ; élévation de la tour droite du portail principal, trente-quatre mètres ; de la tour à gauche, trente-deux mètres.

Lorsqu'on pénètre dans l’intérieur de l'église de Saint- Pierre, on est frappé par le petit nombre, l'élévation et l’espacement des piliers : il y en a six de chaque côté; ils sont composés d’un massif entouré de colonnes groupées en faisceaux d’une élégance admirable. Les chapiteaux sont sculptés avec goût; les colonnettes se dressent et s’élancent avec une grâce parfaite. Les arcades sont ogivales et accompagnées de moulures toriques , à l'exception de celles qui décorent par application les murailles des basses-nefs, qui sont semi-circulaires. La nef principale a de la majesté, il y manque peut-être un peu de cette grandeur mystérieuse des cathédrales gothiques. Autrefois toutes les fenêtres étaient garnies de vitraux peints ; les protestants, dans leurs dévastations sacriléges dans les églises catholiques, en ont brisé une grande partie.

Les voûtes de la cathédrale de Poitiers sont établies sur de belles nervures rondes, d’une forme tout à fait caractéristique. Elles sont légèrement surélevées en coupoles et partagées en compartiments nombreux.

Parmi les fenêtres, les unes sont cintrées, les autres sont ogivales, disposition qui seule suffirait pour déterminer l’âge précis du monument. Elles sont là, pour ainsi dire, comme à la limite de deux styles qui se touchent et tendent à se

confondre. A la partie inférieure de la nef, voisine du grand

portail, les fenêtres modifiées sont à lancettes géminées , ou s'étendent pour recevoir dans leur tympan l'épanouissement des quatre-feuilles et des rosaces. Le treizième siècle a laissé dans cet endroit quelques vestiges de sa noble architecture.

La rose placée au-dessus de la porte principale est une magnifique création du quatorzième siècle. Les divisions qui s'échappent du centre en rayonnant se terminent à la circon- . férence en délicates arcatures ; les contours de l'immense fleur sont ornés de gracieuses découpures en forme de trèfles ou de quatre-feuilles ; les angles eux-mêmes sont décorés de trèfles et de rosaces.

L’abside de la cathédrale de Poitiers est terminée par une grande muraille droite, percée de trois fenêtres romanobyzantines. Le chevet, ainsi disposé, borne la vue d’une manière désagréable. Il y a bien loin de ce brisement brusque de lignes à la richesse de perspective des nefs déambulatoires qui s'étendent autour d’une abside circulaire ou octogone. Ce mode de construction a toujours été rarement employé dans les édifices religieux ; il doit être mentionné à cause de sa singularité.

L'église de Saint-Pierre fut, à plusieurs reprises, victime des fureurs de la guerre et de l’impiété. Ces deux fléaux, plus terribles que éeux de la nature, dévastèrent et enlevèrent tout ce qui s’offrit à leurs coups et à leur avidité dans l'enceinte sacrée. En 1386, les troupes du comte de Derby, après avoir pillé la ville, ne respectèrent point la cathédrale. En 1562, les protestants y pénétrèrent de nouveau et s'y portèrent à toute espèce d’excès sacriléges. Ils prirent le trésor, dis-

persèrent les reliques, et détruisirent le splendide monument

élevé à la mémoire de Simon de Cramaud, évêque de Poitiers. A une autre époque plus rapprochée de nous, époque dont tous les instants sont comptés par des ruines, l’église de Saint-Pierre, devenue propriété particulière, fut sur le point d’être démolie de fond en comble. Les caleuls de l'intérêt empêchèrent seuls l'exécution de ce projet impie.

Notre intention n'est pas de critiquer toutes les restaurations inintelligentes qui ont souillé le vieil édifice de Saint- Pierre; nous ne pouvons cependant nous dispenser de flétrir de toute réprobation l’idée qui a présidé à l'érection d'une galerie autour de l’église; c'est un contre-sens ridicule. On a mis une longue série de lourds balustres dans le style du dernier siècle. Le mauvais goût n’a pas même l’excuse de la délicatesse du travail.

Étudions maintenant l'extérieur de la cathédrale de Poitiers. Considéré dans sa masse, il ne présente pas cette gravité noble de la plus grande partie de nos autres monuments. 11 manque de cette élévation et de ces accessoires que nous sommes tentés de regarder comme un accompagnement nécessaire de nos grandes basiliques. Les tours ne dominent point la ville avec cette tranquille majesté qui produit toujours un effet imposant et religieux ; elles ne sont point couronnées de ces flèches aériennes qui prennent leur essor dans les airs pour porter le signe de la croix jusque dans les nues. Tout ici semble écrasé; les combles de la façade principale ne s'élèvent point en triangle aigu, ne forment point ces frontons pyramidaux qui communiquent à l’ensemble un élancement considérable.

Le portail mérite une attention particulière, dans une

ville surtout où l’architecture ogivale n’a pas élevé de constructions très-remarquables. Il se compose de trois portes surmontées de deux fenêtres et de la grande rose centrale; il est flanqué, à droite et à gauche, de deux tours d'inégale hauteur. Les portes, sarmontées de frontons peu développés, sont somptueusement décorées. De grandes statues y remplissaient les niches, aujourd'hui désertes; mais des figures d'anges et de saints sont encore abritées par les dais qui couvrent l’étendue des voussures. Il ne reste plus actuellement que d’élégants baldaquins séparés et soutenus par de minces colonnettes , à l'endroit où étaient posées les statues des princes et des évêques. Les barbares de la fin du dernier siècle ont porté leur marteau sur cette magnifique décoration , et l'ont réduite en poussière. Les sculptures en basrelief du tympan des trois portes sont assez bien conservées ; au-dessus de l'entrée médiane on distingue, sur trois rangs superposés, la Résurrection des morts, la Séparation des justes et des méchants, enfin Jésus-Christ , entouré des anges, prononçant le jugement redoutable qui décide pour chacun les destinées éternelles. Les deux autres tympans sont chargés de sculptures relatives à la sainte Vierge et à saint Pierre, patron de l’église de Poitiers.

Les tours n'offrent pas une décoration très-riche ni trèsvariée; la base appartient à la même construction que le portail, et la partie supérieure porte tous les caractères de l'architecture ornée du quinzième siècle. Les larges surfaces du corps sont interrompues par de légères arcades appuyées sur de grèles colonnettes. Les ares de la partie octogone sont surmontés de petits frontons ornés de feuillages découpés.

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