‹ Les cathédrales de FranceChapitre 34 sur 109 · CT · texte numérisé non relu

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PRÈS bien des siècles de malheur et de désola-tion, l'Église d'Afrique, jadis si florissante, a vu poindre l’aurore de jours plus sereins. Depuis l'invasion des Vandales, hordes terribles

dont le nom s’est perpétué jusqu’à nous pour qualifier la

destruction et la barbarie, elle n'avait conservé que des souvenirs au milieu de ses ruines. La Providence cependant ne pouvait pas oublier à jamais cette terre arrosée du sang des martyrs, pleine autrefois d'une population de fervents chrétiens, remplie encore du nom de saint Augustin; elle a choisi, pour y rétablir le catholicisme, cette nation généreuse qui vint au treizième siècle, sous la conduite de saint Louis, y donner des preuves de sa bravoure et de sa foi.

Tout l'univers catholique s’est ému dernièrement, lorsque l'évêque d'Alger, accompagné de plusieurs prélats français, a transféré sur le sol africain les reliques précieuses du grand saint Augustin, depuis si longtemps exilées. Les ruines de l'église d'Hippone ont dû tressaillir jusque dans leurs fondements à l’arrivée des ossements du saint pontife. La tristesse, toujours attachée aux débris des grands monuments, s’est dissipée au moins pour quelques instants, dans ce beau jour de fête. De hautes herbes occupent aujourd’hui le sanctuaire, des oliviers sauvages ont fixé leurs racines entre les pierres écroulées, de vigoureux aloès dressent de tous côtés leurs feuilles épaisses armées d’épines, les plantes du désert poussent dans les nefs abandonnées; malgré ce déplorable état de destruction, le cœur éprouve une émotion douce et indéfinissable en contemplant les derniers restes de la cathédrale où saint Augustin siégea avec tant d'honneur. C’est donc dans cette enceinte que la voix du grand docteur de l’Église latine a si souvent retenti ; c’est là qu’il puisait l'inspiration des sublimes ouvrages par lesquels il combattait les erreurs suscitées de son temps contre le dogme catholique, et qui sont arrivés jusqu'à nous comme un arsenal où nous pour ons prendre aujourd'hui les armes propres à combattre de nouvelles hérésies ! Quelle éloquence mystérieuse il y a dans les moindres fragments d’édifices, quand ils rappellent la mémoire des grands hommes et des héros du christianisme !

Le successeur de saint Augustin, l’évêque actuel d'Alger, réside dans la ville principale des possessions françaises. Lorsque nos armes victorieuses nous eurent assuré la con-

quète d’une des plus belles colonies qui soient au monde, un

siége épiscopal y fut établi aux applaudissements de toute la catholicité, afin que la religion vint répandre ses bénédictions et ses doctrines régénératrices dans une terre longtemps souillée. L’une des plus belles mosquées d'Alger fut solennellement consacrée au culte catholique, et Jésus-Christ put y recevoir les adorations de ses fidèles serviteurs, trop longtemps interrompues.

La grande mosquée eût peut-être mieux convenu pour église épiscopale que celle dont nous allons donner la description. Bâtie à la fin du siècle dernier, par la main des captifs chrétiens, elle présente dans la disposition générale du plan des rapports frappants avec nos églises d'Europe. La forme de la croix latine s’y trouve parfaitement distincte par l’entre-croisement de la nef et du transsept. Quelques modifications, nécessitées par les besoins du culte musulman, avaient seulement été imposées aux constructeurs.

Les mosquées d'Alger sont fort curieuses et fort Importantes à étudier au point de vue purement architectural. Élevées sous l’influence des arts arabes, elles doivent nous donner une idée exacte des procédés usités chez ces peuples célèbres dans la manière de bâtir. D'ailleurs, une question difficile à été chaudement débattue par les antiquaires français, anglais et allemands, pour décider si le style ogival avait pris naissance chez les Arabes ou chez les peuples de l'Occident. L'examen attentif des monuments les plus considérables élevés dans les régions habitées par les populations d’origine arabe ou même moresque, peut procurer des données utiles pour la solution du problème. Pour nous, qui avons

toujours cru fermement que le style gothique était essentiel-

lement chrétien, et qu'il y a une immense différence entre l'ogive de nos cathédrales et l’are aigu qui veut représenter la pointe du bonnet d’Omar, nous trouvons ici une nouvelle confirmation de notre opinion, et sans entrer en de longs détails sur ce sujet, nous citerons quelques paroles de M. Girault de Prangey, extraites d'un travail intitulé : Considéralions sur l'architecture arabe. «Les premiers monuments des Arabes, non-seulement dans quelques parties de leur construction et dans leur système général d’ornementation, mais dans leur disposition mème, furent des imitations positives, incontestables des monuments de Byzance et des édifices gréco-romains encore debout dans les contrées qu'ils venaient de conquérir; mais cette imitation toujours frappante, fut modifiée, d'abord par la nature du culte, par des considérations de temps et de lieux, puis surtout par l'importance et la proximité des matériaux qu'ils eurent la facilité d’enlever aux édifices antiques. »

Nous avons cru devoir exposer, au moins succinctement ces considérations , que nous regardons comme du plus baut intérêt dans l'histoire générale de l’art, parce qu’elles vont trouver leur application dans l’esquisse que nous allons tracer de la cathédrale actuelle d'Alger. Dans cet édifice, le système général à coupoles atteste évidemment des réminiscences byzantines, pour ne pas dire une imitation entière. Nous ne voudrions pas prétendre que l'influence byzantine s’est fait sentir exclusivement; mais il n’en est pas moins clair à tous les yeux que l'architecte a été guidé par des idées auxquelles il semble n'avoir pu se soustraire.

Le plan nous donne la figure d'un parallélogramme peu

allongé dans les dimensions suivantes : longueur totale, vingttrois mètres cinquante centimètres; largeur, dix-huit mètres soixante-dix centimètres; largeur de la tribune, placée audessus des colonnes, trois mètres trente centimètres :

Au centre, et couvrant l’espace le plus considérable, s’élève une grande coupole. Elle produit un bel effet, et par sa décoration et par sa structure elle-même. On y voit encore soixante chaînes suspendues à la voûte, destinées autrefois à supporter des lampes. L'ensemble exerce sur l'œil une impression toute particulière. Une foule de dessins capricieux en arabesques se déroulent de toutes parts et unissent leurs contours flexueux à des légendes écrites en caractères orientaux. Aux quatre pendentifs de la coupole centrale on lit les quatre inscriptions suivantes :

« Dieu, qu’il soït béni et exalté, a dit : « Que la mosquée soit fondée sur la piété. » Sourate 1x, vers. 105.

« Les mosquées appartiennent à Dieu, n’y invoquez pas d'autre divinité que Dieu. » Sour. Lxxn1, vers. 18.

« La prière est pour les fidèles une obligation déterminée à certaines heures. » Sour. 1vV, vers. 104.

« Acquittez-vous des prières du matin et du soir, ainsi que de la prière du milieu de la journée, et montrez-vous obéissant à Dieu. » Sour. 11, vers. 239.

Ces versets, tirés du Coran, ont été écrits par Ibrahim Diakerchei, l'an 1210 de l'hégire, 1795 de Jésus-Christ.

Seize colonnes monolithes de marbre rouge, de soixante centimètres de diamètre, sur trois mètres d’élévation , supportent toutes les parties de l'édifice. Les colonnes sont réu-

nies les unes aux autres par des arcades pointues de forme

très-singulière. Leurs espacements sont réguliers, et au centre de chaque travée elles soutiennent de petites coupoles peu élevées : on compte jusqu’à vingt-deux de ces dômes accessoires. Il est impossible de n'être pas frappé de la disposition et même de la présence de cette multitude de dômes. Qui pourrait méconnaître ici l'influence des procédés de Byzance? La coupole byzantine, si fréquemment reproduite, témoigne de l’action puissante exercée par limitation sur l'art indigène.

Les fenêtres sont généralement petites et-ornées de vitraux peints. Sous un ciel toujours inondé de lumière, la clarté du jour ne peut pénétrer dans l'enceinte sacrée que tempérée par les couleurs des verrières. Tandis que l'air extérieur est rempli de la chaleur et de l’éclat d’un soleil ardent, l’église conserve une douce obscurité plus favorable au recueillement et à la méditation.

Tout autour de l’intérieur de la cathédrale d'Alger, comme dans la plupart des mosquées, les murailles sont couvertes de faïences brillantes, jusqu'à la hauteur de trois mètres trente centimètres. Ces faïences, richement ornées, qui apparaissent dans l’art arabe dès le huitième siècle, peuvent être considérées comme une imitation des mosaïques étincelantes de Byzance et de Ravenne. Elles sont couvertes de dessins fantastiques très-variés, tracés avec un art plein de goût et d'imagination. Le reste des murs est couvert de peintures en arabesques ou de sculptures en creux jetées avec un talent plein de ressources et de verve. Le Coran dé- . fendait d'introduire la représentation de la figure humaine

dans la décoration des édifices religieux ; alors les artistes, 1:28

fidèles observateurs des préceptes du Prophète, ont reproduit les formes végétales avéc une grâce ravissante. Quand leur pinceau eut épuisé l'imitation des feuilles et des fleurs, il se promena, guidé par la fantaisie, dans les formes les plus capricieuses et les plus bizarres. Il en résulta ces arabesques si élégantes et si délicates, entremélées avec tant de symétrie, agencées avec tant de bonheur. La naïveté semble cacher la science, mais la perfection la trahit partout.

Le baptistère, en marbre blanc, est très-remarquable ; il servait aux ablutions prescrites aux mahométans lorsqu'ils entrent dans les mosquées pour y faire leurs prières. Il est

situé à la partie inférieure de la cathédrale.

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