D’ANGERS
A religion chrétienne pénétra dans l’Anjou à 4 la fin du troisième siècle, apportée par un so- | litaire dont la réputation de sainteté fut tou-
\ jours grande dans le pays qu'il avait édifié de
j ses vertus. Saint Florent, sorti de la Bavière après avoir échappé à la persécution où son frère Florian reçut la couronne du martyre, vint planter la croix, l’an 299, sur les rives de la Loire, dans cet endroit que l'on nomme aujourd’hui Saint-Florent-le-Vieil, au Mont-Glonne *. Ces faibles commencements du christianisme en Anjou, vivifiés par la prédication évangélique, grandirent de jour en jour,
et vers la fin du cinquième siècle il y eut un évêque à Angers.
* L’Anjou et ses monuments, par M. Godard-Faultrier, tome rer.
ANGERS. 71 Défensor fut le premier qui s'établit au pays des Andes avec le caractère épiscopal.
Pendant quelque temps, l'oratoire et le lieu de réunion des premiers chrétiens furent situés hors des remparts de la cité. Enfin , à l’époque où le nom de Juliomagus, imposé par les conquérants, fut remplacé par le vieux nom national des Andes, où les idoles du temple de Jupiter Capitolin furent renversées , l'évêque s'établit dans l'intérieur de la ville et vint prendre possession du palais curial.
La première église bâtie dans l'enceinte de la capitale des Andecavi, fut consacrée sous l’invocation de la sainte Vierge. Cette antique basilique, mère de toutes les églises de la province , construite à la place où maintenant s’élève la cathédrale de Saint-Maurice, fut détruite à une époque désastreuse pour la ville d'Angers. Sous l’évêque Talaise, Childérie ruina la ville et n'épargna pas l’église épiscopale. Les ravages des Normands apportèrent encore de nouveaux malheurs à l’église et à la cité. Unies au fléau destructeur qui n’épargna aucun édifice religieux sur les bords de la Loire, les injures du temps durent occasionner à plusieurs reprises différentes la démolition et la réédification de l’église principale. Quoique l’histoire garde le silence à ce sujet, la nature des constructions de cette époque éloignée sullirait seule pour nous autoriser à le penser.
Dans le cours du onzième siècle, 1l y eut à Angers un mouvement architectural très-prononcé. Plusieurs princes du nom de Foulques le favorisèrent par la fondation d'un grand nombre d'églises, de monastères et de châteaux. Foul-
ques le Noir, surnommé grand bâtisseur, dont la vie reli-
gieuse, aventureuse et chevaleresque résume le caractère de son siècle, exerça la plus grande influence. Cette impulsion se continua et même s’accrut pendant le cours du douzième siècle, pour s’arrèter au treizième. C'est à ce temps que l’on doit rapporter les principaux monuments de la ville d'Angers, tels que la cathédrale, l’église de la Trinité, Saint-Aubin. Tous ces édifices portent l'empreinte de ce style architectonique remarquable que les archéologues ont appelé romanobyzantin fleuri ou style de transition. L'art angevin, lancé dans une voie de progrès, prend alors une physionomie de grandeur et d'élégance qu'on rencontre rarement ailleurs. Sous Henri IT, roi d'Angleterre et comte d'Anjou, l’architecture se développa d'une façon si puissante et en même temps si originale, que M. Godard-Faultrier croit devoir la désigner sous le nom de style Plantagenet , à cause des caractères particuliers qui la distinguent. Quoique nous ne partagions pas entièrement l'opinion de l’auteur de l’Anjou et ses monuments et que nous ne soyons pas disposés à adopter la dénomination qu'il a proposée, parce qu'elle n’a d'application que dans un nombre de monuments extrémement limité, et que d'ailleurs nous avons observé dans plusieurs églises de transition des détails jugés propres à cette variété architectonique, nous devons soigneusement constater l'élévation à laquelle était parvenu l’art de bâtir, au douzième siècle, dans la ville d'Angers.
Avant d'aborder la description de l’église actuelle de Saint-Maurice, indiquons sommairement les principales époques qui y laissèrent leur empreinte. La grande nef, ornée de belles fenêtres géminées, à plein cintre, date de la fin du
onzième siècle, Ses trois voûtes en coupole, sont du milieu du
douzième siècle. Le portail et le chœur sont encore du douzième, tandis que les ailes du transsept ne remontent pas au delà du commencement du treizième siècle.
Le plan de la cathédrale d'Angers est très-régulier, en forme de croix latine et à une seule nef: Quoique la perspective générale de l’intérieur soit loin d’être aussi pittoresque que celle de nos églises gothiques à plusieurs nefs séparées par des faisceaux de colonnes groupées, elle offre cependant beaucoup de grandeur et de majesté. La nef, longue de quatre-vingt-dix mètres quarante-sept centimètres, depuis la porte principale jusqu’au fond de l’abside, sur une largeur de seize mètres trente-huit centimètres, est une des plus vastes qu'il y ait en France. Elle présente par ses dimensions et par ses heureuses proportions un caractère imposant qu'on ne rencontre pas toujours dans des édifices d'une plus grande étendue. La muraille est partagée de distance en distance par des massifs ornés de colonnettes, disposés avec beaucoup de grâce et d'un effet très-agréable. Les ogives aveugles qui interrompent la monotonie des surfaces forment une décoration élégante par leur disposition symétrique.
Les voûtes, en général, se haussent à leur point central et sont distribuées en valves nombreuses par des nervures toriques. Appuyées sur une ossature d’une grande complication, elles sont très-hardies, et méritent toute l'attention des antiquaires chrétiens. Leur exécution est fort savante, et pour quiconque sait apprécier les difficultés vaincues, les vottes de Saint-Maurice d'Angers doivent compter parmi les œuvres les plus remarquables de Parchitecture catholique.
Le chœur, éclairé par de nombreuses fenêtres, entouré
d'une suite de beaux arcs en tiers-point, perd toute la beauté mâle et sévère que l'architecte avait su lui communiquer, par les boiseries, commencées en 1778, qui l’environnent de toutes parts. Malgré le mérite de leur exécution, mérite incontestable, elles défigurent le caractère de la construction, elles déplairont toujours aux vrais amateurs du beau chrétien dans les monuments religieux. D'un autre côté, elles cachent un œuvre d'art magnifique en couvrant entièrement le tombeau du roi René, duc d'Anjou, prince dont le souvenir ne saurait être indifférent aux habitants de toute la province. Au-dessous du chœur est une crypte obscure dans laquelle reposent plusieurs personnages illustres.
Le portail de la cathédrale d'Angers, dans sa partie-la plus ancienne, est extrêmement intéressant. Sur le tympan se trouve la figure du Sauveur, accompagnée des quatre évangélistes sous la forme de leurs emblèmes. La voussure est chargée de statuettes d’anges et de bienheureux en adoration. Tous les visages respirent un calme religieux, expriment des sentiments de béatitude et d’adoration profonde, avec une simplicité de pose et une naïveté de détails propres à nous faire comprendre l'état de l’art à cette époque, si intimement empreinte du génie chrétien. Les pieds-droits de la grande porte sont ornés de statues qui représentent Moïse, Aaron, Josué, David et quelques autres personnages dont on n’a pu découvrir la vraie signification. Le plus souvent , le portail des églises est décoré des statues des saints personnages de l'Ancien Testament, parce qu'il est, pour ainsi dire, l'introduction au christianisme. Les artistes. religieux du
moyen âge, qui plaçaient de tous les côtés des images symbo-
liques, considéraient donc le porche d’une église comme l'emblème de la religion judaïque qui nous conduit à la religion de Jésus-Christ, qui en est la suite et le complément.
Les deux flèches, commencées en 1518, furent achevées en 1523. Un incendie survenu en 1533, par la négligence du sacristain, obligea de les réparer. La tour du milieu, bâtie sous la direction de Jean de Lépine , et les huit grandes statues du frontispice ont été achevées en 1540 *. Les trois flèches, endommagées par le terrible orage de 1831, seront bientôt entièrement réparées.
Les murs extérieurs de la cathédrale d'Angers ne sont point soutenus par ce système de contre-forts et d'ares-boutants qui se trouvent à toutes nos grandes églises; ils sont appuyés sur des contre-forts d'un genre tout particulier. On dirait des constructions militaires bordées de créneaux et destinées à la défense. Plusieurs antiquaires pensent que cette disposition n'avait pas d’autre but , et qu’en cas d'attaque, l’église de Saint-Maurice, située sur une éminence, dévait prêter un refuge aux assiégés et un point d'opération d’une très-haute importance. Vue des bords de la Maine, la cathédrale de Saint-Maurice domine la ville. Toutes les maisons du vieil Angers , serrées dans des rues étroites et tortueuses, sont groupées au pied de la yénérable basilique. Ceci nous représente une belle idée : l'homme ne peut trouver un abri plus sûr et plus. consolant qu'à l'ombre des églises, où Dieu a
daigné fixer sa demeure sur la terre !
* Au-dessus de la tête des statues on a placé cette légende, écrite en lettres gothiques : Da pacem Domine in diebus nostris et dissipa potentes qui bella volunt, 1540.
Eu ER LL EN 7 SAIMEX-RROMX