‹ Les cathédrales de FranceChapitre 3 sur 109 · FARE. GIRARDET · texte numérisé non relu

FARE. GIRARDET

EIMS.

et par la richesse de ses ornements. Elle a vu souvent se presser dans son enceinte toutes les illustrations de la terre, dans ces circonstances solennelles où la religion consacrait la puissance humaine par ses prières et par ses bénédictions. Nous pouvons bien dire que ces voûtes majestueuses, cette vaste nef, ces colonnes élégantes, ces fenêtres splendides, ces murailles ciselées étaient en harmonie avec le luxe de la pompe extérieure. Il n’y à qu'une de nos belles cathédrales gothiques qui puisse conserver sa dignité sévère et pleine de grandeur, à côté de la somptuosité étincelante d’une cour royale.

L'église de Reims s'offre encore à notre respect comme le berceau, pour ainsi dire, du catholicisme en France. Dans son sanctuaire, la pensée voit s'élever la grande figure de saint Remi, qui baptisa Clovis et ses guerriers. A cette époque, où l’arianisme menaçait d'envahir le monde, cette conversion assura à l’Église un de ses plus zélés défenseurs.

Si nous tentions de remonter à l’origine de l’église métropolitaine de Reims, nous trouverions que ses commencements sont environnés de la plus profonde obseurité. Elle partage, sous ce rapport, la destinée des plus belles basiliques de France. On s’accorde généralement à la placer vers le milieu du troisième siècle, à ces temps mémorables où le pape saint Fabien envoya dans les Gaules une admirable colonie de pontifes et d’apôtres.

Nous passons sous silence les recherches qu'on a faites sur les principes de cette vénérable église, mère de toutes les églises de la Gaule celtique. Nous nommerons seulement l'édifice élevé par les soins de saint Nicaise vers 401, parce

que ce fut là que le roi des Francs courba sa tête sous l'empire de la religion chrétienne. .

Vers le commencement du neuvième siècle, ce temple, chancelant de vétusté, fut rebati sur un plan plus vaste, par les soins de l’archevèque Ebon, monté sur le trône épiscopal vers 822, sous le règne de Louis le Débonnaire. L'architecte Romuald en dirigea les travaux, qu'il termina vers 846, sous le pontificat d'Hincmar. Cet édifice avait été construit avec toute la magnificence à laquelle pouvait atteindre l’art dans ces âges reculés. Au témoignage de Flodoard, historien de l'église de Reims, ce monument était un des plus somptueux de toute la France. Les voûtes et les murs décorés de peintures et de dorures éclatantes, des pavés de marbre et de mosaïque, des vitraux magnifiques, des sculptures belles et nombreuses , de riches tapisseries, de nombreux chefsd'œuvre d’orfèvrerie attestaient aux regards émerveillés la pieuse munificence de ses fondateurs *.

L'incendie qui dévora une partie de la ville de Reims, en 1210, détruisit la cathédrale. C'était dans ces temps où une immense activité fermentait dans tous les esprits, où une nouvelle architecture, inspirée par les idées chrétiennes, présidait à l'érection de nos immortelles églises gothiques. Le style ogival, si merveilleusement approprié aux sublimes mystères du catholicisme, à la pompe et à la majesté de son culte extérieur, élevait dans toutes nos cités ces superbes

édifices qui feront à jamais la surprise et l’admiration des

* Flodoard, Historia Ecclesiæ Remensis. — M. de Jolimont, Description de la cathédrale de Reims.

siècles postérieurs. Aussi le désastre de la cathédrale de Reims fut-il promptement réparé. Le fameux architecte Robert de Coucy en dressa le plan d’après les inspirations de la noble architecture de ces âges catholiques; l'archevêque Albéric Humbert en posa la première pierre l’année suivante. Cette construction fut élevée avec les ressources prodigieuses qu'on se procurait comme par enchantement dans ces siècles de foi. Tous les membres de la société y contribuèrent avec le mème enthousiasme, chacun suivant ses moyens particuliers. L'œuvre de la cathédrale était celle de toute la province. Les travaux de la métropole de Reims furent entrepris et poussés avec tant d’ardeur, que, dans le court espace de trente années, ils furent achevés sous la direction intelligente du célèbre architecte rémois.

En cherchant à apprécier l’ensemble de ce travail admirable, on est autant frappé de la beauté du plan, de la sage ordonnance de toutes les parties, de l’heureuse harmonie des détails, que de la perfection exquise des ornements et des sculptures. La décoration répond parfaitement à la pureté du dessin général ; l'extérieur se trouve dans le plus merveilleux rapport avec l’intérieur. Soit que l’on considère l’effet total, soit que l’on s'arrête à quelques portions isolées, on est également étonné de la puissance de l’art, qui a mené à perfection un pareil chef-d'œuvre. La cathédrale de Reims est sans contredit un des plus riches fleurons de la couronne monumentale de la France !

En traversant les siècles, elle a, comme toute chose terrestre, subi les atteintes du temps; les révolutions des saisons

y ont laissé leur empreinte, de même que les révolutions po-

litiques. Les murs sont noirs; les pierres sont calcinées ; quelques profils ont perdu leur pureté; les moulures, leur délicatesse; les ciselures, la netteté des contours. Mais ces accidents, malheureusement inhérents à toute œuvre humaine, ne déparent pas plus un antique monument que des cheveux blancs ne déparent le front d’un vieillard.

La trace d’une époque tristement célèbre est marquée dans ce monument, comme dans la plupart de ceux que nous avons décrits et que nous décrirons encore, par des mutilations et des ruines, qui n’attestent cependant ni les victoires des Danois, ni les fureurs de l'Angleterre, ni les guerres de l'Allemagne. On dit qu’une autre divinité fut adorée sur ces autels, et que de nouveaux barbares lui firent hommage de ces débris. La révolution française, néanmoins, n’a pas laissé tant de hideux vestiges de son passage à Reims que dans beaucoup d’autres villes.

Avant d'entrer dans quelques détails propres à nous faire connaître la singulière beauté de l’église métropolitaine de Reims, nous devons en donner les dimensions exactes. Elle s'étend dans une longueur de cent quarante-huit mètres, sur une largeur de trente-un mètres, et une élévation sous voûte de trente-sept mètres soixante centimètres. La croisée est large de cinquante mètres; depuis le pavé jusqu'au sommet des tours, on compte une hauteur de quatre-vingt-trois mètres.

Lorsqu'on pénètre dans l'intérieur de la cathédrale de Reims, on est frappé de l'aspect imposant et de la simplicité majestueuse de l'édifice. On éprouve un vif sentiment d'ad-

miration quand, aux derniers rayons du soleil couchant,

placé au fond de l’abside, on examine l'effet de la lumière dans les vitraux, dans les voûtes, les galeries et les colonnes : c’est une des perspectives les plus pittoresques et les plus saisissantes que l’on puisse imaginer.

Le plan est celui de la croix latine, maïs le transsept est beaucoup plus rapproché du chevet que dans la plupart des autres églises du mème âge. Cette disposition, qui certainement par elle-même n’est pas un défaut, a cependant donné lieu à une distribution particulière dont la nécessité ne saurait dissimuler le mauvais effet. Le chœur, trop étroit pour les grandes cérémonies du sacre des rois de France, a été agrandi aux dépens de la croisée et même de la grande nef, sur laquelle il empiète de la longueur de trois travées. Ce chœur , démesurément vaste pour les cérémonies ordinaires, semble rétrécir les proportions de l’intérieur. Resserré dans ses véritables dimensions, il produirait certainement un meilleur effet que dans l’état actuel où il occupe à lui seul à peu près la moitié de l'église. TL se divise en trois parties : le chœur proprement dit, le sanctuaire et l’arrière-chœur. Les deux premières ont une destination toute naturelle; la troi- (sième était jadis occupée par le trésor de l’église, précieux dépôt des riches offrandes des monarques, des princes, des prélats, des seigneurs. Il renfermait un nombre prodigieux de chefs-d'œuvre d'orfèvrerie, vases sacrés, reliquaires, images de la sainte Vierge et de différents saints en or et en argent massifs. Tous ces objets, inappréciables aux yeux de la religion, et d’une valeur inestimable considérés simplement sous le rapport artistique, ont été anéantis dans le

creuset révolutionnaire. Aujourd'hui que de toutes ces ri-

chesses on ne conserve que le souvenir, on pourrait placer l'autel au lieu qui lui est spécialement consacré.

Autour du chœur, il existait autrefois une clôture en pierres d’un travail admirable; l'entrée en était séparée de la nef par un magnifique jubé. L'art du sculpteur avait épuisé toutes ses ressources pour les broder, les festonner, les ciseler, les découper à jour. Leur exquise élégance n’a pu leur faire trouver grâce devant le marteau démolisseur, à une époque où de funestes préventions avaient envahi tous les esprits. On supprima encore un siége antique , formé d’une seule pierre, placé à l'extrémité de l'abside et attribué à saint Rigobert, évèque de Reïms, en 696. C'était dans cette chaise qu'on installait les archevèques à leur prise de possession.

Sept chapelles se développent en rayonnant autour du chevet. Elles.sont disposées avec élégance, avec cette grâce particulière que les architectes de ces beaux temps savaient communiquer à tout ce qui sortait de leurs mains. La grande nef est dépourvue de ces chapelles latérales qui font l’ornement de nos grandes églises du quatorzième siècle et que l'on regarde comme en formant un complément indispensable. Nous sommes bien éloignés de reprocher à la cathédrale de Reims d'avoir conservé sa pureté originelle. Quoique ce plan enlève à l'édifice de la grandeur, de l'air, du Jour et peut-être du mystère, nous ne voudrions pas, comme M. de Jolimont, faire un reproche à l'architecte de Notre-Dame de Reims d’avoir été fidèle aux principes de l'art chrétien au treizième siècle.

La masse des piliers est ronde, cantonnée en croix, comme

dans beaucoup d’églises ogivales, de quatre colonnes également cylindriques , d’un diamètre moins considérable. Les chapiteaux à volutes recourbées, à feuillages légers et gracieux, sont d'une élégance parfaite. Ils offrent toute la supériorité de la sculpture au treizième siècle. Plusieurs colonnettes appuyées à leur sommet s'élancent d’un jet hardi jusqu'à la voûte pour en soutenir les nervures. Elles sont groupées en faisceaux et coupent l'édifice de lignes simples et nobles.

Les travées sont réunies les unes aux autres par de belles galeries composées d’une suite de petites colonnes avec chapiteaux à feuillages, et d'ouvertures en ogives de trois mètres trente centimètres d’élévation. Ces galeries sont toutes d’un goût très-sévère, excepté celles du grand portail qui sont transparentes et garnies de vitraux.

La cathédrale est éclairée par une multitude de fenêtres et par quatre roses, qui la plupart ont conservé leurs verrières. Comme dans toutes nos vieilles églises, ces vitraux, dont la plus grande partie remonte à la date de la construction elle-même, sont dignes d’être remarqués par le charme de leur composition et par l'éclat harmonieux des couleurs. Les peintres verriers du moyen àge excellent, surtout au treizième siècle, dans l’art d’assortir et de marier les couleurs. Les fonds de mosaïque , avec sujets divisés en cartouches , produisent toujours un effet incomparable. Quoique moins savants de dessin , les vitraux de ce temps sont généralement plus riches d’ensemble que ceux du quinzième siècle.

L'étude détaillée des belles verrières de la cathédrale de

Reims serait fort intéressante sous un double point de vue, * sous le rapport historique et sous le rapport artistique. On distingue des archevèques et des évêques dont on peut trou-

ver les noms dans des légendes qui accompagnent leurs

portraits. Les peintures des roses du grand portail sont

Pr admirables mais nous appelons toute l’attention des anti-

quaires chrétiens devant la rose méridionale. C'est une des plus heureuses créations de l’art du moyen âge. L’exécution répond à l’idée pleine de grandeur. La figure du Père éternel

est environnée de toutes les puissances célestes. Les esprits

ÿ \ LR 4 7 x bienheureux semblent en adoration et en extase en présence

de la majesté suprême de Dieu*!

Ainsi la cathédrale de Reims , d'une si noble et hardie construction, avait vu la partie architecturale relevée à l’intérieur par la magie des mille couleurs changeantes des vitraux peints. On aime quelquefois à se transporter par la pensée aux temps où nos belles cathédrales gothiques avaient conservé toute la splendeur de leur pureté primitive. On promène avec avidité ses regards éblouis sur toutes les parties de l'édifice. On se croirait dans cette cité bienheureuse, décrite par saint Jean, où brillent de tous les côtés les pierres précieuses et les matières les plus rares. Les chrétiens du moyen àâge avaient voulu rendre la maison de Dieu digne de sa souveraine majesté! Hélas! la triste réalité rompt bientôt le charme; nous ne voyons plus qu'une ombre des temples ornés par des peuples éminemment catholiques !

L’extérieur de la cathédrale de Reims, considéré dans sa

* Voir dans notre volume l’Archéologie chrétienne les roses au XIIIe siècle.

vaste étendue, offre une très-grande simplicité; c’est le pro-

duit d’un art régénéré qui comprend la véritable beauté. d’une construction. La régularité des lignes, l’unité du style,

la symétrie des proportions, tout concourt à donner à cette masse énorme ce caractère de grandeur imposante que ne Fr NE raient atteindre le luxe et la profusion des ne chitecture du treizième siècle, grave et réservée Cor, une reine, présente un cachet de distinction que la plus TICNES ©

parure ne peut remplacer. vf

L'impression profonde qu’on éprouve à la vue de cet édi-

fice colossal est bientôt changée en une impression Di sai + | sissante à l'aspect du grand portail occidental. C'est une ES merveilles ‘en ce genre. Dans le langage du peuple , ce serait un des quatre membres qui devraient constituer un corps parfait en l'unissant à la nef d'Amiens, au chœur de Beauvais et à la flèche de Chartres ou de Strasbourg. Cette opinion exprime la supériorité de plusieurs chefs-d’œuvre isolés : on ne peut apprécier l’effet qui résulterait de leur alliance. Toujours demeure-t-il incontestable que ce sont les plus beaux types de l’architecture ogivale.

La partie inférieure du portail occidental, divisée par trois ouvertures, offre plusieurs traits de ressemblance avec la partie correspondante de la cathédrale d’Amiens. On y remarque peut-être moins de grandiose et de majesté dans l’ensemble, mais aussi beaucoup plus de richesse dans les sculptures et dans les détails. C’est vraiment un admirable coup d'œil que ce vestibule tout chargé de statues, de niches, de dais , de pinacles, de dentelles, de feuillages, d’aiguilles et de clochetons; l’art chrétien y a épuisé toute sa verve fé-

FX 2e CATHÉDRALES DE FRANCE.

conde. C'est une création entière pleine de vie et d'ani- «mation.

Les parois latérales de ces trois entrées sont décorées d’une

; série de statues colossales au nombre de trente-cinq , ap-

puyées sur un stylobate d'assez mauvais goût, que nous

| Ês ‘ croyons, avec plusieurs monumentalistes distingués, avoir

M été refait dans le cours du siècle dernier. Elles représentent

PU e des patriarches , des prophètes, des rois, des évêques, des

vierges et des martyrs. Telle est la pensée de M. Gilbert, de

* È + vez Fr ; mio nus ’ * - M. de Jolimont et de tous les auteurs qui ont écrit sur l’église M" é . métropolitaine de Reïms. Il faut user de la plus grande ré- L, ‘&d V ,. 2 . 2 ,* serve dans l'interprétation des monuments figurés du moyen

àge; de fréquentes erreurs ont été commises à ce sujet. Les archéologues inelinent aujourd'hui à penser que généralement, autour du grand portail des cathédrales, on a cherché à représenter les ancêtres de Jésus-Christ ou bien les patriarches et les conducteurs du peuple d'Israël. C’est comme l’ancienne loi qui précède la nouvelle alliance.

Sur le pilier symbolique qui partage en deux l’entrée principale, on à placé l'image de la sainte Vierge , sous l’invocation de laquelle le temple est consacré. Les faces de ce pilier sont couvertes de bas-reliefs reproduisant la chute de nos premiers parents. Quelle inspiration pleine de religieuse poésie! l’auguste Mère de Dieu rappelle la rédemption après la fatale sentence : c’est la vie au-dessus de la mort !

Les pieds-droits et les linteaux des trois portes sont chargés de sculptures historiques et allégoriques. On y découvre mème des emblèmes des travaux agricoles dans les diverses

saisons de l’année, des attributs d'arts et de métiers.

REIMS. y:

Mais c'est principalement dans les voussures de ces portes et les frontons qui les surmontent que l'artiste a donné carrière à son génie en traçant avec son ciseau un poëme religieux tout entier. On y reconnait les personnages et les figures de l’ancienne loi, précurseurs da Messie, le règne de Jésus- Christ, le grand mystère de la Rédemption, le triomphe de la loi nouvelle, la conversion des Gentils. Ge grand tableau est terminé par la Résurrection générale, le Jugement der-

nier, la punition des méchants, la récompense des justes, +

qui triomphent dans les demeures célestes; enfin l’apothéose

et le couronnement de la sainte Vierge, entourée des anges et des chérubins, dominent toute cette composition. Elle règne sur l'entrée du temple, dont elle est la patronne *.

Telle est en abrégé la description d’une des plus belles

pages que nous ait laissées le moyen àge. Rien n'a été négligé:

dans la décoration de ce superbe édifice. On a su tirer un excellent parti.des accessoires les plus insignifiants : les gargouilles, partout si grotesques, sont ici allongées sous la forme de chimères , et supportent des statues allégoriques, dont quatre rappellent les fleuves qui arrosaient le paradis terrestre. À la retomhée des angles des pignons, on a creusé des niches pour y placer des anges qui tiennent des vases ou des instruments de musique.

Au-dessus des frontons aigus qui couronnent les voussures, on remarque quatre contre-forts d’une rare élégance ;

ils accompagnent la grande rosace, traitée avec toute l'habi-

* Voir la Description de Notre-Dame de Reims, jar M. Gilbert. — Un ouvrage de M. Povillon-Pierard donne des renseignements assez étendus sur la statuaire de la cathédrale de Reims.

- Jeté qu'on était en droit d'attendre d'artistes de si grand talent. Chacun sait que les roses furent toujours une des parties de prédilection des architectes du moyen âge. On cherchait, par de nouveaux chefs-d'œuvre, à surpasser les chefs-d'œuvre déjà connus. La rose du portail de Reims est surmontée d’un grand arc ogival, dont la voussure est ornée de dix statues ayant rapport à l'histoire du roi David.

La galerie des Rois, placée au sommet de la façade, consiste en une charmante colonnade qui règne sur les quatre faces du portail, en suivant les parties saillantes des contreforts. Elle est formée d’une suite de petites arcades aigués, ornées de découpures en trèfle, surmontées de petits frontons triangulaires soutenus sur de légers faisceaux de colonnettes d’une extrème délicatesse; on y compte quarantedeux statues de rois de France , depuis Clovis jusqu’à

Charles VI. Les rois sont dans l'attitude du repos, tenant leur robe d'une main et posant l’autre sur la poitrine ; quatre où cinq tiennent le sceptre en main; tous ont la couronne sur la tête.

Les deux tours régulières s’élancent avec gràce et hardiesse au-dessus de cette riche galerie; elles complètent la magnifique façade de Notre-Dame de Reims. Sveltes et légères , elles sont évidées à jour par de larges ouvertures, qui leur donnent une apparence tout aérienne. Quatre tourelles, également découpées , servent moins à les soutenir qu’à les accompagner. Assurément il ne manquerait rien à ce portail, pour être le plus parfait de tous ceux qui existent, si les deux tours portaient deux flèches en pierre , telles qu'elles étaient sans doute dans le plan de l'architecte. Les dimensions de ce

portail sont de quarante-sept mètres de largeur d'un angle à l’autre.

En étudiant les deux portails latéraux qui terminent le transsept, nous trouverions encore de nombreux sujets d’admiration ; ils offrent de beaux détails d'architecture et de sculpture, mais il nous est impossible même de tout indiquer ; il faudrait un volume entier pour faire apprécier convenablement un chef-d'œuvre comme la métropole de Reims. Nous” ne pouvons cependant terminer cette trop courte notice sans parler de la gracieuse flèche qui s'élève à l'extrémité de l’abside. Elle a survécu aux outrages du temps et des hommes: on l'appelle la Flèche de l’Ange, parce qu’elle porte à sa pointe un ange doré qui tient une croix. L'élégance de sa structure attire les regards autant que sa position pittoresque.

Sa hauteur est de dix-huit mètres au-dessus du toit de l’église.

SAINT-MABRICE

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