AGEN
édifice, en empruntant tous les détails de cette notice aux bienveillantes communications de M. l'abbé David, chanoine et archiprètre de la cathédrale.
Une constante tradition attribue la première construction de cette ancienne basilique à saint Dulcide, évèque d'Agen , successeur de saint Phæbade , qui gouvernait la communauté chrétienne de ce diocèse au commencement du cinquième siècle. Sa légende nous apprend qu'il fit bâtir une église en l'honneur de saint Caprais et de sainte Foi, et qu'il y trans- Porta avec pompe leurs reliques, avec celles des autres saints d'Agen. Labénasie, prieur de Saint-Caprais, auteur dont la critique est peu sévère, indique dans son histoire manuscrite, un arrêt du parlement de Paris de l’an 1625, « lequel, parlant de l'ancienneté de l’église de Saint-Caprais, cite saint Eucher , et déclare dans le dispositif de l’arrèt que cette église a été batie en 441. »
Quoi qu’il en soit de la date précise de sa fondation, il est certain d’après le témoignage de saint Grégoire de Tours, que la basilique de Saint-Caprais existait vers l’an 580, et qu'elle avait dès lors quelque importance, puisqu’elle servit d'asile à la femme de Renaud ou. Renovaldus, général du parti de Gontran , poursuivi par Didier, comte de Toulouse, qui commandait les troupes de Chilpéric. Voici le récit de l'historien des Francs : « Didier, ayant rassemblé son armée, entre dans Périgueux, après avoir chassé le général Renaud ; et ayant exigé des habitants le serment de fidélité, il s’avance vers Agen. A la nouvelle de la défaite de son mari, l'épouse de Renaud, ne doutant pas que la ville ne fit sa soumission
au roi Chilpéric, se réfugia dans la basilique de Saint-Caprais,
martyr; mais arrachée à cet asile, dépouillée de ses biens, privée de ses serviteurs, elle fut envoyée en otage à Toulouse, où elle habita dans la basilique de Saint-Sernin “. » On croit que ce même Renaud, mort vers la fin du sixième siècle, fut enterré à Saint-Caprais. On montrait autrefois sous le cloître, près de la porte qui donne entrée dans l’église, un tombeau en marbre, sculpté en coquille, qu’on disait renfermer sa dépouille mortelle.
Sous le règne de Charlemagne, la collégiale de Saint-Caprais devait jouir d’une certaine réputation, car ce prince, ami de tous les arts, et surtout de ceux qui donnaient de la pompe et de l'éclat au culte de Dieu, voulant introduire le chant grégorien dans ses États, amena d'Italie, en 786, des chantres romains qu'il distribua dans les principales villes de France, et dont l’un très-habile, nommé Ejecius, fut envoyé à l’église de Saint-Caprais.
On peut affirmer, même sans preuves directes, que depuis le cinquième siècle jusqu’à nos jours, cette basilique, comme tous les monuments publics, eut à subir les vicissitudes des événements et les atteintes des siècles. Elle a dù longtemps porter les traces, marquées par des ruines, du passage des Goths, des successeurs de Clovis, des Sarrasins et surtout des Normands, dont les guerres et les invasions ravagèrent tour à tour et pendant de longues années la belle et riche province de l’Agénois.
En consultant les caractères de l'architecture, on pourra
facilement assigner les principales dates de la construction.
* Greg. Tur. Hist. Franc. , Lib. vi, cap. 12.
AGEN. 929 L'édifice est composé de plusieurs parties bien distinctes. La première, et la plus ancienne, comprend l’abside et ses trois chapelles, les quatre piliers massifs qui supportent la croisée et les deux. chapelles qui s'ouvrent dans le transsept; elle appartient à la fin du onzième siècle et au commencement du douzième, à cette époque où commença la phase de transition; quelques arcades ogivales ne laissent subsister aucun doute à cet.égard. Les caractères de la période transitionnelle sont surtout évidents dans Ja voûte et les ares-doubleaux.
La nef, composée de deux travées construites en 1508, appartient au style ogival tertiaire. Nous donnerons quelques détails sur les membres principaux de la cathédrale, après en avoir esquissé les traits historiques les plus intéressants.
MM. Argenton et Labrunie ont pensé que le chœur avait été reconstruit dans le treizième siècle; ils appuient leur sentiment sur un acte de 1278 qui mentionne d'importants travaux exécutés à cette époque. Dans le martyrologe manuscrit de la collégiale de Saint-Caprais, les mêmes auteurs ont vu une note qui désigne le chœur comme ayant été l’objet principal des dépenses. Un autre fait propre à confirmer la même Opinion, c'est que le maître-autel de cette église fut consacré le 16 août 1279, par Simon, archevêque de Bordeaux. Dans cette circonstance, l'autel ayant été déplacé, on découvrit une pierre monumentale qui se voit maintenant fixée dans le pilier à gauche de l'entrée du chœur. Au milieu d'un cercle figuré par un câble en demi-relief, est sculpté le labarum, avec l'alpha et l’oméga, entouré d’une inscription relative à la dédicace de l'église. Cette pierre curieuse remonte certai-
nement à la plus haute antiquité, quoique l’on ne puisse pas en fixer l’âge précis. Il en est de mème de plusieurs autres sculptures qui portent le cachet de la plus grande ancienneté. Entre le chœur et la chapelle du Purgatoire, on voit un chapiteau représentant le martyre de saint Caprais, accompagné d’une légende en lettres romaines. À côté de ce chapiteau si curieux par ses formes hiératiques, on en distingue un autre également historié, sur lequel on avait cru longtemps reconnaître une ordination, parce que le personnage principal , assis au milieu, impose les mains à droite et à gauche sur deux autres personnages inclinés. Dans la dernière restauration de l'église, après avoir enlevé la triple couche de badigeon qui défigurait cette sculpture délicate, on aperçut, près de chaque statuette, une inscription qui dissipait toute obse urité sur leur signification véritable. Le groupe représente Raguël bénissant l'union de Tobie avec sa fille Sara : les deux témoins de cette cérémonie sont Anne, mère de Sara , et l’ange Raphaël, sous la forme du jeune Azarias.
Le 30 novembre 1312, Nicolas, évêque de Frigenti, vicaire de Bertrand de Goth, archevèque de Bordeaux, consacra les autels de quatre chapelles de la collégiale. Quelques auteurs en ont conclu , un peu légèrement, que les trois chapelles du chœur et celle de Sainte-Anne ‘dans le transsept ont été bâties au quatorzième siècle. Il est impossible d'admettre cette conclusion, en désaccord avec le style de l'architecture; d'ailleurs on conçoit aisément que la consécration d'un autel ne suppose pas absolument la construction de l'édifice qui le renferme à une époque contemporaine. Nous croirions plutôt que la voûte de la croisée et les croisillons du trans-