LUÇON
préféraient devenir vassaux d'une abbaye que de servir des seigneurs inquiets et turbulents, toujours occupés de guerres et de combats.
Au neuvième siècle , le monastère fut pillé et détruit par les Normands. Peu de temps après, il fut rétabli par Ebles, évèque de Limoges. Les habitants de la bourgade de Lucon, dispersés par la terreur des hommes du Nord, ne purent ètre rappelés qu’en 1068, lorsque le comte Gui, époux d’Aldéarde, fille de Robert, duc de Bourgogne, brüla l’abbaye. Avant l'an 1091, la maison des religieux était entièrement rétablie; elle ne tarda pas à reprendre son ancienne splendeur , et, dès 1121, l’église fut dédiée solennellement. Son état devint de plus en plus florissant jusqu’au quatorzième siècle, où l'abbé de Luçon devint évêque. Ce fut le pape Jean XXII qui établit le nouveau titre épiscopal par sa bulle du 13 août 1317.
L'église de Luçon partagea le triste sort d’un grand nombre de monuments religieux à l'époque de la prétendue réforme. A plusieurs reprises, les protestants exercèrent dans la ville les plus terribles violences ; ils conservèrent longtemps cette position comme très-favorable au libre exercice de leurs maximes. En 1568, un des chanoines de l’abbaye, animé d'un saint zèle, se fortifia dans la cathédrale, où, après avoir soutenu un long siége contre les hérétiques, il fut massacré avec la garnison, qui s'était retirée dins l’église.
La cathédrale de Lucon est bâtie dans des dimensions assez vastes et sur un plan régulier; la nef principale et ses collatéraux se développent dans des rapports d'étendue et
d'harmonie remarquables. Au premier coup d’æil, on y dé-
couvre les traces de différents genres d'architecture, depuis le style romano-byzañtin de transition, jusqu'au stÿle ogival le plus avancé. La masse cependant appartient à la restauration du douzième siècle, et les détails peuvent être attribués à des réparations postérieures.
L'effet général à l'intérieur est imposant et religieux. Les colonnes ;, groupées en faisceaux, sont coüronnées de chapiteaux garnis de feuillages ; les sculptures en sont bien traitées et rappellent, à un certain degré, les formes élégantes répañdues avec tant de profusion dans les monuments contemporains du Poitou. Le ciseau des artistes a sû communiquer à tous les d'tails sur lesquels il s’est exercé cette grâce particalière qu’on perdit plus tard. Les œuvres les plus anciennes ont conservé dans leur simplicité même un charme naïf qu’on ne rencontre point ailleurs. Les arcades sont la plupart ogivales et d’une hardiesse propre à faire connaître l’avancement des nouveaux principes qui partout tendaient à s’introduire dans l'art régénéré. Le douzième siècle, aux yeux de l’antiquaire observateur, est une époque de progrès encore inexplicable sous plus d’un rapport. Dans quelle région le niouvement a-t-il commencé? sous quelles inspirations s'est-il effectué? Ce sont là des problèmes que la science ne tardera pas à résoudre. L'étude philosophique de nos antiquités religieuses et nationales amènera certainement des éclaireissements impatiemment attendus de tous les hommes préoecupés de ces hautes questions qui touchent aux plus grandes pensées qui aient remué les hommes pendant plusieurs siècles.
L'extérieur de la cathédrale de Luçon manque un peu de
cette décoration pittoresque et animée des autres cathédrales.