NANCY
Le frontispice doit être considéré comme une des plus belles pages inspirées par l'esprit religieux et exécutées par le quinzième siècle. L'œil est ébloui en examinant cette colossale composition. Depuis les trois voussures garnies de festons et de niches fleuronnées des portes inférieures, jusqu'à la couronne découpée à jour, posée sur la tête des deux tours, c'est un assemblage des formes les plus gracieuses , des ciselures les plus fines et des lignes les plus pures et les plus suaves. Niches, dais, aiguilles, pinacles, feuillages, galeries transparentes, frontons garnis de crosses végétales, toutes les créations du style ogival sont rassemblées avec un goût exquis dans un petit espace. Nulle part on ne verra des contre-forts, des clochetons, des ares-boutants ornés plus somptueusement. On dirait que la pierre devait être couverte de dentelles, de fleurs et de ces mille formes capricieuses que les artistes de la troisième époque ogivale savaient employer avec une verve inépuisable. Nous ne saurions mieux exprimer notre pensée qu'en comparant le sommet des tours du portail de la cathédrale de Toul à la magnifique tour couronnée de Saint-Ouen de Rouen. C'est la même délicatesse, la même profusion d’ornements, le même port majestueux. Au-dessus de la porte principale est une rosace garnie de vitraux de couleur, encadré dans un vaste triangle ogival. Les trois galeries à balustre en fleurs de trèfle qui règnent sur toute la largeur du portail sont ‘d’une élégance sans rivale. La hauteur de chacune des deux tours est de soixante-seize mètres environ.
Comme il est pénible au cœur chrétien de ne plus retrouver
dans cette splendide église qu'une ombre de sa grandeur
passée! L'enceinte paraît déserte depuis qu'elle n’est plus remplie par ces imposantes cérémonies qui accompagnent un évêque.
La cathédrale de Nancy est un édifice de construction moderne : le portail de cette église est formé d’un avantcorps, de deux arrière-corps et de deux tours formant une façade large de cinquante mètres. Deux ordres la décorent: le corinthien dans le soubassement, le composite au-dessus. L’avant-corps où se trouve la porte principale, qui est cintrée, a une archivolte et des impostes décorées de moulures. Surmonté de deux anges prosternés devant une croix placée au milieu, il se compose de colonnes accouplées et de pilastres en arrière, avec un entablement qui règne le long de la façade. Son pourtour et les arrière-corps sont également décorés de pilastres du mème ordre. Une porte, surmontée d'un cadre rempli de trophées, occupe la partie médiane des arrière-corps. L'ordre composite, placé sur ce soubassement , règne dans toute l'étendue de la facade, et présente en avant des colonnes accouplées de chaque côté d'un vitrail orné d’une balustrade. Les arrière-corps à pilastres contiennent une niche cintrée avec imposte. Les tours, décorées de pilastres, ont un vitrail en plein cintre, balustrade au pied et agrafe sur la clef. Au-dessus de ces deux ordres et au centre, on a placé un attique renfermant, entre des colonnes accouplées d'ordre composite et l'entablement, un vitrail coupé dans le milieu, supportant un fronton où étaient les armes pleines de Lorraine, avec la couronne royale, les deux aigles pour supports , la croix de Lorraine pendant à leur cou. Le cintre de l’attique est orné d’une croix, des
NANCY. 619 vases surmontent les colonnes, et un cadran occupe le centre du vitrail. Les tours, décorées, comme l’attique, d’un second ordre composite avec pilastres, ayant sur chaque côté une fenêtre en plein cintre, sont surmontées d'un troisième ordre composite en pilastres, formant une tour ronde ouverte de toutes parts, au-dessus de laquelle se trouve un dôme couvert en pierres de taille, avec une galerie à balustrade en pierre. L'entablement est orné de pots à feu au-dessus de tous les pilastres; le dôme se termine par une lanterne décorée de pilastres et d’un balcon en fer surmonté d’une flèche à girouette; l'ensemble présente une élévation de quatrevingts mètres.
L'intérieur de l'église, exécuté avec tout le soin dont l'art moderne était capable, parait généralement d’une lourdeur excessive. La nef et les collatéraux sont bâtis dans des rapports bien proportionnés : ils ont seize mètres soixante centimètres de longueur; la nef présente quatorze mètres en largeur , et les collatéraux, huit. La dernière partie, près du sanctuaire, est couronnée d'un dôme solidement construit sur seize mètres de diamètre. La voûte en a été peinte par Claude Jacquart; l'artiste y a représenté le ciel ouvert; les autres voûtes de l’église sont en lunettes , ayant des arcs-doubleaux ornés de roses encadrées, soutenues par des massifs en pierre, couverts de pilastres cannelés d'ordre corinthien. Une galerie avec balustres se prolonge tout autour de lédifice ; les bas-côtés sont également ornés de pilastres, entre lesquels
se trouvent de chaque côté trois chapelles rentrantes.