I. E. Q,QXïiyjfit,V Architecture gothique, "f
Les chapelles latérales offrent une disposition rare ; elles communiquent ensemble, à une hauteur de 3, 00. par une claire-voie à meneaux sans vitraux.
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A la croisée, établie sur des sortes de trompes, se dresse une merveilleuse lanterne, la plus belle de France, flanquée sur les quatre faces dia<4onales de tourelles d'escaliers, et appelée vulgairement le Plomb. Cette tour centrale, qui devait être couronnée par une flèche et contient la belle coupole éclairée de fenêtres, est restée
CATHÉDRALE DE LISIEUX i6g
inachevée. Elle est portée sur quatre pendentifs dont les assises supérieures forment de forts bandeaux moulurés ; elle est voûtée sur seize nervures se réunissant à 57, 50 de hauteur autour d'un œil de voûte. Un joli triforium contourne le premier étage, audessus des arcatures en tiers-point encadrant une galerie de circulation à balustrade tréflée, qui sert d'appui aux seize colonnettes des branches d'ogives, entre les hautes lancettes de la lanterne.
On retrouve à Coutances, en avant des chapelles absidales, deux tourelles carrées normandes qui contiennent des escaliers et, comme à Bayeux, séparent très heureusement l'abside du chœur proprement dit.
Les collatéraux comme la grande nef sont couronnés de riches balustrades et percés de grandes verrières aux meneaux rayonnants.
Les deux portails latéraux du Nord et du Sud, très profonds, sont surmontés de terrasses avec balustrade à quatre-feuilles et leurs pignons, percés de lancettes en triplet, sont flanqués de deux tourelles couronnées de hautes flèches octogonales.
La cathédrale de Coutances possède des vitraux bien conservés des XIV^ XV^ et XVI° siècles.
La belle chapelle de la Vierge abrite depuis 1862 le tombeau de Mgr Daniel.
L'école normande n'a guère possédé de statuaires au moyen âge ; aussi ne rencontrons-nous ici que peu de statues et de bas-reliefs ; la sculpture purement décorative fait presque seule les frais de l'ornement.
lY. — CATHEDRALE DE LISIEUX (').
LA cathédrale de Saint- Pierre bâtie parmi de vieilles maisons, au fond de la jolie vallée que baignent l'Orbiquet et la Toucques, est un des premiers édifices de l'époque gothique et l'un des mieux conservés malgré d'importantes réparations. Elle est de style français, avec une abside et une façade normande ; elle fut construite de 1 140 à 1223.
Un incendie ayant dédruit la cathédrale du XI^ siècle, l'évêque Arnould entreprit sa reconstruction; à sa mort en ii8i la nef, le transept et une partie du chœur étaient terminés ; elle fut achevée au XIII' siècle.
Cette église, dans ses nefs, est plus française que normande. Ses grandes arches au cintre brisé sont portées par des colonnes monocylindriques ; la sculpture est celle de l'Ile-de-France. Le triforium a l'apparence d'une tribune. Toutes les voûtes sont en croisées d'ogives simples ; la tour lanterne est normande.
« M. Millet, qui a fait le principal de la restauration, et après lui M. M. Naples et Saint-Anne Louzier, se sont montrés artistes et hommes de goût ». Ainsi s'exprime
i. R. Vasseur, Étude historique et arclu'ologique, sur la cathédrale de IJsieiix.
CAlllÉDRALES GOTHIQUES
H. Lambin, à qui nous allons faire de larges emprunts pour décrire cet édifice : i Saint -Pierre de Lisieux se compose d'une nef à huit travées, avec bas-côtés
et chapelles collatérales, précédée d'un porche intérieur et accompagnée de deux collatéraux avec chapelles ; d'un transept avec bas-côtés du côté de l'Est, au milieu duquel s'élève une tour quadrangulaire ou lanterne percée de fenêtres, et d'un chœur, dont la partie droite a quatre travées et la partie circulaire ou abside en a sept.
Ce chœur a un pourtour avec trois chapelles absidales, deux hémicycles et un troisième au chevet, très profondes terminées en trois pans et dédiées à Notre- Dame. Le transept, dans sa partie orientale, est tlanqué d'un collatéral. î>
/■ig. JÔS. — INTKKIliL-K UE LA CATHKIJRALE DE LISIEUX.
La lonfîueur totale de l'édifice, y compris la chapelle de la Vierge, est de no mètres. Les voûtes principales ont 28 mètres d'élévation. La nef, de huit travées, le transept et les deux premières travées du chœur sont du milieu du Xlh siècle; les deux dernières travées de ce chri.ur, c'est-à-dire de la partie droite, et celles de l'abside, sont du commencement du Xlirsiècle, époque à laquelle on a refait la i)lus grande partie du chœur primitif. La chapelle de la Vierge est du XV siècle ; les deux autres chapelles absidales, du XII P siècle comme l'abside, et enfin celles des collatéraux de la nef. du XI V siècle. Certaines ressemblances qui existent entre Saint-
CATHEDRALE DE LISIEUX 171
Pierre de Lisieux et les cathédrales de Se:is et de Caiitorbéry, construites vers la même époque par Guillaume de Sens, permettent de penser que cet architecte a pu donner le plan de la cathédrale normande. C'est sous l'épiscopat d'Arnould, qui fut évcque de Lisieux de 1141 à 1182, que l'on jeta les fondements de l'édifice, et feu Anthyme Saint-Paul inclinait à dater de 1160 à 1 165 le commencement des travaux, vu le style déjà avancé de ses arcs et ses moulures.
Endommagée par le feu .en 1226, terminée en 1233, Saint-Pierre passe pour l'édifice de transition le plus intéressant de Normandie. Il ressemble à Notre- Dame de Laon.
On franchit le parvis par douze degrés, et l'on monte à la nef par six autres, à travers un portail du XIII'' siècle.
Les nefs sont remarquables par leurs piliers monocylindriques à lourds chapiteaux carrés, qui accusent l'époque de transition. Les grands arcs sont d'un beau dessin, en dépit d'une large archivolte, qui enlève à l'arc brisé beaucoup de sa hardiesse et de sa grâce. Un triforium, actuellement fermé, règne au-dessus ; il éclairait primitivement une tribune qui n'a jamais été voûtée. Le transept s'harmonise avec la nef, et le collatéral qui existe dans sa partie orientale lui donne de l'ampleur, de même que la lanterne qui sépare ses deux bras semble encore ajouter à sa hauteur. Les huit fenêtres de sa lanterne, couverte d'une voûte à huit branches, et les vingt-six lumières de diverses formes percées dans les murs de face et de côté, l'éclairent abondamment.
Le chœur offre, comme la nef, un triforium très élevé. Quinze fenêtres illuminent ce chœur, dont l'ensemble est remarquable. La vaste chapelle du chevet, dédiée à la Vierge, fut construite par Pierre Cauchon qui, passé de l'évêché de Beauvais à celui de Lisieux, aurait voulu, selon une tradition d'ailleurs suspecte, expier par cette œuvre la sentence inique rendue contre Jeanne d'Arc. L'abside de Lisieux rappelle celles de la cathédrale de Rouen, avec ses absidioles.
L'église contient des tombes antiques logées dans des enfeus.
La flore ornementale de Saint- Pierre de Lisieux, dit M. Lambin, est celle des XI P et XI IP siècles pour la nef, le transept, le chœur et les deux chapelles absidales bâties en même temps que ce chœur; celle des XI IP et XIV' siècles, pour les chapelles des collatéraux de la nef; celle du XV°, pour la chapelle de la Vierge. On y voit se développer le nénuphar, la vigne et la fougère, et l'arum au porche, au chœur et aux nefs ; au chœur, les mêmes plantes élégantes avec l'arum.
Dans les chapelles latérales de la nef, on trouve de la chélidoine, de la renoncule, du liseron, du rosier sauvage, du lierre, du chêne et de la vigne. Ces feuillages ne sont pas plissés, ondulés, nervés en creux, comme ceux du milieu du XI V' siècle ; c'est touffu, simple et charmant.
Enfin, dans la chapelle de la Vierge, s'étale la flore du XV' siècle : le houblon, la citrouille, le chou frisé et d'autres plantes. Avec ces plantes on retrouve la renoncule, le chêne et la vigne, mais largement découpés, déchiquetés, selon la
manière des artistes de cette période.
Jetons maintenant un regard sur l'extérieur de la cathédrale, précédée d'un parvis, auquel on monte par 1 2 degrés.
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« Le graïul portail, auquel on parvient par un large perron de six marches, date dans son ensemble de la fin du XI 1° siècle ou du commencement du XIII'. Il y a trois portes correspondant à la nef et aux bas-côtés. La porte centrale est veuve de sa riche ornementation. Les portes latérales présentent dans leurs ébrasements un système d'arcatures d'une très grande élégance ; dans les voussures courent des rinceaux de vigne découpés à jour et du plus charmant effet.
> Au-dessus de la porte principale est percée une immense fenêtre, de la même époque, mais dont l'ornementation est moderne ; son grand arc retombe sur des colonnettes séparées dans toute leur longueur par des rinceaux de vigne. Les meneaux qui divisent ces trois verrières sont plats et couverts de vigne ; plus haut viennent une galerie fort simple et le fronton, sur lequel se tient un ange qui sonne de la trompette, La tour de gauche n'est pas terminée. Elle porte sur une sorte de socle imbriqué, et présente deux étroites fenêtres, d'une hauteur surprenante, faisant suite aux arcatures de sa base. Malheureusement la flèche de la tour gauche n'a pas été faite ; elle est remplacée par un toit en charpente à quatre pans, recouvert de tuiles. La tour droite est du XVI" siècle et porte aussi sur un socle imbriqué. Chacune de ses faces correspondant à ses angles est garnie d'un lourd clocheton. De loin cette tour ne manque pas de grandeur, mais de près on reconnaît qu'elle est d'un travail imparfait. »
Le transept est doublé d'un bas-côté à l'Est ; son croisillon Nord n'a pas de portail. Le croisillon Sud en a un, de la fin du XI P siècle; l'ordonnance en est simple et sévère. La lanterne du X 1 1 1^ siècle qui s'élève sur la croisée, a été restaurée en 1452 ; elle a perdu depuis fort longtemps sa flèche en charpente revêtue de plomb.
Le chœur contient des stalles du XIV* siècle.
CATHÉDRALE D'EVREUX (')
SAINT Taurin dédia à Notre-Dame la première église d'Évreux. Détruite par les Normands, elle fut reconstruite au XI' siècle et consacrée en 1072 par Lanfranc, moine Lombard d'origine, venu de Bourgogne en Normandie ; il est un de ceux qui ont répandu dans l'Occident les principes de la construction lombarde.
Au siège de 11 19 le roi Henri Ii^"" d'Angleterre avait, avec le consentement de l'évêque Audin accouru dans son camp, livré aux flammes au moyen de ses machines la cathédrale romane, où s'étaient retranchés les défenseurs de la ville. Le monarque, réparant ce malheur, commença de la reconstruire à ses frais. L'œuvre fut reprise au XIII' siècle. En 1202 le pape accordait des indulgences à ceux qui
I. Lcbeurrier, Nota sur la cathidrale d'Evreux, 1874. — Cli. Cablet, Scire-Dame d'Evreux. Revue de l'Art chr/tien, 1863, p. 402, — Abbé Fossey, Histoire de la cathédrale d'Évreux M901). — V. l.ibretto de la Gilde de Saint-Thomas et de Saint- Luc, excursion en Normandie, 1895. — C" de Bury, Le chœur de la cathédrale d'Evreux et sa restauration.
CATHEDRALE D'ÉVREUX
contribueraient à la réédification. Le feu détruisit l'église Saint-Taurin en 1356, puis en 1379, et enfin encore en 1516 ; chaque fois elle fut relevée de ses ruines. Aussi
PORTAIL SUD DE LA CATHEDKALE DEVUEUX.
reste-t-elle empreinte des vicissitudes orageuses de son sort, en même temps que des
modifications de style d'architecture aux différentes époques de ses reconstructions.
De l'édifice consacré par Lanfranc il reste, avec le mur voisin de la sacristie, les
arcades des deux dernières travées de la nef; les cinq autres furent élevées en i 1 19 par Henri I" jusqu'au triforium, qui date de 1202. Vers 1240, on édifia l'étage de la claire-voie, dont les fenêtres à quatre lumières rappellent celles de la Sainte-Chapelle de Paris. De 1247 à la fin du XI II" siècle, furent construites toutes les chapelles latérales de la nef. Vers 1275, on commença la reconstruction du superbe chœur, qui a cinq travées, des chapelles collatérales et cinq chapelles absidales y compris celle de la Vierge, profonde de cinq travées ; il mesure S"\oo de largeur ; il est plus large que la nef, ce qui donne une allure évasée à la travée qui suit le transept. Ce dernier est de style flamboyant. La chapelle absidale et la tour centrale sont du XV'' siècle ; les autres sont de la renaissance avec leurs riches clôtures. Le portail occidental fut élevé au XV I' dans le goût italien ; sa construction disparate, comprenant des parties du XL, XIL, XIIL, XIV'\ XV' et XVII' siècles, exprime la longévité de la pensée qui a soutenu cette construction, et dont quinze générations ont respecté la conception première. Le noyau des deux tours est du XIL siècle; étrangement couronnées, elles sont inégales en hauteur, l'une restant inachevée ; elles offrent des ordres classiques superposés ; ce sont des conceptions gothiques exprimées en phrases classiques ; l'une se termine par une coupole et l'autre par une pyramide. Elles ont été refaites sous Henri II et Louis XIIL Des pilastres, des entablements classiques, traversent sa structure gothique et lui donnent un aspect bâtard mais piquant.
Les arcs-boutants de la grande nef étaient doubles ; malgré les réclamations des archéologues, ils ont fait place à des arcs simples.
De belles roses entr'ouvrent les pignons du transept. Le riche portail qui est percé du côté du Midi est surmonté d'une rose flamboyante comme un soleil et d'un gable colossal et flanqué de deux tourelles toutes tapissées d'ornements fleuris qui encadrant un pignon lui-même richement découpé. Au-dessus s'ouvre une belle rose dont la résille, formée d'arcs de cercles entrecroisés, rappelle les jeux de dessins que montrent certaines roses mouvantes de la lanterne magique.
Le portail Nord est un des joyaux du style flamboyant ; l'imagination des sculpteurs du XX" siècle s'est donné libre carrière dans cet artistique fouillis de sculptures, où se dessine une galerie à jours soutenant une magnifique rosace d'une délicatesse et d'une élégance rares.
L'intérieur de l'édifice offre une svelte ordonnance gothique greffée sur de larges arcades romanes aux rouleaux plein-cintre en retraite, et aux piliers à colonnes engagées. Le triforium, à rangées de cinq arcades, est bordé d'un balcon à quatrefeuilles, de style très normand ; la claire-voie aux fenestrages rayonnants, est haute et large ; les voûtes sont de belles croisées d'ogive.
Vu du bas de la nef longue et étroite, le vaste choeur produit un merveilleux effet, avec ses quinze belles verrières, avec son triforium et sa claire-voie si lumineuse ; il est véritablement d'une architecture aérienne. II est fermé latéralement par une intéressante clôture en bois, ouvrage exécuté vers 1600, et en avant, par des grilles du XVI IL siècle remarquables, mais de style disparate.
L'évéché est rattaché à la cathédrale par un cloître de même style.
CATHEDRALE D'EVREUX
La lanterne d'Evreux est admirable ; c'est comme une nouvelle édition, plus prudente, de celle de Beauvais, de sinistre mémoire. La pyramide couverte en plomb qui la surmonte, haute de ^2) mètres, dresse au souffle des vents les légères dentelles qui la couronnent jusqu'à la tête ; elle contraste avec le beffroi classique qui se dresse en tête de la grande nef.
« Carrée, percée sur ses quatre faces de fenêtres ogivales, entourée d'une galerie découpée d'où jaillissent à chaque angle d'énormes gargouilles, la tour, dit M.H. Chartraîne ('), est surmontée d'une pyramide en charpente découpée à jours et couverte de plomb. »
Le métal, primitivement étamé, avait un tel éclat, que le peuple avait donné à la tour le nom de Clocher d'argent. Elle date du règne de Louis XI (le fameuxcardinal La Balue était alors évêque d'Évreux), « Chose merveilleuse dit le » Métnorial du comté d É- > z'>-^7<j;,quede tant d'histo- » riens qui ont écrit la vie » de Louis XI", roy de » France, pas un seul n'aict » faict mention du zèle de » ce grand prince envers » l'église Cathédrale de » Nostre Dame d'Evreux, » qu'il a réparée, et faict » bastir la Lanterne du » petit clocher, œuvre ad- » mirable, portée sur quatre pilliers, et attachée, à la croix de la nef, revestue de vuistres, où » les armes de France et de Charlotte de Savoie sont dépeinctes (-). »
Commencée en 1874, la restauration de l'église, dirigée par Darcy, a coûté près d'un million et demi ; la nef a été rendue au culte en 1887 ; puis, la restauration du chœur a été entreprise, et a duré jusqu'en 1896. Les travaux de restauration comportaient l'abaissement du sol du sanctuaire ; ils ont mis au jour en 1895 des substructions qui paraissent appartenir à un ancien déambulatoire, soit de l'église consacrée en 1072 et détruite en IH9, soit d'un chœur reconstruit au commencement du XII P siècle.
La cérémonie d'inauguration du chœur et du nouveau maître-autel de la cathédrale d'Évreux a eu lieu en grande pompe en novembre 1896. Cette partie de la cathédrale, fermée au culte depuis neuf ans, a été l'objet d'importants travaux.