I. — DOME DE MILAN
LE style gothique ne s'est acclimaté qu'avec peine en Italie. Le climat ne s'y prêtait guère, et les traditions du peuple italien le tenaient incliné avec prédilection vers l'art antique. C'est pourquoi l'architecture du moyen âge y a disparu avant d'avoir atteint son dernier développement. On commençait à bâtir la plus grande église gothique du pays, le dôme de Milan, en 1386, lorsque déjà, à Florence, les formes classiques avaient commencé à se montrer aux galeries des tribunes de Sainte-Marie-de-la-FIeur. Il est vrai que le dôme de Milan (') n'a guère de gothique que ses voûtes et la multitude de ses clochetons, de date récente. « Son style, dit M. A. Milani (=), dans son étrange originalité, a une place à part dans l'histoire de l'architecture. »
C'est à Jean Galéas Visconti, premier duc de Milan, que la ville est redevable de sa cathédrale majestueuse ; il la fit ériger, selon les uns, pour expier le meurtre de son oncle et beau-père Barnabo Visconti et des trois fils de ce dernier ; selon d'autres, en acquit d'un vœu fait pour obtenir un héritier de sa seconde épouse, fille de Barnabo, après la mort des trois fils qu'il avait eus de sa première femme.
Dédiée à la Nativité de la Vierge, comme l'indique l'inscription de la façade, c'est, après Saint- Pierre de Rome et la cathédrale de Séville, la plus grande église de l'Europe, et les Milanais l'appellent la huitième merveille du monde.
On a cru que le dôme avait été élevé par un architecte Suédois, Henri Arler, de Gmiinden. A la fin du KIY"" siècle un peintre flamand établi à Paris, Jacques Coene, était appelé à Milan pour dessiner en projet toute la cathédrale de Milan, du fondement au sommet (3). Un maître-d'œuvre parisien, Philippe Bonaventure, partit en 1389 pour l'Italie, où il allait, durant deux ans, diriger les travaux du dôme commencés depuis peu ; il dessina la grande croisée de l'abside. On sait maintenant, à la suite de bien des recherches et des discussions, que Marco Frisone da Campione (t 1390) est l'auteur du plan terrier. Jean Galeas avait posé la première pierre de l'édifice en 1386, mais ce n'avait été qu'une cérémonie d'apparat. On eut recours pour l'exécution à des architectes Allemands, Français, Italiens, pour réaliser le plan de Marco Frisone, qui fut adopté en 1390. Henri Arler n'intervint qu'à partir de 1394; après lui les travaux furent confiés à Ulrick d'Ensinger, à Pierre Loisart, de Paris (^) et à Jean Mignot, Français. Plus tard Brunelleschi, Bramante, Léonard de Vinci, Jules Romain y travaillèrent passagèrement. Saint Charles Borromée demanda à Pellegrini le projet de la façade, dont l'exécution fut commencée aussitôt, et reprise à la fin du XVIP siècle sous la direction de J.-C. Sthorer ; cette façade fut démolie en 1790, Napoléon eut l'ambition de reprendre le grand œuvre, qui ne devait être achevé que de nos jours.
I. Monographie de la cathédrale de Milan. Milan, Épimaque, 1830.
3. V. Encyclopédie d'architecture, t. V, p. 250. — V. Églises p/incipales de l'Europe, Milan, Ferd. Artoria, 1824.
3. V. Annales du congrès archéol. de Gand, 1907, t. I, p. 324.
4. V. H. Stein, Les architectes des cathédrales françaises, Paris, Laurens, 1909.
Le monument n'est pas encore terminé dans ses détails. Le vaisseau, partagé en cinq nefs, a 449 pieds de longueur, 275 de largeur au transept, J38 de hauteur sous la coupole et 147 à la nef centrale. Un des deu.\ collatérau,\ fait retour sur les
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croisillons de l'énorme transept, qui présente trois nefs ; le chteur est entouré d'un collatéral simple, limité par trois larges pans. Des tourelles d'arcades carrées au nombre de neuf, montent à tous les angles saillants de l'édifice. La coupole, avec son couronnement, atteint 63 mètres, la tour, 108 mètres. Le toit est orné de 98 pinacles, et l'extérieur de l'église, de 2000 statues de marbre.
Sans être un chef-d'œuvre au point de vue du style, la cathédrale de Milan n'en est pas moins un monument d'un effet magique, avec sa profusion de ciselures et de dentelles de marbre courant le long des toits, sa forêt de tourelles, de clochetons et d aiguilles au nombre de cent douze. Au pourtour extérieur de cette montagne de marbre blanc, taillée, ciselée, ouvrée, s'entasse un fouillis de sculptures, de statues et de bas-reliefs représentant des scènes de l'Ancien Testament.
La terrasse est formée de grandes dalles de pierre et bordée d'un peuple de saints en marbre, dont le nombre atteint presque 7.000; Napoléon y figure en compagnie d'Eve !
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La grande aiguille aiguë qui se dresse sur le dôme au centre de la basilique porte haut dans les airs la statue en bronze doré de la sainte Vierge.
En pénétrant dans le vaste édifice, le visiteur est d'abord émerveillé par l'ornementation de la voûte, qui paraît sculptée avec une richesse remarquable ; en regardant avec soin, il s'aperçoit qu'il a été la dupe d'un de ces trompe-l'œil si chers aux Italiens ; en effet, cette étonnante ornementation sculpturale n'est en réalité qu'un simple décor peint sur la voûte avec une perfection que trahit seulement le crépi tombé çà et là ('). L'intérieur, de même que la façade, n'offre pas de style uniforme ; mais il produit un effet considérable par ses dimensions colossales. Cinquantedeux colonnes de marbre de 84 pieds d'élévation sur 24 de circonférence soutiennent les voûtes. « Les deux monolithes en granit rouge qui ornent intérieurement la porte principale sont peut-être les plus hauts qui aient jamais été employés dans une construction. Un peuple de statues en marbre, placé dans une longue ceinture de niches, anime l'intérieur et forme le cortège du Dieu qui repose sur l'autel. Le baptistère est formé d'un grand bassin de porphyre, qui passe pour avoir appartenu aux thermes de Maximien Hercule. »
« Le chœur, fermé par une superbe grille, s'élève de plusieurs degrés au-dessus de la nef. Il est entouré de stalles, dont les sculptures représentent la vie de saint Ambroise et d'autres archevêques de Milan ; elles sont regardées comme un chefd'œuvre. Au-dessus du maître-autel brille le riche tabernacle où l'on conserve le santo ckrodo, clou de la vraie croix, porté en procession par saint Charles pendant la terrible peste de i576(=). »
Milan a voulu donner à sa cathédrale une façade digne d'elle. En 18S4 un riche Milanais a laissé sa fortune au Dôme à charge de reconstruire la façade. A la suite d'un concours, on a adopté le projet de l'architecte Brentano. Depuis on s'est arrêté à un nouveau projet qui respecte les deux étages du XV II" siècle et ne renouvelle que la partie supérieure, élevée à la hâte sous Napoléon. Le pignon unique est remplacé par un pignon central et deux demi-pignons.
Fl'g. 320. — PLAN DE LA CATHÉDRALE DE MILAN ET DE SA t^OOl'OLE.