II. — BASILIQUES DE SAINT-FRANÇOIS ET SAINTE-MARIE DES ANGES A ASSISE
C'IiST sur les traces du Père séraphique saint François que nous dirigerons maintenant nos pas. Allons faire un pèlerinage à Assise, à la double église qu'on proclame la perle de l'Italie chrétienne, le chef-d'œuvre de l'École ombrienne, et le véritable sanctuaire de l'art catholique ('). Elle vaut bien une cathédrale, et sa description ne sera pas tout à fait un hors-d'œuvre.
La basilique, un des premiers monuments de l'art gothique en Italie et un des plus gothiques de la péninsule, domine le Sacré Couvent, dressé sur un roc escarpé et déclive. Attribuée à Jacopo (d'Allemagne), la façade paraît plutôt lombarde avec sa grosse tour carrée qui la flanque au Nord, divisée en nombreux étages aux arcatelles aveugles et le large pignon percé de roses et de trois portes, traversé par une bande d'arceaux décoratifs ; ce doit être l'œuvre d'un maître cosmaque. La première pierre en fut posée en i228(''). Jacopo eut pour successeur, son disciple Philippe de Campello.
L'œuvre, terminée vers 1236 ( ), est admirable par la simple élégance de ses piliers et l'élan des voûtes de sa nef simple, à chevet polygonal. Elle respire le symbolisme profond des églises du Nord. En plan elle offre la forme du Tau imprimé sur le front de saint François. C'est une nef simple à chevet polygonal. Elle se compose en réalité de trois sanctuaires superposés : la crypte, tombeau du Père séraphique, l'église basse, image de sa vie terrestre, et l'église haute, symbole de son apothéose dans le ciel. La crypte forme une véritable église souterraine, qu'on mura après y avoir déposé le corps de saint François et que l'on appelait l'église invisible. Les restes du saint, heureusement retrouvés en ibi8 dans l'anfractuosité d'un rocher et renfermés dans un vase précieux, sont conservés dans la crypte. Celle-ci n'est plus la primitive, laquelle a fait place à une autre toute moderne d'aspect, décorée de marbres de toutes couleurs ; un autel est placé au-dessus de la châsse ; des bas-reliefs en terre cuite ornent les parois des murs ; deux statues en marbre blanc représentent Pie VII et Pie IX.
La crypte est donc surmontée, comme à Saint- Michel-du-Mont en France, de deux églises superposées. C'est d'abord une église inférieure, basse, sombre, respirant la tristesse, la pauvreté, la pénitence, véritable image de saint François sur la terre. Ses voûtes en plein-cintre reposent sur des piliers massifs, soutenues au dehors par la base des arcs-boutants des voûtes légères de l'église haute, laquelle est, par un beau contraste, semblable à la Jérusalem céleste, au séjour glorieux de l'Apôtre de la pauvreté.
I. Mgr Gaume, Les trois Rome, t. III, p. 201. — V. Thode, Franz von Assise. î. V. Milani, Encyclopédie (Turchiteclure, t. IV, t. 251. 3. V. Thode, Frans z'on Assise.