R. Garland, ouvrage cité
A.- F. Kendrick, Lincoln cathedral, Londres, Gleeson et White.
2. Voir Bulletin Je la Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc, .\VII'= exemplaire, 2"^ fascicu'.e.
3. Voir la Préface du tome I, Cathédrales latines romano-byzatitines.
(. ATHEDRALES GOTHIQUES
< Les vieilles portes qui clôturaient le quartier réservé aux clercs, sont encore debout et permettent de reconstituer par la pensée, ce que devait être ce séjour de paix et de prière. Du côté Sud, sur l'un des flancs de la colline, étaient situées les ravissantes demeures des vicaires choraux, groupées au nombre de treize dans un enclos qui ressemble à un petit béguinage, où les fenêtres ogivales et les toits pointus émergent partout de flots de verdure et de fleurs. A côté de CCS modestes demeures, se trouve l'ancien palais épiscopal dont les ruines, pleines
d'austère poésie et de grandeur, remplissent le jardin du palais épiscopal actuel. Tout cela a non seulement un aspect pittoresque et artistique, mais est imprégné de foi catholique et reporte invinciblement l'observateur vers les siècles qui virent éclore ces ravissantes constructions... »
La majestueuse cathédrale est comme le cœur et le centre de tout cet ensemble. On l'aperçoit de partout, des jardins comme des chambres du palais épiscopal, comme de la plus humble demeure d'employé r de l'église. Vue de la pelouse qui 1^*T*tT ç s'étend devant le chevet, avec la
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longue façade du Sud de la majestueuse salle capitulaire, elle est réellement féerique.
« Partout les lignes architecturales puissantes, les silhouettes, les formes gracieuses et énergiques du XI 11° siècle, Ifes baies largement ouvertes, les contreforts admiral)lement combinés, les grands toits aigus de cette belle époque ; et, pour couronner cet ensemble, la grandiose tour centrale, majestueuse et sobre qui forme réellement le centre et le som-
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met de l'édifice (') >.
L'immense et superbe cathédrale de Lincoln appartient au genre dccoratcd, mais dans une donnée relativement sobre et comparable, comme pureté de lignes, aux cathédrales françaises. Le chœur est du XIV" siècle, les parties principales, du commencement du XIII'. Elle mesure à l'intérieur 481 pieds de longueur, et couvre 57.000 pieds carrés.
La cathédrale de Lincoln, en même temps qu'une des plus belles de l'Angleterre, est celle peut-être qui montre mieux la filiation entre les églises gothiques françaises et plusieurs monufnents anglais. Elle est un remarquable sujet d'étude comparative, et présente dans son architecture un mélange de caractères anglais et français.
I. Dans son ensemble et dans ses détails elle étale une splendeur, dont l'impression a été traduite d'une maoièic piquante par des mots qu'on adresse vulgairement à une personne qui se laisse emporter par la colère : < Elle se fâche comme le diable à la vue de Lincoln t.
CATHEDRALE DE LINCOLN
«Elle met en présence, dit feu E. Corroyer, l'architecture anglaise avec sa structure massive ornée de détails, formée par des lignes verticales, rigides, sèches et dures comme le fer, et l'architecture française, gracieuse et ferme à la fois, souple et forte comme l'or, plus solide et plus résistante que le fer sous l'apparence d'un art plus parfait. Si la façade et les tours de l'Ouest sont anglaises, le chœur et l'abside sont français comme composition et très probablement comme exécution, de même que la salle capitulaire, dont les dispositions et les détails rappellent ceux des façades latérales de Bourges. >
« Quel superbe monument, écrit M. Soi), élancé, richement décoré, couronné par trois tours élevées, où on ne s'aperçoit presque pas de l'absence de flèches, et qui serait si beau sans le malencontreux porche accolé à la façade, et qui fait l'effet d'un vaste écran derrière lequel on a voulu cacher ce bijou de cathédrale (■) ! »
Disons quel ques mots de ses origines.
C'est en 1073, que l'évêque Rémi de Fécamp entreprit la construction de la première
cathédrale, consacrée sous Robert Block ( 1094- 1 123), incendiée l'année suivante et restaurée, renversée enfin, en 11 85, par un tremblement de terre. De cette construction il reste une partie de la façade Ouest et la base des tours de tête. Sa reconstruction fut entreprise par saint Hughes de Lincoln, ancien évêque de Grenoble, entre 11 86 et 1200, selon les idées françaises. Le chœur, la nef jusqu'au clair-étage, le transept, et les bas-côtés Est du grand transept datent de ce temps, de même que la partie centrale de la façade Ouest. Le reste du transept et le porche, nommé Galilée, ainsi que le haut mur des nefs, sont du commencement du XII 1« siècle ; ces parties appartiennent au gothique primaire et furent élevées en partie par l'évêque Grossetête, Anglais, mais élevé en France, de 1203 à 1253, à l'exception du presbytère, ou chœur des anges, qui ne fut achevé qu'en 1282.
On connaît le nom de l'architecte employé par saint Hughes : c'est Geoffroi de Noiers, Anglais d'origine, et qui a conçu une œuvre bien originale et nettement anglaise, si l'on doit s'en rapporter à l'opinion de Viollet-le-Duc, qui, consulté à ce sujet, a déclaré qu'après l'examen le plus soigneux, « il ne peut trouver dans aucune » partie de la cathédrale de Lincoln, ni dans le plan général, ni dans aucune partie
I. Le texte qui suit est un résumé d'une description du même auteur.
Fti;. 2^4. — lîAS-UELIKF DE LA FAÇADE DE L.^ CATHÉDIÎALK DE LINCOLN.
» du système d'architecture adopté, ni dans les détails des ornements, aucune trace * de l'école française du XI I' siècle, si nettement caractéristique des ca thédrales de » Paris, Noyon, Senlis, Chartres, Sens et même Rouen.» D'autres, toutefois, écrivent Geoffroy de iVovon et en font un Français, ce qui est, paraît-il, controuvé comme l'assure Sir Walter Armstrong (') ; selon eux, cet architecte, qui avait travaillé à Troyes, aurait imprimé à ré çlise de Lincoln quelque allure normande ( ).
Ajoutons que l'extrémité orientale du grand transept date de Thomas Becket.
vers 1345, l'étage supérieur des tours de façade, de 1450, le couronnement de la lanterne, de 1490.
Voilà le monument daté dans toutes ses parties, pour la plus grande facilité de l'étude de ses caractères archéologiques.
Il est construit en calcaire oolithique du pays.
Le plan général de la cathédrale est celui de la croix latine, avec cette particularité, que le bras supérieur, comprenant le chœur et le presbytérium, est aussi long que le bras inférieur, et qu'il est coupé par un second transept figurant le titulus de la croix ; enfin le bas de la partie inférieure s'élargit singulièrement par l'adjonction de chapelles importantes accolées au porche Ouest, formant comme un troisième petit transept. La nef, élargie à son origine, sur deux travées, par des annexes aux bas-côtés, mesure sept travées. Les croisillons du grand transept, d'une saillie énorme, offrent au côté Est des bas-côtés une chapelle, ainsi que ceux du petit. Le chœur enfermé dans une clôture, comprend un vaisseau à collatéraux de deux travées, terminé en chevet plat.
La sculpture, rare ailleurs, abonde ici et offre des spécimens de tout premier ordre.
La façade principale, ou porc lie Ouest, se compose de deux parties bien distinctes, présentant toutes deux un grand intérêt, mais dont la réunion donne un ensemble bizarre et même choquant. Fût-il d'ailleurs homogène, ce porche haut et large, aux lignes droites et sans relief, est un véritable hors-d'œuvre, qui semble plutôt destiné
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1. \V. Armslrong, Grande lirclagnc et Irlande. Hachet, Paris, 1910.