i'Ianat. Encyclopédie d'arckileclure, p
CATHEDRALK DK LINCOLN
à masquer l'église qu'à en décorer l'entrée. La partie centrale, normande, présente trois grandes baies, qui devaient s'élever jusqu'au faîte de la nef primitive. Chacune d'elles renferme une porte aux archivoltes en retraite reposant sur cinq rangs de colonnettes. Cet ensemble est entouré et encadré par le vaste écran gothique signalé plus haut, qui date de 1209 à 1235. ^^ centre, s'élève un fronton triangulaire aigu ; aux angles, deux tourelles octogones avec flèches. Le tout est couvert d'arcatures légères, autrefois garnies de statues (il en reste quelques-unes); le pignon lui-même est revêtu d'un treillis sculpté, et toutes ces sculptures sont d'une finesse excessive. Parmi les sculptures on voit une curieuse représentation de l'Enfer, reproduite ci-contre.
Des façades latérales, celle du Sud est celle qui se voit le mieux et qui présente le plus d'intérêt. On remarque, à l'angle Sud-Ouest du transept, le Galilée, porche dont le plan est cruciforme, et sous lequel le Chapitre jugeait autrefois certains délits. Plus loin, sur le bas-côté du chœur, un gracieux porche donnant accès au presbyterium, dans un style qui rappelle fort l'architecture française. Il conserve dans ses arcatures, très riches, très finement sculptées, quelques restes fort mutilés d'excellentes statuettes, dont l'ensemble représentait autrefois le Jugement dernier. Un peu plus loin, ornant un contrefort, deux statues de roi et de reine, Edouard I^r et Eléonore (XII P siècle), du meilleur style. Enfin, le chevet est moins riche que ceux d'Ely et de Peterborough, mais très imposant encore ; près du chevet s'élève la salle dit Chapitre.
La cathédrale est dominée par trois tours dont celle du centre, à plusieurs étages de fenêtres, appartenant au gothique secondaire ou décoré, est surtout belle et frappante, vue de l'enclos des vicaires.
A l'intérieur, la plus grande richesse distingue les piliers, formés de faisceaux de colonnettes, les moulures nombreuses et profondes et le triforium, le plus riche peut-être de la chrétienté, ainsi que toutes les autres parties de l'édifice.
« Ce qui est particulièrement remarquable, dit notre auteur, c'est qu'aux caractères généraux, faciles à reconnaître, qui accusent le XII P siècle dans l'église de Lincoln, et qui se retrouvent dans toute l'Angleterre, comme aussi en France et en Belgique, se joignent des caractères propres à la Grande-Bretagne, qui permettent d'affirmer que la cathédrale de Lincoln a été érigée par des artistes anglais et non par des étrangers. » Ces caractères sont notamment les arcatures aveugles au cintre très aigu, et une sculpture florale très riche, comparativement à celle des monuments français.
La grande nef date de 1209 à 1235. Elle forme un long vaisseau de sept travées. Sur ses voûtes jadis polychromes, on lisait les noms de plusieurs artistes de l'époque. On est frappé, au premier aspect, par son ampleur, sa riche décoration et la beauté de ses piliers, formés de faisceaux de colonnettes un peu grêles, annelées, régulièrement groupées et ornées de chapiteaux admirablement sculptés. Les piles de
Fig. 2^6. — ROSACE FLAMBOYANTE DK LA CATHÉDKALE DE LINCOLN.
la croisée sont formées chacune de 24 colonnettes en marbre de Furbeek. Les voûtes de la nef et du chœur sont basses, et l'ensemble de leurs nervures, peu élégant. Toute l'église offre une polychromie naturelle résultant de l'emploi de marbres et de pierres de couleurs différentes, en particulier une pierre jaunâtre et un granit vert foncé.
Chaque travée du triforium compte deux arcades géminées, portées sur de gracieux groupes de colonnettes ; les baies du ckristory sont triples et un peu étouffées par les voûtes. Les bas-côtés des nefs (sans chapelles) sont décorés d'arca-
tures à arcs trilobés Celles du côté Nord continuent sans interruption, passant derrière les faisceaux de colonnettes qui supportent les voûtes des basses- nefs ; celles du Sud sont au nombre de quatre par travée comprises entre deux piliers. Elles sont supportées par un soubassement formant siège.
La tour centrale, voûtée en lanterne octogonale, percée de trente fenêtres, est d'un grand effet. Cette lanterne, s'étant écroulée en 1235, fut reconstruite par l'évéque Grossetêle vers 1240. « Elle rappelle, dit M. Corroyer ('), par sa forme générale et ses détails, la grande tour-lanterne de Coutances en Normandie, qui semble également avoir servi de modèle à celle de Saint-Ouen de Rouen au XIV' siècle. y> Des écrans en pierre ferment les chapelles Est du transept.
Deux grandes roses éclairent les deux chevets des croisillons : <(ecclesiae duo sunt oculi. » L'une est dénommée \Œi/ du Doyen, l'autre \ Œil de l'Jîvéquv. La première est l'œuvre d'un seul maître, la seconde est une mosaïque de fragments. Celle du Nord, encore presque normande, renferme le plus curieux vitrail du XII 1" siècle conservé en Angleterre. Tout autre, mais très remarquable aussi, est la rose Sud, qui appartient au gothique décoré et date de 1350 ; son réseau très serré forme une véritable dentelle.
Le chœur et son transept appartiennent à l'œuvre primitive de Saint-Hughes. Ils sont plus riches en sculpture ornementale que le reste de la cathédrale. Le triforium en particulier est d'une richesse de décoration inouïe ; chaque travée comprend deux arcs qui se subdivisent en deux baies au sommet trilobé, l'espace resté libre entre ces dernières et le grand arc étant rempli par un quadrilobe. Les montants entre les colonnettes sont garnis de crochets. La grande fenêtre du chevet, disproportionnée, est garnie de vitraux modernes. Au presbyterium, formant les cinq premières travées, fait suite l'arrière-chœur, nommé cliœur des anges : achevé vers 1282, il comprend I. L'Archittcturt goikiqtu, p. 88.
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