‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 18 sur 303 · NOTRE-DAME DE LAON · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE LAON

urfn+

NOTRK-DAMI'^ de Laon n'est plus cathédrale ; mais par sa grandeur et l'élécrance de sa forme, elle peut être classée au rang des principaux monuments de

l'architecture française. Elle se distingue par une sereine beauté, une harmonie de

proportions peu commune, et une allure des plus originales. Son plan allongé, coupé, au milieu, d'une courte traverse, l'ordonnance des bas-côtés surmontés de tribunes, le fond plat du chevet, l'agencement remarquable des piliers cantonnés de colonnettes, le cintre austère des arceaux, la sveltesse des nombreuses tours, l'ampleur des deux roses qui se regardent du pignon occidental à celui du chevet, tout lui imprime un caractère rare et admirable. Six campaniles groupés autour de la tour-lanterne centrale devaient compléter d'une manière grandiose ce chef-d'œuvre, deux sont aujourd'hui tronqués,

^ J;|^* * * * &'rffiA-- deux autres ont perdu leurs gracieuses flèches.

*T*Tr ' "• ' * *a Jïliî** a ^^ cependant, «lorsqu'on contemple à distance

cette masse colossale assise sur la crête du rocher de Bitracte et couronnant la cité de ses clochers admirablement ajourés», on se sent pris d'enthousiasme pour l'art qui a enfanté cette merveille ( ). M. Gonse estime que « la "J;\ij grande façade de la cathédrale de Laon, admirablement restaurée par M. Boeswilwald, est, après celle de Paris, «dont elle rappelle le grand portique monumental, la plus remarquable des façades gothiques. »

Saint Rémi établit au V'' siècle le siège épiscopal de Laon, et la primitive basilique de Notre-Dame fit place à une basilique carolingienne plus vaste, détruite en 1112 par

■»- V "tT"

/•l^. JJ. — PLAN I)K I.A CATlIKDItAI.K 1)

1. V. Ed. Fleur>-, Antiquités et monuments du département de r Aisne, t. III. — l^.oeswilwald, Archives de la commission des travaux historiques, t. I. — L'abbé A. Bouxin, La cathédrale de Notte-Dame de Laon, in-8% Laon, Corbillot, 1891. — J. Marion, Essai hist. et archéol. sur l'/glise cathédrale de Noire-Dame de Lacn Paris. 1843. — L. Gonse, Lart gothique.

2. Le baron Béthune de Villers, liutletin de la Gilde de Suinl-Thomas et Saint-Luc, 18S6.

CATHEDRALE DE LAON

le feu. La quête organisée dans tout le Nord de la France pour réparer le désastre, fut le point de départ d'un grandiose projet de reconstruction.

On sait que l'église actuelle a été consacrée en 1236 ou 1237, et qu'elle en a remplacé une autre de style roman, restaurée et consacrée en I 1 14, par Barthélémy de Vire. Quand futelle édifiée (') ?

Cette question a été l'objet de grandes controverses. Il est prouvé désormais, grâce aux recherches deM.

l'abbé Bouxin, que ce bel édifice, qui restait un mystère pour l'illustre de Caumont, fut commencé vers le milieu du XI I" siècleet terminé, parachevé et décoré dans le premier tiers du XI IP siècle.

De Caumont écrivait en 1851 :

(( Il faut- hiVn \p- ^'■^'' ^^' — l'A^ADE OUEST DE LA CATHÉDRALE DE LAON.

dire, la cathédrale de Laon est encore un mystère en pierre, dont on ignore l'auteur.

I. Quicherat déclare qu'elle le fut aux environs de l'année iiyo. Il s'appuie pour cela sur un bref pontifical dont un mot important était en partie effacé et qu'il a, paraît-il, incorrectement restitué. M. l'abbé P.ouxin a récemment établi que Quicherat a lu constructe au lieu de consenticnte, ce qui ôte sa force probante au document ; il a en outre découvert dans le martyrologe de la cathédrale un passage où il est dit. que l'évêque Gauthier de Mortagne a fait divers dons et présidé au début de la construction entre 1 1 50 et 1174: enfin il a prouvé qu'en 1205 on tirait pour la cathédrale, des carrières de Chermizy, des pierres qu'on retrouve employées au chœur.

F'ersonne jusqu'ici n'a percé sa mystérieuse origine ni décrit ses innombrables merveilles. C'est une œuvre de génie, qui attend son historien et son architecte. » Ce dernier vœu, nous venons de le voir, s'est en grande partie réalisé.

C'est à l'occasion de la cathédrale de Laon, que Violiet-le-Duc a émis sa célèbre théorie de l'alliance des évêques et des bourgeois s'unissant pour élever des cathédrales gothiques, qui auraient été des édifices à la fois religieux et civils, en rivalité et en hostilité avec les abbés, qui auraient donné la main à la puissance féodale et persisté à ériger des églises romanes. Dans son ardeur à faire prévaloir ses idées préconçues et sa théorie anticléricale de l'émancipation laïque et communaiiste, l'éminent écrivain va jusqu'à voir dans la forme insolite de la cathédrale de Laon celle d'une pseudo-halle, accessible à des réunions populaires. Quicherat, Vitet, le baron Béthune de Villers ('), Mgr Dehaisnes et M. Anthyme Saint-Paul, repoussent cette opinion ; ce dernier écrivain en a fait justice de la manière la plus complète ().

11 démontre qu'au contraire les évcques de Laon de l'époque entretenaient les rapports les plus pacifiques avec les abbés, et qu'ils ne pouvaient pas être en lutte avec le pouvoir féodal, attendu qu'à Laon, le pouvoir était exercé par l'épiscopat lui-même. Aux grands savants les grosses erreurs!... L'érection de cet admirable monument ne fut donc pas le produit « d'un sentiment instinctif poussant le peuple vers la construction d'un monument, où il pouvait se réunir et jouir d'un spectacle plus ou moins profane ». Le sentiment instinctif qui a poussé les évêques, les chapitres, le clergé et les fidèles tous ensemble à construire les cathédrales, a été, comme le dit Mgr Dehaisnes, une foi puissante et un profond enthousiasme religieux (').

L'église de Gauthier de Mortagne avait deux travées de chœur et un chevet demi-njnd comme Notre-Dame de Paris. M. Boeswilwald a trouvé le vestige de l'hémicycle. L'abbatiale de Mouzon, réduction fidèle de N.-D. de Laon, offre une copie de son ancienne abside.

L'abside fut abattue depuis et remplacée au début du XI 11^ siècle par un chevet plat percé d'un triplet, qu'ornent des vitraux du XII !« siècle; cette modification, qui la distingue des autres cathédrales gothiques françaises, aurait eu pour but de donner meilleure place à l'autel, reporté à cette époque vers le fond du chœur, et sans doute aussi d'utiliser plus complètement le terrain, restreint de ce côté, obligé qu'on était de ne pas empiéter sur le terrain de l'évêché (').

Le superbe vaisseau de N.-D. de Laon, qui procède de celui de Noyon et du transept de Soissons, se compose d'une triple nef prolongeant ses onze travées pareilles et ses longues rangées régulières de piliers à colonnades engagées et ses élégantes galeries, depuis le porche jusqu'au chevet plat du chœur, et latéralement

Page 1