litbiioth>que de CÏicole des Chartes, 1878, p
CATHEDRALE DE LAON
sur les deux bras du transept ; ce dernier, de quatre travées pourvues de collatéraux aux tribunes, coupe la nef en deux vers le milieu. L'édifice mesure i lo m. de longueur, 53'"40 de largeur au transept et 24 m. de hauteur. Les petites nefs sont surmontées de tribunes voûtées sur croisées d'ogives, selon la formule normande, pareilles à celles de Notre-Dame de Paris, et les tribunes, d'un faux triforium et d'une clairevoie. Le transept est parent de celui de Noyon ; ils ont l'arc plein-cintre au triforium et à la claire- voie ; aux angles rentrants du transept vers l'Est, s'ouvrent deux jolies chapelles rondes à étage. Les piliers sont monocylindriques ; ils portent alternativement des chapiteaux à abaque carré et octogonaux, ainsi que les bases. Ceux du 7" et du Cf" rang sont toutefois accompagnés de cinq colonnettes détachées. Les abaques portent alternativement 3 et 5 colonnettes montant vers les voûtes. Les grands arcs sont à cintres équilatéraux et pareils à ceux de Notre-Dame de Paris. Les voûtes, de la grande nef, embrassant deux travées des collatéraux, offrent un remarquable système de structure, dit à doubles fortnerets et à doubleaiix de recotipement, qui constitue une sorte de compromis entre la voûte M'^i domicale de l'Aquitaine et la voûte d'arête simple de l'Ile-de-France. En dépit de cette division de la grande nef, il y a ici, comme à Soissons, autant d'arcs-boutants tous pareils que de travées à la petite nef Les arcs sont à deux étages ; et assez mal bâtis ; l'inférieur est trop bas, le supérieur trop haut. Le chœur est presque aussi long que les nefs; les bas-côtés font retour dans le transept. De petites chapelles ont été établies, au XV^ siècle, entre les contreforts; elles ont été fermées au XV I^ siècle par d'élégantes clôtures en pierre.
TOUR DE LA CATHEDBALE DE LAOX.
Tout cet ensemble présente, nous le répétons, dans son plan comme ses masses, une harmonieuse beauté, non dénuée d'élégance. Cet édifice crucifère, magistral en ses lignes simples et pures, imposant par ses nefs à étages et sa longue série de piliers, est un des plus admirables monuments de l'architecture française du XIP siècle.
Les pignons du transept sont percés de roses.
Dans la construction primitive une haute flèche s'élevait à la croisée, couronnant la lanterne (qui monte à 40 mètres) et que percent deux fenêtres sur chaque tace. Aux flancs de chacun des trois portails se dressaient deux autres tours puissantes,
très ajourées ; ces six tours altières, groupées autour de la lanterne de la croisée, devaient offrir un spectacle grandiose, alors surtout qu'elles n'avaient pas perdu leurs (lèches aiguës. Il ne reste plus que quatre tours découronnées, mais encore admirables d'élégance. Des barbares du siècle dernier ont démoli les flèches de ces tours, qui forçaient l'admiration à bon droit. Villars d'Honnecourt, qui les a recueillies dans son A/âum, a consigné cette note bien signihcative : «J'ai esté en niult de tieres, en aucun liu onques tel tore ne vi corne est celé de Laon ('). »
Le front occidental est percé de trois puissantes baies encadrant une rose et deux verrières, couronnées à leur tour d'une gracieuse galerie continue ; nous renonçons à dépeindre l'élégance des deux tours principales qui flanquent cette belle façade, et doiu l'une est ici reproduite en gravure (Jîg. j/).
L'entrce principale flanquée de ses deux tours hautes de 56"' co, est formée d'un triple portail aux gables flanques de grands pinacles. Leurs voussures abritent toute une population de figures bibliques taillées dans la pierre, refaites et restaurées sous la direction de M. Gaulier. La Vierge Marie y figure, escortée d'Abraham, de Moïse, de Samuel, de David, de saint Jean-Baptiste, de saint Joseph, de Jérémie et d'Isaïe, tous portés sur des socles historiés. Au tympan central on voit la Mort de la Vierge, son Assomption et son Couronnement (^). Autour de ces grands sujets des anges balancent des ostensoirs ou portent des emblèmes de triomphe ; là aussi trônent les rois de Juda et les prophètes.
L'arcade latérale de droite est dédiée à saint Michel, présidant à la grande scène du Jugement suprême. Abraham y reçoit une âme dans un linceul déployé ; des martyrs portent des palmes ; un ange distribue des couronnes du haut de la clef de l'arceau. Dix rois sont rangés au pourtour. Les Vierges sages et les Vierges folles tiennent leurs lam[ies allumées ou renversées.
Au-dessus du troisième portail, dont le fronton 6st occupé par la moderne statue de sainte Proba, on voit se dérouler l'Annonciation, la Nativité, l'Adoration des bergers et des mages, la \'isitation et la Présentation. Dans les voussures sont figurés les Vices et les Vertus.
Ces sculptures ont été en grande partie refaites.
La grande arcade centrale encadre une magnifique rose à trois rang.s de douze pétales. Les fenêtres lancéolées s'ouvrent dans les baies latérales ; on y voit figurer les Arts libéraux.
La partie supérieure de la façade ne répond pas à l'élégance du portail, et la galerie dont on l'a récemment couronnée, et que domine la Vierge debout entre deux anges agenouillés, n'est pas du tout en harmonie avec le reste de l'édifice.
La restauration sculpturale de la cathédrale de Laon est de tous points admirable. Bien des visiteurs seront impuissants à distinguer certaines statues modernes de
1. La cathédrale de Laon n'a pas cté épargnée par le vandalisme révolutionnaire, qui l'a dépouillée de ses autels, de ses joyaux, de son mobilier ; elle est maintenant vide, froide, désolée. Le talent distingué et consciencieux de feu Boeswihvald, généreusement secondé par les subsides de l'État montant environ à trois millions de francs, a bien pu lui rendre la correction de ses lignes, mais non pas les trésors de son mobilier et les splendeurs de son décor. Durant trente-cinq ans cet éminent architecte s'est attaché à la relever de ses ruines. Elle ne garde de ses richesses évanouies que de magnifiques restes de vitraux de couleurs, qui décorent le mur absidal et la rose du grand portail. Telle une grande dame déchue, ruinée, conserve quelques joyaux dont elle pare encore les vêtements de sa pauvreté, comme d'un signe et d'un souvenir de son ancienne opulence. (V. de Flori val et M idoux, L^s l^i/r'iux de la cathcdraU lie Laon, Paris, 1882.)
2. Il parait que, primitivement, on voyait à cette place la Très-Sainte-Trinité.
CATHÉDRALE DE LAOX
celles du XI I^ siècle. M. Blanchard, l'éminent sculpteur gantois, nous a toutefois
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signalé ce détail : les yeux des modernes sont moins ouverts que dans les primitives.
CATIIllDRALES GOTHIQUES
Le visiteur ne manque pas d'être quelque peu mystifié par les images colossales de bœufs, en haut relief, placées sur la plate-forme des niches ajourées qui amortissent d'une manière remarquable le passage de la tour carrée à son couronnement octogonal. Leur présence s'explique par une gracieuse légende rapportée dans la chronique de Guilbert de Nogent en ces termes :
fig. JÇ. — IXTKItlEUR DE LA CATHKDBALK DE LAOS.
< Un clerc, dit-il, chargé d'amener les matériaux pour la réparation des toitures, gravissait la montagne avec son chariot, lorsqu'un des bœufs vint à tomber de lassitude ; tout à coup il en accourut un autre qui, comme s'il était poussé par un mouvement réfléchi, se présenta pour prêter son secours à l'ouvrage commencé. Après qu'il eut, d'un pas agile, aidé à conduire le char jusqu'à régli.se, et tandis que le pauvre clerc se préoccupait de savoir à qui il devait restituer l'animal, celui-ci, à jjeine détaché du joug, s'en retourna promptement, sans attendre ni conducteur, ni menaces, à l'endroit d'où il était venu. >>
La rose orientale, très lumineuse, est une immense roue à 12 rais. Au centre trône la Mère de Dieu entre Isaïe et le Précurseur. Autour d'elle se rangent en cercle les apôtres, et, dans la couronne extérieure, les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse. C'est encore la gloire de Marie, en des médaillons légendaires, que chantent les vitraux du triplex reposant au-dessous de cette rose.
La rose du portail Nord représente les arts libéraux.
CATIIKDRAI.K DE PARIS
La rose orientale est garnie de vitraux modernes.
L'église est dallée d'un grand nombre de pierres tombales à effigies; elle possède une ancienne chaire de vérité provenant de l'abbaye du Val-Saint- Pierre.
Un beau cloître ogival avoisine la cathédrale. Sa restauration a été commencée en 1854 par E. Boeswilwald, remplacé en 1897 par M. Sauvageot.
IIP
CATHEDRALE DE PARIS
SI les piliers de Notre-Dame de Paris avaient une voix, dit Viollet-le-Duc, ils raconteraient toute l'histoire nationale depuis Philippe-Auguste jusqu'à nos jours. Saint Dominique y prêcha la Croisade, Raymond IV de Toulouse y abjura
Fig. 40.