LE STYLE GOTHIQUE ESPAGNOL
ON sait que les initiateurs de l'art romano-gothique en Espagne furent les moines français. D'abord, les moines deCluny, tout-puissants en Languedoc, y implantèrent le style de cette contrée (-). Les Clunisiens se rencontraient avec les Espagnols et les Maures dans l'amour du faste, et plus tard les moines de Citeaux ne purent effacer leurs traditions de richesse ornementale. Les Cisterciens eux-mêmes venaient du Languedoc et d'Aquitaine. Il se passa en Espagne un phénomène analogue à celui qu'on observe dans le Nord : de même les Cisterciens venus en Norwège avaient passé par l'Angleterre, et ceux qui abordèrent la Suède venaient d'Allemagne, avec les traditions propres de ces pays. Il y a donc unité de source dans l'importation du gothique en Espagne : l'art du Languedoc, inspiré par la Provence et l'Anjou. Plus tard, les grandes cathédrales gothiques, mais surtout celle de Bourges, exercèrent leur influence.
M. C. Enlart a montré (3) comment le type des églises de l'Aquitaine sans basses-nefs et sans arcs-boutants à contreforts internes, à pseudo-coupoles nervées, qui a influencé aussi l'Angleterre et l'Allemagne, a été porté de l'Aquitaine (■•) et du Languedoc en Espagne par les Cisterciens et les Clunisiens. Les Cisterciens fondèrent en Espagne une série d'abbayes, dont le plan est emprunté à celles de Bourgogne, et dont les combles sont portés, au lieu de fermes de charpente, par de grands arcs doubleaux en tiers-point. La sculpture, en méplat, est mauresque.
L'art de l'.Anjou, avec voûtes bjmbées reposant sur des ogives à ramifications multiples, se voit à la chapelle de l'église de Las Huelgas, près Burgos.
L'église Saint-Vincent d'Avila fut élevée .sous l'influence cluniste.
A cette influence générale de l'architecture française du Sud de la Loire succéda, au XIII<^ siècle, celle des grandes cathédrales du centre de U France, puis celle de la Champagne.
D'autre part, les premiers monuments chrétiens furent bâtis par les princes à mesure qu'ils refoulèrent les Musulmans. Ils subirent l'influence des vaincus, et cette influence persista ensuite sous la double forme des styles mudéjar et mozarabe.
Au contact des Arabes, dès le XI^ siècle, s'était produit le genre d'ornementation, nommé style mudi'jar, qui eut .son apogée au XV'= siècle, et se mêle aux formes importées du Nord. Ce style, réservé au style religieux, rivalise avec le sty\G plateresque, imitant dans l'architecture les formes de l'orfèvrerie {ùlata, argent) qui caractérise l'art civil. L'art espagnol se manifeste par l'emphase, la grandeur des édifices et la surcharge du décor.
Un spécimen presqu'unique de l'art mudéjar est la coupole de La Conception de Tolède, avec .ses riches combinai.sons de réseaux étoiles et ses émaux polychromes rehaussés de reliefs et d'inscriptions. C'est l'apogée de l'art espagnol en terre cuite.
A l'époque gothique l'architecture en briques, qui avait donné précédemment des produits remarquable-s en Castille et en Aragon, continue à se développer. Au dehors les églises déploient un grand luxe dans leurs absidss fort développées et leurs tours si décorées. On ne peut rendre
1. A. Lopez-Pelaer, La catedrale GUica. (Rivista conte mporanea, 2S février 1900). R. Gillon, Visions d'Es-
fttgnt et de L'isitanie, Rossignol, Bruxelles.
3. .Siint-J.icques de Compoitelle, .S il nt- Isidore dî I-^on et d'autres églises sont sorties du même moule que SiinieFoy de Conques et Saint-.Sernin de Toulouse.