LE STYLIC GOTHIQUE ESPAGNOLE
l'harmonie et l'éclat des couleurs qui distinguent les murs de La Seo, l'abside de la Madeleine de Sarragosse, la lanterne de Tarazonc, et d'autres monuments mudéjars de l'Aragon, surtout ses innombrables tours.
Celles-ci se rapportent à deux types : le type quadrangulaire, dérive des minarets arabes, et le type polygonal, ou aragonais, imité des campaniles gothiques de Catalogne.
En Andalousie, la construction en briques procède de l'art almohade, avec ses bandes et ses réseaux géométriques qu'on voit reproduits dans les riches imbrications de la Giralda de Séville, avec des éléments romans et gothiques.
Le groupe Tolédain offre un mélange des caractères précédents; l'influence mahométane ■domine avec le style mudéjar aux arcades dentelées, festonnées, chargées de détails.
L'intérieur des cathédrales espagnoles ne peut manquer de frapper l'étranger par la disposition curieuse du chœur. Le maître-autel s'élève dans une enceinte, comprenant non .seulement le capilla mayor ou le choeur proprement dit, mais encore la partie de la nef attenant au transept et qui est spécialement nommée coro. Ce vaste sanctuaire, exclusivement réservé au clergé, est ■entouré entièrement de clôtures en pierres très élevées, montant quelquefois jusqu'aux voûtes. L'enceinte est encore coupée par des grilles richement ouvragées en deçà et au delà de la croisée, de sorte que les chanoines, occupant le chœur de la nef, voient le maître-autel à travers deux grilles. Les fidèles n'ont accès que dans le bas de la nef, les bas-côtés et le transept ; d'où la nécessité d'avoir dans l'église un grand nombre d'autres autels, où l'on officie en même temps qu'au maître-autel. Les premières travées de la nef forment ce qu'on nomme le trascoro ; un autel est adossé au mur qui sépare le trascoro du coro, en face de la porte principale. Le sol de l'église est libre de bancs ou de chaises, et les assistants aux offices se tiennent à genoux sur le sol. Ce dispositif liturgique garde, plus largement développé, le mode anciennement en honneur dans les autres églises de la chrétienté, où le chœur était clos par le jubé.
Les cathédrales de Tolède et de Léon marquent l'apogée du gothique dans la péninsule. Presque toutes nous ont été conservées entières, comme elles étaient au moyen âge. Chacune possède un cloître avec les annexes du Chapitre. Les murs des coros sont traités avec magnificence. Les grilles en fer et en laiton sont tordues, ciselées, tournées, épanouies en fleurages, guillochées, taillées en dentelles, peintes en bleu-vert et rehaussées de vieil or. Les tombeaux, somptueux, sont des monuments et des chefs-d'œuvre. Les retables sont comparables à de véritables édifices et garnis de peintures et de bas-reliefs précieux. Les sacristies sont des salons et des mu.sées et abondent en trésors éblouissants (').
I. Notas sobre algunos monumentos de la arqiiitectura christiima cspag>io/a, par M. Vicenti Lamperez Y «OMEZ. In-S", 52 pp. avec gravures. Madrid, igoi.
ÏÇO