I. F. Ozanam. Œuvres choisies, p
Fig. 2^1. — C.^THIÎDRALE DE BUUGOS.
colorée, qui resplendit dans les cathédrales françaises. « Le sanctuaire, dit Ozanam, déija^é de boiseries, ouvre aux cérémonies sacrées un espace lumineux et mai^ni-
C 1,1)1 lUK l>
Al iii,iiit.\M: i)i; i;i m.
fique. Six grands candélabres d'argent décorent les marches de l'autel. Derrière l'autel, le retable ferme la perspective et monte jusqu'à la voûte. Les deux sculpteurs flamands qui menèrent à fin cet ouvrage, voulurent )■ figurer le triomphe de Notre- Dame, patronne de Burgos. Onze bas-reliefs en bois retracent l'histoire de la Vierge. » Quatre piles rondes soutiennent des arches puissantes qui s'élancent pour soutenir
CATHEDRALE DI': BURGOS
le dôme avec l'aide de trompes ; son tambour, tout ajouré, allégé d'un décor mudéjar et abrité par une voûte étoilée, donne l'expression d'une masse relativement légère. Cette lanterne, de la Renaissance, remplace la lanterne gothique qui s'effondra au XV" siècle ; elle présente, selon l'expression de Th. Gautier, « un gouffre de sculptures, d'arabesques, de statues, de colonnes, de nervures, de lancettes, de pendentifs, à donner le vertige. C'est touffu comme un chou, fenestré comme une
truelle à poisson; c'est gigantesque comme une pyramide et délicat comme une boucle d'oreille de femme, et l'on a peine à comprendre, qu'une pareille filigrane puisse se soutenir en l'air depuis des siècles. »
Cette impression chez un homme de haut goût prouve d'une manière bien évidente que l'on perd son temps t,
à développer à l'excès la richesse du décor dans les œuvres monumentales. A vrai dire, l'intérieur de ce remarquable vaisseau ne manque pas du tout d'une très réelle stabilité, aussi apparente que réelle. Même nous trouvons que la puissance de la membrure est accentuée, précisément au transept, non sans habileté, par les grands arcs a voussures en retraite retombant sur des piliers trop larges, il est vrai, et semblables à des tours, et par les curieuses trompes d'angle au vigoureux décor. Le chœur contient de belles stalles, œuvre de Felipe Vigarin (El Borgonon),
une statue de l'évéque D. Mauriceo (XI V« siècle), un retable de 151 i, exécuté par Rodrigo y Martin de Hoyaud. Les chapelles qui enveloppent le vaisseau sont tout un monde et semblent surtout, de petites églises écloses à l'abri de la grande cathédrale. On voit dans la Capella del Santissivio Christo le fameux crucifix célèbre par son réalisme émouvant, qu'on affectionne en Espagne. On admire dans les autres chapelles des tombeaux d'évêques et de donateurs, des tableaux de l'école hispano-tlamande. ,
Une porte merveilleusement sculptée donne accès au cloître. Chacune de ses larges travées est éclairée, sous des arches richement décorées de fleurs, par une fenêtre à quatre lancettes surmontées d'un quatre-feuilles ; au sommet du remplage est une rosace à six lobes ; on dirait les baies du cloître inférieur de Notre-Dame de Rouen. Les belles fenêtres récemment restaurées sont ornées d'excellents vitraux, ou de dessins géométriques rayonnants ayant un fond de verre incolore ou de bordure en grisaille et d'armoiries dans la grande rosace. Au-dessus de ce cloître, il y a un étage d'autres galeries.
Dans le cloître s'ouvre la salle capitulaire, à côté d'une antique chapelle, où l'on voit un coffre vermoulu : c'est celui que le Cid aurait oftert plein de pierres et de sable aux juifs Rachel et Vidas en nantissement de 600 marcs qu'ils lui avaient prêtés. On accède au cloître par un portail orné de statues et d'un bas-relief qui représente le Baptême du Sauveur. L'huisserie elle-même est ornée d'autres basreliefs où se voient l'entrée de Jésus à Jérusalem et la descente aux Limbes. Les galeries sont habitées par des morts illustres et silencieux, tels que saint Ferdinand et son épouse Béatrix, escortés d'une longue suite de saints, d'évêques, de jurisconsultes.
On peut encore citer l'oratoire de Saint-Grégoire, qui conserve la châsse de sainte Casilde, celui du Crucifix, et surtout au chevet, la chapelle du Connétable (1482), qu'on cite, pour l'intérieur, comme le type de la Renaissance espagnole, de même que la Renaissance anglaise a le sien dans la chapelle d'Henri VIII à Westminster. La hardiesse du gothique s'allie ici à la grâce de la Renaissance sous un dôme lumineux, éclairant de merveilleuses sculptures, notamment les belles figures des sarcophages des fondateurs, le connétable Hermandez Valesco (1 1487) et son épouse dona Menica de Mendoza.
Les stalles ont été merveillement sculptées par Ph. Vignari. Signalons les orgues, munies de tuyaux horizontaux, qui produisent des effets qu'on demande en vain à des tuyaux verticaux et les 103 stalles de la Tilléria, ornées de figures si bien incrustées.
CATHÉDRALE DE TOLfCDK