I. — CATHÉDRALE DE BURGOS
LA splendide cathédrale de Burgos passe pour la plus belle de l'Espagne ; elle fut fondée par Ferdinand III le Saint en 1221 et fut achevée vers le milieu du XV' siècle avec les tours normandes et les superbes flèches de la façade principale. On mit trois siècles à la construire avec un soin curieux dans toutes ses parties.
Ce monument et les augustes souvenirs qu'il rappelle font aujourd'hui la principale richesse de cette ville déchue d'une rare splendeur.
Disons en un mot, que c'est une église d'inspiration française, française dans son corps, espagnole par l'habit. Elle a paru pauvre aux Castillans, qui l'ont brodée à ravir. Comme celle de Tolède commencée trois ans avant elle, cette église, datée de 1230, ressemble à la cathédrale de Bourges, avec cette différence qu'elle a un transept. Les doubles collatéraux, la largeur des proportions, les piliers ronds cantonnés de colonnettes avec chapiteaux minuscules, sont autant de traits communs. Burgos a de plus comme Bourges un triforium très particulier à arcs surbaissés avec tympans trèfles.
La façade principale fut élevée par Jean de Cologne (i442-r458); elle s'annonce par deux puissantes tours carrées qui portent des flèches aiguës et très ajourées, hérissées de clochetons aux angles et toutes dentelées de crosses végétales ; elles portent à leur front ces mots, formés par les ajours : d'une part, Agnus Dei, d'autre part, Pax vohis ; la balustrade qui couronne la façade découpe sur l'azur du ciel l'inscription suivante : Tota pnlclira es et décora. A l'étage supérieur de la façade s'ouvrent deux larges fenêtres, abritant sous leurs lancettes inférieures huit statues de rois ; plus bas, sous un arc puissant, est percée une belle rose, et au-dessous est pratiqué un portail, malheureusement défiguré depuis 1790 par l'intrusion d'une baie classique.
Une belle lanterne octogonale (el crucera), terminée en plate- forme, chefd'œuvre de Philippe de Bourgogne, se dresse à l'intersection du vaisseau en croix latine. Deux rangées de fenêtres l'éclairent et des huit angles se détachent huit petites tours, toutes découpées, peuplées de saints et terminées par de fines aiguilles. Derrière l'église, la coupole de la chapelle du Connétable, moins élevée, mais toujours octogone, reproduit la même décoration.
Le grand portail et les croisillons du transept se terminent carrément par une belle galerie normande.
La petite porte de la Pellegeria offre un décor en style Renaissance. Au portail du Sud. un art plus ancien a figuré le Christ Docteur, entouré des animaux évangélistiques. Le portail septentrional, auquel mène la calle alta, est orné des Apôtres,
Fig. 130. — PLAN DE LA CATHEDRA I.E DE lltR<;'lS.
CATHÉDRALE DlC HURGOS
présidés par le Christ. Le chevet résume toutes les élégances des façades. L'ensemble offre un exemple remarquable de la prodigieuse richesse d'ornementation à laquelle le style gothique parvint à la fin du XV' siècle.
Le regard éprouve une vraie volupté à suivre les lignes délicates de cette magnifique création de l'art ogival, aux sculptures innombrables conservées d'une manière étonnante dans leur incomparable délicatesse.
Si nous pénétrons à l'intérieur, « l'édifice, qui, à l'extérieur, semblait un joyau, devient un monde ('). » La nef principale, encastrée de deux collatéraux, se divise en neuf travées, trois pour le vestibule, trois pour le chœur, trois pour le sanctuaire.
L'aspect général est d'une majesté lourde malgré tou- , tes les grâces flamboyantes du détail. La haute nef a grande allure, avec ses voûtes à nombreuses nervures entrecoupées et son faux triforium, de type spécial, aux larges baies fenestragées, dont les meneaux sont ornés de pinacles. Suivant l'usage du pays, qui rappelle l'ordonnance des basiliques primitives, à la quatrième travée commence le chœur, que bordent deux rangées de stalles ornées de sculptures historiées. Le coro, planté dans les entrecolonnements de la nef, avec ses lourdes constructions et sa grille massive, a le grave inconvénient d'interrompre la perspective et de nuire à la solennité des cérémonies du culte. On retrouve dans toutes les cathédrales d'Espagne cette disposition, par laquelle les occupants ont fait bon marché de la destination spéciale des diverses parties de l'église, telle que l'ont conçue les architectes chrétiens.
Ici le chœur est éclairé non seulement par la lumière qui passe à travers les fenêtres du transept, mais encore par celle qui tombe en torrents du dôme ou crucero. Mais l'œil cherche en vain ce rayonnement de vitraux, ce ruissellement de lumière