I. V. Le chroniqueur Zunniga
CATHEURALK DE SKVILLE
fini admirable. Ils laissent la nef dans une demi-obscurité; quand on y pénètre, on commence par ne pas voir à se conduire; ce n'est qu'à la longue qu'on peut se rendre compte des merveilles que contient le temple.
Le colossal vaisseau devrait produire une expression d'écrasante grandeur. Il n'en est rien à cause de l'encombrant coro, qui nuit à la perspective de l'édifice et forme comme une église dans la cathédrale.
L'intérieur est néanmoins le plus bel exemple du style gothique de la seconde époque en Espagne, qui succéda au gothique français des cathédrales de Burgos et Léon, et qui précéda l'allemand et le bourguignon ; styles selon lesquels furent faites les flèches de Burgos et de San Juan de les Reyns de Toledo.
La voûte qui s'élève sur le transept est très belle ; c'est l'œuvre de Juan Gil de Hontanon (1517); il y a de plus à noter le chœur et ses stalles gothiques (1475- 1479).
C'est au milieu de la grande nef, à la hauteur de la seconde des cinq travées, qu'on voit dans le sol la grande ^3^^ ' •dalle qui couvre les restes du fils de ' "" Christophe Colomb.
Dans le transept de droite est peint à fresque un saint Christophe colossal, œuvre de Mateo Ferez de Alesio (1584) ; ce géant, bien à sa place dans cette église géante, mesure 10 m. 60 de hauteur.
La capilla de losReges, construction ^'^- -^'- " t^^THÉDRALE de .séville.
de la Renaissance qui prolonge en arrière de l'autel la nef principale, contient l'immense urne d'argent, d'or et de cristal oîi sont enfermés les restes du roi saint Ferdinand (le corps est conservé entier revêtu de son costume de guerre), ainsi que le tombeau d'Alphonse X le Sage (t 12S4) et de sa mère Béatrix ; dans la chapelle sépulcrale on peut encore voir la petite image de la Vierge que saint Ferdinand portait sur sa selle dans les batailles, la Virgen de las Bata/las, à côté des restes de Pierre le Cruel et de Marie de Padilla.
A l'autel de la chapelle des fonts on admire le célèbre tableau de Murillo: \ Enfant Jésus apparaissant à Saint Antoine de Padotie.
Les 125 stalles du chœur sont d'un travail superbe, qui confond l'imagination.
La façade occidentale est percée de trois portes ; celle du milieu, au cintre brisé, de proportion énorme, est veuve de ses statues ; les deux autres, beaucoup plus petites, gardent encore les images en terre cuite dont les a ornées Lopez Marin,
CATHÉDRAl.i:S C.OTHIQUES
imitateur d'Albert DUrer. Plusieurs autres portes sont ornées de statues en bas-reliefs. Le retable de l'auiel deSaint- Nicolas de Bari est une merveillede sculpture en bois du XV' siècle; il est ouvré comme de l'orfèvrerie. Autour delà statue de 1 evêque deMyre, sont taillée'^, so ' ' ' 'i t-^. douze scènes de son histoire. Celui de la chapelle Sainte-Anne, représentant la généalogie de la Mère du Christ, est aussi finement ouvra aé. et il le cède encore en fouillis et en virtuosité à celui de la chapelle du Connétable, contenantdes statues en relief qui sont des chefsd'œuvre.
L'abside de la cathédrale,qui date du XV h' siècle, est décorée de pilastres classiques, d'une frise à rinceaux et d'une balustrade surmontée de quilles.
Presque tous les styles sont ici représentés : le gothique, celui de la Renaissance, le plateresque, le grécoromain. Les colonnes, les arcs et les coupoles sont d'inspiration classique, le décor, de style plateresque.
Nous l'avons dit, les chapelles sont remplies d'ornements remarquables ; mais c'est dans la sacrista major, construction de style ultra-rococo (cltirrigneyrcsqué). qu on admire surtout des richesses incalculables, notamment une merveilleuse châsse due à Jean d'Urfi (1589), le Benvenuto Cellini de l'Espagne, et le célèbre chandelier
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pascal triangulaire (Jcnebrario) en bronze, qui pèse 2000 livres et fait penser à la colonne Vendôme ; il est couronné de quinze statues. On y voit aussi une urne en argent massif rehaussée de pierres précieuses, provenant du roi Alphonse le Sage ; les tables d'or et d'argent données par le même souverain, etc. Il y a là des quintaux d'argent et d'or, des boisseaux de pierreries.
L'aspect extérieur de la cathédrale laisse à désirer à cause des additions et des bâtiments qui y sont accolés (').
Les portes principales sont celles del Perdon, ouvrage mahométan mélangé d'éléments chrétiens; la Piicrta ÂIayora.vç.c un bas-relief de l'Annonciation (moderne); celle de Pa/os, de /as CcDiipanillas (avec sculptures du XVI^" siècle), et enfin celle de la Lonja (moderne).
On a exagéré, en disant que deux hommes à cheval peuvent gravir de front la rampe de la Giralda. Cette tour, ancien minaret, n'en est pas moins une merveille. Mahomet Geber, qui l'entreprit, l'éleva jusqu'à 172 pieds ; depuis, l'architecte Herman Ruys de Burgos lui en a donné 258. Elle offre trois étages, qui sont, vus du dehors, comme trois tours superposées ; ils vont diminuant insensiblement de largeur. Le tremblement de terre de 1755 renversa tout ce qui était au-dessus de la première galerie, mais ce désastre a été réparé. Lors d'un ouragan antérieur, en 1604, on avait vu les deux sœurs, sainte Justa et sainte Rufine, soutenir la Giralda, ou du moins l'image de la Foi qui la décore, et que cette fois l'orage respecta. La tour et même la ville sont placées sous leur patronage ; on les représente souvent soutenant cette statue, devenue le Palladium de la ville.
La tour est en briques, admirablement construite ; les arêtes en sont aussi vives qu'au premier jour. « A la base les murs ont trois mètres d'épaisseur ; ils sont percés de baies géminées, aveugles, à arcs trilobés, nommés ajimeces. Vers le haut régnent des entrelacs mauresques. Une rampe à pente douce, pavée en briques, interrompue par dix-huit paliers, mène à la plate-forme où s'arrête l'œuvre des Arabes. La partie supérieure forme un élégant beffroi, à trois étages pyramidaux ; au second, chaque fenêtre contient une cloche ; le dernier est surmonté de la fameuse statue à laquelle la tour entière doit son nom de Giralda ; la girouette est une statue en bronze doré de la Foi, fondue par Barthélémy Morel en 1570. Elle pèse 1400 k. ; elle est placée sur la pointe du pied dans un équilibre tel que, grâce au voile qu'elle tient déployé, elle tourne au moindre vent ('). »