XV. — CATHEDRALE DE GIRONE
LA cathédrale de Gerona (Girone) se dresse sur un plateau élevé et présente une silhouette imposante.
C'est en 13 12 que le Chapitre se décida à remplacer la vieille église romane par une nouvelle, dans le style catalan mêlé de gothique français. Elle s'inspira de celle de Barcelone et de celle de Narbonne, qui est conçue dans le style du Nord. Son premier architecte fut un certain Henri, appelé de Narbonne, mais qui selon M. V. Mortel ('), devait être d'origine septentrionale. Il fut remplacé par Jacques
I. V. Mortel, Notes hist. et archéot. de la cathédrale de Narbonne. Paris, Picard, 1899.
Cathédrales Gothiques.
Favaris, le maître-d'œuvre de la cathédrale Narbonnaise ; il faut peut-être lire son nom : Favares, et il venait peut-être du Nord aussi. Il reçut un appointement annuel équivalant à 1500 frs. de notre monnaie, pour veiller de loin à l'exécution des travaux. L'admirable perfection de l'église languedocienne explique son intervention comme Directeur suprême de la construction espagnole. On sait d'ailleurs que d'activés relations unissaient les deux diocèses. Aussi l'église de Girone suivit le mouvement français, et adopta le grandiose développement que prenait en deçà des Pyrénées le chœur des grandes églises entouré de chapelles rayonnantes. Comme à l'église de Narbonne, la large nef de Girone est supportée par de très hautes arcades, et le triforium est très peu développé.
Plus tard, de 1325 à 1346, la cathédrale eut pour architecte Bartolomé Argenta ; en 1345, Guillaume de Cors bande la voûte du chœur; Francisco Ça Plana est cité en 136S. En 1397, le maître-d'œuvre fut un Picard, Pierre de Saint- Jean ; en 1416, Guillermo Bolfy traça la nef principale, dont la construction devait durer jusqu'au XVI' siècle; en 1427, l'architecte était Rollin X'autier, un Français, établi dans le diocèse.
La façade de l'église date de 1607 ; elle fut modernisée en 1733. L'entrée offre la base seulement des énormes ébrasements d'un vaste portail inachevé. La porte de /os Apostolos se distingue par ses riches galeries.
L'intérieur ne comporte qu'une seule nef longue de 62 mètres, de quatre énormes travées, voûtées d'arêtes sur plan barlong. Elle présente une magnifique perspective sous les gerbes de nervures gothiques qui naissent des piliers. Le chœur lui fait suite avec l'abside et l'ambulacre, portés sur quatre piliers d'une légèreté extraordinaire et huit autres encore plus sveltes autour du rond-point. Sept absidioles bordent le déambulatoire, et une vingtaine d'autres absidioles se greffent aux flancs du chœur et de la nef, tournant chacune leur chevet vers l'extérieur à l'instar des absidioles rayonnantes, comme on le voit à la cathédrale de Toulouse. Cette église est d'un caractère étrange par les grandes dimensions de l'ensemble et la finesse du détail.
Le maitre-autel est un bijou d'orfèvrerie, défiant toute description. On remarque la chaire épiscopale et plusieurs tombeaux.
Le cloître primitif, du style roman-byzantin du XI 1" siècle, voûté en demi-berceau, est très remarquable. Ses gros arceaux plein-cintre à vives arêtes posent sur des dalles que soutiennent des paires de colonnettes très distantes dans le sens perpendiculaire au mur.