LE STYLE GOTHIQUE ALLEMAND
couronne affectent plutôt la forme de renfoncements dans les murs épais du collatéral ; elles sont souvent couvertes d'un comble commun.
D'ailleurs, l'architecture affecte des variantes régionales très intéressantes.
Dans le Nord, surtout dans les villes hanséatiques, où l'emploi de la brique ne permet pas un riche décor, on s'efforce d'impressionner la vue en dressant des masses puissantes, des tours colossales, cariées, pareilles à des donjons de forteresse, comme celles de Sainte- Marie de Lubeck (1276), de Doberan (1291-1368), de Schwern (1365-1371). Le dôme de l'église de Brandebourg se distinguait par une riche architecture en briques à jours, cmaillées, formant une vraie dentelle, comme à Sainte-Catherine de Brandebourg. Les flèches sont élancées, ajouréesparfois avec une richesse extiême, comme celles d'Ulm et de Freyberg.
En Westphalie prévaut le type simple de la halle.
Le type de la tour en tête est répandu dans le Sud-Ouest ; cette région se distingue par les beaux matériaux et les riches sculptures. (Strasbouig, Bâle, Friboutg.)
Dans le Sud on supprime le transept. La tendance au simple plan rectangulaire représente l'idéal d'une construction organique appropriée au concept démocratique allemand. Il n y. a plus de différence de forme entre l'église paroissiale et le plus grand monument. Le vaste comble écrase les murs ; l'aspect extérieur est imposant, l'intérieur plutôt froid. La Bavière offre quantité d'églises massives et majestueuses de l'espèce.
Le chœur est allongé et clos ; il s'éclaire par de colossales lancettes ('). Même quand prévaut le type de la nef émergeante, persiste la grande hauteur des collatéraux, par suite la grande envergure des arches, qui mangent le triforium; de là un module gigantesque, qui fait paraître courtes des nefs puissantes comme celles de la cathédrale de Ratisbonne. Il en résulte aussi l'invariable chevet à trois pans, au lieu de cinq, qu'on voit partout en France.
Parfois les collatéraux des nefs se continuent autour du chœur qu'ils enveloppent (2) ; alors on recourt à un système ingénieux pour la superstructure du déambulatoire ; le mur extérieur est à sept pans, enveloppant sept travées : trois carrées correspondent aux trois pans du chœur, quatre triangulaires correspondent aux quatre piles (3). Parfois cependant, dans l'épaisseur du mur de précinction, et entre les contreforts, on loge des chapelles absidales rectangulaires, comme à St-Laurent de Nurenberg (1274) et à N.-Dame de Bambeig (■*).
Une tendance s'accuse à percer le fond du chœur pour emjamber le collatéral ; elle se produit à la cathédrale d'Augsbourg, où les bas-côtés s'arrêtent devant la travée extrême de l'ambulacre, que recouvre la voûte du chœur, et à la cathédrale de Munich, où les collatéraux sont aussi hauts que le chœur lui-même, mais où celui-ci est également percé ; il l'est ici sur un pan, là, sur trois pans.
Souvent le système des nervures est très compliqué. Bientôt la simple croisée d'rgives fait place à des voûtes à nervures entrecroisées, à compartiments multiples. Le mode français du XV« siècle, plus logique, consiste à former des travées bien distinctes, séparées par les doubleaux, et à subdiviser chacun des quatre voûtains de la croisée simple par des liernes et des tiercerons. En Bavière, et en général en Allemagne (comme aux Pays-Bas), on semble préoccupé d'éviter l'effet un peu biscornu produit par l'arc diagonal, qui, dans les travées barlongues, divise l'angle au sommet du rectangle en deux espaces très inégaux. Les arcs augifs sont tracés suivant la bissectrice de cet angle ou à peu près (fig. 277) ; dès lors ils ne se croisent plus au centre du rectangle, mais en quatre points correspondant aux sommets d'un losange. On les prolonge au delà de ces rencontres, et ils vont couper les doubleaux. La partie interceptée des doubleaux est parfois supprimée (fg. 27S), et l'on arrive ainsi à un tracé dans lequel la division
1. N.-D. et Saint- Burkarde de Wurzbouig, St-Ulrich d'.'^ugsberg, St-Jacques de Rottenburg, Notre-Dame de Nurenberg, Dôme d'Ulm, Munster d'Uberlunge, Saint-Martin de Landshut, Munster de Dortmund, etc.
2. Ainsi qu'on le voit également à St Georges de Dinkelsbùhl et exceptionnellement dans le Nord, .à Osnabruck, à Wesel (St-Willibrord).
3. C'est le système des voûtes du déambulatoire de St-Sébald à Nurenberg.
4. Église de Ste-Croix de Gmund, N.-D. d'Ingolstadt, N.-D. de Munich.
Fig- 377.
Fig. sjS.
par travée disparait ; la voûte se trouve couverte d'une résille continue à compartiments complexes ('). parfois très compliqués, dont nous donnons cjuelques schémas (fig. zyç à 2S2). Au surplus les nervures, à la fin du XV' siècle, se croisent et se recroisent avec une belle désinvolture jusque sur les retombées, et parfois les voûtains, au lieu de reposer sur les nervures, portent sur des cloisons verticales.
Les pignons, de si belle envergure, qui sont une des beautés de la contrée, sont fréquemment garnis en avant de la face de légères et nombreuses piles monolithes, souvent rattaches au fond par un parpaing, et qui parfois dépassent les rampants et les hérissent de pinacles. Les plus beaux exemples de ce dispositif sont à St-Sébald et à St-Laurent de Nurenburg, ainsi qu'à St-Jacques de Rothenburg.
Les tours ont également un caractère particulier, qui tient à leur origine lombarde. Elles sont détachées de la construction principale ; elles se dressent, jumelles, aux deux côtés du chœur, parfois à l'écart comme à Ste-Emmerance de Ratisbonne (XIII* siècle). Elles sont carrées, sou vent aveugles, sauf l'étage des cloches, très sveltes et parfois ornées d'arcatures rangées.
M. Dehio a mis en lumière les rapports étroits qui unissent la sculpture médiévale allemande à la française ; nous signalerons ces rapports à l'occasion de différents édifices. MM. Weese, K. Franck et Goldschmidt ont confirmé ses vues (-). Les savants Allemands ont reconnu ces influences avec une conscience critique digne d'éloge. La sculpture de Bambarg dérive de Reims, et celle de Magdebourg, de Chartres et de Paris. Cependant il y eut en Allemagne, notamment en Franconie, des écoles de sculptures originales, dont on suit le développement au portail Nord de Bamberg même et à Oerhingen.
Au XV* siècle, la décadence s'accentue ; la pierre imite le bois
et le bois imite la pierre ; les formes entrelacées abondent ; l'art
■^ devient ingénieux, parfois puéril et folâtre. Toutefois le style
gothique avait encore une certaine tenue au commencement du
XVr siècle, et lutta jusqu'au commencement du XVI T contre
Fig. lyç.
Fig. iSi. —
Fig. 282. — la Renaissance; celle-ci resta toujours imprégnée des traditions gothiques.
I. De ces procédés dérivent les tracés en chicane de maints cloîtres, comme ceux de la cathédrale de Wurzbourg et des Dominicains de Ratisbonne, offrant des retombées en face des fenêtres.
:. G. Dehio, Influence de Part français sur Vart allemand. Paris, Leroux. — V. lierteaux. Revue archéologique, sept. 1900. — Karl Franck, Influence du golhiijue français sur la sculpture allemande. (Kepert. fur Kunstwissenschaft, t. .\XIII, 1901, fasc. 1).
CATHEDRALE DE COLOGNE