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PLAN DE LA CATHEDRALE DE COLOCJXE

CATIIKURALKS GOTHIQLKS

nous n'en savons guère plus long que nos ancêtres ; eux n'étaient point comme nous embarrassés pour si peu : à défaut de l'histoire, ils acceptaient volontiers la légende : son charme poétique valait à leurs yeux bien plus que l'authenticité d'un texte.

Ils racontaient que le maître, chargé de dresser les plans de ce chef-d'œuvre, chercha longtemps, en vain, sa géniale inspiration. Il errait découragé sur les rives du Rhin, les yeux baissés vers le sol, quand il aperçut, dessinés sur le sable, les contours précis du monument dont il rêvait vaguement la forme. Frappé de la beauté du plan superbe qui s'offrait à ses regards, il en avait à peine considéré les grandes lignes, quand un nain difforme et repoussant, qu'il n'avait pas remarqué d'abord, en effaça rapidement la trace. A l'architecte stupéfait et indigné, il répondit

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qu il était libre d'anéantir son (tuvre, comme de la céder pour un prix convenable ; et maître Gérard de le supplier, et de lui offrir tout ce dont il disposait pour acquérir ce projet merveilleux. « Tout l'or de la terre, répondit son interlocuteur avec un sourrire dédaigneux, serait trop peu pour payer mon œuvre. Mais toi, si pauvre que tu sois, elle est à toi à une condition : signe de ton sang le parchemin que voici ! » Satan lui demandait son âme pour prix de la gloire humaine et de richesses immenses. Rendez-vous fut donné pour conclure ce marché, le lendemain au même lieu, à pareille heure ; la légende ajoute que, par la protection de sainte Ursule, Gérard parvint à ravir au malin son plan merveilleux sans souscrire aux conditions imposées. Furieux d'être joué, le diable avant de fuir arracha une partie du plan, celle représentant la tour Nord ; de plus il déclara que du moins le nom de l'architecte serait voué à l'oubli. En vain celui-ci voulut-il faire mentir le maudit ; en vain prit-il soin de graver son nom complet sur une lame d'airain scellée à l'édifice, il n'est parvenu à la postérité qu'incomplet et douteux, et nous savons maintenant comment peut s'expliquer l'impuissance des archéologues à l'identifier.

D'ailleurs la cathédrale fut l'œuvre des siècles successifs, souvent interrompue par les dissensions entre les archevêques et les citoyens de Cologne. Après l'incendie de 1248, Engelbert, dit le Saint, projette la grandiose réédification ; sur ces entrefaites il fut assassiné et l'œuvre ne fut entamée que par son second successeur, Conrad Von Hochstaden, dont la statue d'airain, coulée au XV" siècle, se voit encore couchée sur un cénotophe dans la cathédrale. On commença par le chœur, les pierres furent tirées du Drachenfels. Ce ne fut qu'en 1322 que le nouveau chœur fut consacré avec ses chapelles, et que les reliques des trois mages y furent déposées; en 1347 M*" C. Nie de Buren commença la tour du Sud et le collatéral du Nord. Les nefs furent livrées au culte en 1388. Les tours ne furent reprises qu'après la mort de Conrad ; en 1437 on put suspendre les cloches dans celle du Midi. En 1450, cette tour fut arrêtée au tiers de sa hauteur. Un terrible ouragan, survenu en 1443, fit tomber un pinacle sur le chœur et sur la châsse des Rois Mages ; on ne manqua point d'accuser Satan de ce méfait. Dès lors la tour cessa de s'élever; la Réforme vint et arrêta l'essor; en 1560, les travaux furent arrêtés et jusqu'au siècle dernier la façade est restée coiffée de la grue qui avait servi à monter les pierres. On y avait vu durant quatre siècles cette machine élévatoire bardée de feuilles de plomb, qui semblait à Victor Hugo « une gigantesque plume noire penchée sur le cimier du sombre monument )). Jusqu'alors la cathédrale de Cologne n'offrait encore qu'un tronçon d'église (le chœur), séparé des tours par une immense lacune, qui n'a été comblée qu'au milieu du siècle présent. La Révolution en fit un magasin de fourrage en 1796.

La restauration de la cathédrale de Cologne fut la première du XI X= siècle. En 1807, Sulpice Boisserée ouvrit une campagne en sa faveur, et Gorres prêcha la cause sainte. F. A. Albert fut choisi comme architecte en 1833. Les travaux d'achèvement des nefs commencèrent en 1823. C'est en 1868 que la grue fut enlevée, après 400 ans, et que l'œuvre du Dôme fut inaugurée. Les travaux s'exécutèrent, après la mort d'xAlbert (t 1838) sous la direction de E. Zwirner(t 1861), puis de R. Voigtel. Les façades des transepts furent élevées sur les plans de Zwirner. En 18S0 on débarrassa les deux tours de leurs échafaudages ; on y mit trois cloches, dont l'une a été fondue avec des canons français.

CATIIÉURALKS GOTHIQUES

L'achèvemeni de cet œuvre, digne de l'admiration de la postérité, marqua le règne du roi Frédéric-Guillaume III; il est dû surtout à la célèbre Commission du Centra/ Dombauverein sous la direction d'Auguste Reichensperger, mort en 1S95, quelques semaines, après qu'en reconnaissance pour ce service et d'autres rendus à la cité de Cologne, il venait d'en être proclamé citoyen d'honneur. Il fut l'âme et la cheville ouvrière de cette entreprise mémorable {').

La grande façade a été achevée en suivant un pian du XIV' siècle heureusement conservé.

Le 1 5 octobre iSSo, Guillaume I", entouré de tous les princes de la Germanie, scellait la dernière pierre du fleuron de la tour du Sud, au milieu de fêtes inoubliables, mais en plein Kulturkampf

C est un effet prestigieux que produit,

surtout vu du Rhin, ce vaisseau puissant entouré de ses chapelles en ressaut, et tout hérissé de pinacles, de clochetons, de gables fleuronnés, de flèches dentelées, bordé de contreforts et tout garni d'arcs-boutants, repercé de fenestrages, tapissé d'arcatures, couronné de balustrades et de crétages, de pignons ajourés, d'un gracieux campanile et de tours jumelles colossales. Le chciur surtout apparaît comme une merveille. Toutefois au transept le prestige diminue ; le campanile est un peu massif, et les croisillons offrent trop de raideur par l'abus des lignes verticales, des arcatures aveugles et des pinacles surchargés d'ornements.

L'intérieur de la cathédrale est d'une émouvante majesté et d'une élégance extrême.

I. l'ar un zèle de feu, par une éloquence pénétrante, par une propagande infatigable, il yayna le peuple allemand et ses princes à cette grande idée, d'achever la plus belle cathédrale des pays allemands. Il en pénétra l'idée, il en retrouva les lois et le canon oublié, il prépara par des études remarc|uables et fit prévaloir avec une rare énergie la solution de problèmes nombreux et épineux, il résolut les questions les plus ardues, objets d'un véritable combat, que soulevaient la réfection du portail Nord, la construction de la tour centrale, la suppression de la vis de la tour du Nord, le maintien et la disposition originelle des arcs-boutants, et l'établissement du réseau de la grande fenêtre de l'Ouest ; et il a donné l'exemple de ce que peut pour l'honneur d'une ville et d'un pays le dévouement d'un citoyen d'élite, l'armi les membres de la commission il faut citer Wittjjenslein, von Groote et K. Esser.

CATHÉDRALE DE COLOGNE

Ses nefs, avec leurs 6000 mètres de superficie, paraissent plus étendues que celles de Saint- Pierre de Rome, qui en ont 15000. Une forêt de piliers élancés, de sveltes

colonnes, de colonnettes accouplées, se perd à leur sommet dans des voûtes vraiment aériennes. De vastes verrières éclatantes descendent de ces voûtes jusqu'au pavé de pierres, pareilles, dit Victor Hugo, à de larges nappes de topazes, d'émeraudes et de rubis (•). Toutefois cette riche expression n'est qu'imparfaitement juste. Ces verrières

qui sont du temps de Maximilien, sont peintes avec la robuste exagération de la Renaissance allemande. « Là abondent ces rois et ces chevaliers aux visages sévères, aux tournures superbes, aux panaches somptueux, aux lambrequins farouches, aux mordons exubérants, aux épées énormes, armés comme des bourreaux, cambrés comme des archers, coiffés comme des chevaux de bataille. » (Jette description pittoresque du grand poète fait bien ressortir le caractère théâtral et singulièrement fâcheux de ces tableaux transparents, à la place desquels on voudrait voir les sereines figures des saints et les médaillons légendaires des siècles centemporains de l'ancienne architecture.

Boisserée ('), suivi par Michelet ('), a voulu faire de la cathédrale de Cologne le l'arthénon de l'architecture chrétienne, et ce monument, qui est à certains égards la synthèse de l'art gothique, a été fort discuté. Certes ses proportions sont à la fois grandioses et harmonieuses ; mais il y a de la monotonie dans quelques parties où le tracé géométrique abonde. On voit bien ici que l'art ogival est une conception essentiellement française. Le génie allemand manifeste sa puissance dans la série admirable des églises romanes du Rhin. (< Quand il veut imiter ses voisins de l'Ouest, dit feu ( harles de Linas, il ne prend pas leurs qualités, il exagère leurs défauts ; sous sa main l'effilement passe à la croquante. » Étant donnée la similitude des deux plans d'Amiens et de Cologne, il est certain que l'œuvre de Robert de Luzarches a inspiré l'architecte rhénan. Mais le trait de génie du maître Allemand, comme le remarque E. Lambin, ce fut la modification apportée dans la partie haute du rond-point. Il accrut l'élégance des fenêtres en n'adoptant que deux lancettes au lieu de quatre, et il atténua les pleins entre les grandes arcades et le triforium; il diminua enfin ce dernier pour donner à la claire-voie une hauteur colossale et une ordonnance aérienne. De X'erneilh a d'ailleurs reconnu la grande perfection technique de l'oeuvre de Cologne. I out le vaisseau est couvert de voûtes d'arêtes nervées à simples diagonaux, telles que les a conçues l'art gothique après tous ses tâtonnements, dans sa perfection, avant le commencement de sa décadence.

Donnons encore la parole à l'auteur des Liilres sur le R/iiii, pour nous dépeindre, tel qu'il le vit jadis, le mobilier du chœur. « Dans ce chœur les richesses abondent. Ce sont des chapelles pleines de sculptures sévères, des tableaux de toutes les époques, des tombeaux de toutes les formes, des évoques de granit couchés dans une forteresse, des évêques de pierre de touche couchés sur un lit porté par une procession de figurines éplorées, des évêques de marbre couchés sous un treillis de fer, des évéques de bronze couchés à terre, des évêques de bois agenouillés devant des autels, des lieutenants-généraux du temps de Louis XIV accoudés sur leurs sépulcres, des chevaliers du temps des Croisadas gisant avec leur chien qui se frotte amoureusement contre leurs pieds d'acier, des statues d'apôtres vêtus de robes d'or, des confessionnaux de chêne à colonnes torses, de nobles stalles canonicales, des retables d'autels chargés de statuettes, de beaux fragments de vitraux, des tapisseries peintes sur des dessins de Rubens, des grilles de fer qu'on croirait de Quentin (sic), des armoires à volets peints et dorés qu'on croirait de Franc l'ioris (sic). » Les tombeaux dont il vient d'être parlé sont, entr'autres, l'effigie en cuivre de l'archevêque Conrad

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