‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 249 sur 303 · I. M. E. ]\iny. Journal de Genh/e · texte numérisé non relu

I. M. E. ]\iny. Journal de Genh/e

. — l.A MOUT l)i; I.A SAINTE VIKliOi:. loKTAlE. I)K l.A CATHKDUAr.i; \W. STUASHiiI H(

CATHÉDRALE DE STRASBOURG

voûtes latérales. Les chapelles voisines du chœur ont été enserrées dans des galeries modernes d'un style ogival fantaisiste. Le chevet plat est fâcheusement engagé dans les locaux du Séminaire, élevés au XVI 1"= siècle. Si l'extérieur de la cathédrale est d'une ordonnance peu réussie, l'intérieur est d'une grande beauté.

Le portail du Sud offre une sculpture remarquable. Les statues de l'Église et de la Synagogue, sont des copies dont les originaux sont conservés au Frauenhaiis ; ce sont des chefs-d'œuvre de la statuaire de Strasbourg avec les deux groupes de la Mort de la Vierge et son Assomption figurant dans le tympan demi-lune du portail Sud.

La façade de l'église a cinq étages. Le premier comprend le triple portail, surmonté de pinacles efflanqués, couvert de sculptures et couronné de quatre statues équestres représentant Clovis, Dagobert, Rodolphe de Habsbourg etLouisXIV; les trois premières remontent à 1291. Ce somptueux portail raconte par sa statuaire la création et l'histoire d'Adam et d'Eve ; il figure les principaux personnages des deuxTestaments, résumant les quarante

2ÇJ. — COUPE TRANSVERSALE SCHEMATIQUE DE r,A CATHEDRALE DE STUASBOURG. (SCHÉMA EURYTHMIQHE DE M. KXAUT.)

siècles d'attente du Messie, l'avènement et la Passion du Christ. Les portails latéraux complètent son enseignement. Au Nord, on voit l'enfance du Sauveur, les Vertus et les Vices ; au Sud, le Jugement dernier, les Vierges Sages et les Vierges Folles. Cette statuaire fut en grande partie refaite au XIX° siècle. Le portail Saint- Laurent est célèbre par sa sculpture tourmentée, spécimen de la statuaire allemande du XVI" siècle. Le second étage de la grande façade est percé d'une grande rose et de deux galeries, ajourant les faces des tours ; au-dessus de la rose règne une rangée de niches, qui ont contenu jadis les statues du Christ, de la Vierge et des Apôtres. Les corniches de la galerie de droite sont décorées d'une foule de monstres, véritable sabbat diabolique ; à gauche, on voit une statue d'Hercule, ancienne idole trouvée, dit-on, dans les matériaux du temple antique sur l'emplacement duquel la cathédrale est bâtie. Le troisième étage est percé d'élégantes baies surmontées de gables. Plus haut se dressent les deux étages de la seule tour qui ait été achevée, offrant un prisme octogonal et une pyramide hérissée de pinacles et de clochetons. Cette tour, haute de 142 mètres, n'a été dépassée encore que par les tours de Cologne et la

Jlèche de Rouen ; véritable merveille de légèreté et d'élégance, elle est percée à jour de haut en bas et soutenue par la seule maçonnerie de ses angles. L'énorme fenêtre centrale de la façade latérale des tours est composée de huit grandes lumières, de deux vastes roses et de deux moindres. A la cime de la grande tour se trouve la

lanterne surmontée de la couronne.

Fig. 3Ç4. — HTATfES 1>V. I.A POKTK OCCIDBSTAI.E CAlCHi: DE r.A fîATIIKDRALK DK STRA.sHOUI»;.

sommée elle-même de la rose ; au-dessus se dresse la croix terminée par une pierre octogone qu'on nomme le bmiton, d'un pied de haut sur 15 pouces de diamètre. Pour monter sur ce bouton, il faut, après avoir atteint la couronne, grimper au-dehors sur une armature de fer. On a vu des touristes boire à la prospérité de Strasbourg du haut de ce piédestal infime et aérien. Pour parvenir à cette altitude suprême, on escalade 635 degrés d'escalier. Dans toute la hauteur de son dernier étage, la tour est flanquée de quatre tourelles ajourées renfermant des escaliers en escargot ; la pyramide octogone qui constitue la flèche contient encore huit colimaçons. On est eff^rayé, rien qu'à suivre du regard le curieux qui se risque à cette laborieuse et hardie ascension (■). En 1912 ont été reprises en sous-œuvre les fondations lie cette tour colossale de 142 mètres, qui dataient de 1277 ; elles ont été établies sur l)ilotis comme à Mayence ; le drainage du sol produit par les égouts, en abaissant la nappe d'eau naturelle, avait fait péricliter la tour. La tour centrale forme une coupole, reconstruite en 1875.

Si l'extérieur de la cathédrale est d'une ordonnance peu réussie, l'intérieur du vaisseau, qui appartient à la seconde moitié du XIII' siècle, est d'une grande beauté.

Une grande harmonie de proportions y a été réalisée, à ce qu'ont établi les études de M. Knault, à l'aide d'un C4non eurylhmique, consistant en un triangle ayant ses sommets aux extrémités de la base d'un carré et au milieu du côté supérieur ^.^. 2Çj).

Signalons la souveraine élégance du triforium, la richesse des sculptures des chapiteaux, l'éclat harmonisé des anciennes et célèbres verrières, et l'intérêt de la crypte du XP siècle aux chapiteaux sculptés.

Le transept est séparé en deux dans le sens de sa largeur, par deux piles, l'une

I. V. J. Neuwitth, Les trois gentilshommes de Prague et la fliche de la cathédrale de Strasbourg, dans Zeitschrift fur bildende A'«»j/, janvier 1896.

On raconte qu'au commenc ment du XyiII"- siècle, un Anglais, qui avait parié de faire trois fois le tour de la plateforme, monté sur la balustrade qui la borde, perdit pied au troisième tour, et vint s'abîmer sur le sol ; on ajoute <jue son chien, le voyant balancer et perdre l'équilibre, se jeta après lui et tomba mort à côté de son maître.

CATHÉDRALE DE STRASBOURG

monocylindrique, l'autre, celle du Sud, en faisceau de colonnes ornées de trois rangs de statues ; c'est le célèbre « pilier des anges ».

Les nefs ont été habilement soudées à un chœur roman, qui surmonte une crypte. La cathédrale fut ornée aux XI 1= et XlII'siècles de vitraux qui étaient renommés, et que détruisit en grande partie l'incendie de 1298. Ce fut, dit-on, Jean de Kircheim qui les rétablit au commencement du XIV^ siècle, prenant pour point de départ ce qui restait de l'ancienne vitrerie, faisant même entrer dans son œuvre desfragments qui avaient échappé aux ravages du feu et peut-être aux atteintes des hommes ("). Ces vitraux sont d'un grand charme et d'une qualité supérieure. Leur vaste ensemble comprend trois séries principales : celle des martyrs, des papes et des évêques canonisés ; celle des souverains, bienfaiteurs de l'église et celle de sujets bibliques. A l'étage supérieur de la nef, les Saints sont rangés, au nombre de 40, du côté de l'évangile, les Saintes du côté de l'épître, la Vierge marchant en tête de la théorie des saintes femmes. Leur font suite : \^ Jugement de Salomon, la Ltdte symbolique des Vertus ci des Vices, présidée par Ezéchiel et par Aristote. La série des Enipereiirs occupe quatre fenêtres du collatéral Nord. On y voit aussi la Création du monde et \ Adoration des Mages. A la petite nef du Sud, soixante-quatre compositions retracent, en quatre fenêtres, des scènes de la vie de la Vierge et de la vie du Christ. Au bas de la nef, est le Jugement dernier avec les œuvres de Miséricorde. Malheureusement, tous ces précieux vitraux ont été endommagés par le bombardement de 1870.

La chaire de vérité fut exécutée en i486 sur le plan de l'architecte Jean Hammerer,. sauf l'abat- voix qui est moderne. La cuve baptismale est le chef-d'œuvre de Josse Dothinger de Worms (1453).

L'horloge de Strasbourg a figuré jadis comme la troisième des sept merveilles de l'Allemagne, dont la tour occupait le premier rang; elle date de 1271. Il n'est guère, croyons-nous, d'horloge plus populaire. Une légende raconte que son constructeur eut les yeux crevés, de façon à ce qu'il ne pût créer un autre chef-d'œuvre semblable. Cette horloge, dont on voyait les restes à l'œuvre Notre-Dame, voisine de la cathédrale, a été, vers 1848, remplacée par une autre, mise au courant de la science par le célèbre ingénieur Schwilgué. C'est à propos de celle-ci que nous lisions naguère dans \ç: Journal d'Alsace :

P'S- ^95- — TYMPAN DE LA IMiHTE OCCIDENTALK [CENTRALE DE LA CATHÉDKALE DE STRASBOURG.

« Nous croyons intéresser le lecteur en indiquant les changements que fait subir le moteur central aux différents mécanismes de l'horloge, sur le coup de minuit.

I. Abbé Guerber, Essai sur les vitraux de la cathédrale de Strasbourg.

CATHEDRALES GOTIHOL'ES

• Ces changements se rapportent au millésime, au cycle solaire, au nombre d'or, à l'indiction romaine, au\ épactes, à la lettre dominicale et aux fêtes mobiles. A minuit, le compul ecclésiastique se trouve déga'^é par l'horloge pour se mettre en mouvement et déterminer toutes les indications des cycles relatifs à l.i nouvelle année. Ces indications règlent d'elles-mêmes le mécanisme principal du comput, de manière h fixer le jour de Pâques pwur cette même année.

" Cette fête, au lieu d'être représentée sur le comput, est immédiatement transmise au calendrier perpétuel qui se trouve derrière la sphère céleste placée devant l'horloge.

>■ Au coup de minuit, toutes les indications relatives à l'année qui finit disparaissent et sont remplacées par celles de l'année qui commence, et, par un mécanisme des plus ingénieux, les fêles mobiles se placent d'elles-mêmes aux jours auxquels elles correspondent dans la nouvelle année ; ainsi fixées, elles conservent leur position jusqu'à l'arrivée de l'année suivante. »

CATHEDRALE DE METZ

LA cathédrale de Metz, qui est devenue française par adoption, et qui a cessé de l'être par annexion, se dresse fièrement sur son antique forteresse ; c'est un noble édifice, qui offre un beau spécimen du style rayonnant, greffé sur l'église

)NT DKS CIlIl.r.K.S KT l..\ C.VTIILDU.M.K I)K JIKTZ.

antérieure, œuvre imparfaite commencée au XI II' siècle et comprenant un chœur remarquable. Le vaisseau comporte une très large nef, des bas-côtés étroits, un transept aux bras saillants dont la croisée est envahie par les stalles du chœur, et une abside de forme étriquée, aux lianes obliques, entourée d'un large déambulatoire, avec

CATHEDRALE DE METZ

trois énormes chapelles absidales. Le rond-point est très élancé comme tout le vaisseau et étayé d'arcs-boutants à deux étages.

r,g. 2çr. — 1

Par une exception assez rare, on connaît le nom du maître de cette belle œuvre ; il avait nom Pierre Perrat, mort en 1400; il l'enfanta dans la dernière année du XIV^ siècle, après avoir travaillé à Toul et à Verdun. Son tombeau, élevé par son élève Thierry de Sierck, existe encore. Après lui, l'on cite Roger Jacquemin ( 1 1 1 6), fort

CATIIEDRALKS GOTHIQUES

estimé de son temps et son fils Gérard, qui commença en i i6o la façade sur les dessins de Tristan de Hattonchel. L'œuvre ne fut terminée qu'en 1546.

Reconnaissons tout d'abord que cette cathédrale a un regrettable défaut : le transept est fâcheusement rapproché du chœur. Mais la grande nef peut être coni[)tée au nombre des plus célèbres vaisseaux de France, avec ses sveltes verrières, comprenant 4000 mètres carrés de vitraux, qui abritent leurs triples lancettes sous des gables élégants garnis de rosaces. Nulle part le tlamboiement des verrières ne remplit de plus vastes espaces ; ce sont, selon l'expression de M. Auge de Lassus, « comme des murailles scintillantes, fleuries, où le soleil aurait immobilisé ses rayons. » Dans peu de sanctuaires les colonnettes se groupent en faisceaux plus puissants et plus hardis :

« Amiens et Beauvais à peu près seuls dépassent l'envolée de ces ogives aériennes parties à la conquête des cieux » (').

Le sol du chœur a été exhaussé au siècle dernier sur huit malheureux degrés semi-circulaires ; ses vitraux datent de

Le portail du Sud est surmonté d'une rose d'une délicatesse achevée et d'une dimension remarquable, garnie de magnifiques vitraux peints du .\IV siècle. Ce portail formait l'entrée principale de Notre-Dame la Ronde, église du XI ir siècle, comprise dans le plan général de la cathédrale.

Aux flancs de la nef se dressent deux hautes tours; celle du Sud a seule sa flèche, percée à jours, qui renferme une cloche puissante.

blondel le second (le neveu de 1 auteur de la Porte Saint-Denis) avait masqué la façade principale par un portique néo-dorique élevé en 1795, que l'Empereur d'Allemagne a fait naguère démolir. Ce portail était un présent royal, bien fâcheux d'ailleurs, et jurant avec le gothi(|ue du vieux Pierre Perrat. En 1744, l'Alsace était envahie, la France menacée ; Louis XV, jeune encore, accourt du fond de la Flandre ; un mal subit l'arrête et le terrasse à Metz. Aussitôt toute la France est en larmes et en prières ; l'année suivante le Roi gagnait la bataille de Fontenoy. Pour mériter

Page 1