II. — DOME DE LIMBURG-SUR-LAHN
CETTE église épiscopale catholique, consacrée à saint Georges de Limburg dès 909, compte parmi les plus beaux monuments élevés aux Pays-Bas au commencement du Xlir siècle. Commencée en 12 13 par le comte Henri d'Isenburg, elle fut
achevée en 1235 et en 1243; elle se distingue surtout par ses cinq belles tours. C'est une construction gracieuse, où l'arche brisée domine. Elle offre une grande analogie avec Notre-Dame de Noyon, qui lui est antérieure. On y voit comme à Noyon des galeries audessus des collatéraux, et au-dessus de ces galeries, d'autres plus petites, qui donnent au vaisseau beaucoup d'élégance. Elle a subi l'influence française, probablement celle d'un maître d'œuvre de Laon. La façade offre une combinaison des lignes élancées de Laon et des lignes horizontales allemandes.
Le plan est encore celui d'une basilique romane voûtée, aux murs épais ; il est tracé en croix latine, à trois nefs précédées de deux tours à flèches rhénanes. Le vaisseau n'est long que de 50 mètres, large de 19 ; il a 21 mètres de hauteur sous les voûtes. Les arches de la nef posent alternativement sur colonnes et piliers ; cette nef a deux doubles travées carrées couvertes de voûtes sexpartites ; les bas- côtés sont voûtés d'arêtes sur petits carrés. Le transept a des croisillons saillants, flanqués chacun de deux tours carrées, droites et étroites ; au centre est une lanterne ocioi^onale sur trompes, avec voûte et flèche.
Les deux grosses tours carrées de la façade aux nombreux étages, de plus en plus ajourés du bas vers le haut, enserrent un pignon percé d'une rose à huit jours ronds autour d'un oculus central. A la base de chacune des flèches sont des frontons rhénans ; l'allure est presque romane.
Le chœur est terminé en abside ; quatre colonnes le séparent d'un étroit déambulatoire sans chapelles, hormis une simple niche au chevet. Une petite absidiole s'ouvre
I. V. Ansuhten, Plâre, Détails aus dtiit Dont :u fJmbur/;, gravure de Moller. Darmstadt, 1819.
CATHÉDRALE DE STRASBOURG
dans le mur oriental de chacun des croisillons du transept. Le chevet, vu de l'extérieur, offre une haute construction à deux étages, couronnés d'une galerie rhénane sous la corniche.
On conserve dans l'église le tombeau de son fondateur, l'empereur Conrad IV, dont les restes sont à Fulda.
CATHÉDRALE DE STRASBOURG (')
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OICI la fière cathédrale de Strasbourg, dont la flèche du Nord-Ouest, haute de 142 mètres, est populaire en Europe ; elle fut longtemps seule à le disputer en hauteur à la pyramide de Chéops, et sa sveltesse a souvent été opposée à la lourdeur massive du colosse égyptien On doit gravir 635 degrés pour parvenir à son sommet. Une place entoure l'église, procurant le recul voulu pour jouir de l'effet monumental de 1 édifice. Sa jumelle dont la base existe au cote Sud-Ouest, n'a pas été édifiée.
Commencée en 622, détruite plusieurs fois, reconstruite à l'époque romane, puis au milieu du XIII*" siècle, la cathédrale ne fut terminée qu'au , "1 % milieu du XI V' siècle, par un constructeur qui -j, ^"1' rompit l'harmonie du plan primitif.
L'évêqueWerner édifia de loi 5 à 1028 la basilique romane à 3 nefs sous plafond, terminées par une abside sur crypte. Brûlée en II 76, elle fut reconstruite à la fin du XI P siècle. La nef fut réédifiée de 1252 à 1275 ; un siècle (1275 à 1365) fut consacré à l'édification de la façade. Les noms des architectes Erwin de Steinbach (t 13 18), de son fils Jean, d'Ulrich d'Ensingen, de Jean Hiiltz, qui termina la flèche en 1439, et de Jodoque Dotzinger sont du petit nombre de ceux qui ont échappé au naufrage du temps. La fille d'Erwin, l'habile Sabine, aurait sculpté
I. L. Bà.cheux, La ca^/itftita/e deSlrasbcurg.m-{o\.,6o'p\.; Knault, Z« cathédrale de Strasbourg; G. Delahache, La cathédrale de Strasbourg. Paris, Longuet, 1910; D. et O. Winckelman et D' M. Bendiner, Strasbourg. W. Seiffert, Stuttgart.
Fii;. sSç. — CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
CATIIÉURALI-.S GOTHIQUES
des statues du portail méridional (?). La tour du Nord fut terminée en 1439.
ii.i;ii.Li; iji, i.A CAUii.uuAl.i; w. ;-Ti;.\>iiui i:n.
Nos lecteurs aimeront à relire ici la poétique légende d'Erwin, dont la ville de Baden-Baden célébrait naguère le souvenir ('). Le grand Erwin, que le génie avait
I. 11 parait toutffois que les Badois revendiquent à tort le célèbre artiste pour un des leurs. Du moins il parait que son nom originaire est Hervi de Pierre/ont.
CATHÉDRALE DE STRASBOURG
touché de son aile, était un vieillard quand il fut désigné pour ce grand (uuvre ; il était aidé de Jean, son fils, (jui était sa force, et de la belle Sabine, sa lille, qui était toute son âme. Pendant dix années, le vieux père et ses vaillants enfants travaillèrent au grand œuvre; les pierres s'empilaient comme par enchantement, et déjà l'on pouvait apercevoir le commencement des flèches prêtes à lancer dans les airs leurs pointes altières et festonnées, quand Dieu rappela vers lui l'âme d'Erwin. Celuici fit jurer à Sabine, que les siens termineraient l'œuvre glorieusement comniiencée.
Mais les plans manquaient :
un concurrent en produisit de superbes ; nul doute qu'ils ne soient accueillis. Sabine, désolée, s'efforce de traduire au trait sur le parchemin la conception pa ternelle ; exténuée, le sommeil la surprend sans qu'elle ait pu esquisser son œuvre. A son réveil, apparaît à ses yeux émerveillés un admirable tracé qu'une main mystérieuse y a dessiné à sa place.
^ C'est l'œuvre du Diable, »
prétendaient ses ennemis. Mais Sabine a foi dans l'inspiration divine. Son dessin est accepté, et les travaux reprennent sous sa direction ; la cathédrale s'élève si haut € que le dernier coup d'ailes des cigognes l'effleurait à peine et qu'elle dominait de plusieurs pieds le grand vol des hirondelles. »
Mais à mesure que montaient les tours, une main invisible détruisait chaque nuit l'œuvre du jour écoulé. Un soir, Bernard de Sunder, le fiancé de Sabine, faisant sa ronde sur les échafaudages, vit une double apparition. Au sommet de l'œuvre, Sabine, les yeux ouverts, mais la bouche muette, travaillait d'une manière inconsciente sous l'impulsion directe de Dieu, et plus bas, Polydore de Boulogne, le traître évincé du concours, martelait les fleurons, les roses et les statues, ciselés avec tant d'amour par Sabine et ses collaborateurs. Tout à coup, la blanche ouvrière aperçoit le noir destructeur de son œuvre ; elle avertit Bernard : une lutte suprême s'engage ; un corps tomba, ce n'était pas celui du fiancé de Sabine. La tour fut terminée, et les noms d'Erwin et de Sabine en sont inséparables.
Fi§'. 2ÇI. — PORTE OCCIDENTALE DE DROITE DE LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
Cathédrales Gothiques.
CA'niKDRALES GOTHIQUES
Il existe une autre légende. L'empereur d'Allemagne avait déclaré que cet édifice devrait être la plus belle cathédrale du monde ; il promettait à l'architecte qui réaliserait son rêve une peau de mouton remplie d'or, mais ne lui donnait qu'une année pour l'achever ; si. le délai passé, l'œuvre n'était pas achevée, l'architecte sera coupé en quatre par le bourreau. Or maître Jean accepta le terrible marché ; au bout d'un aw l'édifice était debout, mais les sculptures maneiuaient encore. L'architecte obtint un sursis d'un an pour les faire : mais la veille du jour fatal, il restait encore pour une année de travail. C'est alors que l'architecte vendit son âme au diable. Le lendemain, quand le bourreau fourbissait son glaive, tout le monde put admirer la
cathédrale achevée.
En réalité l'on sait peu de choses sur les architectes de l'église.
On a souvenir des épitaphes des maîtres Jean Hiiltz, cité plus iiaut, et de Jacques de 1 -andshut, auteur de la chapelle Saint- Laurent (1495- 1505). On a retrouvé celle de Erwin (î I 318) et de sa femme Husa, dans laquelle est cité Jean, fils d'Erwin, maître de l'œuvre (t 1339); on ne peut rien affirmer sur la part prise par E. de Steinbach à la conception de l'œuvre.
Des bruits ont couru, qui ont fait concevoir des craintes sur la solidité de ce magnifique monument. Le mal n'est pas si grand qu'on l'a dit (') ; l'admirable édifice ne court, en réalité, aucun danger. Les fondations, construites il y a neuf cents ans, et auxquelles — selon une légende — plus de cent mille ouvriers pieux ont volontairement travaillé, sont robustes. L'air, la foudre, la pluie, les lichens rongeurs, l'ont plus dégradée que les hommes. L'usure des siècles y a marqué son empreinte plus profondément que n'ont pu le faire les projectiles de guerre ; mais les altérations qu'a subies le monument sont facilement réparables.
La façade antérieure est disproportionnée ; le successeur d'Erwin l'ayant remontée d'un étage, de même qu'il suréleva l'octogone de la tour. Cette façade alourdie, on l'enrichit de sculptures, et l'on étendit par devant comme un réseau de fenestrages, qui en sont distants de plus d'un mètre. La profusion des détails cache imparfaitement le défaut de la structure et nuit à la grandeur d'aspect. La Hèche aussi est ajourée à l'excès et parait faite en métal plutôt qu'en pierre. La façade méridionale est d'une grande majesté, et les boiseries de son portail, sont un chef-d'œuvre de la Renaissance.
On peut reprocher encore de la lourdeur aux arcs boulants qui soutiennent les