XXIV. — CATHEDRALE D'ULM
LA tradition a conservé le souvenir du dernier juin 1377, grande journée pour le peuple d'Ulm. L'aurore éclaira la foule en liesse, et à 9 heures (l'heure où le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres, comme dit naïvement un écrit de l'époque), le Bourgmestre Ludwig Krafft descendit dans la tranchée où il devait poser la première pierre d'une église gigantesque. La musique remplit les airs, le clergé chanta, le peuple pria, et Ludwig Krafft posa les fondements au-dessus de cent gîilden d'or. Bientôt de toutes parts affluèrent des dons généreux pour l'œuvre. Ainsi parle le chroniqueur Fahr.
La construction fut commencée par le chœur, dont une première consécration eut lieu en 1385. 11 était relativement modeste. Mais 15 ans après son érection, survint le maître habile auquel on doit le reste du vaisseau avec sa riche architecture, ainsi que le plan de la superbe tour ; il avait nom Ulrich Ensinger ; son contrat d'entreprise date de 1392. 11 fut intronisé comme maître de l'œuvre de Notre-Dame pour une période de cinq années. On sait qu'il présida dès 1399 à la direction des travaux de la cathédrale de Strasbourg, où il entreprit
l'érection de la tour octogonale.
La ressemblance de l'œuvre de Strasbourg avec celle d'Ulm confirme ce que l'on sait de lui comme architecte de la partie occidentaledu chœur d'Ulm, en particulier de cette tour magnifique qui porte l'empreinte de son originalité arti-
Fig. Sib. — STALLES DU CHŒUR DE LA CATHÉDRALE d'ULM. StiqUe.
catukuralks gothiques
Ses successeurs ont suivi ses plans ; ce furent d'ailleurs d'abord ses fils, beau-fils et petits-fils; durant un siècle, la direction de l'œuvre ne sortit pas de la famille. On connaît los noms de llans et Gaspard Ran, de Mathieu et Maurice Ensinger, comme
maîtres d'œuvre de la cathédrale. La nef s'éleva sous leur direction.
Plus tard, de 1477 à 1480, parait un maître de grand talent, qui avait affirmé sa valeur dans l'érection de l'église de N.-D. d'Eslingen, un des monuments les plus remarquables de Wurtemberg. Nous voulons parler de Mathieu Boeblinger, qui poursuivit l'œuvre de la tour. Boeblinger disparaît en 1494, dit la chronique, à la suite d'un accident : une pierre tombée de la voûte. Le portail fut élevé la même année, et la nef fut achevée par le successeur de Bollinger, Bukhard Engelberg de Hornberg; elle fut voûtée de 1502 à 1507. A partir de ce moment les travaux furent suspendus.
Les ressources manquèrent pour mener à bien l'achèvement de l'œuvre. Un vieux parchemin nous apprend qu'en 1529, la cathédrale à demi construite, sans ses arcs- boutants, se présentait comme un géant accroupi sommeillant depuis un siècle. On connaît le nom de l'architecte qui poursuivit les travaux durant la première moitié du XVI'= siècle; il ^^ÊÊà ^^^1^^ se nommait BernardWinkler. Mais en octobre
^^^H ^^; à ' maiimÊ^^M '53°' ^^'"^ entrait dans le mouvement de la ^^^^1 fil ' ' ' s "' fiflii^^^^H Réforme, et ce fut le culte nouveau qui para- PH|P^ I -(11^ *! I M ^9^^S^^ cheva l'œuvre, qui plaça les grandes orgues !Ï ^ "^ en 1578 et, en 1620, qui fit les portes riche-
ment sculptées de la Renaissance, qui orna ces six portes de grilles en fer ouvragé au XVI II" siècle, et surtout qui se fit une gloire d'achever la tour d'après un ancien dessin conservé, grâce au concours de toute l'Allemagne ; malheureusement, la stabilité de cette tour inspire des inquiétudes.
De nos jours, l'œuvre de la restauration de la cathédrale fut entreprise, comme celle de la cathédrale de Cologne, sous l'impulsion d'un Douiverehi, constitué par la Société d art et li' archéologie de la Souabe et sous les auspices de Charles 1 1 de Souabe. Ferdinand Thîan fut le premier architecte de l'œuvre entreprise en 1844 ; il mourut en 1870 et fut remplacé par Ludwig Schen (t 1880). Ses successeurs furent Hein et l'éminent prof. Aug. Beyer. La première pierre de l'octogone de la tour fut placée le 15 mai 1S90, et la pierre terminale de la flèche fut posée à 161 mètres de hauteur, le 31 mai 1900, nouveau jour de joie pour la ville d'Ulm.
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CATHEDRALE D'ULAI
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Ulm se flatte de posséder le plus beau portail du monde l'Allemagne, avec le nouveau portai! de Metz. C'est un haut portique à trois arches élancées et festonnées, précédant la tour entre les puissants contreforts. Au fond s'ouvrent les portes.
La tour colossale masque entièrement la nef centrale.
Le vaisseau géant esta cinq
nefs, de dix travées, sans compter les larges collatéraux de la tour. Les doubles nefs collatérales hautes de 22 mètres sont divisées par une épine de légères colonnes, et couvertes de voûtes à compartiments multiples à résille complexe, tandis que la nef centrale a des voûtes nervées à quatre compartiments. Le chœur, aux nervures
entrecroisées sans doubleaux et sans clefs centrales, est clos, profond, terminé en demi-décagone.
Il contient de riches stalles en chêne, sculptées au XV'^ siècle par Jôrg Syrlin.
Il est flanqué de deu.x belles tours aux flèches ajourées.
Les tympans historiés des portails latéraux sont couverts d'un ensemble touffu de bas-reliefs trop détaillés, et mal répartis.
J/9. — TYMPAN DE LA POKTE .NORD DU CHŒUE DE LA l'ATIlEIiKA LE nULJL
CATl I ÉDR ALES GOTl I lOUKS
L'église mesure 77 m. de longueur, 15 de largeur, 41 de hauteur. Les hauts murs de la nef émergent au-dessus des bas-cûtés, soutenus par des arcs boutants, qui s'appuient sur de hauts contreforts aux pinacles aigus et extrêmement ouvragés, comme
tout l'intérieur de l'édifice.
Far contre, l'intérieur de la nef est d'un aspect froid et presque pauvre. Il y manque un triforium rompant la monotonie du grand mur aveugle, qui s'étend entre la claire-voie très élevée et les maîtresses arches. Celles-ci sont d'un cintre aigu ; elles reposent sur des piliers carrés garnis seulement d'une légère colonnette aux arêtes. Toute cette architecture est rude, et fait mesurer l'énorme distance qui sépare, au point de vue de l'élégance, le gothique allemand du français.
Le vaisseau est couvert de croisées d'ogives.
Un arc triomphal, percé à travers un grand mur plat, plus bas que la nef, est orné de vitraux de
La tour occidentale, le géant de r.Allemagne, est carrée et large ; elle empiète sur les bascôtés par ses contreforts, qui s'y
J30. — TYMP.W IXFF.IHEfR liAUCHB DK T..\ PORTK SITD DE LA Sy.V DK LA CATHKDKAI.i: D'i'LM.
amorcent de la manière la plus fâcheuse. Comme celle de Strasbourg, elle est copieusement garnie d'une mouluration montante et serrée, qui nuit à sa majesté, mais exalte sa richesse ornementale. Elle offre une première partie carrée, surmontée d'une souche octogonale, que coiffe une haute et belle flèche, aiguë, ajourée de fenestrage.s. Aux angles montent de grêles escaliers ajourés en tire-bouchon. La grande fenêtre du premier étage s'ouvre au fond d'une sorte de galerie à trois entrecolonnements efflanqués, sur trois gables, reproduisant l'ordonnance du porche.