‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 283 sur 303 · E VIENNE · texte numérisé non relu

E VIENNE

par trois hautes arcades ornées de statues dans leurs

intervalles, un portail sous une terrasse bordée d'une riche balustrade. La Porte des Géants, qui décore la façade principale et date du XVI'= siècle, ne s'ouvre qu'aux grands jours ; elle est ornée des statues de Rodolphe IV et de son épouse. A l'entrée de l'église on montre la chaire de pierre où le moine franciscain Jean Capistran prêcha en 145 1 la croisade contre les Turcs (').

Avant de pénétrer à l'intérieur de l'édifice, considérons ses formes en plan, ses trois nefs presque égales dépourvues de transept, accostées de deux spacieux portails, destinés tous deux à porter des tours, dont une seule a été exécutée ; et le chœur à trois nefs, terminé par des absides rangées polygonales : plan singulier et simple, tout allemand, et qui contraste avec le plan en croix latine à transept des églises françaises. Toute la construction est d'une légèreté vraiment idéale.

L'intérieur de la cathédrale est d'un effet aérien saisissant ; les piliers de la nef sont formés de faisceaux de légères colonnettes, agrémentés de statues dans des niches, qui s'élancent d'un jet pour former les nervures de la voûte, encore allégés par des niches greffées sur leur fût ; ces nervures s'entrecroisent en un réseau continu, à compartiments compliqués que ne sépare aucun arc-doubleau, et soutiennent des voûtains formés de dalles ; l'ensemble de l'intrados affecte l'allure d'un berceau à cintre brisé, relativement aigu. Les trois nefs, à peu près égales de hauteur et de largeur, sont élevées, élancées et vraiment prestigieuses. II leur manque par contre la

I. V. Munster de Fribotirg-en-Brisgau. V. Das Freiburgcr Munster, de F. Kempf et K. Schuster (m. bibl.).

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CATHÉDRALE DE MARBOURG

majesté des formes, la noblesse des proportions, et la pureté de lignes des belles églises du XI II" siècle.

Le chœur, très allongé, garni de belles stalles, est flanqué de collatéraux, terminé par des absides à cinq pans.

La cathédrale possède une des plus anciennes chaires de vérité connues, sculptée par maître Pilgram, et dans le chœur, des stalles du XV*" siècle. La chambre des reliques contient des trésors considérables. L'église renferme plusieurs tombeaux princiers anciens, et la sépulture d'une vingtaine de princes et princesses de la maison d'Autriche, contenue dans des catacombes en forme de galeries à trois étages.

Saint-Etienne fut épargné lors du siège de Vienne par les Turcs, en 1529, par Soliman IV le Magnifique, le digne contemporain de Léon X. En reconnaissance de sa générosité, un croissant et une étoile furent gravés sur la dernière assise de la tour jusqu'au siège de 1683 ; alors Cara- Mustapha n'eut pas les mêmes égards, et les armes de l'empire ottoman furent effacées. On a célébré longtemps à Saint- Etienne la délivrance de la ville par Sobieski. La famille impériale, accompagnée de la noblesse, se rendait en procession solennelle à la cathédrale pour y entendre une messe d'actions de grâces.

CATHEDRALE DE MARBOURG

SAINTE-ELISABETH de Marbourg est, dit feu Jules Helbig, une des églises les plus intéressantes de l'Allemagne ; avec Notre- Dame de Trêves, elle compte au nombre des premiers monuments du style gothique qui ont été construits et l'on retrouve, dans l'ordonnance générale du plan et dans l'exécution des détails, l'expression de ce style dans toute sa pureté. Mais elle ofire encore un intérêt tout particulier en rappelant, d'une manière singulièrement vivante, cette sainte vénérée et populaire qui est morte à vingt-quatre ans, après avoir épuisé la coupe de toutes les douleurs et laissé au monde l'exemple d'incomparables vertus. La plupart de nos lecteurs connaissent le beau livre que le comte de Montalembert a consacré à la princesse de Thuringe, et qui a répandu sur le sanctuaire consacré à cette sainte tant de charme poétique. On a retrouvé les substructions de la chapelle de l'hôpital Saint- François, fondé par elle, et où elle fut inhumée ; elles se trouvaient en grande partie sous le transept Nord de la nouvelle église, érigée par les soins et les ressources des chevaliers de l'Ordre Teutonique.

Fig. 334.. — PLAN DE LA CATHÉDRALE DE MARBOUBG.

CATHEURALKS GOTllIOUKS

L'auteur que nous venons de citer parle en ces termes de la belle église de Sainte- Klisabeih. d'après le Docteur Bickell (') :

< On n'a mallieurcuscmcnt aucun renseignement sur l'architecte de l'église de Marbourg, mais il est très probai)le qu'il a connu et étudié les églises du Nord de la France. Toutefois c'est dans les églises du Rhin et de la Westphalie qu'il convient de cliercher surtout le type dont il s'est inspiré en ce qui concerne les dispositions générales.

> En effet, la triple abside qui en caractérise si nettement le chevet se retrouve très clairement développée dans les églises romanes de Cologne : Sainte-Marie du Capitole, les Saints-Apôtres et Saint Martin ; secondement les églises dont les trois nefs s'élèvent à la même hauteur, les

< Hallenkirchen > allemandes dont Sainte-Elisabeth offre un si bel exemple, se rencontrent, à la vérité isolément, dans le Poitou ; mais on en voit surtout des types appartenant à la dernière période romane, particulièrement remarquables, en Westphalie ; les églises du Munster à Herford et le dôme de l'adcrborn en offrent des exemples. Les moines de l'Ordre de Cîteaux qui, en 1227, ont bâti la basilique de Marienstadt, non l<iin de Marbourg, paraissent avoir, quant au style, exercé une influence décisive sur le maître de l'œuvre de Marbourg.

» L'Ordre Teutonique commença la construction de l'église le 27 mai 1233, nvant la canonisation de la Sainte, et le 30 du même mois, le pape Grégoire IX accordait des indulgences à tous ceux qui, soit par des aumônes, soit autrement, donneraient leur concours à la construction. Les prodiges qui s'accomplis- -. lient auprès du tombeau de la Sainte, morte le ig novembre 1231, et l'affluence des pèlerins qui déjà venaient le visiter, rendaient la canonisation certaine. La solennité de la pose de la première pierre eut lieu le 14 août 1235 ; c'est seulement un an plus tard, sur les démarches du Landgraf Conrad de Thuringe et du P. Conrad de Marbourg, confesseur de la duchesse, que le pape Grégoire procéda à la canonisation de la duchesse Elisabeth. C'est alors qu'eut lieu l'élévation de son corps. Plus tard, les reliques de la Sainte furent placées par Henri, duc de Hrabant, au-dessus de l'autel majeur, remplacé depuis lors par le somptueux autel que l'on y voit aujourd'hui. >

L'autel primitif est conservé dans le transept ; nous le reproduisons avec son important ciboriiim {fig. JJj)- Il marque la place de la première sépulture. C'est devant cet ancien autel que le comte de Montalembert a vu cette « marche profondément creusée, trace des pèlerinages innombrables qui étaient venus s'y agenouiller autrefois, mais qui depuis trois siècles n'y viennent plus. » La belle châsse de sainte Elisabeth, contenant une partie de ses reliques, est conservée dans la sacristie de Marbourg ; c'est un des plus précieux joyaux de la belle orfèvrerie du XIII' siècle; elle rappelle singulièrement celles de Cologne, d'Aix-la-Chapelle, d'Huy et de Tournai.

Le vaisseau en croix offre des combles juxtaposés ; dans le comble du milieu pénètre la toiture en demi-pyramide de transepts en hémicycle. Les collatéraux sont couverts par des combles transversaux à croupes. A la croisée se dresse un gracieux campanile. L'extérieur est d'une grande beauté.

Fig. 33S- — AUTBL PltlMlTIF DE LA CATHKDKAI.E DE MAKlldl'IUi

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