‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 33 sur 303 · I. L Art gothique · texte numérisé non relu

I. L Art gothique

que, que le chœur d'Orbais est le prototype de celui de Saint-Remi et celui-ci, le prototype de celui de la cathédrale. Il admet que Jean d'Orbais, après avoir commencé l'église d'Orbais. travailla à Saint- Rémi, puis retourna finir son premier travail,

revint vers 1209 construire Saint-Symphorien, pour devenir enfin l'architecte de Notre-Dame, dont il doit avoir conçu le splendide vaisseau, y compris la façade. Jean Leloup n'aurait été que son subalterne ; Gacuto aurait été surtout sculpteur, auteur du portail occidental, que devait achever Bernard de Soissons, à qui l'on doit des réminiscences à Saint-Jean-des-Vignes.

Selon l'intéressante coutume d'autrefois, les noms de ces arti.sans d'élite furent inscrits dans le labyrinthe du pavement, dont Jacques du Cellier a tracé au XIV" siècle un dessin parvenu jusqu'à nous (■). Disons quelques mots de ce labyrinthe, <jui parait avoir servi spécialement d'instrument de dévotion. Au siècle dernier, on vendait chez les libraires de la ville un petit livre intitulé : Station au chemin de Jérusa/evi qtii se voit en l'église JVolre- Dame, celait notre labyrinthe. Il était octogonal, et flanqué, aux angles, de quatre compartiments également octogonaux où l'on avait figuré quatre maîtres de l'œuvre. Le chanoine Cocquault, dans ses Azotes monumentales conservées, a transcrit l'inscription du labyrinthe, dont Jacques du Cellier a laissé un dessin (XI V" siècle); on sait par là que les maîtres de l'œuvre furent ceux que nous avons cités plus haut. Au centre était tracée une figure de plus grande proportion, représentant probablement l'archevêque Albéric de Humbert, qui fit commencer la construction de la cathédrale en 1212. On y voyait aussi Bernard de Soissons oc- Fif. 70. - PLAN DE LA CATHÉDRALE cupé à travailler à la rose avec son compagnon (=").

DE KIvIMS, »

Le plan de Reims (fig. 70J est très simple, fort harmonieux et assez particulier. Jusque-là, l'on avait vu la basilique chrétienne se développer par la saillie des transepts précédant le chœur, par le déambulatoire entourant le sanctuaire et par des chapelles se groupant autour du chœur. Ce qu'il y a de spécial à Reims, c'est que le transept, au lieu de précéder immédiatement le chœur, empiète sur celui-ci d'une travée. Les chapelles rayonnantes, au nombre de sept, sont larges et profondes ; la nef, très longue, est dépourvue de chapelles latérales et de galeries ou tribunes ; l'éclairage

I V. L. Demaison, Communication au Congres des Socic'Us savantes de jSçj. 2. V. JLes Labyrinthes d'églises, par G. Soyez, 1896.

CATHEDRALE DE RI:LMS

en est grandement amélioré. Les chapelles absidales sont plus profondes, plus franchement dégagées que dans les cathédrales précédentes.

Les chapiteaux des nefs montrent un progrès définitif dans l'union des corbeilles des colonnes principales avec celles des colonnes engagées (fig. 6ç) (').

A l'extérieur, il faut admirer la proportion des arcs-boutants à double étage rX^'- 7^ A 'a puissance des piles et le décor de ces merveilleux contreforts, chefsd'œuvre du genre qui enveloppent l'édifice de leurs pinacles fleuris, le grand caractère des fenêtres supérieures profondément encadrées. Cet édifice, dit Viollet-le-Duc, a toute la force de la cathédrale de Chartres sans en avoir la lourdeur ; il réunit les véritables conditions de la beauté dans les arts, la force et la grâce.

Il faut reconnaître toutefois une infériorité notable dans la structure du vaisseau de Reims vis-à-vis de son contemporain d'Amiens. 11 suffît de jeter un coup d'œil sur le plan pour reconnaître une certaine lourdeur dans la masse des maçonneries. Cette particularité s'explique par diverses causes : d'abord l'emploi de petits matériaux, ensuite le fait que les fondations ont été défectueuses : les contreforts ne descendent pas aussi profond que les murs. Au surplus, Robert de Luzarches avait projeté un vaisseau plus élevé ; il voulait enfin le surmonter de sept flèches que figure la restitution ci-avant de Viollet le-Duc (fig. 6S).

Ce qui domine et impressionne au-dessus de tout, c'est la richesse suprême de la décoration sculpturale qui comprend 2500 statues.

Le portail principal surtout, orné à lui seul de 6000 figures, est une page sans rivale, le chef-d'œuvre de l'iconographie catholique. Il n'est pour ainsi dire pas une pierre de ce colossal ensemble, à laquelle le ciseau de l'imagier n'ait donné la vie et en quelque sorte le mouvement. La sculpture historiée est répandue sur les saillies comme sur les creux, sur les plats des murs, sur les contreforts et daqs les voussures multiples. L'ensemble est éblouissant, et en face de cette exubérante richesse, si l'on est tenté de blâmer l'abus du décor développé aux dépens des lignes architectoniques, on est désarmé par la splendeur de la sculpture.

Les baies profondes s'abritent sous des frontons aigus. Le portail du centre est prédominant, mais tous trois sont aussi somptueusement décorés. Trente- cinq grandes statues ornent leurs ébrasements, les pieds sur des monstres symboliques. Une draperie aux petits plis orne tout le soubassement. Dans les voussures se détachent en saillie des chapelets de statuettes. Des groupes

ACLE DE LA CATHEDRALE DE KEIMS.

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