‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 59 sur 303 · VIII. — CA.THEDRALE D'AUXERRE · texte numérisé non relu

VIII. — CA.THEDRALE D'AUXERRE

ÉCiLISE Saint Etienne fut maintes fois détruite et réédifiée sur le même emplacement ; elle fut rebâtie, notamment par l'évêque Guy le Vénérable, vers l'an 950 et par Hugues de Chalons vers l'an 1000. Cédant à l'émulation générale des évêques du temps, Guillaume, seigneur de Seignelay, entreprit en 1215 de la reconstruire, et éleva l'abside sur la crypte d'Hugues. L'œuvre définitive se poursuivit lentement à l'aide de dons et d'aumônes sollicitées jusqu'en Suède, grâce à une bulle pontificale. Guillaume fut un des généreux - ': l,^ ^ donateurs. Le chœur appartient à la première moitié du r XII I*^ siècle ; commencé en 1215,11 fut achevé en 1234;

la façade Ouest, à la fin de ce siècle, le portail méridional, au XI V^, ainsi que la nef et ses collatéraux, sauf les voûtes, qui ne furent terminées qu'en 1490. Le portail Nord, élevé vers 1420 environ, fut orné de sculptures au XV 1^ siècle. Les tours furent achevées vers la même époque. L'église fut saccagée par les Huguenots, et en partie réparée vers 1580 par l'évêque Jacques Amyot. Jean de Varnifroy (XI V^ siècle) est le seul maître de l'œuvre cité. L'histoire a laissé dans l'oubli le nom du A/?. //j). — "-*.>■ DK i,A cATHKoitAi.K premier architecte, de celui qui a conçu et réalisé ce magnifique monument.

Le plan en est simple. La nef, coupée au milieu par un transept peu saillant, est flanquée de collatéraux qui forment ambulacre autour du chœur, et sont entourés, dans la partie basse, de quatre chaijelles de chaque côté. Une large chapelle carrée s'ouvre seule au chevet. Une tour puissante se dresse à gauche de la façade princi-

lur

I. V. Viollet-le-Uuc, /Vc/. île fArchit.. t. Il, p. 516. — Chan. Parie, liiill. monumental, 1906.

Voir les travaux de Quantin, Challe, Clietest, l'orée, L.imbin, Pillion, Lebeuf, Dandin, Corberon, renseignés par le baron Jos. de IJethune dans sa Motwj^niphie lie la cathMrale d'Auxertc (liull. de hx Gilde de S. Tho7nas et de S. Luc, xxxvir Session).

s A I X T- E T I E N N E D'AU X !•: R K E

pale. Au Midi du chœur, qui a quatre travées, s'ouvrent trois chapellenies du XIV« siècle, et au Nord, une sacristie au plan carré. Tout le vaisseau est couvert de simples croisées d ogives.

Ce vaisseau constitue un modèle d'élégance. Le haut mur est évidé par un élégant triforium aux arcatures trilobées et plus haut, par une claire-voie percée de longs ajours. Celles-ci .sont, au chœur, formées de verrières divisées par des meneaux en quatre lumières ; dans la nef, elles sont simplement formées dans chaque travée de deux baies en arc brisé que surmontent de larges oculus ; tous les jours sont dénués de résilles et même de redens.

Le chœur offre trois supports consécutifs différents entre le transept et l'abside ; cela veut dire qu'au cours de la construction, l'architecte, comme l'a remarqué M. Ch. Lorée, a abandonné la voûte sexpartite d'abord projetée pour des voûtes barlongues. Le rond-point du chœur porte sur dix colonnes simples avec chapiteaux abondamment feuillages. On reconnaît dans le chœur la même main qu'à N.-D. de Dijon. L'ambulacre est entouré d'une large coursière, régnant entre deux séries de triplets l'un vitré, l'autre libre. Ce dernier porte des colonnettes divisant en trois les retombées des voûtes.

Les voûtes de la chapelle de la Vierge, comme celles du collatéral, portent l'em-

FAÇADE OCCIDENTALE l>K LA lATHKDl'ALE 11 ArXKKlii:,

fATHEDRALKS GOTHIQUES

preime «.lu style bourguignon du XI II' siècle. Leurs formerels sont distants des murs gouttereaux ; un dallage portant le cheneau réunit les premiers aux derniers.

Mais au chœur, pour plus de sécurité, l'architecte a adopté un moyen terme entre les systèmes champenois et bourguignon. Le premier consiste, tout en isolant le formeret du mur, à bander entre eux un berceau sur l'extrados du formeret. Au chevet d'Auxerre, un berceau remplace les dalles ; mais il ne pose pas comme dans le style champenois sur les chapiteaux des colonnettes portant le formeret et l'archivolte; il naît plus haut sur un linteau ]josé sur les flancs du contrefort intérieur. Un triforium, formé de petits arceaux sur colonnettes maigres, contourne toute l'église. Le clair-étage se compose de baies géminées sévères, surmontées d'un très grand oculus. Les voûtes sontbarlongues, sauf celles du croisillon Sud, qui sont sexpartites, et la voûte étoilée du transept.

Le déambulatoire épouse le plan de la vénérable crypte du X" siècle. Il est orné d'une série d'arcades posées sur des corbeaux à masques grimaçants et portant une coursière qui traverse les piles, sous les dalles d'une banquette qui court elle même derrière les formerets, et forme au dehors un chemin de ronde.

Le chef d'oeuvre de la cathédrale est la chapelle de Notre-Dame, dont les grandes fenêtres sont aussi réunies par une coursière ; elle réalise un curieux dispositif qu'on rencontre également aux cathédrales de Sens et de Langres, deux proches parentes de la cathédrale d'Auxerre, ainsi que la cathédrale de Cantorbéry. Cet admirable édicule

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CATHEDRALE D'AUXERRE

est couvert de voûtes dont les nervures retombent non seulement aux quatre angles du carré, mais encore au milieu des faces latérales, et en deux points du chevet, et aussi en deux points de l'ouverture libre, où elles sont reçues par deux colonnettes fluettes en délit, qui n'offrent que 24 centimètres de diamètre, sur une hauteur de 6.60 mètres. Pour éviter toute poussée oblique sur les grêles supports, l'architecte a combiné les voûtes d'une manière admirable.

La crypte, reconstruite vers 1030, restaurée par Viollet-le- Duc, comprend une nef subdivisée en trois allées par 10 piliers en quatre-feuilles et entourée d'un déambulatoire. Elle est établie sur un plan analogue à celui des cathédrales de Sens et de Langres.

Les chapiteaux des piliers sont ornés des biseaux caractéristiques de l'époque carolingienne. Ils portent des voûtes d'arêtes. La voûtedevant l'absidiole du chevet est décorée d'unepeinture exécutée vers 1 100. Au centre d'une croix, le Christ est figuré à cheval. Le Vainqueur divin tient le sceptre de fer avec lequel, dans l'Apocalypse, il gouverne les nations ; quatre anges l'escortent dans son triomphe. Une autre fresque montre le Christ en Majesté entre deux chandeliers à sept branches et les emblèmes évangélistiques.

L'aspect extérieur de Saint-Etienne eût rivalisé presque avec celui des grandes cathédrales, si sa tour du S.-O. avait pu être achevée. L'autre, le « beau clocher» de gracieuse allure, mesure 68 mèties de hauteur. Le pignon est curieusement réuni à la tour par un demi-pont en quart de cerclé. La façade est comme couverte de dentelles de pierres.

Les trois portails sont couverts de lu.xuriantes sculptures de différentes époques du XIII" siècle. La plus ancienne est vers le Sud ; on y voit six groupes de statuettes résumant l'histoire de David et de Bethsabée ; des jolies figures d'arts libéraux. Au t\-mpan se déroule l'histoire de S. Jean-Baptiste, les sculptures sont d'une fort belle facture.

lUIÎASSEMENTS 1)1 l'ilUlAll, DE LA CATHEDRALE UAlXEltlU:.

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CATIIKDKALE UAUXERKE.

Au ixirtail du Nord, sci/c médaillons racontent la Genèse; le linteau offre le couronnement de la Vierye ; les voussures retracent la \ ie de la Vierge.

Le porche central, jilus grand et plus j^rofond, est richement décoré. Les 35 bas-reliefs du souba.ssement (XII h' et XIV'^ siècles) donnent l'histoire de Joseph, celle de l'enfant prodigue, etc. Flus haut, des figures assises

r. (XIV'' siècle) représentent 16 prophètes. Les vou.ssures sont garnies, non sans profusion, de 65 scènes .se rapportant aux Apôtres et aux Saints; sur les pieds-droits on voit les Vierges sages et les Vierges folles ; sur le linteau, la Résurrection ; dans le t\mpan, le Christ du Jugement. Cette statuaire peut être comparée aux chefs-d'ceu\ re de l'anticjuité, dont elle se rapproche par le modelé.

Le soubassement de la façade est orné d'une fri.se d'admirables basreliefs. Seloir M"'"' Loui.se Pillon, c'est ici, après Reims, qu'on peut étudier le mieu.K l'évolution de la plastique du XI IL' siècle (dernier tiers). C'est un art en pleine jeunesse, en pleine sève de création. Il y a là toute l'histoire sainte en images, mêlée de gracieu.scs fantaisies. Dans les marges des encadrements voisinent la sirène, l'autruche et le griffon. La scène de l'Enfant prodigue et de l'Histoire de Joseph .sont d'admirables compositions : « c'est, dit M'"' Pillon, du Donatello épuisé et continué ; c'est d'une maîtri.se absolue, et cela rappelle les soubassements de la cathédrale d'Or\ieto ; les sculpteurs Italiens, en ce moment, .semblent s'être inspirés des Français.»

La façade s'élève en arrière des tours et des portails, percée d'une baie qui encadre une rose élégante, travail du XIV siècle; au dessus, un pignon du XIV"= siècle, avec une coursière à sa base.

Le portail du Nord est conçu dans le style flambcjjant. On voit au tympan l'histoire de saint Germain, évéque d'Auxerre. La vie de S. Etienne est retracée dans le beau portail du Midi, dont les remarquables sculptures remontent au XIV" siècle, et sont de premier ordre.

Au-dessus des grands gables des portaii.s latéraux se dressent de riches pignons percés de roses flamboyantes, flanquées de contreforts amortis en pinacles lleuronnés, garnis d'arêtes ajourées, sur les rampants, ornés dans le triangle de roses aveugles.

La cathédrale d'Auxerre est dépouillée de son ancien mobilier liturgique. Mais ses vitraux anciens sont nombreux et remarqua blés ; ils représentent l'histoire de l'art du verrier des XI I V et XVII^ siècles.

Notons un intéressant détail. Le Jugement lie Salomon est sculpté sur un contre-fort. II est à rapprocher de celui qu'on voit au tympan du portail de la cathédrale de Léon en Espagne, accompagnée de cette inscription : hciis af>pclhilionis. C'était sans doute le lieu où les prévenus étaient appelés en justice.

La vitrerie de Saint Etienne est riche et s'étend du XI I^ au XVIe siècle. On y voit de rares tracés de barlotières. de curieuses combinaisons de figures et de grisailles, des effets prestigieux dus à des moyens originaux, de beaux médaillons

— SOIUASSE.MK.NT DU l'ulITAI I. (K'fl DENTAL DR l,A l'ATIIKDUALE DAl XEHItK.

CATHEDRALE DE CMALONS-SUR AEAR.XE 109

légendaires. Signalons le vitrail de Saint-Michel avec ses ravissants musiciens célestes, dus à Pinaigrier.

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