IV. — CATHÉDRALE DE NARBONNE
LA cathédrale de Narbonne, dédiée à S. Just, un des édifices les plus remarquables du moyen âge, commencée en 1272, reste inachevée pour toujours. Déjà au milieu du XI 11^ siècle elle tombait en ruines, quand on songea à la réédifier, à l'instar de celles de Limoges et de Clermont. C'est du reste Jean Descamps, auteur de cette dernière, qui en fournit le plan.
Il est intéressant de comparer la cathédrale de Narbonne avec ces dernières ; ces trois églises sont véritablement trois sœurs, et les deux dernières offrent identité de profil et d'ornement.
Le chapitre de Gérone fit venir à Narbonne, au commencement du XV^ siècle, un architecte du nom d'Henri, sans doute originaire du Nord. Il y appela ensuite Jacques Favari, de Narbonne même, maître des œuvres de la cathédrale de cette dernière ville. Il y a beaucoup de similitude entre les deux cathédrales comme nous le montrerons en décrivant celle de Gérone. En 1346, Raymond Aycard travaillait au beau chœur de Narbonne.
L'œuvre est d'une telle perfection, qu'elle a dû coûter très gros; en l'an 121 1, des indulgences furent octroyées par le pape Grégoire X à ceux qui y contribueraient, et en 1289, par Nicolas IV, à ceux qui visiteraient la chapelle de Saint- Pierre récemment édifiée. En 1291, le même pape autorisait l'archevêque de Narbonne à utiliser à la construction tous les revenus disponibles de son vaste diocèse. En 1303, Benoît XI accordait la perception d'impôts pour terminer la cathédrale. En 1436, Eugène IV octroyait des indulgences à ceux qui aideraient par leurs offrandes à la réparation de l'édifice, détérioré par les tremblements de terre. A la fin du XV' siècle, l'archevêque Raymond de Bourbon recueillait de nouvelles ressources pour compléter le monument. Au siècle suivant on n'avait pas renoncé à l'espoir d'achever l'œuvre des deux siècles précédents, et Jean III, cardinal de Lorraine de 1524 à 1550, voulut mettre la main à l'œuvre, mais ne put y réussir. La cathédrale était comme l'annexe du palais- forteresse des archevêques.
Après que furent achevés en 13 19 le beau chœur, puis les tours, en 1332, la
Fis- J33-
rLA N DE LA CATHEDRALE DE NARBONNE.
(Tiré de i'Arehitectvre.)
I. Paul Laurens, Documents inédits sur la cathédrale de Saint-Justin de Narbonne. Narbonne, 1887.
V. Morlet, Notes historiques et archéologiques sur la cathédrale archiépiscopale de Narbonne (annales du Midi 1899). — Narbonne La cathédrale de Saint-Just. Narbonne, Gaillard. — La cathédrale de Sai?itjust de Narbonne. (Guide hist. archéol. et descriptif.)
Viollet-leDuc, Dictionnaire d'Architecture. — (V. V. Mortet, ouv. cité.)
mer se retira de son port, emportant sans retour la richesse hors de ses murs.
Il reste un énorme morceau de cette cathédrale, admirable comme plan et comme structure, malheureusement peu décoré et nu. C'est un spécimen unique dans le Midi de style gothique hardi et avancé, car Narbonne fut le berceau du gothique flamboyant antérieur au XV" siècle. Le chœur, très élevé, est très beau ; il a 40 m. de hauteur sous clef, presqu'autant que celui de Beauvais. Il ressemble beaucoup à celui de St-Etienne de Toulouse ; c'est un chef-d'œuvre de statique. Il est entouré de cinq absidioles rayonnantes, percées de fenêtres aux meneau.v flamboyants, et couvertes aussi en terrasses. Les bas-côtés sont couverts de dallages. Le vaisseau est garni à l'extérieur d'une double ceinture de créneaux et d'arcs-boutants à double étage, d'une belle envolée. L'architecte a eu l'idée géniale (ainsi que l'a fait remarquer M. H. Chabeuf) de relier les piles entr'elles par d'amples arcs qui portent un chemin de ronde tout en servant de contreventement. A l'intérieur on remarque la disposition originale des chapelles du chœur laissant entr'elles et le collatéral un bas-côté qui produit le plus grand effet. Le vaisseau est flanqué à sa naissance de deux tours carrées aveugles, avec ouïes étroites à l'étage supérieur ; elles sont couvertes en terrasse, et cantonnées d'une grosse tourelle d'escalier.
Des tombeaux se voient dans les entre-colonnements du chœur ; ce sont ceux de l'archevêque Pierre de la Jugie, du Cardinal Guillaume Briçonnet, etc.
L'église possède un riche mobilier, des orgues de 1741 avec boiseries sculptées, des tapisseries des tableaux, de remarquables ivoires, des objets d'orfèvrerie, deux manuscrits enluminés, etc. Le feu a dégrade en 1910 le chevet et le comble de la nef. Le tombeau de l'archevêque Pierre de la Jugie est complètement détérioré, et les jolies figurines qui lui donnaient une réelle valeur artistique ont éclaté sous l'action du feu.
La cathédrale communique avec le palais archiépiscopal.
Ce dernier, véritable château-fort, est après celui d'Avignon, le plus important palais des princes de l'Eglise en France. Sa grosse tour, véritable donjon, en pierre de Sainte-Lucie, se fait remarquer par sa masse imposante. Elle a quatre étages ; trois échauguettes flanquent son sommet, et sa tourelle d'escalier est couronnée par une guette. Elle était autrefois couverte d'un comble aigu. Le mélange d'architecture militaire, religieuse et civile, fait de ce palais, dit Violletle-Duc, un édifice des plus intéressants ; il fut bâti au XIV^^ siècle.