LOUVAIN
Miserere.
D'AUTRES CITÉS FLAMANDES Miserere .
Miserere .
AMIENS Des cris. On entend fuir tout un peuple atteriv.
STRASBOURG Tirlemont.
LUI
Cette voix qui gémit et qui pleure?
STRASBOURG
Charleroi.
NOTRE-DAME DE PARIS Où sont, Seigneur, où sont la Justice et le Droit ?
LUI
Et celle-ci qui râle
ARLES Et celles-là qui meurent?
LA VOIX DES CITÉS FLAMANDES Miserere.
Miserere.
Miserere.
STRASBOURG
Dixmude,
NOTRE-DAME DE PARIS
Un vainqueur, altéré
De meurtre, vers l'exil pousse les multitudes.
STRASBOURG C'est Termonde... Et Roulers... Ypres... Pervyse...
SAINT-POL-DE-LÉON
Dieu!
LUI
Les femmes, les blessés au moins devant ce feu Pourront fuir?
STRASBOURG Impossible.
ARLES Ah! Dieu! Dieu!
STRASBOURG
Lincendie, Dans la voûte du ciel par l'horreur agrandie, Sur la Flandre hier libre et maintenant prison, D'un verrou de fer rouge a fermé l'horizon.
LES VOIX DES CITÉS FLAMANDES Miserere..,
Miserere...
Miserere...
LUI
Dans la I Ayant tout dévoré, le feu... le feu s'apaise.
AMIENS Les cris des mourants ont cessé.
STRASBOURG
Prions Dieu pour les trépassés :
Requiem xternam dona cis, Domine, et lux per\
luceal eis.
NOTRE-DAME DE PARIS Kyrie, eleison.
LES CITÉS FLAMANDES ag jmurmurenl
...Et maintenant c'est sur toute la Flandre le grand
l'investissement. Sous la ,
cloche d'un carillon au cœur d'un beffroi troué par
LUI
Mères, à ces beffrois que la flamme dévore
L'heure a sonné pour nous
Do chasser la bande des loups...
AMIENS Et de tuer l'oiseau que Ton entend encore.
SÀINT-POL-DE-LÉON
S'il vient je lancerai sur lui mes goélands !
Mes mouettes
Au passage le guettent
Contre cet oiseau noir mes milliers d'oiseaux blancs !
BOURGES
S'il vient sur moi, je réveillerai les volcans D'Auvergne contre lui.
ARLES
S'il vient, moi je le tue :
Je l'aveuglerai de soleil !
LUI
Je rêve que je vois la bête abattue,
ARLES
Le beau rêve! Le beau réveil !
Je vois, dans cette nuit que l'aurore auréole,
Aux stridentes chansons des cigales d'été,
Les Victoires en farandole
Traverser le ciel étoile.
STRASBOURG
Non, vous ne rêvez pas. Tant que vous êtes, toutes, Sibylles, vous lisez dans la main du Destin. Nos rêves d'aujourd'hui, nulle de vous n'en don Sont les réalités en marche do demain.
LUI
Je le vois aussi l'oiseau sombre... II évite Tous nos oiseaux à nous lancés à sa poursuite.
STRASBOURG
Et moi je me souviens
Que j'ai là l'arme avec laquelle je le tiens:
Ma flèche! ... Ma flèche, écoute bien,
La cime la plus haute, enfant, la plus hautaine
Qu'ait sous le ciel dressée aucune main humai
Par ellenous aurons laBéte...
Vers le Nord, Ongle de fer, becqué de fer, couronné d'or, L'aigle de Prusse Fait tête enCor...
Non! c'était sa dernière astuce; Il fuit, il fuit vers l'Est... E1 tandis qu'il s'enfuit, Au-dessous de lui dans la nuit, Les princes allemands, complices dans l'outrag Attendent qu'on l'abatte et qu'on se le par!
Et, par bandes, ces loups déjà sûrs de son sort En découvrant leurs crocs, de nuage en nuage Le suivent sous la lune et hurlent à la mort...
Le voilà qui change de route...
Il vient sur moi Cette fois...
Il vient, il vient... Alors moi, toute, toute, Je m'arc-boute
Sur mes piliers, ces reins de ma crypte. Et je tends Aie briser, tant
Je le tends, l'arc immense, effrayant de ma voûte; Et j'attends... Il vient, l'oiseau meurtrier... Il tourne dans le ciel, fou de rage et de honte. Et son grand vol noir éployé
Fait encor plus de nuit dans la nuit... Bien. Son compte Est bon... Maintenant pars, ma flèche! Et siffle! Et monte! Perce le ciel de ton éclair, Flèche formidable de fer!
Flèche de Dieu que rienn'ébrèche, Frappe-le juste au cœur, impitoyable flèche, En plein cœur ! dans son cœur qui n'eut pas de pitié, Pars, ma flèche de cinq cents pieds!...
Ah! Ah ! touché, ma flèche! Il tombe,
L'assassin des cités, l'égorgeur des colombes !... Qu'il est long à tomber... Il tombe! Il tombe!
Enfin !
Saignant de tout son sang, perdant toutes ses plumes, Roulé contre les rocs aux remous des écumes, L'aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin !...
Pleure, pleure Allemagne
L'aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin
Nous avons brisé ton glaive impuissant, Allemagne... Morts, tes fils dans leur sang Du sol étranger par mille et par mille Se dressent, les yeux creux, et de leurs poings tendus Maudissent leur pays et leurs espoirs perdus Et leur sacrifice inutile,
Pleure, pleure, Allemagne
L'aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin !
Déjà, sur toi, France, ils mettaient la main. Ce crime il l'avait osé le Germain 1 Nous avons coupé cette main hardie.
Nos morts à nous auront leur pays pour tombeau Des rêves que l'on rêve ils ont eu le plus beau : Ils auront sauvé la Patrie.
Pleure, pleure, Allemagne,
L'Aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin
Rhin, fleuve français, le long de tes bords Nous l'avons tué! L'aigle, l'aigle est mort ! Regardez au cœur, notre flèche y vibre Engloutis dans tes flots, Rhin, l'oiseau détesté;
Et mêle son néant à ton éternité.
L'aigle est tué, le monde est libre!
Pleure, pleure, Allemagne
L'Aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin!
LUI
Ah! que pour un tel but, pour une telle fin,
Sous le vol des balles farouches,
La Mort, la belle Mort me baise sur la bouche,
«remporte dans le cœur l'espoir, l'espoir certain,
De voir pour les vainqueurs des victoires prochaines
D'eux mêmes se tresser en couronnes les chênes,
Et d'entendre, aux clameurs que leur retour déchaîne,
Pour ceux qui reviendront de ces jours meurtriers,
De tous leurs rameaux verts frémir tous les lauriers.
NOTRE-DAME DE PARIS
Non, tout cela n'est pas un rêve, c'est réel. O France, tous tes fils entendent ton appel.
STRASBOURG
S'ils l'entendent! Tenez, la France tout entière Derrière ses tambours en marche sur le Rhin I Tandis qu'à l'unisson, moi, je sens dans mon sein D'aïeule, dans mon sein de granit et de pierre,
Battre à coups redoublés, battre mon cœur d'airain.
Et nos fils, entendant ces appels héroïques,
Croient voir s'emplir la plaine au loin de chevaliers
Bardés de fer, la lance au poing; de gens de pied
Avec l'arc, le mousquet, l'arquebuse, la pique,
Tous les fusils, tous les llingots; et, à défaut,
L'arme sacrée aux mains du paysan, la faux!
Et ce que chacun d'eux a cru voir apparaître,
Ce sont ses morts, les vieux, les anciens, les ancêtres ;
C'est au vent des drapeaux, rouges et blancs et bleus,
La France d'autrefois qui marche devant eux.
Près du Présent tout le Passé ! Toute la Gloire !
Tous ils viennent du fond des pages de l'Histoire;
Tous ceux qui dans les temps se sont battus, mes sœurs.
Et qui sont morts debout, face à l'envahisseur.
Tous sont là. L'on entend dans le fond des années
Le corde Roncevaux sonner aux Pyrénées;
Des compagnons de Jeanne on entend les galo]
Avec son cri : « Boutez l'ennemi hors de Franc»
Les pages du Passé débordent de héros !
Il le faut; le pays se bat pour l'existence.
« La Patrie en danger! La Patrie en danger! »
Alors tous, tous du fond des pages ils s'échappent ;
C'est Maubeuge et Jourdan, Dumouriez et Jemmapi
Si pressés de marcher pourchasser L'étrang
Qu'en haillons et pieds nus ils enjambent les niai -
Et près de ces anciens, ceux d'hier, les récents,
Ceux de Berri-au-Bac, de Souciiez, des Éparges,
Pâles d'être des morts et rouges de leur sang;
Ceux de l'Aisne en avant! Ceux de la Marne au lar.
Debout les morts! Toujours plus loin! Toujours plus haut! Tous ceux de Kellermann! de Joffre! de Marceau! Un clairon de Fleuras leur sonne encor la charge ! Un tambour de Yalmy leur roule encor l'assaut!
Se dressant de toute «a hauteur au-dessus des nuées.
Aux armes!
LES CATHÉDRALES, LUI Aux armes! Aux armes!
Rideau