CELLE DE SAINT-POL-DE-LÉON
L'ombre descend
AMIENS Un jour de sang s'ajoute à d'autres jours de sang.
BOURGES
Et ces voix qu'on entend derrière les nuées, Ces monstrueuses voix qui hurlent à la mort...
ARLES Depuis des mois,
AMIENS Le jour,
SAINT-POL-DE-LÉON La nuit,
NOTRE-DAME DE PARIS
De l'Est au Nord,
AMIENS Paraissent cette fois se taire, exténuées...
BOURGES Et le Soir par la main nous amène la Nuit...
ARLES
Et c'est l'heure, c'est l'heure où nous, les Cathédrales, Près des nuages, dans ce ciel d'où le jour fuit, Dans la pluie et le vent, la neige et les rafales, Au-dessus des cités et des champs envahis, Nous nous parlons, gardant l'espoir que rien ne lasse, Cathédrales de France, ô mes sœurs, à voix basse, L'une à l'autre d'un bout à l'autre du pays.
AMIENS
Et comme la veillée assemble les aïeules
Devant l'âtre en hiver pour qu'elles soient moins seules,
Nous qui toutes en France avons des fils au front,
Le danger nous rapproche. Et assises en rond,
Autour de toi, Basilique de Notre-Dame,
Nous étendons nos vieilles mains aux doigts raidis,
Ainsi que vers le feu de l'âtre, vers la flamme
Qu'est ton génie, ô Ville immortelle, Paris.
NOTRE-DAME DE PARIS
Unissons-nous, mes sœurs. Arles, toi, de Provence ; Toi, Saint-Pol-de-Léon, du côté de la mer; — Et réservant leur place à celles dont l'absence Vers l'Est est un regret chaque jour plus amer Par l'exil où les tient l'ennemi hors de France, — Mêlons nos cœurs, Amiens qui du Nord nous souris ;
Bourges, abeille active au Centre du pays;
Nous, aïeules parmi les aïeules de France...
Toutes unissons-nous, pour qu'en ces jours obscurs,
Écoutant dans la rucbe en travail de nos murs
L'essaim mystérieux des prières bruire,
Le pays soit content de nous et puisse dire :
« A cette heure où devant l'étranger menaçant
De l'humble au grand, chacun paye l'impôt du sang,
Elles font leur devoir aussi, mes cathédrales.
Ces vieilles! millénaires, immémoriales,
Voyez-les. Elles ont, sous leurs grands manteaux gris,
Usé leurs durs genoux à prier sur les dalles
Des places de marchés où s'ouvrent leurs parvis.
Elles sont sans couleur, ayant sur leurs visages
La poussière des temps et la cendre des âges.
A tant prier, depuis des siècles, sans repos,
Leur toit lourd d'oraisons s'est courbé comme un dos
Que portent pesamment, béquilles aux aisselles,
Les contreforts puissants étendus autour d'elles.
Et, terrible, la guerre aggrave leurs fardeaux :
Chacune se sentant affreusement meurtrie
Dans ses enfants partis au péril de la vie,
Par tout l'élan de ses piliers vers Dieu tendus,
Par ses murs, par ses arcs, par la forêt fleurie
De ses clochers, par toute sa pierre qui prie,
S'élance vers le ciel en appels éperdus.
Et dans l'ombre égrenant d'invisibles rosaires,
Elles prient. Leurs yeux clos sur le monde voient Dieu.
Eu vérité tout prie en ces âmes de feu :
L'ogive en sa ferveur, de la voûte aux verrières,
Joint ses arceaux ainsi que des mains en prière. Vraiment je vous le dis, ces vieilles dans le chœur Ont une lampe ardente à la place du cœur.
BOURGES
Notre-Dame a raison. L'heure passe; Prions.
ARLES
A travers la nuit dans l'espace Prions de tout notre pouvoir.
AMIENS Prions pour nos enfants partis au grand devoir.
BOURGES
Tel celui-ci, tenez — vers cet arbre qu'ébranche Chaque jour la guerre un peu plus, Et que je vois quand je me penche Au-dessus de ces champs labourés par l'obus.
ARLES
Pauvre enfant! Il était celui que rien n'arrête. Il attendait comme une fête L'heure d'aller à l'ennemi.
SAINT-POL-DE-LÉON
Ces combats que le jour en se mourant achève L'ont brisé dans sa force : il s'est endormi
NOTRE-DAME DE PARIS Et il rêve.
ARLES
Qui sait? De sa maison posée au bord des bois.
BOURGES Qui fut prise, et perdue, et reprise vingt fois.
ARLES Et que les siens peut-être en ce moment délivrent.
AMIENS 0 villages de France! 0 furieux assauts!
NOTRE-DAME DE PARIS Une maison! Au juste ce qu'il faut Pour renfermer la cause et la raison de vivre.
ARLES Un peu d'amour....
SAINT-POL-DE-LÉON Un peu de joie....
AMIENS
Une maison!
Quelquefois sous un toit vingt pieds de terre à peine.
NOTRE-DAME DE PARIS
Sa maison! Hier encor c'était là dans la plaine.. . Ce n'est plus aujourd'hui dans cette œuvre de haire Qu'un tison refroidi qui fume à l'horizon....
ARLES Parlons lui, mes sœurs; partageons sa peine.
AMIENS
C'est un de mes enfants, de ceux si courageux, Ces fils qui dans la mort apportent tant de grâce, Que nous devrions être à genoux devant eux...
ARLES Comme devant le Saint-Sacrement quand il passe.
NOTRE-DAME DE PARIS Qu'il vienne à nous. Chacun livre le bon combat Pour que le pays vive ; Appuyons une oreille attentive Contre ce jeune cœur de la France qui bat.
Elle parle du côté de la terre, vers lui.
Toi dont les pères nous ont faites,
Aux jours où sous leurs mains, par le fer et le feu
Et le sang, le pays s'élevait peu à peu,
Écoute de nos faîtes
En ton rêve nos voix d'autrefois t'appeler. . .
De quelque nom que l'on te nomme,
Toi qui souffres étant un homme,
Loin des hommes entends les pierres te parler.
ARLES Et toi qui sais le sens de ces choses terribles, Puisque de tout ce sang tu n'es pas encore las, Seigneur, fais s'animer notre pierre impassible, Afin que nous puissions le serrer dans nos bras.
dG LES CATHÉDRALES
AMIENS, voyant paraître celui qu'elles ont appelé-
Je sens déjà la vie au fond de moi qui monte
En mes membres sculptés de pierre. Et je la dompte,
Et je ferme les yeux, et je ne bouge pas,
De peur que vers ce fils dont la guerre me sèvre
Mon cœur en le voyant me jaillisse des lèvres.
Et, dès lors, à ces figures jusque-là strictement immobiles, la possibilité des gestes sera tolérée.
LUI, ouvrant des yeux encore brouillés de réveil semble que mon corps transformé tout à coup, Ayant brisé ce qui l'attachait à la terre, En ce ciel solitaire
Plane au-dessus du monde et de tout...
Au-dessus de la guerre immense, L'immense paix... Et ce murmure du silence...
Il entrevoit autour de lui les muettes figures.
Mais non, non, ce ciel n'est pas vide.
Il est Étrangement hanté... de quels muets Et singuliers visages...
Sans couleur, sans voix et sans âge?
Parlez. Voyons, qui êtes-vous? Parlez.
à celle de Bourges.
Toi, parle, parle... Allons. Crois-tu donc m'effrayer,
Pâle figure?
J'ai vu l'effroyable blessure
Qu'a faite à mon pays l'Allemand égorgeur.
Crois-moi, celui qui peut traverser ces horreurs
Sans que la moelle au cœur de ses os ne se fige,
Ne connaîtra plus le vertige
De marcher dans le ciel comme moi, ni la peu"
AMIENS
Bien, fils; et voilà comme
Nous te voulons. Tu es un homme.
LUI, les dévisageant lentement.
Mais je vous reconnais... Vos traits
Je les ai déjà vus dans mes livres... Tu es,
Toi qui me parles,
Celle où j'allais, enfant, avec les miens,
La Cathédrale d'Amiens...
Celle de Bourges, toi... Toi, celle... d'Arles.
Toi, qui ne te connaît? Paris.
AMIENS
Tu dis bien.
Avant ces jours, mes fils, ces artisans que j'aime, Filateurs; tisserands, toiliers, Étaient à leur travail en face des métiers. Quand tout à coup, comme si tout, les choses même Comprenaient le péril, y Au bruit du canon dont tout tremble, La navette lancée a butté dans les fils Et les métiers se sont arrêtés tous ensemble... C'est qu'il passait dans l'air le chant des vieux Picards ! Ceux qui, de leurs poitrines Dressant au pays un rempart, Faisaient sur l'étranger cracher les couleuvrines. Ce chant, écoutez-le.
De la plaine, en-dessus des nuages, on entend moater la vieille chanson des routiers Picards (XV • siècle).
« Réveillez-vous, Picquards, Picquards et Bourguignons,
Et trouvez la manière
D'avoir de bons bastons.
Car veccg le printemps et aussi la saison
Pour aller à la guerre
Donner des horions. »
Léchant se perd au loin sur la route des temps.
NOTRE-DAME DE PARIS
Ce qu'ont fait tes Picards, Amiens, nos fils l'ont fait à la même heure. Car Dès le premier jour ce qu'on pouvait entendre, Dans ce Nord où la lutte encore se poursuit, C'était comme un long cri de douleur. Vers les Flandres Un grand lion blessé rugissait dans la nuit.
ARLES C'était un bruit de pas de bataillons sans nombre.
BOURGES
Et ce qu'on pouvait voir,
Faisant notre ciel clair à chaque heure plus sombre, C'était l'ombre sur nous comme d'un oiseau noir Qui peu à peu rongeait un peu de notre France.
NOTRE-DAME DE PARIS
L'aigle allemand sur nous jetait son ombre immense.
Il m'a dès les premiers jours
Outragée. A l'heure où la prière
Rassemble mon peuple au pied de mes tours.
LES CATHKDRALES 19
La foudre qu'il tenait dans ses serres
Il Ta laissé tomber sur moi, sur moi Paris.
LUI
Oui, mais depuis?
NOTRE-DAME DE PARIS
Je l'ai chassé !... Depuis, Dans la nuit que la pluie et que le vent flagellent, On entend battre au loin ses formidables ailes.
AMIENS
Maintenant sur le front
Il s'en prend lâchement aux villes sans défense.
LUI
Patience !
Nous avons des oiseaux qui nous en défendront.
BOURGES Ah ! ces jours sans repos de septembre, sans trêves !
ARLES Nous les voyons la nuit repasser dans nos rêves.
AMIENS Avec les tiens perdus, dispersés au hasard, Et ta maison fauchée, Ces jours tu en as eu glorieusement ta part.
NOTRE-DAME DE PARIS Mais quand tu te battais, c'était dans la tranchée Tu n'as pas vu le fond de cette horreur. Aussi
Ces jours de crime auxquels l'Avenir et l'Histoire,
S'ils ne leur sont prouvés, refuseront de croire,
Nous voulons à tes yeux, les révéler ici.
Et tout d'abord, afin qu'il ne reste aucun doute
Je veux évoquer un témoin,
Qui a vu les fauteurs du crime, non de loin,
Mais à ses pieds et de ses yeux. Écoute.
CHŒUR, du côté de l'Est. (Vieille chanson d'Alsace.)
0 Strasbourg ! 0 Strasbourg !
0 ville merveilleuse ! 'j Dans tes champs il repose Tant de braves soldats.
0 Strasbourg ! 0 Strasbourg!
Tant de soldats si beaux Tant de braves soldats Qui ne reviendront pas.
0 Strasbourg ! 0 Strasbourg...
Les voix s'éloignent dans la nuit et voici qu'au dessons des nuées s'entend le bourdon d'une Cathédrale vers l'Est.
NOTRE-DAME DE PARIS Mes sœurs, vous connaissez comme moi cette voix.
ARLES Certes, je me souviens de l'avoir entendue.
BOURGES Autrefois.
SA1NT-P0L-DE-LE0N Autrefois.
AMIENS Autrefois.
NOTRE-DAME DE PARIS Autrefois.
BOURGES Nous ne l'avons jamais oubliée.
AMIENS
Éperdue,
Elle a crié vers nous, oh! des ans et des ans!
Et nous n'avons rien pu, rien pu. Mais à présent...
LUI
Cette voix qui nous vient de colline en colline, De village en village, au-dessus des ruines... — Ne me la nommez pas, ce serait outrageant, — Sans l'avoir entendue entre nous jeunes gens, Sentant mon cœur de lils bondir dans ma poitrine, Je sais qu'il s'agit d'Elle, aïeules. Je devine. C'est Strasbourg!
La Cathédrale exilée apparaît sur le fond du ciel, avec ses deux tours et sa flèche immense, et la Figure qui la symbolise à ses pieds.
NOTRE-DAME DE PARIS
Échappée aux serres des vautours, C'est Strasbourg!
Et l'Alsace!
STRASBOURG
Oui, l'Alsace et Strasbourg!
Puisqu'on se bat ici, j'ai ma place, je pense. Il y a quarante ans que j'attends, c'est mon tour. Une encore, une des Cathédrales de France, Strasbourg!
Strasbourg!
Strasbourg!
STRASBOURG
Toujours, toujours lointaine et toujours attendue,
France, la grande voix qui grondait dans mes tours,
Pour la dernière fois à travers l'étendue
Il y a quarante ans que tu l'as entendue.
Quarante ans qu'on m'outrage, ô mes sœurs, quarante ans
Que j'écoute âmes pieds se briser la colère
Du vieux Rhin furieux de ses bords allemands,
Lui qui « sur un couplet qu'on s'en allait chantant,
Avait tenu dans notre verre. »
NOTRE-DAME DE PARIS Ecoute bien cela, mon fils, et souviens t'en.
STRASBOURG
Enfin! Enfin! Voilà plus de quarante années
Que je portais ma croix douloureuse. Enchaînées,
Metz et moi, — Pour sa part Metz a porté deux croix,
Caria croix de Lorraine a deux branches — parfois Comme vous nous mêlions dans l'espace nos voix. Nous nous disions : « Parmi leurs querelles confuses Oublient-ils? Est-ce que nos beaux rêves s'abusent? Depuis quarante ans attendus, Quand viendront-ils? Vont-ils venir? Ils sont venus !
LUI
Et puisqu'ils sont venus tes fils, qu'ils sont là, Mère,
Jusqu'à ce que l'on ait muselé cette guerre,
Jusqu'à leur devoir fait, jusqu'au but,
Jusqu'à l'œuvre accomplie
De Metz et de toi qu'on délie,
Mère, ceux qui sont là ne repartiront plus.
Ici par nous, par vous là-bas dans la tranchée,
Dans toute la patrie, est-ce juré?
LES CATHÉDRALES C'est juré!
DES VOIX dans les tranchées.
C'est juré !
DES VOIX lointaines an fond du pays.
C'est juré 1
STRASBOURG
Mot sacré !
Metz ma sœur, entends-tu ?
Suivant au-dessous des nuages une lutte invisible.
Dans cette nuit cachée Desserre un peu ta chaîne et regarde... Penchée Sur nos lignes à nous, suis nos hommes, suis-les.
Tu les vois? Ils nous ont juré qu'ils nous viendraient. Et c'est bien simple, alors ils viennent. Ils sont prêts. Ils ont sauté d'un bond hors la tranchée. Ils tendent A passer la rivière... Ils ne pourront jamais... Gardez-vous. Gardez-vous. Les autres sont tout près. Dieu! Dieu! Que cette plaine à découvert est grande..» Gardez-vous donc!... On les sauve en les prévenant. Les voilà maintenant
En avance sur tout le front... Ah! Dieu ! à gauche Ils ne peuvent pas voir le mouvement tournant Couchez-vous !... Seigneur! comme ça les fauche!... Ils vont. Ils vont quand même.. Ils viennent! Je les vois. La colline est haute... Ils l'atteignent. . .
LES CATHÉDRALES Metz ! Strasbourg !
Strasbourg! Metz!
STRASBOURG
Metz, c'est fait cette fois!
Tends-leur les bras. Déjà nos mains s'étreignent Par-dessus l'épaule des bois.
NOTRE-DAME DE PARIS
Strasbourg et Metz, sœurs d'infortune, Vous reviendrez.
STRASBOURG Mais parmi vous, mes autres sœurs, Qui faites dans la nuit la prière commune, Il en est une chère à mon cœur, Etque je ne vois pas. Une
Dont j'ai su qu'ils l'avaient blessée à en mourir. C'est Reims.
LUI Reims dont jadis, la croyant déjà sienne, Devant Rémy, évêque, Attila dut s'enfuir.
BOURGES Tu vas voir Reims, et d'autres églises chrétiennes,
AMIENS Et que ceux qui verront avec toi se souviennent.
NOTRE-DAME DE PARIS
Car il convient vraiment que ces crimes conçus Contre toutes les lois divines et humaines Soient sus.
ARLES
Couronne et perle du royaume, Où par le Saint-Chrême et le Baume Ton évêque sacrait les rois, Par l'incendie et le massacre Aujourd'hui c'est toi que l'on sacre, 0 Ville que l'on met en croix.
LES CATHÉDRALES Reims!
STRASBOURG Et voici comment cette chose se passe : Les habitants se sont terrés sous leurs maisons. Ceux qui croient, n'attendant ni pitié ni grâce Que du Ciel, résignés disent leurs oraisons.
Les lourds canons de loin tirent sans intervalles.
Et quelqu'un est debout. Seule. La Cathédrale!...
Sur l'immense bûcher dont la flamme se tord,
— Le bûcher que peut être une ville et ses morts —
La flamme entre ses pieds fait éclater les dalles...
Elle prie, et son cou porte un carcan de feu.
Attachée au poteau des montantes fumées,
Elle prie, elle prie, et s'en remet à Dieu.
Et, tandis que là-bas se heurtent les armées
Tend ses bras que mutile un ouragan de fer.
Et dressant malgré tout sa croix dans cet enfer,
Geignant de sa charpente où passent les rafales,
De sa cloche fêlée où s'écrasent les balles,
Reims, Cathédrale, Reine entre les Cathédrales,
Cherchant le Ciel des yeux crevés de ses vitraux,
Est comme une martyre aux mains de ses bourreaux.
REIMS se révèle sur l'écran des nuées par les rouges reflets de l'incendie, ô Notre-Dame-des-Ardents. Et sa voix douloureuse chante.
Seigneur, Seigneur mon Dieu, Seigneur en qui je crois, Par le sang de mes fils — comme à vous chez Pilate — Ils m'auront fait porter le manteau d'écarlate. J'ai connu le roseau, les verges et la croix.
LE CHOEUR Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés...
REIMS Moi qui par vous, Seigneur, ai couronné les rois, J'ai senti sur mon front que la douleur incline Leur fureur enfoncer la couronne d'épines. J'ai vidé le calice et j'ai porté ma croix.
LE CHŒUR Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre.
REIMS Ija neuvième heure, ô Dieu, viens de sonner pour moi. Ils m'ont versé le fiel, Seigneur, et dans leur rage Ils m'ont craché le fer et la flamme au visage. Seigneur, soyez béni; je vais mourir en croix.
LE CHŒUR Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu..
NOTRE-DAME DE PARIS Martyre, on voit ton âme Monter à Dieu parmi les spirales de flamme.
LUI Pour la moisson des lys, je vois sur tes autels Fleurir des printemps éternels.
Les blés de la victoire ont mûri pour nos granges, Reims, nous te vengerons, ne crains rien. Dans tes vignes l'an qui vient Nous ferons de rouges vendanges.
STRASBOURG Comme les blés les jours mûrissent. L'ennemi Que chassa de ta plaine autrefois saint Rémy, Le Hun a dit ce mot, dont le monde a frémi : « Qu'il ne poussait jamais plus d'herbe Où sa cavale avait passé. »
Ceux d'aujourd'hui dans leur superbe Ont redit le mot insensé.
Ils en ont menti! L'herbe pousse
Que les lourds escadrons foulaient de leurs sabots.
L'avenir est sûr; l'heure est douce.
Les blés n'en seront que plus beaux,
Quand, sous la terre avec les cavales crevées,
— Hussards de la Mort, uhlans, cuirassiers —
Pourriront en tas et par milliers,
Les charognes des cavaliers.
LUI
Qu'ils pourrissent sous notre terre!
LES CATHÉDRALES Et requiescant in pace.
STRASBOURG Rassurez-vous, c'est commencé.
LUI Que le Ciel dans sa colère Soit pour eux ce qu'ils sont, sans pitié.
STRASBOURG Sans pitié!
Cathédrale, la torche
Qu'ils ont en s'enfuyant oubliée à ton porche,
Nous la relèverons brûlante, et dans la nuit
Qu'ils voudraient faire autour de leur crime aujourd'hui,
Sur le monde où la foi parfois doute et chancelle,
Secouons-en les furieuses étincelles,
Et, s'il se refusait à juger les bourreaux,
Ce monde souvent un peu lâche,
— Tels que joignantles temps anciens aux temps nouveaux,
Les coureurs dans le stade assumaient cette tâche
De mains en mains de se transmettre le flambeau —
Vous, nos fils, pour garder notre haine affermie,
Passez-vous, passez-vous la torche d'infamie ;
A toute heure, en tous lieux et par tous les chemins,
De mains en mains,
De siècle en siècle, d'âge en âge,
Éclairez le crime sauvage.
A tout jamais ! à tout jamais ! à tout jamais !
Jusqu'au jour annoncé de la Grande Épouvante.
Alors, au Tribunal qui sera sans délais,
Jetant aux pieds de Dieu la torche encor fumante,
Criez : « Seigneur, voici la preuve. Jugez-les. »
LUI
Oui, nous nous souviendrons. Et peut-être nous, — telle
Qu'ils t'auront faite, ô Mère, et pour l'éternité,
Avec les saints de ton portail décapités, —
Que nous te garderons en ruines, plus belle
De tout ce que pour nous ta pierre aura souffert;
Tu vivras à jamais montrant ton flanc ouvert;
Les coups dont tu te meurs t'auront, faite immortelle.
NOTRE-DAME DE PARIS
Plaignons Reims qu'on égorge et qui vivra ! Mais celles Qu'il faut plaindre, avant toutes, ce sont
Celles qui sont au cœur de la bataille, au front
Humbles églises de campagne.
Un cimetière avec ses croix les accompagne
— des croix de guerre aussi. — Chacune, sur le bord De la grand'route, attend tranquillement la mort.... Églises des hameaux de la Somme et de l'Oise, Quel mal aviez-vous fait pourtant, Vieilles qui rameniez des capuchons d'ardoise Sur vos visages gris crevassés parle temps?
ARLES Quel mal aviez-vous fait que de garder, grand'mères, Autour de vous, dans votre terre, Ces morts, ces petits morts qui n'avaient pas vingt ans. Pour les bercer la nuit dans les chansons du vent?
BOURGES
Oh ! si douces que vous soyez pour eux, si tendres, Vos nuits d'hiver seront rudes à nos enfants.
SAINT-POL-DE-LÉON
Laissez-nous près de vous les chercher.
ARLES
STRASBOURG
Et les prendre.
Ne cherchez pas vos morts du côté de la nuit. Mères, cherchez plus loin, plus haut. C'est en arrière Du ciel noir que s'étend la région de lumière. Le grand soleil des morts pour nos enfants y luit. Et les astres ne sont dans cette voûte sombre
Que des trous lumineux par où leurs yeux sans nombre Nous regardent de l'autre côté de la nuit.
Ne pleurons pas nos morts. La foi de nos ancêtres Voulait qu'en mourant tout ne nous fût pas ôté. En nous ce qui fut beau l'est pour l'éternité. De la mort naît la vie. Il le fallait peut-être, Mères, mères aux cœurs atrocement meurtris, Pour des héros futurs qu'ils vous fussent repris Ces enfants dont la mort nous a fait des ancêtres.
Nos fils morts sont les vrais, les uniques vivants.
Dieu nous garde qu'un jour, à l'heure où le soir tombe,
Le voyageur errant qu'arrêteront ces tombes
Ne compare égarée en rêves décevants
Notre vie aussi basse et leur mort aussi grande,
Et reprenant sa route, indigné ne demande :
« Pourquoi les morts ont-ils enterré les vivants?
LUI
Morts ou Vivants, qu'importe! Ils ont dit, j'imagine : « Sur le monde faisons le silence et la nuit. Ne sommes-nous pas Dieu? En trois jours, des ruines Nous rebâtirons le monde détruit. »
NOTRE-DAME DE PARIS
Qu'on les laisse faire aujourd'hui,
Et le monde demain ne sera plus que cendres;
Voyez les Flamands et les Flandres.
STRASBOURG
L'exemple des Flamands suscite des martyrs : Témoin cette humble Anglaise, éprise d'un beau rêve, Qui peut voir à dix pas les fusils sans pâlir,
Et qu'un soldat — que dis-je? — un officier achève
Allemagne, Allemagne, au seuil de ce cachot Tout ce sang innocent a rejailli si haut Que l'avenir toujours, même après la tourmente, Le verra, dans un cri de dégoût et d'horreur, Ce sang, éclaboussant de sa pourpre vivante La pourpre de ton Empereur.
BOURGES
En vérité ces fous,
Ces déments de l'orgueil, dont les cerveaux sont ivres,
Auront tout tué! tout!
Tué jusqu'à la joie et la douceur de vivre [...
On entend des carillons lointains dans le nord, du côté des Flandres.
Regardez les Flamands. Ceux-là qui de leur sol Jadis l'épée aux reins ont chassé l'Espagnol ; Les vieilles libertés conquises par les pères Chantaient encore au fond de l'âme populaire...
STRASBOURG
Cloches des carillons au cadran des beffrois
Quand nos cloches à nous, dans l'air des matins froids,
Vierges saintes, sonnaient pieusement les messes,
0 Vierges folles, vous, avec toutes vos voix,
Vous lanciez par-dessus les toits
L'appel tintinnabulant des kermesses.
Tant il semblait
Qu'on voyait,
Vieilles villes de Flandre
Dont les toits sont en escalier,
Monter tour à tour et descendre,
D'un pied léger
Qui les effleure,
La ronde dansante des heures
NOTRE-DAME DE PARIS
Flandre qui combats pour le droit
Tu possédais un roi
Que la légende revendique.
Pays dont cela seulement surprend
Qu'étant aussi petit, il ait des cœurs si grands,
Flandre héroïque.
BOURGES Cela c'est ce qu'elle était en effet.
Et voici ce qu'ils en ont fait.
LUf L'on dirait
Que — tant vers nous le vent soulève de poussière
L'ouragan quelque part se prépare en secret.
AMIENS Il semble qu'un voleur fracture la frontière.
STRASBOURG
Libres pays flamands, j'entends venir sur vous L'immense oiseau, l'oiseau de proie.
SAINT-PO L-DE-LÉON
J'entends, suivant d'en bas la même voie, Tout le peuple des loups hurler.
LUI
Les loups!
AMIENS Des bandes de loups affamés.
ARLES Ces pas, ces pas sans nombre?
ROURGES
Des armées En marche, ces pas.
SAINT-POL-DE-LÉON
Les ruées Des lourds chevaux par escadrons.
ARLES Qu'est-ce? Le ciel au nord rougit comme une forge?
STRASBOURG Ça c'est tout simplement les Flandres qu'on égorge.
LUI Écoutez... Le canon.
LES CATHÉDRALES Le canon!
Le canon!
STRASBOURG
Et tout de suite alors les villes tuées. Les églises en feu. Le sang sur les pavés Achevez, bourreaux, achevez.
Ici les cités flamandes apparaissent embrasées dans la crépitation du feu.
LUI
Le tocsin !
LES CATHEDRALES Le tocsin!
Le tocsin!
Le tocsin!
NOTRE-DAME DE PARIS
Partout où l'armée A passé, la fumée Monte comme un mur.
STRASBOURG
De l'Alsace à la Flandre on était assez proches Pour que je reconnaisse leurs cloches... Celle-ci, tenez, c'est Namur.
ARLES Et celle-là?
STRASBOURG C'est Liège.
LES CATHÉDRALES Que Dieu les protège,
STRASBOURG Et cela c'est Louvain.
NOTRE-DAME DE PARIS Sauvez Louvain, Seigneur.
STRASBOURG
Tu réclames en vain, Notre-Dame. Des soldats ivres Brûlent ses manuscrits, ses chartes et ses livres, Enluminés d'azur et d'or — 0 parchemins, Titres de noblesse du monde! — Et le feu s'avivant, Des pages en morceaux nous viennent dans le vent.
LES CATHÉDRALES Pitié!...
STRASBOURG Pas de pitié!
LES CATHÉDRALES Grâce !
STRASBOURG
Non! pas de grâce.
NOTRE-DAME DE PARIS Livres, soyex témoins devant le monde entier!
STRASBOURG Ou'est-ee que ça leur fait? Des chiffons de papier!
Recueillant sur sa main des flammèches qui volent.
Un peu de pensée humaine qui passe...
LOUVAIN Miserere.
D'AUTRES CITÉS FLAMANDES Miserere .
Miserere .
AMIENS Des cris. On entend fuir tout un peuple atterré.
STRASBOURG Tirlemont.
LUI
Cette voix qui gémit et qui pleure?
STRASBOURG Charleroi.
NOTRE-DAME DE PARIS
Où sont, Seigneur, où sont la Justice et le Droit?
LUI Et celle-ci qui râle?
ARLES Et celles-là qui meurent?
LA VOIX DES CITÉS FLAMANDES Miserere.
Miserere.
Miserere.
STRASBOURG
Dixmude.
NOTRE-DAME DE PARIS
Un vainqueur, altéré
De meurtre, vers l'exil pousse les multitudes.
STRASBOURG C'est Termonde... EtRoulers... Ypres... Pervyse...
SAINT-POL-DE-LÉON
LUI
Les femmes, les blessés au moins devant ce feu Pourront fuir?
STRASBOURG
Impossible.
ARLES Ah! Dieu! Dieu!
Dieu!
STRASBOURG
L'incendie, Dans la voûte du ciel par l'horreur agrandie, Sur la Flandre hier libre et maintenant prison, D'un verrou de fer rouge a fermé l'horizon.
LES VOIX DES CITÉS FLAMANDES Miserere...
Miserere...
Miserere...
LUI
Dans la fournai?e Ayant tout dévoré, le feu... le feu s'apaise.
AMIENS Les cris des mourants ont cessé.
STRASBOURG
Prions Dieu pour les trépassés :
Requiem œternam dona eis, Domine, et lux perpétua luceat eis.
NOTRE-DAME DE PARIS Kyrie, eleison.
LES CITÉS FLAMANDES agonisantes murmurent le « Pater noster ». ...Et maintenant c'est sur toute la Flandre le grand silence de l'investissement. Sous la pluie le vent d'hiver balance la dernière cloche d'un carillon au cœur d'un beffroi troué par les obus...
LUI
Mères, à ces beffrois que la flamme dévore
L'heure a sonné pour nous
De chasser la bande des loups...
AMIENS Et de tuer l'oiseau que l'on entend encore.
SAINT-POL-DE-LÉON
S'il vient je lancerai sur lui mes goélands !
Mes mouettes
Au passage le guettent
Contre cet oiseau noir mes milliers d'oiseaux blancs !
BOURGES
S'il vient sur moi, je réveillerai les volcans D'Auvergne contre lui.
ARLES
S'il vient, moi je le tue ; Je l'aveuglerai de soleil !
LUI
Je rêve que je vois la bête abattue,
ARLES
Le beau rêve! Le beau réveil !
Je vois, dans cette nuit que l'aurore auréole,
Aux stridentes chansons des cigales d'été,
Les Victoires en farandole
Traverser le ciel étoile.
STRASBOURG
.Non, vous ne rêvez pas. Tant que vous êtes, toutes, Sibylles, vous lisez dans la main du Destin. Nos rêves d'aujourd'hui, nulle de vous n'en doute, Sont les réalités en marche de demain.
LUI
Je le vois aussi l'oiseau sombre... Il évite Tous nos oiseaux à nous lancés à sa poursuite.
STRASBOURG
Et moi je me souviens
Que j'ai là l'arme avec laquelle je le tiens:
Ma flèche!... Ma flèche, écoute bien,
La cime la plus haute, enfant, la plus hautaine
Qu'ait sous le ciel dressée aucune main humaine.
Par ollenous aurons la Bête...
Vers le Nord, Ongle de fer, becqué de fer, couronné d'or, L'aigle de Prusse Fait tête encor...
Non! c'était sa dernière astuce; Il fuit, il fuit vers l'Est... Et tandis qu'il s'enfuit, Au-dessous de lui dans la nuit, Les princes allemands, complices dans l'outrage, Attendent qu'on l'abatte et qu'on se le partage
Et, par bandes, ces loups déjà sûrs de son sort En découvrant leurs crocs, de nuage en nuage Le suivent sous la lune et hurlent à la mort...
Le voilà qui change de route...
Il vient sur moi Cette fois...
Il vient, il vient... Alors moi, toute, toute, Je m'arc-boute
Sur mes piliers, ces reins de ma crypte. Et je tends Aie briser, tant
Je le tends, l'arc immense, effrayant de ma voûte; Et j'attends... Il vient, l'oiseau meurtrier... Il tourne dans le ciel, fou de rage et de honte. Et son grand vol noir éployé
Fait encor plus de nuit dans la nuit... Bien. Son compte Est bon... Maintenant pars, ma flèche! Et siffle! Et monte! Perce le ciel de ton éclair, Flèche formidable de fer!
Flèche de Dieu que rienn'ébrèche, Frappe-le juste au cœur, impitoyable flèche, En plein cœur ! dans son cœur qui n'eut pas de pitié, Pars, ma flèche de cinq cents pieds !...
Ah! Ah! touché, ma flèche! Il tombe,
L'assassin des cités, l'égorgeur des colombes !... Qu'il est long à tomber... 11 tombe! Il tombe !
Enfin!
Saignant de tout son sang, perdant toutes ses plumes, Roulé contre les rocs aux remous des écumes, L'aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin !...
Pleure, pleure Allemagne
L'aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin'.
Nous avons brisé ton glaive impuissant, Allemagne... Morts, tes fils dans leur sang Du sol étranger par mille et par mille ,
Se dressent, les yeux creux, et de leurs poings tendus Maudissent leur pays et leurs espoirs perdus Et leur sacrifice inutile,
Pleure, pleure, Allemagne
L'aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin !
Déjà, sur toi, France, ils mettaient la main. Ce crime il l'avait osé le Germain 1 Nous avons coupé cette main hardie.
Nos morts à nous auront leur pays pour tombeau Des rêves que l'on rêve ils ont eu le plus beau : Ils auront sauvé la Patrie.
Pleure, pleure, Allemagne,
L'Aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin
Rhin, fleuve français, le long de tes bords Nous l'avons tué ! L'aigle, l'aigle est mort ! Regardez au cœur, notre flèche y vibre. Engloutis dans tes flots, Rhin, l'oiseau détesté,
Et mêle son néant à ton éternité.
L'aigle est tué, le monde est libre!
Pleure, pleure, Allemagne
L'Aigle, l'aigle allemand est tombé dans le Rhin!
LUI
Ah! que pour un tel but, pour une telle fin,
Sous le vol des balles farouches,
La Mort, la belle Mort me baise sur la bouche,
J'emporte dans le cœur l'espoir, l'espoir certain,
De voir pour les vainqueurs des victoires prochaines
D'eux mêmes se tresser en couronnes les chênes,
Et d'entendre, aux clameurs que leur retour déchaîne,
Pour ceux qui reviendront de ces jours meurtriers,
De tous leurs rameaux verts frémir tous les lauriers.
NOTRE-DAME DE PARIS
Non, tout cela n'est pas un rêve, c'est réel. 0 France, tous tes fils entendent ton appel.
STRASROURG
S'ils l'entendent! Tenez, la France tout entière Derrière ses tambours en marche sur le Rhin ! Tandis qu'à l'unisson, moi, je sens dans mon sein D'aïeule, dans mon sein de granit et de pierre,
Battre à coups redoublés, battre mon cœur d'airain.
Et nos fils, entendant ces appels héroïques,
Croient voir s'emplir la plaine au loin de chevaliers
Bardés de fer, la lance au poing; de gens de pied
Avec l'arc, le mousquet, l'arquebuse, la pique,
Tous les fusils, tous les flingots; et, à défaut,
L'arme sacrée aux mains du paysan, la faux !
Et ce que chacun d'eux a cru voir apparaître,
Ce sont ses morts, les vieux, les anciens, les ancêtres ;
C'est au vent des drapeaux, rouges et blancs et bleus,
La France d'autrefois qui marche devant eux.
Près du Présent tout le Passé ! Toute la Gloire 1
Tous ils viennent du fond des pages de l'Histoire;
Tous ceux qui dans les temps se sont battus, mes sœurs,
Et qui sont morts debout, face à l'envahisseur.
Tous sont là. L'on entend dans le fond des années
Le corde Roncevaux sonner aux Pyrénées;
Des compagnons de Jeanne on entend les galops,
Avec son cri : «. Boutez l'ennemi hors de France! »
Les pages du Passé débordent de héros !
Il le faut; le pays se bat pour l'existence.
« La Patrie en danger! La Patrie en danger! »
Alors tous, tous du fond des pages ils s'échappent;
C'est Maubeuge et Jourdan, Dumouriez et Jemmapes,
Si pressés de marcher pour chasser l'étranger,
Qu'en haillons et pieds nus ils enjambent les marges!
Et près de ces anciens, ceux d'hier, les récents,
Ceux de Berri-au-Bac, de Souchez, des Éparges,
Pâles d'être des morts et rouges de leur sang;
Ceux de l'Aisne en avant! Ceux de la Marne au large!
Debout les morts! Toujours plus loin! Toujours plus haut! Tous ceux de Kellermann! de Joffre! de Marceau! Un clairon de Fleurus leur sonne encor la charge ! Un tambour de Valmy leur roule encor l'assaut!
Se dressant de toute sa hauteur au-dessus des nuées.
Aux armes!
LES CATHÉDRALES, LUI Aux armes! Aux armes!
Rideau.
sv