‹ Les Catholiques et la liberté politiqueChapitre 2 sur 22 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

l'Eglise dont les lois devenaient souvent lois de l'Etat. Tandis que les autres cultes étaient seulement tolérés , la Religion catholique était la Religion officielle, l'union intime du trône et de l'autel était comme un dogme politicoreligieux sur lequel tout le monde tombait d'accord.

C^es antiques rapports entre les deux puissances sont brisés ; tout regret serait superflu, l'ancien ordre de choses ne ressuscitera pas.

La question qui se pose est donc celle-ci : en face des changements si profonds opérés dans les rapports de l'Eglise avec la société civile , quelle doit être l'attitude des catholiques à l'éa-ard des sociétés modernes?

Doivent-ils les maudire et s'efforcer

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de les faire rétrograder vers le passe ? doivent-ils affirmer que la vie de l'Eglise est impossible dans un milieu qui lui refuse une situation et des privilèges dont elle a si longtemps joui et qui lui sont absolument nécessaires?

Ce serait faire dépendre son existence de certaines circonstances de temps et de lieux changeantes comme tout ce qui est humain, et l'Église, qui a la promesse de l'immortalité , sait très bien qu'elle peut vivre dans tous les temps et dans tous les pays. Croire que l'Eo'iise est condamnée désormais à une vie précaire et chancelante parce qu'elle n'a plus l'appui exclusif du pouvoir séculier, c'est douter de la parole du Christ et de la puissance de la Croix ; aucun catholique ne voudra mériter le

\ii AVANT-PROPOS.

reproche : « Homme de peu de foi pourquoi avez-vous douté? »

J'ai déjà répondu , en partie du moins , à la question que je traite de nouveau aujourd'hui; j'ai abordé quelques points de doctrine qui semblent séparer l'Eglise et la France moderne et j'ai proposé des solutions capables de préparer une entente si utile et si désirable (l). Je ne reviendrai pas sur la distinction fondamentale que j'ai établie entre l'absolu et le relatif, l'idéal et la réalité, les principes et leur application ; je la suppose acquise, et je prie le lecteur de ne pas l'oublier. Aujourd'hui je fais un pas de plus en avant et je convie les hommes de bonne volonté qui se défient encore des tendances et des intentions

(1) L'Église et la France moderne. Paris, Victor Lecoffre.

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de l'Église à signer une paix définitive sur cette base : la liberté pour tous.

La liberté! ce mot reviendra souvent dans ces pages; je n'ai nullement l'intention de dissimuler l'amour profond qu'elle m'inspire. La liberté civile et politique est l'un des plus grands bienfaits du christianisme , car selon la parole du Père Lacordaire : « c'est .lésus- Ghrist qui a introduit dans le monde l'égalité civile et avec elle la liberté politique qui n'est qu'une participation de chaque peuple à son gouvernement » (1). Oui, le christianisme en relevant la dignité de l'homme si étrangement méconnu par le paganisme, a préparé les voies au principe de l'égalité des hommes entre eux et à la liberté du citoyen.

(1) Z><? la liberté de l'Église el de l'Ilalie.

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