‹ Les catholiques français et laprés-guerreChapitre 7 sur 14 · S6 LES CATHOLIQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

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et le respect qui lui sont dus ; ensuite, si nous visons, dans les rapports entre catholiques, à l'union possible, sans prétendre à réaliser entre nous, sur toutes les questions, une unanimité de vue chimérique ; enfin, si nous savons rester fidèles, en soulignant nos divergences d'opinion et en les discutant, aux lois fondamentales de la charité chrétienne et fraternelle.

Mettre d'abord, dans nos controverses, les décisions de l'autorité hors d'un certain genre de discussion et ne ménager à cette autorité ni l'obéissance ni le respect qui lui sont dus, qu'est-ce à dire ? C'est, en somme, se souvenir pratiquement de la constitution de l'Eglise catholique en conformant sa conduite aux principes sur lesquels elle repose et ne pas se contenter de donner à cette constitution une adhésion purement théorique. Nous croyons, au sens du catéchisme et selon l'enseignement commun des traités de théologie, à la suprématie et à l'infaillibilité du Pontife romain. Nos règles de foi, en ces matières, sont précises et claires. Nous savons aussi que nous devons nous incliner devant les directions romaines et épiscopales et les suivre, même en des domaines où nous gardons notre l'berté

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d'appréciation, parce que nos chefs religieux ont autorité pour nous commander et grâce d'étaf pour nous conduire. Des décisions peuvenl inlfi \cnir qui nous déplairont, que nous jugcioiis inofjportunes. Puisqu'elles viennent de qui a qualité pour les prendre, elles doivent être accueillies sans murmures ni arrière-pensées, et exécutées avec une docilité humble et confiante.

Cette attitude, les adversaires du catholicisme, dont quelques-uns pourtant sont si fé-* rus ê'^ discipline de classe ou de parli, la qualifieront encore de servile. Elle n'est pourtant qu'une marque de sens droit et de sagesse. L'autorité n'a-t-elle pas pour elle, outre son pouvoir de commandement, qui est indiscutable, une assistance spéciale de l'Esprit-Saint, dans l'exercice de ses fonctions redoutables ? N'a-t-elle pas aussi ses raisons d'agir que nous ne pouvons avoir la prétention de connaître toutes et qu'elle ne peut pas d'ailleurs toujours nous fournir immédiatement ? N'est-elle pas enfin en posture de juger les choses de plus haut et de plus loin que nous, nous offrant ainsi, de par sa situation même, des garanties sérieuses d'impartialité ?

Notre devoir, avant qu'elle ne se prononce, est de l'éclairer en l'informant, scrupuleuse-

ment et exactement, de tout ce qu'il lui est utile de savoir. Nous devons aussi lui faire, avec toute la déférence voulue, nos représentations, en lui exposant nos raisons. Quand elle a tranché, tout en obéissant avec une loyauté qui ne puisse prêter à aucune équivoque, nous pouvons encore lui signaler les inconvénients que nous avons cru découvrir aux décisions qu'elle a prises, moins préoccupés alors du risque de lui déplaire que de l'obligation où nous sommes de la renseigner, mais toujours soucieux de ne rien dire et de ne rien faire publiquement qui soit de nature, soit à l'atteindre dans son prestige, soit à la diminuer dans l'esprit de quelques-uns, soit à exciter contre elle une pernicieuse animosité.

Notre tort, en ces circonstances délicates, c'est de nous répandre en propos vains dans les conversations particulières, d'accabler de nos récriminations eeux qui ne sont pas qualifiés pour les entendre, bref, de nous agiter auprès de ceux qui ne peuvent tirer que du dommage de notre intervention maladroite. C'est une détestable pratique que de se plaindre à l'écart et sournoisement, que de se comporter en boudeur mécontent, que de jouer à l'egprit frondeur qui dirait bien ceci et ferait

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bien cela, mais qui, au lieu de le dire et de le faire selon la sagesse et le devoir, s'énerve à colporter des propos qui aigrissent et celui qui les tient et ceux qui y prêtent une oivillc malicieuseinent complaisante.

Quand une question libre est en discussion, étudions-la, si elle est du ressort de notre compétence ; travaillons de notre mieux à l'élucider et donnons notre avis à ceux qui ont qualité pour nous le demander et pour le recevoir. Entre pairs, soutenons nos opinions avec chaleur, tout en sachant garder la modération du ton et celle des idées, tout en prenant garde à ne pas nous laisser entraîner à des déclarations de résistance que nous croirions ensuite devoir traduire en actes, par un faux point d'honneur. Devant ceux enfin que notre langage pourrait troubler parce qu'ils ignorent encore les difficultés que nous connaissons, usons de réserve et de discrétion.

Il n'est pas rare que l'homme mûr. demeure enfant par certains côtés de son caractère, et qu'il conserve, jusqu'au soir de sa vie, quelque chose de l'esprit défiant et prévenu qui se rencontre souvent chez le collégien ou le subalterne. Il s'irrite qu'on ne veuille ni l'écouler, ni tenir compte de ses avis, et il oublie, en

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manifestant son mpcontentement, qu'il a ^ardo lo silonoo, quand il y a\;iil, pour lui, /îo\oii- ôv parlor. Nous nous défierons (ionc d'uno londancc lioj) naturcllo à oorlains, pour lesquels tout ce (jui vient d<' l'autorih'' esl, a priori, suspect. Il n'est pas de prescription qui, à certains jours, ne gêne; il n'en est guère qui présente, dans le domaine des contingences, une solution exempte d'inconvénients. Au lieu de l'accepter, à cause des nécessités supérieures qui ont déterminé son choix et sa promulgation, nous ne considérons que la gêne qui nous est imposée et nous nous répandons en doléances. Nous serons moins crédules enfin, quand on critiquera devant nous les mesures prises, et nous nous montrerons moins disposés à accueillir avec faveur toutes les plaintes 4ui s'expriment en notre présence. N'est-ce pas notre passivité qui permet parfois à certains courants d'opinion de prendre corps et consistance.** Ne serait-il pas étrange que nous tombions à notre tour dans le travers d'un parti pri ; qui accepte, sans examen, tout ce qui se débite dans le laisser aller des causeries familières, quand c'est là, justement, un reproche que nous adressons avec raison aux adversaires de notre foi, lorsqu'ils se font les auditeurs complaisants ou les transmetteurs

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ignorants de tant de fausses imputations dont on nous arrable?

(ionfcsser li^s droits de l'auli»iitt''. a\()ir !<• sentiment de l'étendue de ses responsabilités et de la complexité de sa tâche, c'est, vis-à-vis d'elle, la seule attitude conforme au bon sens et à l'esprit de foi. Nous serons ainsi garantis contre le péril d'opposer un pape à un autre pape, un évêque à un autre évêque, un curé à un autre curé ; nous couperons court également, de cette manière, autant de propos inconsidérés, qui entretiennent, parmi nous, quelquefois, un état d'esprit aussi défavorable ' la concorde qu'à l'obéissance loyale.

L'autorité ayant été ainsi mise hors de cause et le respect comme l'obéissance qui lui sont dus se trouvant assurés, visons encore, si nous voulons être unis, au possible et non au xjhimérique. -

Le chimérique, ce serait, entre catholiques, sur les mille questions contingentes de la politique, de la sociologie ou de la science où les opinions sont libres, une complète et absolue uniformité de vues. Cette uniformité est pratiquement impossible. Est-elle seulement souhaitable ?

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Elle est pratiquement impossible, parce que personne ne peut songer à supprimer les causes de quelques-unes de nos divergences d'appréciation. Aucun homme ne se défera facilement de sa tournure d esprit, de ses goûts, de l'influence subie par l'éducation. On peut se réformer, se corriger, s'adapter ; chacun garde, malgré tout, ce qu'il y a d'irréductible au fond de son tempérament et qui est la marque de son individualité. Toute intelligence en activité est en mouvement. Elle étudie, elle réfléchit, elle compare, elle s'efforce de conclure. Or, les éléments innombrables qui servent à l'élaboration de ces conclusions sont trop divers, pour qu'il n'y ait pas, parmi nous, de l'un à l'autre, quelque différence, si minime q^u'on la suppose, entre les solutions adoptées.

Au demeurant, cette uniformité est-elle souhaitable.'^ En somme il faut répondre hardiment : non. L'esprit humain n'est ni assez vaste, ni assez compréhensif pour que chaque homme puisse voir, sous tous leurs aspects, tous les problèmes. En disant ce qu'il pense et en proposant son avis, après avoir étudié et réfléchi consciencieusement, chacun ne peut qu'apporter sa part de lumière ; c'est sa contribution à l'effort commun. Nous ne devons

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donc pas tant nous considérer comme des adversaires qui travaillent à triompher les uns des autres que comme des collaborateurs qui cherchent, réciproquement, à s'éclairer. C'est à cette forme supérieure d'une sorte de coopération désintéressée et fraternelle, ayant pour objet la découverte du meilleur, que nous devons tendre. Entre hommes qui professent la même foi, et dont les âmes et les esprits sont unis par les sommets et par un égal amour de la même cause, la divergence des opinions doit n'introduire qu'un genre de polémique et de controverse qui exclut les animosités personnelles.

Pour qu'il en soit ainsi, il est indispensable que nous cessions de faire entrer, comme il arrive, en ligne de compte, la considération de notre propre succès et que nous ayons seulement pour but, non la victoire de nos conceptions, parce qu'elles sont les nôtres, mais leur adoption parce que, de fait, nous aurons amené les autres à reconnaître qu'elles sont les plus justes, les plus sages, les plus opportunes. Chacun doit devenir assez désintéressé et assez humble pour être capable de rectifier son opinion et, au besoin, d'y renoncer, à partir du moment oii l'enrichissement de son information et ses méditations sur les données

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fonrnîps pnr autrui lui imposent un change menl de jioinl do \ no on iino inotlirication de la lactique préconisée. Agir ainsi, c'est faire preuve de bon sens et de modestie, c'est montrer que l'on ne s'appuie pas uniquement sur la confiance que l'on a en ses propres lumières, c'est être intelligent, c'est-à-dire apte à comprendre et la complexité des idées et celle des situations. C'est enfin s't^tre délivré de cette part de vanité qui, en temps de polémique, se glisse en nous et parvient parfois à si bien obscurcir notre jugement que nous risquons de ne plus voir clair et de nuire à la cause que nous voulons servir, au lieu de la favoriser.

A tout prendre, rien n'importe moins que nous-mêmes, rien n'importe plus que le bien commun. La seule affaire en cause, ce n'est pas le triomphe d'un point de vue sur un autre, ce n'est pas que nous soyons rangés dans le camp des vainqueurs ou dans celui dea vaincus, ce n'est pas que l'opinion de celui-ci l'emporte sur l'opinion de celui-là, c'est que la meilleure solution soit découverte, puis acceptée. Si notre avis prévaut, réjouissonsnous, mais non comme un homme qui a battu son adversaire, e\ que cette victoire enchante, parce qu'elle satisfait son amour-pro-

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prp : s'il p?t pcartp, inrl!non«-noiis, çn son- «.'•<'fiiil quiijurs toiil lions soiiini<'s faillibles et que nous ne saurions prétendre sans orgueil au monopole de l'absolue sagesse et de la science parfaite. Conformons-nous alors loyalement aux décisions adoptées, et, s'il s'agit d'un domaine où notre liberté d'action et d'appréciation reste encore entière, comme dans certaines questions politiques et sociales, évitons du moins de créer la division en fo mentant les désunions et les querelles ou en nous faisant l'agent d'une opposition irréductible. Réservons-nous enfin pour l'heure où nous pourrons, sans inconvénient, reparaître. Quant au concours que nous pouvons donner, fournissons-le sans arrière-pensée et ne soyons pas de ceux qui se retirent sous leur tente, pour l'unique motif qu'on les a blessés en ne les écoutant pas.

Par suite de l'humaine faiblesse, cette manière de concevoir et de pratiquer les luttes intellectuelles sera toujours difficile à réaliser. On peut avoir du moins la volonté de se rapprocher le plus possible de cette attitude idéale et faire ce qui se doit et se peut, pour y réussir. On y parviendra, si l'on se décide, de part et d'autre, à respecter toujours, dans les con-

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tro verses et les polémiques, les lois de la charité chrétienne et fraternelle.

On sait assez en quoi consiste ce respect et quelles sont ces lois. Tout se ramène à l'observation d'une stricte justice entre ceux qui n'ont pas sur tous les points les mêmes opinions.

Il n'est permis à personne, d'abord, de suspecter, sans motif grave et plausible, les intentions ou la conduite d'autriii. Avant d'oser accuser publiquement un catholique, d'être sorti de l'orthodoxie et d'avoir entamé les données certaines de la foi, il faut être bien sûr de ce que l'on va avancer et se souvenir que de tels propos, gros de conséquences, ne doivent jamais être lancés à la légère, par le premier venu, dans le feu d'une discussion. On n'y regardera jamais assez h deux fois, avant d'attaquer un croyant, prêtre ou laïc, dans ce qu'il a de plus précieux au monde, son honneur de croyant fidèle et sincère. Derrière les opinions, il y à les hommes qui les défendent. Ceux-ci ont une réputation, ils exercent souvent des fonctions qui leur confèrent une autorité et une influence. Or, il est toujours dangereux, quelquefois injuste, de s'exposer à ruiner une réputation, à diminuer une autorité, à arrêter une influence, en jetant un

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adversaire en pâture à la malignité publique. De telles inadvertances de plume ou de langage peuvent entraver pour longtemps un ministère fécond, briser une carrière sacerdotale, réduire à néant l'activité bienfaisante de tout un apostolat... N'est-ce pas assumer, devant sa conscience, une lourde responsabilité que de rendre un homme suspect à ses frères ou à ses supérieurs .►^ Celui que l'on a obligé à se défendre, en prenant à parti non ses idées, mais' sa p^ersonne, se trouve toujours un peu, de ce fait, placé en état d'infériorité, parce que, étant sous le coup d'une accusation douloureuse, il garde, aux yeux d'un bon nombre d'esprits superficiels, une sorte de situation de défaveur ; il est celui auquel on a demandé des comptes ou des explications, que l'on a malmené avec ou sans esprit, dont peut-être on a fait sourire, que peut-être on a raillé, pour l'amusement d'une galerie de gens auxquels ne déplaît pas ce genre de spectacles.

Souvenons-nous aussi qu'en exposant nos opinions, nous avons tendance à transformer très vite nos vues particulières en affirmations doctrinales et à en faire des données sûres et authentiques de la foi. C'est là une tentation à laquelle 11 est facile de succomber, d'ailleurs de très bonne foi, parce que c'est

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là, en somme, un moyen commode de finir le débat en pesant sur ses conclusions d'^ tout le poids de l'autorité de l'Eglise. Ce pesil èlre aussi un piocédé pour se débarrasseï' d.' quelqu'un dont on n'aime pas les idées, bien qu'il s'agisse, çn l'occurence, d'idées que ce quelqu'un à le droit d'a\oir. A l'aide d'une épithète qui sert d'ordinaire à qualifier une opinion condamnée et qu'on accole régulièrement ïi son nom, on crée à un homme une réputation d'hétérodoxie, on fait de lui un hérétique sournois et honteux, on laisse planer sur lui une suspicion permanente ; on aboutit ainsi à la dépréciation lente et parfois voulue d'une personnalité honorable.

Faut-il enfin refuser de . désarmer devant ceux qui, s'étant trompés de bonne foi, se sont courageusement soumis et corrigés, donnant ainsi l'exemple de l'obéissance et de l'humilité ? Est-il défiendu de leur tenir conjpte de leur générosité P Doit-on leur interdire, a priori, tout droit de parler et d'agir, s'ils sont fidèles aux promesses qu'ils ont faites ? Se privera-l-on toujours de leur concours .'' Les laissera-t-on pàtir d'une sorte de déconsidération irréductible ? Sans doute, il faut piendre avec eux ses sûretés ; mais, celles-ci prises, peut-on, sans l'assentiment de

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l'autorité légitime et sans son ordre, de soirneme, leur tenir rigueur, durement et sans ménagements ?

En parlant ainsi, nous ne voulons nier ni l'audace des novateurs, ni la maladresse des imprudents, ni le goût détestable de quelquesuns pour les étrangetés. Nous ne prétendons pas davantage que, sous prétexte de charité, il faille leur laisser le champ libre. Les débonnaires sont un encouragement tacite ])our la témérité. Toul ce que nous voulons dire, c'est qu'il y a de.^^ précautions à prendre pour éviter de donner aux controverses et aux a\ertissements nécessaires un ton et des allures qui blessent et qui enveniment les discussions. Il est un sens de la mesure, fait de justice, de réserve et de tact, que doit chercher à posséder quiconque se mêle aux polémiques et aux controverses.

Au reste, ({ui donc, ayarjt quelque expérience, ignore que, si l'on ne faisait pas bonne garde, l'erreur, toujours subtile, aurait beau jeu à se glisser partout ? Puisqu'il existe des esprits aventureux et des jugements peu sûrs, leur surveillance est une nécessité. Mais cette fonction de vigilance est trop délicate pour que ceuv qui l'accomplissent croieni pouvoir être dispensés de s'en acquitter avea

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équité et bonté, et surtout, pour que n'importe qui s'arroge le droit de l'exercer, sans mission ni mandat. Pour cet offlce, l'autorité légitime a désigné des hommes qui ont fait leurs preuves, tant de compétence que de charité : appartient-il à quiconque de se substituer à elle, au moindre fidèle de déchirer son curé, à n'importe quel ecclésiastique de s'en prendre à n'importe quel autre, à tout laïc, à tout journaliste, de citer à sa barre infaillible quiconque n'a pas épousé toutes ses opinions? Il faut une censure sévère, ^yant l'œil toujours ouvert et qui soit incapable de longanimité et de complaisance. Cette censure existe dans l'Eglise ; elle y fonctionne officiellement, au vu et au su de tout le monde ; elle est entourée de toutes les garanties que l'on peut souhaiter. Elle doit être respectée et obéie. Nous avons, par ailleurs, entre nous, un droit de- discussion dont nous pouvons user, en .restant dans les limites de notre compétence et en observant les lois de la charité. N'est-ce pas suffisant ?

Au lendemain même de son avènement au trône pontifical, le pape Benoît XV a rappelé ces vérités et ces principes, dans sa première Encyclique : il s'est alors exprijiié dans un

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langage très énergique. Entendons-le. « Les ennemis de Dieu et de l'Eglise, écrivait le Souverain Pontife, comprennent bien que toute division chez nous, dans l'œuvre de notre défense, devient pour eux une victoire. Aussi recourent-ils fréquemment à cette tactique : quand ils voient les catholiques bien unis, ils s'efforcent de jeter habilement parmi eux les semences de discordes et de détruire ainsi leur cohésion. Plût à Dieu que cette tactique ne leur ait pas réussi trop souvent au détriment de la religion ! Ainsi donc, dès que l'autorité légitime a fait une prescription positive, qu'il ne soit permis à personne de s'y soustraire, sous prétexte que cela lui déplaît, mais que chacun soumette sa manière de voir à l'autorité du supérieur et lui obéisse, par devoir de conscience. De même, que nul particulier, par la publication de livres ou de journaux ou par des discours publics, ne s'érige en maître dans l'Eglise. Tous savent à qui a été confié par Dieu le magistère de l'Eglise ; à celui-là pleine et entière liberté doit être laissée de parler quand et comme il le jvige à propos ; le devoir des autres est de l'écouter avec déférence et de se conformer à sa parole. A l'égard ensuite des questions où, sans détriment de la foi ni de la discipline, on peut

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discuter le pour el le contre, parce que le Saint-Siège n'en a encore rien décidé, il n'est interdit à personne d'émettre son opinion ou de la défendre ; mais que dans ces discussions on s'abstienne de tout excès de langage qui pourrait offenser gravement la charité ; que chacun soutienne son avis liljrcnicnt, mais qu'il le fasse avec modération el ne croie pas pouvoir décerner aux tenants d'une opinion contraire, rien que pour ce motif, le reproche de foi suspecte ou de manquement à la discipline. »

Précisant davantage encore sa pensée, le Pape ajoutait : (( Nous voulons que les nôtres s'abstiennent de certaines appellations dont on a commencé depuis peu à faire usage, pour distinguer les catholiques des catholiques ; qu'elles soient évitées non seulement en tant que profanas vocain novitates, nouveautés profanes de mots, qui ne sont conformes ni à l'équité ni à la vérité, mais encore parce qu'il en résulte parmi les catholiques une gra\e agitai io'ii el une grande confusion. »

Il nous a s(Miil)l('' liouNcr dans cette page, niagistialement exposés par l'autorité souveraine, les trois principes de concorde et d'union dont nous avons donné la formule: l'autorité légitime toujours hors de cause et de

discussion et toujours localement obéie ; la faculté laissée à chacun d'exprimer librement SOI) ()[)iiiion, sur les questions non tranchées ; la charité chrétienne et fraternelle présidant enlin à nos controverses. Nous n'avons pas cru faire autre chose que d'en présenter l'indigent commentaire. En définitive, pour demeurer unis, nous n'avons qu'à nous en tenir, vraiment et de toutes nos forces, à la loi tracée par le vieil adage : in dubiis, libertas ; in necessa- /•//.s, imitas ; in onmibiis, caritus. Elle est simple, elle est juste. Dans la pratique, il faut beaucoup de sens chrétien, d'esprit surnaturel et de souci du droit d 'autrui pour y demeurer lidèle. Il serait à tout le moins singulièrement étrange que des catholiques ne puissent parvenir à y conformer ordinairement leur conduite.

Les conditions de l'Action.

Ayant ainsi travaillé à nous unir et y étant parvenus, nous nous efforcerons d'agir.

Il ne saurait être question, dans ces pages, d'examiner par le détail quelles œuvres déjà entreprises il convient aux catholiques de poursuivre, ni quelles œuvres nouvelles, répondant aux besoins d'aujourd'hui ou de de-

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main, il nous faudra créer. Avant de résoudre ces questions d'application pratique, il en est d'autres dont il faut d'abord chercher la solution.

Or, de toute évidence. Faction réclame des hommes capables d'agir. Notre - première préoccupation doit donc être, d'une part, d'augmenter le nombre de ceux qui sont résolus à agir ; d'autre part, en améliorant ceux qui veulent agir, tant au point de vue du zèle que de la compétence, de les rendre aptes à exercer une influence plus profonde et plus efficace.

C'est donc au recrutement de ceux qui veulent et qui peuvent être apôtres qu'en premier lieu nous devons songer. Nos soins les plus pressants doivent aller à la recherche et à la culture des vocations sacerdotales et religieuses. L'Eglise catholique, en France, a besoin de prêtres, plus que jamais, car le clergé de notre pays a été décimé par la guerre à l'heure même où sa tâche s'amplifie et oiî la moisson des Ames s'annonce plus riche en espérances. Nous sommes imi dioit <lc croire que les riucls sacrifices si géuéreuseiuent consentis pour la patrie par nos jeunes confrères vaudront à leurs diocèses une recrudescence du nombre

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dos ouvriers évangrliqiies. Celte recrudescence nous la devrons aux prières de ceux qui ont vers»' leur sang-, <'ntendant bien mourir pour la cause de la Justice et du Droit et dont le trépas g-lorieux a été, de par leur volonté, un acte hautement significatif de réparation et d'expiation. Xous la devrons aussi aux efforts des survivants qui, dociles à la voix de nos évêques, s'emploient ardemment à orienter les âmes enfantines vers le sanctuaire et l'autel et s'adresseront, avec insistance, aux familles chrétiennes, pour leur donner une complète intelligence de ce que réclament d'elles et l'Eglise et la Patrie.

Au reste, si ceux qui sont tombés sur les champs de bataille sont nombreux, des vocations aussi sont nées, parmi les défenseurs du pays, à la lumière de la foi reconquise ou sous l'impulsion des événements. Le concours de ces ouvriers évangéliques ne compensera sans doute pas nos pertes, mais nous y trouverons une aide précieuse et un moyen excellent d'action sur les masses.

Mais toute la question de l'extension de l'apostolat catholique ne tient pas dans celle du recrutement et de l'augmentation des membres du clergé séculier et régulier. C'en est là un facteur et le plus important ; ce n'est pas

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le seul, l'^llo tient ;iussi dans la floraison des vocations relio^ipiises parmi les femmes, les congrégations de femmes, contemplatives, charitables ou enseignantes, étant pour le clergé d'indispensables auxiliaires. Elle dépend enfin de la diffusion de l'esprit de charité parmi les laïcs de l'un et de l'autre sexe. Cette diffusion était en bonne voie, quand survint la guerre. Dans nos œuvres de jeunesse, d'abord, se formait alors une élite agissante appartenant à toutes les classes sociales et qui commençait de faire ses preuves, en étendant ses conquêtes, avec vm rare bonheur. Cette élite, elle aussi, dans sa partie masculine, la guerre l'a décimée. Elle se reforme déjà. Elle se reformera surtout très vite si, dans nos patronages, on s'applique à saisir l'adolescent à l'âge où s'éveillent en lui l'esprit et le cœur, si, après l'avoir préservé des déchéances possibles, on l'arme de courage et de vertu, pour le bon combat. Présentement, le ministère paroissial est devenu si chargé, tant de directeurs d'œuvres ont été mobilisés, que cette éducation postscolaire a été rendue singulièrement diffi^cile, faute de temps et d'hommes à y consacrer. Elle s'impose cependant d'autant plus que l'absence prolongée des pères, des frères aînés et des maîtres a plus ou

moins dés<)r{j;"iinisé beaucoup de foyers et d'écoles, et que radolescenee risque ainsi de demeurer un peu abandonnée. Par ailleurs, à la ville comme aux champs, le travail l'accapare de bonne heure et c'est une autre source de complications qui rendent malaisées la persévérance et l'organisation des associations. On tiendra compte de ces faits, mais on ne se laissera pas déconcerter par leur existence. Tl reste encore, à côté du clergé surchargé, des hommes et surtout des femmes dévouées pour suppléer ceux qui manquent. Si on le veut bien et fortement, non seulement les patronages ne seront pas fermés, mais ils pourront poursuivre, d'une manière peut-être un [)eu différente, leur florissante carrière. On commettrait une erreur en délaissant les œuvres de jeunesse, partout où l'on pourra faire autrement, ou en ne les rouvrant pas, partout où cela sera possible, ou en n'en créant pas, partout où on le pourra.

Les patronages de jeunes filles sont, en ce moment, plus faciles à garder et à développer. Les catholiques doivent y consacrer leur zè.'e, car nous n'aboutirons à rien si nous ne nous efforçons pas de multiplier le nombre de celles qui seront bientôt les épouses chrétiennes.

Sur ce terrain des œuvres, la faute serait

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