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joug détesté. Rien n'est plus difficile à saisir, pour la guider sans l'étouffer, qu'une personnalité en voie d'éclosion qui se cherche ellemême et travaille à se découvrir, à la veille du jour où il faudra prendre des décisions, pour le choix d'une carrière, pour le mariage, pour l'orientaliori de toute la vie.
En résumé, il nous faut souhaiter, dans l'éducation familiale, des préoccupations religieuses et morales plus précises et plus an> pies, pendant la pieinière enfance des jeunes g-énérations ; il nous faut par ailleurs travailler à rendre la famille plus avertie de la collaboration constante qui doit s'établir entre elle et l'école ; enfin, l'armci de règles prudentes, pour qu'elle aide l'enfant à traverser sans dommage, c^tte période des incertitudes fju'on appelle l'adolescence.
Ces réflexions, que nous laissons volontairement incomplètes, vont nous permettre H 'être bref dans nos observations en ce qui touche l'école, car la tâche des éducateurs professionnels est à peu près la même que celle des parents, dont ils ne sont en somme que les collaborateurs, et qu'ils suppléent, dans la mesure où ceux-ci ne peuvent agir par euxmêmes.
Voilà prMuquoi il est à souligner que leur
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unique préoccupation ne saurait être de bien instruire l'enfant. C'est peut-être moins à beaucoup lui appiendre qu'à linitier à apprendre que doit ^ iser un bon niaîtie. L'école pour la science seule est une formule pleine d'illusions et de danger ; toute vague qu'elle soit, il lui faut préférer celle-ci : l'école pour la vie (i).
Nous entendons par là que Técole doit être organisée, dans son enseignement, dans sa discipline, en fonction des exigences de la vie auxquelles elle est une préparation.
Maîtres ei parents ont peut-être encore trop la superstition des diplômes et des examens. La f)art de l'éducation du jugement, dans l'enseignement, est insuffisante. De même, le jeune homme sort tiop souvent de l'école et du collège avec l'horreur des livres, faute d'avoir appris à lire avec intelligence et avec profit. 11 en sort aussi avec une science trop compliquée, confiée à la seule mémoire, et qui s'efface ou s'anéantit dans une confusion comique, parce qu'il n'a pas été judicieusement initié aux bonnes méthodes d'acquisition des connaissances hiunaines.
1. (',f. K. f)(''v;ni'', (iiiide throrique cl /iralit/ue de l'enseignenienl primaire, P'rihoiirg, Kia^nirres IVèi'-cs, 1917.
Du point de vue moral qui est le nôtre, quels reproches, et bien fondés, ne mérite pas notre système d'internat. La plupart des critiques qu'il a soulevées sont justes. C'est une vie, par certains côtés factice, qui est trop loin de la vie. Sans nous aventurer dans des réformes peu en harmonie avec notre caractère national, il nous serait possible d'apporter beaucoup de changements de détail à un régime scolaire dont lès inconvénients sont presque par tous confessés.
Surtout, peut-être, la valeur morale de notre enseignement pourrait être augmentée. Tl suffirait, pour y parvenir^ de modifier le ton trop livresque des manuels, de donner une place plus large, dans le commentaire que le maître fait des textes, aux considérations ayant une portée éducatrice pour l'âme et l'esprit, bref, de se rapprocher de la vie réelle et de tenir un plus grand compte des besoins moraux de l'élève. Il nous faut retrouver le beau fruit que le jeune Français retirait autrefois des humanités, tout en l'ouvrant aux disciplines scientifiques.
Ce sont là questions techniques auxquelles jioiis ne pouvons nous attarder. Ayant fortement insisté plus haut sur l'influence qu'exercent l'esprit public et le milieu social sur la
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jeunesse, ce sont nos desiderata sur ce point que nous avons hâte d'exposer.
Ce sont ici des habitudes de vie et de langage qu'il est pressant de modifier et une cerlaine forme acquise d'aveugle nonchalance (juil faut détruire.
Prenons des exemples. Quelle est l'attitude des amis, des visiteurs, dans les relations sociales que la parenté ou les convenances nous amènent à entretenir avec les familles où se trouvent des enfants ? Ceux-ci sont choyés et gâtés par le visiteur qui croit bon de les flatter et qui venant à s'immiscer dans un doniaine et dans un rôle qui ne sont pas les siens s'ingénie à prendre leur parti à tort et à travers, en les excusant, en énervant l'effet des réprimandes; en les rendant même impossibles. L'enfant a des alliés sûrs, dans presque tous ceux qui fréquentent ehez ses parents. • Leur présence est l'occasion ordinaire d'un fléchissement de la discipline.
Cet esprit d'indulgence et de tolérance, nous le retrouvons dans la manière dont les gens les plus raisonnables jugent les incartades des enfants des autres. Ceux qui disent : <( il faut que jeunesse se passe », entendent bien que l'adage ne doit pas s'appliquer à leurs propres
enfanfs. S'agit-il de ceux des autres, leur sévérité disparaît. Tel père de famille grave et bien posé est le premier à rire des frasques des amis de son fils, mais s'irritera à bon droit des écarts de conduite de ce fils, s'il en commet. Il y a, dans nos jugements, deux poids et deux mesures, selon qu'en l'affaire nous sommes ou ne sommes pas personnellement en cause.
Qu'on examine, en songeant à leur répercussion sur la jeunesse, beaucoup des maximes courantes de nos conversations, on sera obligé de les qualifier som ent d'anti-chrétiennes et d'anti-sociales. Elles respirent le laisseraller le jtlus dangereux ou l'arrivisme le plus pur. (les leçons de choses qui démentent perpétuellement renseignement donné à l'école et dans la famille font leur chemin rapidement dans l'esprit et dans le cœur de ceux qui les entendent. Est-il exagéré d'affirmer qu'ils en viennent à considérer bientôt la morale stricte comme une convention verbale, dont on formule les articles devant la jeunesse, comme une loi à laquelle on cesse d'être soumis à partir d'un certain âge ? La pratique religieuse n est-elle pas regardée comme obligatoire seulement jusqu'à la première communion pour les garçons, jusqu'au mariage
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pour les filles ? Quelles considérations entrent en ligne de compte, au moment du choix des carrières ? La philosophie commune n'est-eile pas celle de la peur du risque et de la recherche des avantages matériels ? Les applaudissements ne vont-ils pas de préférence au plus adroit et au moins scrupuleux ? Sur quelle force fait on fonds, pour réussir, sur la valeur de l'individu ou sur la puissance des recommandations ? Quelles défiances ne s'opposent pas aux initiatives, pour les contrecarrer !
C'est l'esprit public lentement paganisé qui nous a donné le goût du fonctionnarisme, le dédain pour la hardiesse dans les entreprises, et le respect pour ceux qui savent adroitement esquiver les charges et les responsabilités sociales.
L'amoindrissement de la France, avant la guerre, l'appauvrissement de sa puissance de rayonnement dans tous les domaines de l'activité humaine tenaient, en grande partie, à ces causes. Ceux qui nous jugeaient sévèrement nous jugeaient là-dessus autant que sur nos divisions politiques, pour nous déclarer un peuple en décadence. L'événement leur a montré que le mal était plus superficiel que profond. Jusque chez nos ennemis, nous avons
regagné le terrain perdu dans leur considération.
Il dépend de l'esprit public que l'avenir ne lémente pas nos présentes espérances. Déjà, les jeunes générations d'avant-guerre avaient en partie secoué le joug de cette sorte de paresse à vivre dont nous étions atteints. La nécessilé de demain, l'élan pour agir que donne la vicloire achèveront la tâche conimencée.
l.c succès, toutefois, est encore à une con- (lilioii. Il ne faut plus f|ue l'esprit public soit le complice, par indolence, des organes de démoralisât ion auxquels on laissait hier le champ libre. Qui n'a gémi de l'influence néfaste sur la jeunesse de certains spectacles, de certains plaisirs, de certaines lectures ? Et ceux qui se lamentaient ainsi à bon droit n'avaient renoncé, pour eux-mêmes, ni à ces spectacles, ni à ces plaisirs, ni à ces lectures. Ils dénonçaient le danger auquel étaient exposés les autres, sans comprendre que l'existence du danger tenait pour beaucoup au fait qu'Us avaient pris rang parmi les clients fidèles des exploiteurs de la faiblesse humaine. Telle est la portée sociale de l'aventure souvent raillée du bon père de famille qui ne voudrait pas voir chez lui un journal illustré louche ou malpro-
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pre mais l'achète régulièremenl toutes les fois (ju'il voyage seul.
.Nous avons souffert cruellemeul des consé- ((ueuces de ces illogisuies sur lesquels nous dcAons aujourd'hui tenir les yeux ouverts.
De^anl la détresse de tant d'orphelins, la conscience publique s'est écriée : (( Tous les enfants de France, de Serbie, de Belgique sont nos enfants. A tous ceux qui n'ont plus rien, nous avons à cœur de donner le vivre et le couvert. » Ce devoir de charité est plus large qu'il ne paraît, de prime abord. La saine atmosphère morale et religieuse que chacun veut pour ses propres enfants, il est nécessaire qu'il la veuille pour les enfants des autres. C'est à cette condition que nous pourrons donner une solution heureuse au problème de l'éducation nationale.
Les Relations des catholiques français entre eux
Après avoir décrit, autant que faire se peut, l'état religieux de la France contemporaine, nous avons examiné déjà deux des graves devoirs qui nous semblent plus particulièrement s'imposer aux catholiques français, dans l'es circonstances présentes, s'ils veulent s'employer efficacement au relèvement du pays. Soyons d'abord, chacun pour notre propre compte, détermin'és à devenir des saints et des apôtres. Soyons aussi soucieux de procurer la gloire de Dieu et de travailler au bien national, en apportant tous nos soins à l'œuyrc de l'éducïition des jeunes générations.
Ce problème capital, nous avons essayé de préciser en quels termes exacts il se pose. Sa solution heureuse, si elle est aux mains de
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la famille et de l'école, dépend aussi, en dernière analyse, do la discipline religieuse et morale à laquelle nous tous, qui formons l'esprit public, nous saurons nous astreindie. Aussi avons-nous osé réclamer que fussent piises les mesures nécessaires qui, des foyers chrétiens, feront des centres bienfaisants de vie religieuse et morale et, de la société tout entière, l'intelligente alliée des parents el des éducateurs professionnels (i).
Nous voici maintenant amenés à regarder, catholiques français, dans nos rangs, afin de chercher à savoir quelles obligations nous incombent vis-à-vis les uns des autres, à nous qui, partageant la même foi, obéissant aux mêmes chefs et visant au même but, sommes en outre citoyens de la même patrie.
La question est délicate, car nous abordons ici des terrains brûlants et allons nous trouver en face d'opinions opposées et très controversées. Il n'importe, car il existe une vérité essentielle, sur laquelle, tous, nous sommes en parfait accord : quelles que soient, sur des points particuliers, qui ne relèvent ni du dogme, ni de la morale, nos vues personnelles, nous avons tous un même amour et professons tous un égal dévouement pour l'Eglise et pour la France. Cette pensée commune res-
tpra toujours, entr<* nous, un lien as?pz fort pour nous maintenir résolus à n'ambitionner tous que le bien général des causes que nous servons et non le triomphe de nos idées propres. Celles-ci, s'il y a lieu et s'il le faut, nous aurons à cœur de les rectifier et au besoin de les sacrifier.
Pour toute consigne, en ces délicates matières, ne pourrait-on proposer aux catholiques de France cette formule : travaillez à vous unir et efforcez-vous d'aqir ? Union et action, n'est-ce pas la meilleure devise que nous puissions choisir ? Les termes, de prime abord, en paraîtront peut-être banals ; en seraient-ils, pour autant, moins riches et moins compréhensifs ? C'est ce qu'il nous faut, maintenant, nous demander.
Les conditions de l'Union.
L'Union !... L'a-t-on assez prêchée, depuis près d'un siècle, aux catholiques de France et nous sommes-nous assez exhortés déjà, les uns les autres, à faire l'impossible pour l'établir ? Tous les souverains pontifes nous l'ont demandée, avec une vigueur d'accent qui leur était inspirée par leur amour pour notre pays. Tous nos évêques ont fait écho à ces appels et se
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sont appliques à nous y faire obéir. Aucun des catlioliqnos éminents (jue nous avons considérés corriiue les rej)réseiitants laïcs les mieux autorisés de nos intérêts, n'a manqué au devoir de nous préconiser l'entente et la concorde. Tous les ont désirées et voulues ; tous ont souffert qu'elles fussent trop souvent imparfaites et incomplètes ; tous ont fait des efforts pour qu'elles fussent effectives et efficaces. Le succès, hélas ! n'a jamais été aussi entier ni aussi définitif qu'il l'aurait fallu...
Est-il opportun de constater encore, en le soulignant, ce, fâcheux état de choses, en ce moment critique de l'histoire de notre pays ? A quoi bon risquer, nous objectera-t-on, de raviver de stériles querelles, ne fût-ce qu'en évoquant leur périlleux souvenir, à l'instant même où il s'oblitère ? N'importe-t-il pas souverainement, à l'heure présente, que soit respectée l'union sacrée que les catholiques français sont résolus à maintenir, non seulement avec leurs adversaires, mais encore plus, peutêtre, entre eux ?
Il est exact — et nous nous en réjouissons — que la guerre nous a imposé le silence sur les questions contingentes controversées entre nous. Nos polémiques ont cessé. Ce serait, certes, une maladresse et une faute de les rouvrir
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€t moins que personne nous nous sentons tentés de le faire,
Mais ne serait-ce pas justement parce que nos esprits ne sont plus présentement absorbés dans ces discussions, que l'heure serait bonne pour nous élever au-dessus d'elles, pour les juger, pour nous demander si notre état d'âme, quand nous les abordions, était bien toujours ce qu'il aurait dû être ? Le recul du temps, l'inquiétude pour le sort de la patrie, née des dangers que la France a courus, le prolongement des hostilités, la nécessité où nous sommes de penser à l'avenir, le besoin que nous éprouvons tous d'envisager les lendemains de .la victoire, ne nous ont-ils pas rendu une sérénité suffisante pour que nous puissions nous entretenir paisiblement, sinon de ces questions controversées elles-mêmes, du moins, des dispositions nouvelles dans lesquelles il nous faut nous mettre, pour le jour plus ou moins proche, où nous aurons encore une fois le devoir de les examiner ?
La guerre, si elle les a ajournées et reléguées à l'arrière-plan de nos préoccupations, n'a pas supprimé nos divergences d'opinions politiques et sociales. Elle ne nous a pas fait, pour toujours, uïianimes sur les méthodes à suivre ni sur les attitudes à prendre. Nous restons
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avec nos tompérairi+^nls propres et divers, unis sans (iontp et inébranlablemont dans la profession de la nirmo foi et dans la mônae volonté d'obéis&ance à ceux qui ont reçu de Dieu mission de nous conduire, mais divisés aussi, les uns portés, en politique, à plus d'intransigeance pratique, les autres enclins à plus de tempoiîsation ; ceux-ci, en sociologie, plus pressés de donner leur concours à des réformes hardies, ceux-là, désireux d'une moindre hâte. Dans le domaine des sciences religieuses, qu'il s'agisse d'histoire, de théologie, d'exégèse ou d'apologétique, les tendances des catholiques français ne sont pas toutes identiques, ceux-ci s'alarmant de ce que ceux-là semblent aller trop loin, les uns se plaignant de la routine à laquelle ils accusent les autree de se complaire.
Tels sont les faits, qu'il faut prendre tels qu'ils sont, sans s'étonner ni s'alarmer qu'ils soient tels, mais en cherchant, puisqu'ils sont tels, la meilleure conduite à tenir les uns envers les autres, si nous voulons réaliser l'union.
Or, nous serons unis, croyons-nous, à trois conditions : d'abord, si, dans les controverses, nous mettons les décisions de l'autorité hors d'un certain genre de discussion et si nous ne ménageons jamais à cette autorité l'obéissance