‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 101 sur 121 · LE CAS DU RABBIN BRAUER · texte numérisé non relu

LE CAS DU RABBIN BRAUER

Les deux véritables courants qui ont divisé la France dans cette Affaire ont des sources bien plus profondes ; ce sont, en

(1) On aura lu plus haut l'article publié dans VExpress de Lyon et celui qui a paru dans le Réveil républicain.

Postérieurement à cette double publication, le second de ces jour naux a fusionné avec le premier qui est devenu VExpress républicain de Lyon. Du 18 janvier 1903 où parurent dans les colonnes du Salut public, isous la plume de Pierre Jay, les premières lignes consacrées par la presse à notre livre, jusqu'à ce jour, 4 juillet 1904, date de l'artiGle de VExpress républicain de Lyon, tous les organes de l'opinion, dans notre ville, ont bien voulu donner un avis, réitéré parfois, sur les Catholiques français ; seul, le Nouvelliste s'est abstenu.

Ce n'est pas que ce journal <( bien informé » ait ignoré notj-e livre. Ce n'est même peut-être pas le désir d'en entretenir ses lecteurs qui lui a fait défaut, mais certaines de nos pages qui ont rallié ses suffrages l'auraient, paraît-il, retenu de dire tout le mal qu'il pensait des autres !

Quoi qu'il en soit, ce sont deux journaux de Lyon qui auront l'un ouvert et l'autre clos la série ininterrompue des commentaires, favorables ou non, dont a été l'objet pendant plus d'une année ce livre d'un catholique lyonnais.

Du tout spécial honneur qu'ils nous ont fait, qu'amis et adversaires .soient remerciés !

réalité, les courants qui partagent l'humanité depuis l'origine des mondes : l'un est celui de la libre critique, l'autre celui de la foi aveugle. Et, d'ailleurs, n'est-ce pas à cela que se résume toute la question sociale ?

L'affaire Dreyfus a été le crible merveilleux qui a permis, en France, de séparer les deux espèces : celle des rétrogrades, celle des évolutionnistes. Les réactionnaires et les cléricaux appartenant, en masse, au camp des rétrogrades ont accepté aveuglément les verdicts des conseils de guerre et la parole affirmative de l'état-major. Les démocrates et les libres penseurs, élevés, pour la plupart, dans l'esprit de libre critique, ont voulu comprendre ces verdicts et discuter cette parole. Ainsi se fit le classement des dreyfusards et des antidreyfusards.

Mais alors, il s'est produit ce phénomène curieux, c'est que qoielques réactionnaires et cléricaux possédaient, à leur insu, un esprit critique dont ils ne se doutaient pas eux-mêmes. Ceux-là, fatalement, se trouvèrent dans les rangs des dreyfusards, et leur surprise fut grande. Par contre, des hommes qui se considéraient comme affranchis de toute croyance religieuse devinrent, par la force des choses, les alliés de l'Eghse, les défenseurs des erreurs séculaires.

Je ne puis mieux faire que de citer quelques exemples illustres à l'appui de cette thèse. M. de Rodays, directeur du Figaro en 1897 ; M. Paul de Cassagnac, M. Edouard Hervé sont des catholiques dont personne ne songera jamais à suspecter les convictions ; et, cependant, ils ont fait acte de libre critique en n'acceptant pas aveuglément l'autorité de la chose jugée et en secourant, dans la mesure de leurs forces et sous certaines réserves, la cause de la vérité. Des prêtres comme l'abbé Brugerette, des catholiques militants comme M. Léon Chaîne, n'ont pas hésité à proclamer leur foi dreyfusarde.

Si je ne craignais de leur attirer les rancunes de la Libre Parole, je pourrais citer cinq ou six archevêques ou évêques dont les sentiments dreyfusards sont notoirement connus.

Et le cas du vicomte Gustave de Kerguézec, ancien réactionnaire, ancien clérical, passant brusquement, grâce à l'Affaire, aux limites extrêmes du parti radical-socialiste et de la libre

pensée ! Gustave de Kerguézec faisant, par la seule force de sa volonté, surgir la statue de Renan du sol monacal de Tréguier !... Et combien d'autres exemples pourrais-je citer, si je n'étais tenu par le secret de certaines confessions.

De l'autre côté, les exemples sont tout aussi curieux et probants. J'ai toujours cru à la bonne foi de M. Henri Rochefort — dans V affaire Dreyfus.

Et qui donc niera la conviction ardente de M. Cavaignac ?

La vérité c'est que M. Cavaignac a la foi, comme M. Rochefort, comme Maurice Barrés, comme Jules Soury, comme le sculpteur Rodin, comme l'obscur Tartempion, qui, tous les jours, sur le coup de quatre heures, déguste la Patiie... Ils croient aux dossiers secrets et ultra-secrets, aux mystères de l'espionnage et du contre-espionnage, à toute cette farce sinistre et grotesque, comme la petite communiante

La foi du charbonnier, voilà toute l'explication de l'affaire Dreyfus. Mais ce qui est intéressant à constater, c'est que cette foi du charbonnier s'est rencontrée dans tous les partis politiques, dans toutes les confessions religieuses, — le cas du rabbin Brauer (1) le prouve victorieusement.

Armand Charpentier.

(1) Il s'agit du rabbin Brauer de Tours persécuté, bien à tort, par ses coreligionnaires pour avoir allégué qu'il considérait Dreyfus comme un traître justement condamné.

Si nous donnons quelques passages de l'article que cet incident a inspiré à Armand Charpentier, bien qu'il n'y soit fait qu'une courte allusion à nos Catholiques français, c'est qu'il contient une bien curieuse psychologie du dreyfusard et de l'antidreyfusard, ainsi que des considérations générales d'une indéniable originalité et du plus vif intérêt. Obligé de nous borner, nous avons dû faire pour ceit article ce qu'hélas ! nous avons déjà fait pour d'autres, nous rendre coupable à son égard de regrettables mutilations.

The Catholic Times (Liverpool), 13 mai 1904.

On nous signale, au moment même où nous allons donner à l^ imprimerie le bon à tirer de ce volume et par conséquent trop tard pour que nous puissions nous la procurer pour la publier, une étude très détaillée, parait-il, dont notre livre a été honoré dans le Catholic Times du 13 mai dernier sous ce titre : Are the French Catholics to blâme ?

Le révérend docteur X, prêtre catholique romain, qui veut bien nous signaler l'article de cet important organe du catholicisme en Angleterre, nous le dit très favorable à notre livre.

On aura pu remarquer d'ailleurs que les journaux catholiques de V étranger qui ont entretenu leurs lecteurs Vont tous [à une ou deux exceptions près) fait en des termes sympathiques dont nous sommes heureux et reconnaissants. L'étude donnée dans le Catholic Times {the organ of the catholic Body) contient la reproduction d' une grande partie de la ce lettre d'un catholique lyonnais à un Evêque », une analyse minutieuse du livre et se termine par des réflexions générales dont on nous donne cette traduction :

Les critiques de M. Chaine sont, dans leur ensemble, excellentes et profiteront probablement à la cause catholique. Il a noté avec soin tout ce que les catholiques d'autres pays ont fait en faveur du progrès et il est désireux de voir ses coreligionnaires français mettre leurs idées en harmonie avec l'esprit de leur époque, dans toute la mesure où ils peuvent le faire, en demeurant strictement attachés à la doctrine du catholicisme. Tout en admettant l'excellence des motifs donnés par M. Chaine et en rendant hommage à l'habileté avec laquelle il met en lumière les idées qui lui sont tant à cœair, nous aurions été heureux de le voir insister plus vigoureusement sur l'importance qu'il y aurait pour les catholiques d'organiser leur <( self défense ». Quand les catholiques

allemands furent persécutés, c'est par l'organisation de leurs forces qu'ils s'assurèrent la justice. Les catholiques français doivent agir pareillement s'ils veulent aussi réussir à obtenir justice. Quand ils seront bien organisés, il leur sera avantageux de mettre en pratique les avis et les conseils de M. Chaîne.

The Catholic Times (Liveipool), 2 juin 1904.

Le même éminent ecclésiastique anglais qui nous signalait hier Id Catholic Times du 13 m:ai 1904 nous adresse aujourdhui cette notice parue dans le numéro du 2 juin dernier du grand organe catholique d'outre-Manche.

We have already noticed at some length an earlier édition of this work which has excited deep interest in France. The author writes in a bold and criticising spirit, feeling that if French Catholics are to surmount the difficulties they have to face they must évince a more progressive spirit in many directions. On the subjects of militarism, nationalism, anti-semitism, and kindred matters he offers ad vice, which is certainly not wanting in outspokenness. Naturally it has not been received with unmixed applause by Mr. Chaine's French co-religionists, but on the whole it must prove serviceable to the Catholic cause in France. The pith of the lesson he would teach is that the revival of religion in France must proceed from the wise counsel and energetic action of the Catholics themselves. The volume deserves careful study.

L'article de Paul Degouy, du Voltaire (11 mai 1904) a été reproduit par la Démocratie de la Guadeloupe du 11 juin.

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