‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 21 sur 121 · L. Ambruster · texte numérisé non relu

L. Ambruster

Cet article a paru aussi dans le Rappel du 21 juillet et a été reproduit par V Opinion Nationale, le Courrier du Soir, puis en province par le Libéral de VOise, VEclaireur de VEst.

Le Droit, 24 juillet 1903.

Le livre de M. Léon Chaîne sur les Catholiques français et leurs l'fficultés actuelles ne s'occupe pas précisément de législation et de jurisprudence. Mais son auteur est avoué près le tribunal civil de Lyon, et il est toujours intéressant pour les gens du

Palais de savoir ce que pense l'un des leurs sur les événements et les questions du jour. Il est donc t,out naturel que nous le signalions à nos confrères dans les colonnes d'un journal judiciaire.

Aussi bien la lecture en est-elle facile et intéressante. L'ouvrage est écrit d'un style alerte, avec une vivacité d'allures qui fait songer plutôt à un polémiste qu'à un procédurier de profession, et les questions qu'il aborde sont de celles auxquelles personne ne saurait rester étranger, surtout étant donné le point de vue spécial auquel il les examine.

Catholique, (( enti'èrement soumis aux directions de la sainte Eglise », M. L. Chaine ne croit pas que les catholiques français aient, dans ces dernières années, pris l'attitude qu'ils auraient dû prendre pour le plus grand profit de la religion. « 11 est, écritil quelque part, des doctrines de haine, des fléaux intellectuels, des préjugés ridicules ou dégradants, des superstitions, des pusillanimités qui végètent en parasites et en ennemis à l'ombre de l'idée religieuse, et à la disparition, à l'arrachement desquels la vérité catholique est au plus haut point intéressée. C'est pourquoi nous nous sommes modestement permis de porter la main sur ces mauvaises herbes. » Mais, en même temps, convaincu que la doctrine évangélique n'est pas en contradiction avec les wais principes de la révolution française, et que ce qu'il y a de légitime dans les revendications de l'esprit moderne n'a rien à craindre de l'Eglise, M. L. Chaine veut que celle-ci soit respectée. « Ils se trompent, s'écrie-t-il, et ils sont injustes ceux qui font de la guerre à la religion un article nécessaire de leur progranmie de défense républicaine. Nous craignons, nous, qu'au lieu d'être les défenseurs de la République, ils n'en soient que les fossoyeurs. »

On conçoit qu'en procédant de cette double inspiration, l'auteur ait pu écrire des pages originales et attachantes sur le militarisme, le nationalisme, l'antisémitisme, l'abus des dévotions nouvelles, la loi du 1" juillet 1901, le clergé séculier et les congrégations, etc., etc. Qu'on les lise, et quelle que soit l'opinion du lecteur, il reconnaîtra qu'à bon droit M. Léon Chaine déclare ne s'être inspiré que de l'entière indépendance de son jugement et de sa fière bonne foi en faveur de ce qu'il estime être la Vérité.

Louis Thevenet.

L'Humanité Nouvelle, juillet 1903.

Oh ! le brave et saint homme qu'est M. Chaîne ! et qu'il serait heureux que tous les catholiques fervents fussent d'aussi braves et saintes gens que ce fervent catholique ! Mais c'est parce qu'ils ne le sont pas que M. Chaine écrit son livre, et il faut s'en réjouir. Il a entrepris de « défendre la cause du catholicisme, en l'émondant, pour sa modeste part, des végétations parasitaires qui l'encombrent, le défigurent et le compromettent » ; et des mains de cet habile jardinier sort un catholicisme tout charmant, qui répudie toutes ses anciennes alliances, qui n'aime pas le sabre, et ne paraît pas aimer beaucoup plus le goupillon, un catholicisme antimilitariste (p. 13), antiroyaliste (p. 99 à 116), antiantisémite (69), antinationaliste (41), parce que (( le plus' patriote des catholiques tient plus à sa religion qu'à sa patrie (47) » et que (( le catholicisme, vierge immortelle, est une sublime internationale (p. 48) », antiduelliste (p. 38), antisectaire, antinobiliaire ; un catholicisme peu respectueux de l'épiscopat (ibid.), incrédule à saint Antoine de Padoue (ch. IX), respectueux de l'enseignement intégral de l'histoire et des sciences (133-177) ; libre-penseur, tolérant, égalitaire (117), féministe parce que si la France doit se régénérer, ce sera « par les femmes, dans la concorde et la paix (68) », un catholicisme négatif, rationaliste, et par surcroît dreyfusard ! Tout cela est fort beau, et accompagné de fort sages raisonnements

Léon Abrami.

Revue Générale de Bibliographie française, juillet 1903.

L'auteur est membre du Comité catholique pour la Défense du Droit, fondé par M. P. Viollet, dont fait partie M. P. Bureau, l'éminent professeur de droit de l'Institut catholique de Paris. La lecture de son livre serait très utile à ses coreligionnaires pour leur faire comprendre comment les événements actuels se rattachent d'une manière intime à la campagne qu'ils ont entreprise depuis 1897 à la suite de la Libre Parole, mais il est à crain-

dre qu'ils ne lisent pas les conseils qui leur sont donnés ; un article de la Vérité Française, reproduit,en appendice, nous apprend que <( Vopinion des catholiques esi faite, Dieu merci, depuis longtemps », sur l'afïaire Dreyfus (p. 369).

Aujourd'hui, il est de mode, parmi les plus ardents antisémites, de déclarer que le clergé français a été plus doux que l'agneau ; cette hypocrisie n'honore guère les vaincus de la politique actuelle et leur enlève tout droit à la sympathie. L'auteur trouve que les catholiques ont beaucoup trop vanté leur ardeur guerrière : le sermon du P. Coubé à Lourdes est tout à fait caractéristique (p. 37) ; la sottise d'un parti qui, à Lyon, manœuvre de manière à faire nommer de Pressensé député est vraiment prodigieuse (p. 59) ; l'auteur a bien fait de rappeler aux chefs de la croisade qu'ils ont été dupes de Léo Taxil (p. 11^) et que l'Eglise ferait bien de modérer le zèle de certains dévots qui propagent des cultes qui font rejaillir sur elle le ridicule (p. 147- 151).

L'auteur pense qu'il y a dans l'Université beaucoup de professeurs catholiques et qu'ainsi les idées qui lui sont chères pourraient y trouver des défenseurs plus utiles ; il est d'avis que l'Eglise gagnerait plus à avoir des amis nombreux dans les établissements de l'Etat qu'cà entretenir elle-même des établissements libres (p. 289).

Ce livre est certainement un des plus utiles à lire pour comprendre la lutte engagée aujourd'hui entre le parti clérical et la

République Je suis étonné qu'il n'ait pac

mentionné l'opinion du cardinal Vaughan sur l'affaire Dreyfus.

Georges Sorel.

Le Rappel, 2 août 1903.

Page 1