‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 29 sur 121 · CATHOLICISME SOCIAL · texte numérisé non relu

CATHOLICISME SOCIAL

Le comte Albert de Mun a prononcé hier, à Besançon, un grand discours au congrès de la Jeunesse catholique. M. de Mun est un orateur abondant qui se plaît aux vastes exposés et aux amples périodes. Il pouvait, s'adressant à des jeunes gens, devant qui s'ouvre l'inconnu de l'avenir, parler de tout ou peu s'en faut. Il n'y a point manqué. Et sa harangue toulïue constitue une sorte d'examen, souvent plus chaleureux que précis, de la situation du catholicisme dans la France contemporaine.

Cette situation n'est évidemment pas brillante, et l'on ne peut reprocher à M. de Mun de s'en plaindre avec quelque amertume.

Les catholiques qui, au cours de l'histoire, ont plus d'une fois abusé de la force contre le droit des non-catholiques, font depuis quelques années l'expérience contraire. Leur prépondérance depuis longtemps était ruinée. Mais aujourd'hui c'est dans leur liberté qu'on les menace... M. de Mun a donc raison de dire que son parti suit « une voie douloureuse ». Mais à qui la faute ? Selon l'expression d'un écrivain catholique, M. Léon Chaine, auteur d'un livre sincère sur les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, (( quand on songe que, de 1871 à 1875, ils étaient les maîtres de tous les postes de l'Etat, depuis celui de président de la République jusqu'à celui de garde champêtre, que l'armée, toujours zélée, des fonctionnaires de tous grades était à leurs ordres, de quelles fautes, de quelles maladresses ne faut-il pas qu'ils aient été coupables pour s'être fait expulser, jusqu'au dernier, du pouvoir que les circonstances leur avaient donné et dont ils occupaient toutes les avenues ? »

M. de Mun est moins brutal dans le mea culpa, mais il est plein d'ardeur dans la description du remède. Ce remède, c'est l'action sociale, action sociale méthodique, disciplinée, organisée, qui ressemble beaucoup à une action politique, tant elle est large et compréhensive, puisqu'elle doit s'étendre « à la vie même de la société, à toutes les relations qu'elle fait naître ». M. de Mun n'est-il pas d'ailleurs un homme politique ? Et n'est-il point natu-

rel qu'il veuille faire de la politique, — sociale ou non, qu'il engage son parti dans cette politique, qu'il le solidarise avec elle ?

Le pape paraît penser le contraire. Il professe que le catholicisme doit, loin de se tourner ainsi vers le dehors, se concentrer sur lui-même et se borner à n'être qu'une religion. Sans s'incliner devant l'infaillibilité de Pie X, on peut croire qu'il n'a point tort et voit plus juste que M. de Mun.

La Gazette de France du 2 novembre reproduit l'article du Temps en le faisant suivre de ces commentaires :

On le voit, ils sont repoussés impitoyablement des groupes libéraux ces ralliés, même en promettant de ne pas faire de politique, d'abandonner le pouvoir à ces Apaches dont la formule est : (( la conquête du pouvoir », aux juifs, aux protestants.

M. de Mun linira-t-il par se rendre à l'évidence et rentrer dans le giron français, dans le giron catholique ?

Presse Associée, 3 janvier 1904.

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