‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 51 sur 121 · UN VRAI CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

UN VRAI CHRÉTIEN

Un livre d'entière <( bonne foy », de grande honnêteté m 'arrive tout juste à propos pour donner une suite au Petit Bleu du 10 novembre.

Le titre : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles.

L'auteur : M. Chaîne, avoué à Lyon.

Pour dissiper de suite tout malentendu, je commence par déclarer qu'un abîme nous sépare. M. Chaîne et moi : il est croyant, je suis libre-penseur.

Ceci posé, je suis très à l'aise pour dire tout le bien que je pense des idées exprimées par l'auteur. Je le trouve du côté de la justice, sur ce point nous sommes d'accord ; il n'en va plus de même quand il s'agit de la vérité, il reste sur le terrain de l'autorité, de la révélation, et moi je m'en tiens au libre examen, à la raison.

Oh ! je sais bien que M. Chaîne me répondra qu'il est lui-même d'avis que l'enseignement religieux doit être débarrassé d'une masse de niaiseries qui l'encombrent et qui ne sauraient plus avoir cours, ni dans les grands séminaires, ni dans les établissements religieux ; je sais bien qu'il déclare que la science n'est plus quantité négligeable et qu'il est de ceux qui tentent de la marier au dogme... vaine chimère ! Il n'y a pas deux façons d'aller à la vérité : la science ne saurait admettre que ce qui est démontré ; la religion, au contraire, s'appuie sur l'indémontrable. Coupez, rognez, élaguez l'arbre mourant, les racines restent, elles puisent leur substance dans le surnaturel et dans l'absolu révélé.

... Nous, républicains anticléricaux, nous ne saurions que les remercier (les catholiques). Sans leur grotesque et inintelligente intransigeance, sans leur aveuglement, sans leur mépris de toute justice, le pas immense qui a été franchi depuis cinq ans serait encore à faire. Leur hâte intempestive, leur haine stupide ont plus fait pour l'affranchissement des esprits et la libération des âmes que toutes les belles harangues parlementaires, que tous les articles de journaux.

Vous avez raison, M. Chaîne, nationalisme, antisémitisme, basses superstitions, — dévotions nouvelles — etc., tout cela a créé les « difficultés actuelles » et laissez-moi vous dire en latin : Quos vult perdere... Vous connaissez la fin de l'adage.

C'est pourquoi, complétant mon article d'il y a quinze jours, sur les fameuses colonnes de l'Eglise, je vous dis à vous, vous qui devez être rangé dans les meilleures, au nombre de celles qui sont d'un marbre pur et sans alliage frelaté, il est trop tard. Votre voix, ainsi que celle de c? sincère et vaillant abbé Lemire et de quelques rares autres hommes de bonne foi, vous ne pouvez plus prêcher que dans le désert. — Vox damans in deserto, et ce sont les pharisiens, les catholiques de domination qui ont le plus con-

tribué à vider les esprits et les cœurs de tout sentiment catholique et même simplement religieux.

Combien sont-ils ceux qui, parmi eux, ont approuvé votre sincère et loyal langage ?

Rip.

Le Pilote de la Somme (Abb^ville), 27 novembre 1903.

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