‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 50 sur 121 · LES CATHOLIQUES FR.\NÇAIS · texte numérisé non relu

LES CATHOLIQUES FR.\NÇAIS

M. Léon Chaîne a publié un livre dans lequel il fait une étude approfondie des causes de la situation actuelle des catholiques en France.

Ce livre est intitulé ; les Catholiques français et leurs difficultés actuelles. Homme de bon sens, indépendant et sincère, profondément religieux mais aussi profondément libéral, M. Léon Chaîne y fait loyalement et sans aucune retenue le procès de la mentalité fourvoyée qui aliène au catholicisme une bonne part de la population.

Fervent catholique lui-même, mais de ceux-là qui voient clair et ne transforment pas leur foi en parti, l'auteur de cet ouvrage déplore le présent et le passé, désirant ardemment que, par un retour heureux dans la bonne voie, le catholicisme reprenne la place d'honneur qu'il est appelé à occuper par ses principes et sa morale.

Tous ne l'ont pas compris ce livre. Aussi, les uns lui ont décerné les plus beaux éloges, tandis que d'autres l'ont sévèrement critiqué, bafoué même. A côté de lettres de félicitation émanant des plus hauts dignitaires du clergé, des feuilles « catholiques » lui ont décoché des flèches envenimées, alors que la plupart des journaux de toutes les nuances se sont fait un devoir de reconnaître le mérite de cette œuvre de bien.

M. Léon Chaîne est le vrai catholique républicain. Et il rappelle, avec raison, que l'Eglise s'appelle « la République chrétienne », mais que des intérêts mal appréciés lui ont fait oublier qu'elle doit s'honorer du seul nom qui convienne à son organisme.

« Longtemps, dit-il, le respect du roi a paru faire partie des pratiques essentielles de la religion. Depuis quelques années seulement un prêtre peut se dire républicain sans passer pour hérétique. »

Mais les catholiques, généralement, ne cessent d'invoquer le « bon vieux temps », qu'ils voient à travers le prisme de leur imagination. Cette époque dont leurs rêves font une ère paradisiaque, cette époque qu'ils opposent à celle d'aujourd'hui a été, cependant, une longue suite de souffrances et de misère. L'auteur la porte à la mémoire de ses amis avec la plus louable dignité : « Conservateurs, si vous réfléchissiez non sur les merveilles de nos légendes mais sur les pages authentiques de notre histoire nationale, oij sont relatées les longues et terribles souffrances de nos pères; catholiques, si vous vouliez vous rappeler ce que la monarchie a véritablement été pour la religion qu'elle ne servait pas

mais dont eïie voulait se servir, ni les uns ni les autres ne regretteriez le passé, ne parleriez du « bon vieux temps », avec des larmes d'attendrissement dans la voix. »

En outre, M. Léon Chaîne plaide la cause de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ; faisant ressortir comment ces trois mots, qui auraient dû être placés sur le frontispice de l'Eglise, paraissent au contraire, comme bannis de son sein.

L'Eglise, cette institution internationale pai' excellence, se réclame, en effet, d'un nationalisme outré, autant que d'un éclectisme qui sont loin de correspondre aux enseignements de l'Evangile. L'Eglise libérale eût été l'empyrée sur la terre. Ses erreurs à ce sujet lui ont créé des ennemis ; et beaucoup de ses amis, quoiqu'ils n'aient pas passé dans le camp opposé, se sont tout de même éloignés d'elle. Dans l'affaire Dreyfus elle eût pu s'attirer toutes les sympathies en prenant une sage attitude conciliatrice et en conseillant, au moins, la modération aux catholiques. Elle n'en fit rien, ou plutôt elle laissa faire.

Car nous croyons que l'Eglise n'a pas été directement mêlée dans cette affaire. Toutefois, cela n'était pas suffisant, parce que ses fidèles prirent son silence pour un encouragement, et qu'ils crurent avoir T autorisât ion de crier : A bas les juifs !

<( C'est là un cri de guerre infiniment grave et dangereux, dit Léon Chaîne, dangereux pour le corps social qui en assume l'odieuse responsabilité, grave pour l'Eglise qu'un trop grand nombre de ses fidèles compromettent en faisant mentir, par ce témoignage aveugle et systématique de haine, ses principes de justice et de charité. »

Si les catholiques eussent voulu de tout temps la liberté et la justice pour les autres, ils ne seraient peut-être pas aujourd'hui dans le cas de les demander pour eux. Et, à ce propos, l'auteur cite les paroles de Lacordaire : « Oui, catholiques, entendez-le « bien : si vous voulez la liberté pour vous, il faut la vouloir pour « tous les hommes et sous tous les cieux. Si vous ne la demandez « que pour vous, on ne vous l'accordera jamais ; donnez-la où u vous êtes les maîtres, afin qu'on vous la donne où vous êtes « esclaves. »

Pour ce qui est de la fraternité, M. Léon Chaîne rappelle la parole de Jésus-Christ, sur laquelle est liasée toute la religion chrétienne : Tu iiinicriis ton prochain cninmo toi-même — et il

ajoute : « La résignation chrétienne ne doit pas nous empêcher de travailler au redressement possible des injustices engendrées par la nature des choses ou par la malice et l'indifférence des hommes. ))

Enfin Fauteur repasse et commente tous les travers des catholiques ; leur timidité à accepter la science moderne ; le cuite dts saints transformé en marchandage ; la hiérarchie des rangs dans les églises, les places réservées, les chaises payées. . Arrivant à l'éducation historique donnée par les catholiques, sa franchise ne peut l'empêcher de s'écrier : « Vous ne pouvez déchirer les annales de l'histoire, ni en effacer les pages qui ne vous plaisent pas. Le mieux est donc de ne pas cacher à vos élèves des faits qu'ils apprendront plus tard ; mais alors ils pourront penser que si vous les leur avez si soigneusement dissimulés, c'est que vous les estimez vous-mêmes en contradiction avec la foi et destructeurs de la doctrine catholique. »

Mais il faut lire le livre de M. Léon Chaîne pour se pénétrer de son loyalisme et du beau sentiment qui l'a dicté. Par les extraits que nous en donnons nos lecteurs ne pourront s'en faire qu'une faible idée. Et nous souhaitons de le voir entre les mains de tous les catholiques, afin qu'ils s'imprègnent des vérités qu'il contient, et qu'ils profitent des précieux conseils qu'il donne.

UUnion Rppuhlicaine de la Marne (Châlons), 23 novembre 1903. PETITS BLEUS DU DIMANCHE

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