‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 88 sur 121 · UN CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

UN CATHOLIQUE

Tous les catholiques ne se font pas forcément de l'esprit religieux la conception étroite, mesquine et bornée qui est si généralement en faveur panni le haut personnel ecclésiastique âe France et de Rome. Témoin M. Léon Chaîne, écrivain réfléchi et consciencieux qui estime que la foi ne doit pas toujours se confondre avec l'aveuglement et qui vient de le prouver par son très curieux ouvrage sur les Catholiques français et leurs difficultés actuelles.

Dans cet ouvrage, M. Léon Chaine n'hésit€ pas à aborder l'examen des problèmes les plus ardus et les plus délicats de la politique ou de la philosophie contemporaine. Le militarisme, le nationalisme, l'antisémitisme, l'éducation historique des catholiques, les dévotions nouvelles, etc., provoquent tour à tour ses réfl-exions. Et le catholique, le catholique très profondément sin-

(1) Le même passage a été reproduit par Vlmpartial de Cha.lonsur-Saône du 29 mai.

cère et convaincu qu'est l'auteur, se trouve bien loin de partager sur toutes ces questions, d'une actualité toujours si brûlante, le sentiment obtus de tous ceux qui, dans la religion qu'il professe et à laquelle il se déclare inébranlablement attaché, voudraient faire accepter leurs préjugés comme articles de foi.

Par exemple, la question du militarisme évoque dans l'esprit de M. Léon Chaîne les souvenirs de l'affaire Dreyfus. Et M. Léon Chaîne ne peut cacher sa stupéfaction de la complaisance étrange que la presque unanimité des catholiques mirent à admettre comme intangibles et indiscutables les plus ridicules inventions de r état-major et de ses défenseurs.

« Des hommes d'une certaine culture intellectuelle, écrit-il, n'ont évidemment pas accepté certaines choses dites pour les foules. Ces hommes, cependant »

L'auteur des Catholiques français et leurs difficultés actuelles n'avait d'ailleurs pas attendu d'écrire son livre pour exprimer son opinion à ce sujet. Dans une lettre adressée à l'archevêque de ***, le 27 novembre 1901, il avait déclaré déjà : <( Si les catholiques souffrent dans notre pays, n'est-ce pas un peu parce qu'ils ont commis de lourdes fautes ? Alors, pourquoi ne pas nous frapper nous-mêmes la poitrine, au lieu de toujours frapper celle des autres ?... N'avons-nous pas à nous reprocher notre attitude inintelligente et coupable dans cette trop fameuse affaire Dreyfus qui n'est certes pas terminée ? »

Et il avait ajouté dans la même lettre :

« Ne confondons pas la religion qui doit être de tous les temps et de tous les pays, avec des choses qui ne peuvent demeur-er et qui passent ; ne la solidarisons pas notamment avec ce qu'il y aurait de suranné, d'injuste et de barbare dans les institutions militaires qui ne sauraient être ni intangibles ni immortelles. Car il ne faudrait pas pousser lé respect et le culte de l'armée jusqu'aux limites d'une naïve superstition ou d'un fétichisme par trop grossier. Ne laissons donc pas croire que, par essence et par nature, nous sommes réfractaires à tout ce qui est philosophique et libéral... »

La (( naïve superstition » et le « fétichisme grossier » des catholiques, M. Léon Chaîne les retrouve dans certaines dévo-

tions immorales dont sont aujourd'hui l'objet saint Antoine et avec saint Antoine tous les saints spéculateurs du paradis. Il flétrit sévèrement ce genre de dévotions, qui choque ses scrupules religieux de la façon la plus violente. « Arrière donc, s'écrie-t-il avec indignation, arrière donc ce trafic de faveurs temporelles demandées contre argent comptant à tel ou tel saint dont on a spécialisé l'emploi au paradis ! »

Voilà des vérités qu'il serait en effet excellent de faire entendre aux catholiques si nous ne savions, hélas ! que les catholiques préfèrent aux sages conseils des très rares esprits libéraux qui sont parmi eux, les excitations brutales du clergé romain. L'erreur profonde de M. Léon Chaîne est précisément de croire que ses coreligionnaires puissent être autre chose que ce que leurs évêques et leurs curés de combat veulent qu'ils soient. Et cette erreur est aussi bien à constater pour le point de vue intellectuel que pour le point de vue moral.

U'est ainsi que l'auteur des Catholiques français et leurs difficultés actuelles se leurre lorsqu'il écrit, toujours dans le même ouvrage, qu' « on peut être catholique sans rejeter pour cela les données certaines d'une science qui n'a pas encore fait faillite » et lorsqu'il ajoute : « Il sera peut-être bientôt enseigné hautement que l'on peut rester attaché à l'orthodoxie sans croire que le monde a été créé 4004 ans juste avant J.-C. et en six jours, sans croire »

Oui, il se leurre étrangement. A défaut d'autres faits — et nous n'aurions que l'embarras du choix pour en invoquer de caractéristiques et d'édifiants — la récente mésaventure de l'abbé Loisy donne le plus cinglant démenti aux belles illusions et aux naïves espérances de M. Léon Chaîne. Il y a beau temps qu'il n'est plus permis de prévoir une conciliation possible entre le dogme et la science, entre la croyance et le véritable libéralisme, entre la foi religieuse et l'esprit de libre examen.

Il faut choisir.

Camille Ferdy.

Le Petit Messager de France et des Colonies (Lyon), 15 mai 1904.

Notre aimable concitoyen, M' Léon Chaine, philosophe à ses heures et chrétien dans l'âme, est, en même temps que tout cela, esprit raisonneur et sociologue émérite. Auteur d'un livre remarquable : Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles dont nous publions un passage intéressant. Léon Chaine est un sincère et chaque ligne, chaque mot de son œuvre très humaine, sont une vibration de son cœur fraternel. Au hasard de la lecture, nous prenons plaisir à citer le chapitre suivant :

[Suit un extrait du chapitre XVIII et notamment ces quelques lignes sur le jji'ésident de la Répiihlique) :

(( Ce n'est pas non plus à M. Loubet que nous devons

reprocher la politique du gouvernement. Le premier magistrat du pays, auquel les conservateurs ont fait un si injuste accueil est bien obligé de choisir les seuls ministres qui soient assurés de la majorité de la Chambre. Le jour où les électeurs enverraient au Palais-Rourbon des députés hbéraux, le président de la République serait forcé d'appeler aux affaires un cabinet libéral.

« La conduite tenue à l'égard de M. Loubet par tout le parti conservateur a été à la fois maladroite et coupable, tant il est vrai que pour être sûr d'être habile, il suf tirait de rester juste.

« L'élu du Congrès de Versailles n'avait pas encore dit un mot quie déjà, en face de l'Europe étonnée, il était couvert d'injures par les chefs de l'opposition qui l'affublaient du surnom odieux de Panama, comme s'ils avaient voulu faire croire que cet honnête homme dont ils connaissaient bien la probité avait pu tremper dans cette vaste escroquerie que l'on a appelée, peutêtre un peu trop tôt, la plus grande escroquerie du siècle... »

Bien des passages de cet ouvrage, excellent dans la forme comme dans le fond, méritent d'être commentés, mais nous pré-

ferons, afin de rendre hommage à l'auteur et à son œuvre, traduire nos impressions et faire connaître nos réflexions dans un de nos procliains numéros.

Javeline.

Le Matin (Anvers), 16 mai 1904.

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