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A PROPOS DE LA SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L'ÉTAT EN FRANGE

On marche à grands pas en France, vers la séparation des Eglises et de TEtat

Dans un article publié par le comte de Mun, dans le Figaro, on lit cet aveu ingénu : « La politique de Gambetta prévalut longtemps. Je crois qu'elle serait encore dominante sans le bouleversement de l'affaire Dreyfus. Pour

(i) La chronique d'où sont extraites ces lignes se trouve également en titre du XIX* Siècle du même jour i6 mars.

comprendre les événements contemporains, il faut toujours remonter à ce grand déchirement de la nation . . .

Eh bien, oui, il y a quelque chose de fondé dans ce que soutient Tultramontain rédacteur du Figaro. Sans TafTaire Dreyfus, le cléricalisme était bien près de triompher. . .

Les Assomptionnistes attisèrent le courroux public avec un soin qui eût été touchant s'il avait servi à une cause plus juste. Ils répandirent leurs journaux, les CroiXy où des sous-Veuillot faisaient appel à la guerre civile. .

Mais c'est la preuve de l'innocence qui a éclaté aux yeux des plus prévenus et c'est ainsi que l'Eglise a perdu la partie. . . Et Ton a pu lire un livre courageux : « les Catholiques français et leurs difficultés actuelles par M. Léon Ghaine, qui n'a pas hésité à s'écrier :

L'affaire Dreyfus a révélé, en effet, chez un trop grand nombre de catholiques, des défaillances multiples de conscience ou dUntellect. Tout homme de bonne volonté a le devoir de coopérer avec sollicitude, dans la mesure de ses forces, à la solution rationnelle et chrétienne des questions que cet élat d'esprit soulève et comporte. Qu'il soit permis à un catholique entièrement soumis aux directions de la sainte Eglise, soucieux de l'honneur et du bon renom de sa patrie, de venir témoigner, sans autre considération personnelle que l'entière indépendance de son jugement et sa fière bonne foi, en faveur de ce qu'il estime être la vérité. Et qu'il lui soit permis par là de libérer sa pensée et son âme.

Mais les catholiques qui se prononcèrent en faveur de Dreyfus furent rares.

Si donc le comte de Mun considère ce « grand déchirement de la nation » comme la cause véritable de la politique de M. Combe, il ne se trompe pas, pas plus qu'il ne fait erreur en jugeant l'opportunisme gambettiste. Au surplus, M. Anatole France, dans son admirable opuscule : L* Eglise et la République, a écrit à ce sujet des pages que tout le monde devrait lire.

Au lieu de tonner contre les loges maçonniques et contre

ia Révolution française, lé comte de Mun aurait mieux fait de dire son med culpa et de reconnaître la responsabilité qui incombe au cléricalisme dans l'événement qui se prépare. Et pourquoi, après tout, ne se montre-t-il pas enchanté de la prochaine dénonciation du Concordat? L'Eglise n'a-t-elle pas toujours revendiqué sa complète liberté? Or, elle sera bientôt libre... Plus aucune des bandelettes napoléoniennes ne la gênera. N'est-ce pas merveilleux.^

Gustave Abel. (1)

U Union Libérale (Dinan), 6 avril 1905.

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