AME RELIGIEUSE
L'horloge du vieux café, hanté par les folliculaires marquait 4 heures moins cinq — du matin — comme le journaliste républicain et le journalise clérical achevaient un dernier ce écarté ».
— Atout, et passe ma « fausse d, annonçait le premier. La « vote » et le Roi... Trois et deux cinq !... Garçon, mes soucoupes !... Il est grand temps d'aller se coucher.
S'il était interrogé, cependant, il aurait été obligé de convenir que son adversaire avait raison en quelque chose. Non, l'esprit clérical n'est pas l'esprit religieux.
En faut-il plus pour expliquer les crises morales successives et assez contradictoires que traversent des hommes du naturel de M. Delarbre, le député de Caen. Nous avons raconté qu'il avait abandonné le parti clérical et la Patrie française^ qui avaient, aux dernières élections, patronné sa candidature.
M. Delarbre, est comme il l'explique lui-même « un chrétien convaincu, un croyant » ; raison de plus pour qu'il regrette que « trop de politiciens se soient fait un tremplin de la religion pour défendre les intérêts de leur parti ». Ces politiciens se targuent de défendre la paix religieuse, or, t elle ne peut se faire que si l'Eglise accomplit sa mission en dehors de tous les partis ».
Les dévots dans leurs églises, les hommes politiques dans leurs assemblées, le Bon Dieu écarté de querelles
qui regardent tout le monde excepté lui: c'est un programme acceptable, si, de part et d'autre, on l'applique avec sincérité.
M. Delarbre n'est pas le seul catholique qui tienne un pareil langage et qui propose de neutraliser TEglise. Nous avons signalé, en leur temps, les belles études publiées par M. Léon Chaine. Nous avons noté, une à une, les manifestations du Comité catholique pour la Défense du Droit.
Il n'en est pas moins convenable de féliciter de leur bon mouvement les braves gens qui, comme M. Delarbre» accomplissent, avant toute autre séparation^ celle de Tesprit clérical et de Tâme religieuse (1).
Hugues Destrem.
La Meuse (Liège), 17 mars 1905.