ROME D'ABORD
« Au drapeau antireligieux et antifrançais de la Commune et de la franc-maçonnerie, opposons le drapeau catholique. Et entre les deux que chacun choisisse ! » C'est la conclusion du dernier leader article de V Union Malouine. Opposer le drapeau catholique au drapeau antifrançais revient à dire que seuls sans doute sont patriotes ceux qui se rangent sous la bannière papale. A cette conclusion, mon confrère, M. René Pierre, me permettra d'opposer plus que la protestation d'un républicain, l'opinion nettement formulée de catholiques autorisés .
Je trouve la première de ces opinions dans une publication que déjà connaissent les lecteurs de V Union libérale ^ V Action catholique française
Le correspondant de Maine-et-Loire place sa nationalité avant sa religion. Lisez la réponse de V Action catholique française :
Nous tenons à garder notre titre complet, parce qu'il indique l'union étroite et indispensable qui doit exister entre la France et le catholicisme ; et, s'il fallait en sacrifier un, nous nous appellerions toujours Action catholique, parce que c'est le nécessaire^
et que, -^i Dieu peut se passer de la France, la France ne peut pas se passer de Dieu.
Ainsi, dans le cas où il oc faudrait sacrifier » un des trois mots qui composent le nom du journal, il en est un que Ton supprimerait et ce mot est le mot : française. Le pape d'abord, la France après ! Voilà, j'imagine, un genre de patriotisme assez particulier.
Je retrouve la même idée dans lé livre, que j'ai déjà cité, publié par un écrivain catholique de grande honnêteté et de grand talent, M. Léon Chaine : Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles. Dans un chapitre consacré au nationalisme, etdans lequel Tauteur parle de « ces patriotes professionnels qui voudraient accaparer, au profit de leurs ambitions ou de leurs partis politiques, le monopole exclusif d'un sentiment dont ils font une éclatante parade pour qu'il soit bien sincère ». M. Léon Chaîne écrit ces lignes » .
— Pourquoi ne pas le reconnaître sérieusement P Le plus patriote des catholiques, quel que soit son pays, tient infiniment plus à sa qualité de catholique qu'à sa nationalité. Le plus Anglais des Anglais ou le plus Américain des Américains, s'il est catholique, est attaché à sa foi religieuse par des liens plus intimes, plus puissants encore que ceux qui V enchaînent, si doux soientils, à son pays natal.
Ainsi s'exprime M. Léon Chaine, confirmant la réponse du catholique au monarchiste de Maine-et-Loire. Je signale ces deux extraits à l'attention de mon honorable confrère, M. René Pierre, et aussi à l'attention de nos cléricaux qui jouent si volontiers de l'idée de patrie et traitent trop souvent d'antifrançais les républicains qui persistent à faire passer la France avant Rome. »
J. Peigné.
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Le Matin (Anvers), 26 avril 1905.