‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 28 sur 134 · LA HAINE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA HAINE POLITIQUE

Il n'y a rien de pis que d'être aveuglé par la haine politique. L'homme qui se trouve dans cet état d'esprit est incapable de justice et de bonté. On conçoit que Ton appartienne à un parti, puisque tout parti représente un ensemble d'idées et de tendances, un programme, et qu'il est naturel de soutenir le groupe politique dont on juge les aspirations politiques les meilleures. Mais nous ne comprenons pas qu'on s'inféode à un parti au point d'en partager toutes les erreurs, toutes les faiblesses, toutes les iniquités parfois.

Ces réflexions nous sont inspirées par l'affaire Syveton, qui est, au point de vue réactionnaire, le pendant de l'affaire Dreyfus. Des catholiques d'une mentalité élevée, comme M. Anatole Leroy-Beaulieu, M. Léon Chaine et l'abbé Brugerette, ont reconnu que l'affaire Dreyfus fut un crime cléricaL Dreyfus « devait » être coupable, parce qu'ilétaitjuifetque sa culpabilité eût puissamment servi la cause antisémite. Aussi vit-on le parti ultramontain, dans tous les pays, admettre la même thèse comme s'il y avait eu un mot d'ordre, charger le martyr de toutes ses forces, s'opposer à la divulgation de la lumière par tous les moyens, qualifier de traître ou de vendu quiconque défendait Dreyfus, suspecter même la Cour de Cassation qui prononça la revision à l'unanimité. La culpabilité du juif était comme un dogme départi ; quiconque en doutait eût été conspué par ses amis politiques. Le parti vinculait les consciences, inspirait la réticence et la défection, poussait à la lâcheté.

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Nous avons vu se produire exactement la même chose à propos de l'affaire Syveton.

Max.

Les Temps nouveaux^ organe anarchiste, (Paris), 29 avril

M. Léon Chaîne est un catholique pratiquant, qui croit, il le proclame, à la divinité du Christ, à Tinfaillibilité du

(i) Le Comité, constitué au lendemain de la mort <r tragique » de Syveton pour « défendre et glorifier (sic) sa mémoire » a inauguré le 9 décembre igo6 la statue qui avait été édifiée sur sa tombe.

Se pressaient à cette cérémonie un groupe de « dames françaises » des membres de la « Patrie fr/ançaise » parmi lesquels Marcel Habert Paulin Mery, le commandant Tournade, l'amiral Bienaimé.

Les mômes gens, hélas ! qui îi valent ainsi manifesté en Thonneur du « glorieux martyr de la cause nationale assassiné parles francsmaçons > se retrouvèrent le 17 décembre, même mois, au milieu des catholiques qui acclamaient le vénérable cardinal Richard, lors de sa sortie de l'archevêché et raccompagnaient jusqu'à Thospitalière demeure de M. Denys Cochin, le catholique éminent, le grand parlementaire libéral.

Les nationalistes de Syveton tentaient une fois de plus de compromettre la cause sainte de la religion en la confondant avec la cause justement perdue de leur faction politique. Leur fâcheuse intervention dans celte circonstance solennelle qui faisait dire 1© surlendemain à Cornely qui, avec Henry Maret, est Tun des porteparoles professionnels du bon sens national : « Les personnes distinguées qui formaient le cortège et traînaient la voiture du cardinal, au grand ahurissement du cocher qui ne savait, plus que faire de son fouet, ont acclamé tant de fripouilles que c'est bien le moins qu'elles prennent leur revanche une fois avec un brave et digne homme, qui est en outre leur chef régulier ».

pape, à romnipotence de l'Eglise et à toute la sainte boutique.

Cependant sa foi ne va pas sans quelque esprit critique. S'il croit aux dogmes, il entend rester libre de se guider dans la vie sociale d'après sa façon de les interpréter. Et, horreur ! il se permet même parfois de critiquer l'interprétation de ses pasteurs, lorsque cette interprétation ne lui semble pas conforme à ce qu'il croit, lui, être le vrai christianisme.

C'est le résultat de cette critique qu'il nous donne dans le volume les Catholiques français et leurs difficultés actuelles.

Ce fut l'affaire Dreyfus qui poussa M. Chaîne à élever la voix. Sans s'occuper des croyances religieuses de Dreyfus, sans s'embarrasser des considérations extrasociales qui inspirèrent les défenseurs de la chose jugée, il fut frappé par les arguments de ceux qui proclamaient l'illégalité du jugement, et, devant le déni de justice commis, il pensa que Tidée de justice primait celle de croyance, et, se rangeant du côté de ceux qui réclamaient la revision, il fut amené à reprocher aux catholiques de s'être abstenus, ou d'aivroir soutenu le parti de l'injustice, ce qui Tentraina à passer en revue la société actuelle : le militarisme, le nationalisme, le paupérisme, et un peu tous les dogmes sociaux.

Fervent chrétien de l'Evangile, il reconnaît sans peine que le militarisme, le nationalisme sont antichrétiens et doivent disparaître.

Mais après avoir démontré les méfaits du militarisme, notre auteur ayant à citer les gloires dont chaque pays peut s'enorgueillir, commence à mettre en première ligne, des noms de conquérants ! Ce n'est qu'un détail ; mais cela démontre combien il est difficile de se débarraser de sa première éducation.

Pour le paupérisme, il reconnaît que la situation des

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travailleurs est misérable, qu'elle demande une amélioration sérieuse; seulement son remède est de faire appel aux bons sentiments des exploiteurs. Cela est insuffisant. Tous les exploiteurs seraient-ils pris d'un excès d'amour à Tégard de ceux qu'ils emploient, que l'organisation économique restera ce qu'elle est, la situation des travailleurs sera toujours au-dessous de leurs besoins.

M. Chaîne dit qu'il est criminel et fou a d'avoir interrompu, pour parler le langage d'Henri Heine et de Jaurès, la vieille chanson qui a si longtemps bercé la douleur humaine. Que les pouvoirs publics devraient comprendre la nécessité sociale de la religion ; qu'ils ne pourront jamais la remplacer avec avantage par des augmentations de police et de gendarmerie » !

Et c'est bien là le crime que nous, anarchistes, reprochons aux religions ; c'est d'avoir bercé la douleur humaine, d'avoir endormi les générations par leur mirage de réparation dans une vie future; d^avoir contribué à faire durer l'exploitation et la misère ici-bas par des promesses menteuses de récompenses après la mort.

Vous avez fait voir le mal, nous dit-on ; mais vous n'apportez pas le remède. Non, nous n'avons pas la prétention d'apporter de remède; nous le cherchons, nous aussi. Mais n'est-ce donc rien que d'arracher le masque aux imposteurs et de forcer les gens à voir la vérité? Personne ne peut faire le bonheur des autres ; que tous ceux qui souffrent de l'état social actuel, comprennent que c'est cette organisation sociale qui les broie et cherchent à en sortir.

Le livre de M. Chaine est le livre d'un homme de bonne volonté, dont le cerveau n'a pas été complètement déprimé par les croyances religieuses. Mais ses efforts sont vains. L'esprit religieux se meurt, et la sincérité de quelques-uns n'empêche pas qu'il ne soit une entrave à l'évolution et un mensonge.

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Quelles que soient les concessions que quelques esprits plus éclairés — et de plus politiques aussi — fassent aux découvertes scientifiques, essayant d'accommoder leur foi avec ce qui s'impose, l'esprit scientifique n'çn est pas moins la négation de l'esprit religieux. Lorsque Terreur sert aux habiles à masquer l'exploitation des faibles, l'erreur est à combattre doublement. L'évolutionniste ne peut respecter la croyance d'autrui, si sincère soit-elle. La recherche de la vérité comporte la bataille contre tout ce qui tend à entraver son affirmation.

Quant aux catholiques, leur attitude présente aussi bien que celle des temps passés, elle est là pour démontrer à M. Chaine qu'il perd son temps à leur parler raison. Ils ne peu vent pactiser avec la vérité, puisqu'elle tend à démolir leurs dogmes. Lorsqu'ils avaient le pouvoir, ils en usèrent pour la persécuter sous toutes ses formes et toutes leurs forces aujourd'hui sont tendues à reconquérir le pouvoir perdu, pour réduire leurs adversaires au silence. Ceux qui, comme M. Chaine, viennent leur parler d'en revenir au véritable esprit chrétien des origines, n'y gagneront qu'une chose, c'est d'être chassés du troupeau comme des apostats.

Jean Grave.

La Justice sociale (Paris), 29 avril 1905.

Au milieu de ses absorbants et si remarquables travaux de pédagogie historique, notre confrère et ami, M. Pabbé Brtigerette trouve encore le loisir d'apporter un large tribut à l'œuvre de Tapologétique contemporaine. La collection « Science et Religion » publie en ce moment sous son nom un Grégoire VU et un Innocent III qui arrivent merveilleusement à leur heure pour répondre à

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une foule d'objections suscitées par les nombreuses polémiques qui se rattachent à la trop fameuse question des Eglises et de l'Etat

Dans cette étude, destinée à rehausser le prestige de la vraie piété, l'auteur tient à rappeler que l'Eglise catholique n'est pas un parti, mais la communion de toutes les âmes de bonne volonté. Toute son argumentation s'appuie sur deux livres a dont la puissance de rayonnement donne en raccourci la vision de ces lignes augustes et de ces galeries antiques dans lesquelles, en une promenade lente, on croit se mêler aux sages, aux généreux esprits, aux hommes vraiment religieux », nous voulons parler du livre si remarqué et si remarquable de M. Léon Chaîne : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles^ livre qui eut en son temps « l'importance d'un événement religieux d, et de la très attachante biographie publiée sous ce titre : Une grande figure de prêtre socialy l'abbé Rambaudy par M. le pasteur Jules Œschimann

L'étude de M. Brugerette nous parait caractériser très justement ce mouvement catholique et libéral inauguré à Lyon, foyer intense de vie morale et mystique par les oeuvres de M. Léon Chaine et de ses amis.

U Étincelle^ revue religieuse-libérale, organe de la liberté religieuse et de l'Union des Eglises, directeur l'abbé Julio (Paris), 30 avril 1905.

LETTRE OUVERTE A M. LÉON CIIAIKE sur son livre :

^es Catholiques français et leurs difficultés actuelles. Monsieur,

A eus dire vrai, je vois les choses un peu autrement

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que vous, et ma confiance dans les hommes qu'on appelle aujourd'hui les catholiques d'avant-garde est très limitée. Très franchement, je vous dirai que la partie actuelle du clergé avancé, qui se dit et qui est, sans doute, démocrate, philosophiste et criticiste, me paraît très loin de posséder les notions suffisantes en sociologie, en religion, et en philosophie, pour nous mener à autre chose qu'à des aventures et à des ruines. Cela me paraît d'autant plus fâcheux que ce sont ces hommes-là qui représentent la véritable activité actuelle du catholicisme social.

Il n'y a pas à se le dissimuler, la Religion est morte dans Tâme et l'esprit publics, le prêtre a perdu tout prestige, et la société contemporaine le rejette parce qu'il n'a pas su marcher avec elle et qu'il Ta combattue à outrance, non pas au nom de Dieu, mais au nom des plus arbitraires intérêts de caste et de politique, au nom de l'ignorance immobile, opposée à ce que notre époque appelle pompeusement la science et le progrès en marche. Il faut bien reconnaître que le clergé ne sait guère que vivre de l'autel et en tirer le plus possible ; 'ne lui demandez pas autre chose il ne sait pas. Le prêtre qui sait quelque chose, appartient généralement à la catégorie des disgraciés du classement ordinaire, et il n'en a que plus de mérite, car c'est Tadversitéquî dégage souvent les grands caractères. Ce qui nous manque le plus, ce sont des penseurs libres, aussi vrai que nous avons bien trop de libre-penseurs.

Les gens soi-disant croyants, aujourd'hui comme hier, sont des enkystés qui ne connaissent rien de rien ; ce sort des acéphales qui sont incapables de penser par eiKmêmes et que le seul mot idée épouvante. D'autre part, il y a contre le catholicisme une conjuration immeme, un vrai mot d'ordre social qui ne date pas d'hier, et un programme de lutte qui, comme les derniers événenents l'ont montré, est, sur le plan où il agit, un programne de victoire. Cette conjuration est servie négativement et le

catholicisme est desservi de même par une grande quantité de personnes intelligentes et à des degrés divers qui, avides des choses de la pensée, ont cherché et cru trouver des satisfactions intellectuelles, et même une certaine lumière, dans les différentes branches des soi-disant sciences occultes, qui empruntent toute leur force à l'attrait de la curiosité et à l'ignorance profonde du clergé, en ce qui concerne le vaste champ sur l'étendue insoupçonnée duquel la foi, la science et la raison peuvent se rencontrer et fraterniser.

Pour les cléricaux, foi et raison sont deux antinomies insolubles, et la science, c'est le Diable incarné. Aussi, tout ce qu'il y a d'intellectuel ou candidat à l'être les a lâchés avec ensemble. On est spirite, théosophiste et tout espèce d'autre chose, on n'est plus catholique, et pourquoi? parce que l'homme veut savoir et que le cléricalisme lui répond: ^ Tu dois ignorer; rassure-toi, d'ailleurs, nous n'en savons guère plus que toi ; mais nous croyons ; c'est la foi qui sauve ».

Pauvres gens et pauvre programme dont l'intelligence ne saurait se contenter. L'homme est fait pour connaître la vérité, et il ne peut la connaître que par la science, il a donc le droit et le devoir de vouloir savoir. Est-ce donc à dire que le Christianisme est une religion d'ignorance et de ténèbres? S'il en était ainsi, les cléricaux seraient excusables ; mais ils sont sans excuse, parce qu'au contraire le Christianisme est, par excellence, la Religion de la lumière et de la sagesse les plus parfaites, et que Jésus lui-même a dit: oc Connaissez la Vérité et la Vérité vous affranchira de tous les jougs ».

On peut dire que si les docteurs ecclésiastiques ont suffisamment démontré la religion à la croyance bénévole, ils ne l'ont pas démontrée à la raison rigoureuse. Toute leur philosophie et leur théologie, en effet, même celle de Saint-Thomas-d'Aquin, reposent sur l'acceptation préa-

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lable des conclusions. Or, cette méthode est le contraire de la science et le contraire de la philosophie. Les religions antiques ne procédaient pas ainsi et elles faisaient des initiés, tandis que les maîtres cléricaux ne font que des dévots, des croyants; et pas solide, cette foi, puisqu'on lui défend de rien examiner; un prince de l'Eglise n'a pas plus le droit de lire un livre à Vindex — et ils y sont tous, y compris la Bible — qu'un simple fidèle. Il est bien évident que de tels murs devaient crouler, et ils sont par terre aujourd'hui ; seulement qu'ont-ils montré derrière eux? Rien. 11 y a bien quelque chose, mais il faut des yeux organisés pour le voir, et les yeux des ignorants ne sont pas organisés pour cette vision.

Les religions fausses vivent de l'ignorance, mais les religions vraies en meurent; je dis les formes temporaires de la vraie religion. En ordre, en effet, c'est le sanctuaire qui doit garder la science, pour y élever graduellement tous les êtres de bonne volonté. Lahia sacerdotum custodient scientiam, dit le prophète Malachie. Quel est le reproche fait par Jésus au sacerdoce d'Israël : « Vous avez dérobé la clef de la science que vous avez fermée ; vous n'y êtes pas entrés et vous empêchez les autres d'y entrer. . . vous avez inventé de fausses traditions et des fables, et vous perdez deux fois ceux que vous prétendez sauver » . Aussi, l'Evangile nous montre Jésus, à douze ans, confondant les Docteurs.

Mais, monsieur, il faut que je vous dise que la science dont il est question ici, n'a rien de commun avec ce qu'on appelle aujourd'hui pompeusement la science. Si Jésus revenait, il confondrait également et les docteurs cléricaux et les docteurs de l'Université. Voilà ce dont ne se doutent nullement les savants des deux camps.

La vérité existe, cependant, et elle est dans la science approfondie de la religion qui, seule, donne la clef de la vraie science sociale ; or, cette science de la religion, il

faut la demander à ceux qui Tont et non à ceux qui la cherchent ou l'inventent ; pour nous, judéo-chrétiens, elle est dans la Bible surtout ; mais il suffit de lire nos bibles et de se tenir au courant des travaux actuels sur la question biblique, pour rester convaincu de l'impuissance radicale de nos soi-disant savants à Vy trouver et même à ïy soupçonner. Et il n'y a pas à essayer de leur ouvrir les yeux; autant vaudrait offrir à des taupes d'éclairer leurs galeries souterraines à l'électricité ; elles proclameraient tout de suite que, ne voyant plus clair, le monde est fini autour d'elles.

Aujourd'hui, en réalité, c'est le rationalisme qui passe à son petit crible laïque ou clérical le catholicisme et le christianisme; un excellent livre même comme le vôtre, témoigne, par son succès lui-même, qu'il n'est pas un livre de science exacte, mais un livre de sentiment et de raison purement contemporaine. Si vous eussiez fait de la science religieuse exacte, on ne vous eut pas lu, on vous eut qualifié de rêveur et peut-être même d'insensé. Le monde livré à lui-même est ainsi fait : il ne vibre qu'à ce qu'il comprend, et je vous assure que ce qu'il comprend est bien peu de chose. En réalité même, il ne comprend bien que ce qu'il a inventé de toutes pièces ; et voilà pourquoi il ne peut comprendre ce qui n'est pas de lui, c'està-dire la sagesse de la vraie religion révélée, sans la connaissance de laquelle il n'y a qu'empirisme et révolutions, dans la société.

Allez donc leur dire que la seule réalité gouvernementale est dans la théocratie, et vous verrez les cris de paon qu'ils pousseront tous, y compris les abbés démocrates. Savez-vous pourquoi ? C'est parce que théocratie est synonyme, chez eux, de césarisme clérical et sectaire ; la théocratie, pour eux, c'est le règne d'un parti clérical avec inquisition, bûchers, etc.. ils confondent la théocratie avec la satanocratie, parce qu'ils sortent des griffes de

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cette dernière et n'y veulent plus retomber; et je comprends cela : il vaut encore mieux, peut-être, l'anarchie d'en bas que cette anarchie d'en haut. Je pourrais vous démontrer, cependant, que la vraie théocratie est le seul vrai régime social de liberté et de progrès indéfini et ininterrompu. Mais, je n'ai pas à soutenir ici aucune thèse de ce genre. Il me suffit de vous dire que je n'ai rien de commun avec les de Maistre et les Didon, quand ils montrent l'oreille du tigre sous la peau du philosophe et du prêtre.

. Quand j'entends, d'autre part, parler de la « faillite du christianisme », cela me fait sourire.

C'est comme si l'on disait que Télectricité a fait faillite, parce que les électriciens se sont organisés (?) en sectes ennemies, qui se partagent au poids du métal les fils télégraphiques, pour se les envoyer mutuellement à la figure sous forme de balles explosibles. Ce n'est pas le christianisme qui a fait faillite, mais bien la prêtraille, et c'est ce que Jésus a dit : « Lorsque le Fils de l'Homme viendra, que restera-t-il de la religion ? » Vous le voyez, il n'en reste que les morceaux, qui ne se recolleront pas et qui sont tout dépareillés.

Cependant, il faut bien envisager l'avenir tel qu'il est; le Sanctuaire n'ayant ni la clef de la science religieuse et sociale, ni cette science même, et empêchant toujours les autres d'y entrer, les laïques se sont emparés pleinement des directions scientifiques ; et ce que nous leur devons surtout, c'est la bombe à renversement; néanmoins, ils croient ferme à la science, et leurs rêveurs espèrent refaire la société ; il y a même des prêtres somnambules qui marchent avec eux, quoique reniés par eux catégoriquement et substantiellement ; c'est le grand quiproquo de demain et même d'aujourd'hui, source des massacres d'après-demain. C'est sur ce quiproquo que votre livre s'appuie beaucoup et a trouvé à prendre quelques racines.

à la faveur d'idées qui, comme idées générales^ sont généralement reconnues justes par tous les hommes de bon sens rassis, à quelque parti qu'ils appartiennent.

Vous appelez le Militarisme un fléau. Oui, pourquoi ? C'est parce qu'il est une politique de violence aux mains des violents. Seules, les fausses sociétés sont militaires ; militarisme et césarisme c'est tout un. La vraie société se défend et n'attaque pas. Mais, dites-moi, si, aujourd'hui, la lutte pour la vie n'a pas fait de chaque individu qui veut vivre, un féroce égoïste, un voleur, un assassin et un militariste individualiste ? « Qui se sert de l'épée périt par Tépée ». La société est à Timage de l'individu, comme celui-ci est à l'image de celle-là.

Vous condamnez \e Nationalisme. Oui, pourquoi ? Outre qu'il est stupide de haïr son semblable et de le tuer parce qu'une rivière sépare, ou qu'on ne parle pas la même langue, à l'intérieur, le Nationalisme est un parti politique, le parti des beaux Messieurs de Badinguet, aujourd'hui comme hier, le parti du tigre qui sauve l'agneau de la dent des loups.

Vous dites très bien que le Catholicisme est une grande internationale; mais dans le Catholicisme il y a le cléricalisme latin, et, quoiqu'on en dise, sa suite d'affaires à lui, est prise, en France, laïquement, depuis la République, par une vraie dynastie de Midi-bouge qui font de nous Tayoli de leurs personnels gueuletons politiques. Le Latin, chez nous Celtes-Gaulois, voilà l'ennemi, avec son infâme droit romain.

Il ne vous déplaît pas de voir la femme envahir le Forum. Vous vous défendez, il est vrai, d'être tout à fait Féministe^ et vous avez raison ; je soupçonne fort les femmes féministes de désirer que leurs caprices en arrivent à avoir force de loi, tout en conservant les avantages,

si chers à la femme, de Tirresponsabilité de ses actes, et en laissant à M. Thomme le seul droit de se taire, d'admirer et de payer toutes les notes. Je pourrais invoquer saint Paul, sur cette question, et vous verriez ce qu'il en pense 1 Quant aux hommes féministes, je vous en dirais bien quelque chose, mais vous les avez peut-être vus cultiver suffisamment la « vieille garde d pour en savoir autant que moi là-dessus. Ah! le féminisme! Monsieur: Luna la lune ! bis^ sed non in idem !

J*ai la faiblesse de croire que la place de la femme est surtout au foyer, jusqu'à ce que l'homme se charge d'être, pour de bon, dans l'habitude du a cas de M. Guérin ». Que les femmes exercent leurs talents et les développent même fructueusement, soit, mais qu'elles soient avant tout, bonnes épouses et bonnes mères, qu'elles tâchent d'avoir une bonne idée à la fois et se confessent le plus possible à leurs maris, c'est la grâce que je leur souhaite, ainsi-soit-il.

Vous n'êtes pas Antisémite ; je vous en félicite. L'illustre et intelligent monsieur^ qui passe pour avoir inventé l'antisémitisme, n'a même pas inventé, vous le savez, le procédé de faire fortune par l'excitation des plus viles passions publiques ; ce procédé est breveté de toute éternité. Je ne pense pas même que V antisémitisme ait été inventé par Aman, le biblique ennemi de Mardochée. Mais, ce que je sais bien, c'est qu'en tout temps Aman fut pendu à la potence préparée pour Mardochée, et que Mardochée hérita toujours des dépouilles opimes d'Aman. Et Esther monte sur le trône d'Assur.

Vous dites fort bien que l'Eglise a toujours protégé les Juifs ; c'est vrai et il y aurait des citations fort curieuses à faire à ce sujet, ce sont les cléricaux du genre Aman qui les ont toujours voués aux fureurs aveugles des populaces abêties parleurs discours et rongées par la misère, Tincurie et l'oppression.

L'Eglise serait bien coupable d'avoir oublié sa source immédiate, et de méconnaître cette vérité proclamée par saint Paul, à savoir que les juifs ont reçu de Dieu des promesses qui s'accompliront, parce qu'ils sont l'olivier franc sur le tronc duquel les Goïms ou Gentils ont été greffés comme des sauvageons, ce Ne vous élevez point, nous dit-il, avec présomption contre les branches naturelles ; sachez, en effet, que ce n'est pas vous qui portez la racine, mais que c'est la racine qui vous porte. Car, si vous avez été coupés de l'olivier sauvage, qui était votre tige naturelle, pour être entés contre votre nature^ sur l'olivier franc, à combien plus forte raison les branches naturelles de l'olivier même seront-elles entées sur leur propre tronc. Je veux bien vous découvrir ce mystère et ce secret, afin que vous ne vous enfliez pas d'orgueil : à savoir qu une partie des juifs est tombée dans l'aveuglement, jusqu'à ce que la multitude des nations entrât dans l'Église, et qu'ainsi tout Israël fut sauvé, selon qu'il est écrit : Il sortira, à la fin, de Sion, un Libérateur qui bannira l'impiété de Jacob ; et c'est là l'alliance que je referai avec eux, lorsque j'aurai effacé leurs péchés... car les dons et la vocation de Dieu sont immuables et il ne s'en repent pas. Gomme, autrefois, vous ne croyiez pas en Dieu, et que vous avez ensuite obtenu miséricorde, à cause de l'incrédulité des juifs, qui ne voulaient point croire que Dieu voulut vous faire miséricorde, ainsi la miséricorde qui vous a été faite doit leur servir à obtenir eux-mêmes miséricorde. Est-ce que, par hasard, vous en sauriez plus long que Dieu, et auriez-vous la prétention d'être dans le secret de ses conseils ? ».

Je ne m'attarderai pas. Monsieur, à commenter saint Paul : je craindrais d'indisposer M. Aman, journaliste, contre Dieu même. Les gens qui préfèrent Barabbas à Jésus, ce sont ceux qui trouvent qu'il vaut mieux faire

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