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fortune dans la poche de son prochain que de l'aimer comme soi-même.
Vous avez bien raison de dire que les Juifs sont ce que les ont faits les Nations ; victimes des Goïms, ils se sont vengés des Goïms, en liquidant au plus juste prix les vidanges sociales et la pourriture d'âme des Goïms, à travers les siècles; ce que les Goïms ne disent pas, s'appelâssent-ils Albert-le-Grand ou Luther, c'est que le peu qu'ils savent, ils le doivent à la splendide efflorescence de l'intellectualité juive au moyen-âge et dans les époques limitrophes.
Pas plus que vous, je ne sers la cause juive : mais je sais ce que je sais, et je sais que le jour où les juifs porteront la croix sur la poitrine, c'est que celle des Goïms, soi-disant chrétiens, aura tourné, et qu'à l'exemple des ânes, ils la porteront définitivement dans le dos, la croix et l'auguste profondeur de son divin mystère. Et c'est ce qui est en train d'arriver.
Saint Paul,, assurément, dit aussi que a tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas pour cela Israélites, et que tous ceux qui descendent de la race d'Abraham ne sont pas pour cela ses enfants. » Et ainsi en est-il des chrétiens ; il s'en faut de beaucoup que tous ceux qui se disent tels le soient, et enfants du Christ. Parce que, dit très bien encore saint Paul, ce ceux qui sont enfants selon la chair et ses passions, ne sont pas pour cela enfants de Dieu. » Les enfants de Dieu, nous dit saint Jean, sont ceux qui sont nés à Dieu, « non de la volonté virile, non de celle de la chair, non du jeu physique des sangs, mais de l'esprit de Dieu. »
Soyons donc fixés à ce sujet : les diverses races de chiens enragés à deux pieds juifs ou chrétiens ou autres, ne sont que des chiens enragés, et c'est en vain que les uns se réclament d'Abraham et les autres de Jésus-Christ : ni Abraham ni le Christ ne les connaissent pour leurs
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enfants, car la loi d'Abraham, comme celle du Christ, ordonne lamour du Dieu unique par-dessus tout et de son prochain comme soi-même.
Je laisse votre chapitre sur le libre examen en politique. En êtes-vous encore à vous imaginer qu'un individu qui a abdiqué tous les droits de sa raison et de son intelligence, c'est-à-dire ce par quoi il est une personne, soit capable d'examiner quelque chose! Il lui faudrait penser par luimême, et vous savez bien que le jour où un a catholique » pensera par lui-même, c'est qu'il n'y aura plus personne qui soit capable de pensera sa place. La qualité primordiale du « bon catholique » c'est de ne pas penser, et il partage, du reste, cette qualité avec d'innombrables gens de toute sorte, qui n ont jamais su et ne sauront jamais ce que c'est qu'une idée, et encore moins ce que peut être une idée libre et personnelle qui ne doit rien à personne.
Dans le chapitre VI, vous faites très finement le procès aux catholiques du bon vieux temps ^ et combien vous avez raison de conclure que la religion n'a pas eu trop du secours d'un Dieu pour échapper vivante des pieuses mains de ces gens-là I
Ah! comme vous parlez bien aussi, dans votre chapitre VII, sur les catholiques et la liberté en évoquant des paroles comme celles de Lacordaire : a Oui, catholiques, si vous voulez la liberté pour vous, il vous faut la vouloir pour tous les hommes et sous tous les cieux. Si vous ne la demandez que pour vous, on ne vous l'accordera jamais. Donnez-la où vous êtes les maîtres, afin qu'on vous la donne où vous êtes esclaves. »
Mais, Monsieur, n'entendez-vous pas cet écho? ce Jérusalem qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l'as point voulu. Tes maisons vont demeurer désertes, et de ton temple même il ne restera
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point pierre sur pierre. » C'est tout ce chapitre XXIV de saint Mathieu qu'il faut lire et méditer.
Mais, qui donc lit l'Evangile? On le chante^ comme le reste, mais c'est dans la Revue des Deux Mondes que nos prêtres éclairés vont chercher maintenant le dernier mot des prophètes. . . de l'humanisme habillé en catholicisme de salon et de Sorbonne.
Quant à votre chapitre VIII, sur Véducation historique des catholiques^ il faut que vous ayez de la bonté de reste pour l'avoir écrit avec autant de ménagements à la clé. Vous pouvez avancer hardiment que, jusqu'ici, toute histoire soi-disant orthodoxe a été systématiquement édifiée sur le mensonge conscient et le plus laborieusement éhonté. Hélas! Monsieur, les catholiques ne sont pas les seuls coupables dé tels crimes. Dans tous les temps et dans tous les lieux, la falsification des documents historiques a toujours été l'un des principaux instruments de règne de la tyrannie, et son cachet le plus authentique.
Il y a d'innombrables catholiques qui croient fermement que saint Pierre s'habillait comme le pape et que les Apôtres disaient la messe comme leur curé. Voulez-vous les pétrifier d'indignation? parlez-leur de la femme de saint Pierre et si vous y ajoutez les « frères » de Jésus, vous serez damné pour l'éternité. . . de leur ignorance.
Vous lisez les annuaires de M. Battandier, Monsieur; lisez-les bien et relisez-les; cet admirable Pince-sans-rire vous prouvera que si l'on va ad Augusta per Angusta, on peut aller aussi ad angusta per Augusta, en ménageant toujours aux dieux l'encens accoutumé.
Que n'avez-vous fouillé un peu l'histoire? vous y auriez vu que le fameux Léon X, Jules de Médicis, était, en venant au monde, abbé de plusieurs monastères, dont le nombre s'accrut avec les dents qu'il perçait; à treize ans, il était cardinal de la Sainte Eglise ; et le reste à l'avenant. Le Farnèse, qui fut Paul III, était cardinal à vingt-cinq
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ans, il avait déjà eu le temps d'être marié (?), veuf et père de plusieurs enfants, dont il (ît plus tard princièrement la fortune, etc. . . etc. . . etc. . .
Vous avez bien raison de ne pas briser votre foi sur de pareilles pelures d'oranges, et je vous en félicite, car cela prouve que votre foi est pleine de bon sens et se réfère à Dieu et non aux hommes, comme il convient à une vertu théologale. Du reste, l'Eglise subsiste, et c'est assez pour montrer qu'il y a en elle autre chose que de la politique humaine. Mais, croyez bien qu'on peut appliquera ceux qui falsifient l'histoire et mettent les Saintes-Ecritures à Vindex^ ce juste axiome de droit : h fecit cui prodest. Il n'est pas donné à tout le monde d'être un critique en histoire, mais il est donné à tout le monde de pouvoir lire le Nouveau Testament avec attention, et je mets au défi un homme, dont l'esprit est sain et libre, de ne pas perdre, à cette lecture, toute foi. . . aux gens qui ont pris en toutes choses le contre-pied exact de TEvangile. L'Evangile est un livre très dangereux, Monsieur, un livre dans lequel il est écrit : « Connaissez la Vérité et la Vérité vous délivrera de tout joug arbitraire. »
L'une des formes du joug arbitraire, vous la dénoncez bien dans votre chapitre sur quelques déi^otions nouvelles. Là encore, j'admire votre mansuétude ; vous prenez des gants presque pour présenter à vos lecteurs l'infecte et nauséeuse ineptie de ces gens, dont on peut dire ce que Ton disait de l'Egypte putréfiée par l'idolâtrie, que, chez eux, tout est Dieu excepté Dieu lui-même. Ce fétichisme grossier est la honte du Catholicisme : il atteste à la face du monde, des cieux et de la terre, l'inutilité du Sang Divin et l'ignorance la plus profonde, la plus radicale, la plus complète des bases mêmes de l'Evangile. 11 atteste, surtout, que la mentalité des soi-disant chrétiens n'existe pas ...
Quand on songe. Monsieur, à l'abîme qui sépare cette
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idolâtrie d'une parole comme celle-ci : « Dieu est esprit et il faut Tadorer en esprit et en vérité, car ce sont-là les vrais adorateurs que cherche le Père », il n'y a plus qu'à se résigner à suivre les processions, où Ton promène les effigies des dieux simulacra deorum, en se mêlant au chœur pieux des fidèles qui scande les versets de Vin Exitu : « Les Goïms idolâtres nous raillent en disant : où donc est leur Dieu? — Notre Dieu à nous, est dans le ciel... les simulacres d'argent et d'or des Goïms sont œuvres de mains humaines ; ils ont une bouche et ne parlent pas, des yeux qui ne voient ni ne verront, des oreilles qui n'entendront jamais, des narines qui ne sentiront point ; des mains qui ne toucheront jamais rien, des pieds qui ne marcheront pas, des gosiers qui ne parleront jamais. Ceuœ qui les fabriquent devieyinent semblables à ces simulacres^ comme tous ceux qui ont foi en leur néant. La maison d'Israël, au contraire, ne croit et n'espère qu'en Dieu. . . à qui appartient le Ciel des cieux et qui a donné la terre aux enfants des hommes. Seigneur, ces idolâtres^ sont des morts, ils ne peuvent Te louer, car, ainsi sont tous ceux qui volontairement, se dégradent dans les choses inférieures. Mais. nous ^. qui vivons, nous savons dire bien et vrai du Seigneur^ dès à présent et pour jamais, »
Rien de plus vrai. Monsieur, que ces paroles du psaume ; oui, ces genslà sont des morts, aussi morts que la pierre et le bois dont ils font des dieux et desquels ils espèrent des grâces, et quelles grâces! C'est à la voierie et par tombereaux qu'il faudrait traîner tous ces plâtras et les traîner à coups de fouet par les impurs industriels, qui sont cachés derrière chacune de ces idoles ineptes, pour y écumer régulièrement les poches des idiots et y mettre en coupe réglée et toujours fructueuse toutes les- passions, pour lesquelles les dévots idolâtres ont toujours eu riiabitude de solliciter, à deniers comptants ou promis, la soi-disant complicité du ciel.
Mais, Monsieur, le peuple est idolâtre par nature, catholique ou non, et croyez bien que celui qui achète une décoration ne vaut pas mieux que celui qui prie saint Antoine de Padoue de lui faire retrouver dans la poche de son prochain ce qu'il n'y -a pas perdu.
La raison d'être d'Iraël, Monsieur, a été de justifier son nom qui signifie témoin de Dieu sans forme, et d'être jusqu'à la tin au milieu des Goïms la protestation vivante contre leur idolâtrie indécrottable, et c'est pourquoi la vocation d'Israël dispersé subsiste parmi nous jusqu'à la tin des temps et pour jamais.
Vous parlez ensuite^ en votre chapitre X, de la timidité intellectuelle de certains catholiques^ vous devriez dire de tous les catholiques; tout catholique, en effet, qui ose sortir de cette timidité et avoir une opinion personnelle, se met par là-même au ban du troupeau servile, dont le premier commandement est : « Tu ne penseras jamais par toi-même. »
Mais, Monsieur, comment un catholique pourrait-il penser par lui-même ? Pour penser par soi-même, il faut avoir en soi l'organe libre de la pensée. Le catholique ne peut pas plus penser par lui-même que la chinoise ne peut marcher par elle-même ; pas de pieds ici, pas de cervelle là. Et puis, pour penser par soi-même, il faut avoir une instruction que les catholiques n'ont pas et ne peuvent pas avoir. Tous les livre sont implicitement ou explicitement à l'Index, y compris l'Evangile. Un catholique n'a le droit de lire l'Evangile que dans son paroissien romain ou dans un édition soigneusement annotée, c'est-à-dire expurgée de son vrai sens chrétien. N'oubliez pas que l'Eglise, au témoignage de TertuUien et de Bossuet, affirme que l'Ecriture n'a de valeur que dans l'explication qu'elle en donne. Ce qui est vrai, dans le principe, assurément, mais désastreux dans la pratique. Ouvrez, en effet, l'Evangile au hasard, prenez-y n'importe quel texte, et
dites-moi si les gens qui se prétendent TEglise ne font pas et n'enseignent pas exactement le contraire.
Prenez, par exemple, ce passage : <r Vous n'imiterez pas les juifs orgueilleux, vous ne vous ferez appeler ni Maître ni Rabbi. N'appelez non plus personne votre Père, car vous êtes tous frères, vous n'avez qu'un Maître unique qui est le Christ et un seul Père qui est aux cieux. ». Dites-moi, ne pourrait-on pas retourner cette phrase en faveur des Juifs ? Quel est le commentaire, qui sera capable de montrer aux catholiques que cet ordre du Seigneur a été suivi dans l'Eglise? Voilà, Monsieur, pourquoi il est indispensable que les catholiques soicgfit éternellement des êtres acéphales, des êtres qui ne pensent pas et qui n'osent pas penser.
Les théologiens, cependant, conviennent que le catholique, quoiqu'il n'ait pas le droit de penser tout haut, a celui imprescriptible de penser tout bas, parce que le for intérieur est l'asile inviolable de la conscience. Et c'est, sans doute, pour cela, que Pie IX, proclamant son infaillibilité, a osé dire ces étonnantes paroles, à propos du dogme de l'Immaculée-Conception : « Si quelques-uns, ce qu'à Dieu ne plaise! ont la présomption d'avoir intérieurement un autre sentiment que celui que nous avons défini, qu'ils apprennent et sachent bien qu'ils sont condamnés par leur propre jugement, qu'ils ont fait naufrage dans la foi, qu'ils n'appartiennent plus à l'unité de l'Eglise et que, de plus, ils se soumettent par le fait même (de penser intérieurement par eux-mêmes) aux peines portées par le droity s'ils osent manifester leur sentiment intérieur par paroles, écrits, ou tel autre signe extérieur. ».
Monsieur, je suis de ceux qui croient avec David, que le Verbe a été engendré avant la lumière, d'un sein virginal, selon cette glose du Roi-Prophète faisant parler Dieu à son Fils Eternel, ainsi : Avec toi est le principe de ta force sublime, qui est la loi même des Splendeurs Saintes. Je
t'ai engendré du sein, avant Lucifer, cause efficiente delà lumière physique. Tecutn Principium indie virtutis tuœ in Splendoribus Sanctorum^ ex utero ante Luciferum genui te. Je crois donc à Tlmmaculée-Conception, c'est-à-dire à la virginité des entrailles éternelles, desquelles TEternel Dieu a engendré son Verbe, et Ta incarné de toute éternité. Mais cela. Monsieur, ce n'est pas Pie IX qui me l'a appris, c'est TEcriture Sainte dans le sens profond des deux Testaments. Je sais bien, en outre, autre chose : c'est que, sur vingt mille catholiques, il n'y en a pas deux qui en sachent autant que ctf/a ; amusez-vous à en faire l'expérience. Et je crois aussi à l'infaillibilité de l'Eglise totale, exprimée par l'organe du pape en fonction souverainpontifical. Ce à quoi je ne crois pas, c'est que personne au monde puisse avoir l'audace de m'empêcher de prendre les moyens d'en savoir plus long et plus profond que mon curé. Et c'est de la Sainte Ecriture et surtout du "Nouveau Testament que je tire cette confiance et cette lumière.
Le catholique, donc, Monsieur, ne peut pas même oser penser. Il lui manque du reste, pour cela, trois choses nécessaires : un cerveau sain, l'instruction personnelle suffisante et la liberté. Et, cependant, le Seigneur a dit : Veritas liberabit vos. Sortez de là.
Du reste. Monsieur, je relève, dans votre chapitre, certains points qui montrent que Ton ne saurait trop s'instruire, afin de modifier incessamment ses opinions personnelles. Je ne parlerai que de l'incinération^ dont vous paraissez partisan. Je crois qu'une information plus ample pourrait vous convaincre qu'en l'interdisant à ses fidèles, l'Eglise est plus sage qu'on ne croit. Je vous accorde qu'elle ne connaît pas la vraie raison et qu'elle en donne une — la résurrection des corps — fort contestable en l'espèce, mais, sans en dire davantage, permettez-moi de vous donner un avis que vous ne vous repentirez probablement pas d'avoir suivi : Ne vous faites pas incinérer;
la mort n'est pas ce que vous croyez, et les ossements de nos reliquaires ne sont pas que ce du phosphate de chaux. »>
D*où il ne suit nullement que je vous conseille d'aller les adorer.
Votre chapitre XI sur Vesprit d'égalité et d'humanité dans V Église parlerait, par son titre seul, le plus éloquent langage de Tironie. Il faut relire les imprécations du Sei^ gneur contre les Pharisiens, au jour où il vint dans le Temple, armé d'un fouet, pour en chasser les voleurs. Je ne suis pas de ceux qui croient à l'égalité, mais bien à. la hiérarchie. L'égalité est une « précieuse blague » inventée par des faiseurs qui aspirent à entrer dans la hiérarchie par le haut et à en faire dégringoler ceux qui y sont et surtout ceux qui y devraient être. Mais il y a deux sortes de hiérarchies, celle de Targent et du falbala, grâce auxquels l'être le plus nul et le plus nuisible peut écraser et écrase Têtre le plus précieux en intelligence et en utilité ; et c'est cette hiérarchie-là dont les chaises de nos églises actuelles nous offrent l'écœurant et nauséeux, comme scandaleux spectacle. On peut dire qu'auj.ourd'hui, dans nos églises, le pauvre n'est rien et qu'il n'y trouve pas même une pierre où poser son genou gratuitement.
Il y a ensuite la hiérarchie du mérite réel, de la vertu et de la science véritables. Si vous faisiez partie de l'Eglise officielle, je vous dissuaderais fort, Monsieur, de compter sur ce traîneau-là pour arriver à quelque chose.
Je gage bien que si Jésus venait voir ce qui se passe à Rome, il serait bien étonné de voir le trône du pape, là où devrait être le Saint-Sacrement, et, comme vous dites si bien, celui qui se dit le successeur du pécheur de Tibériade coiffé de la tiare étrusque des Césars-pontifes, vêtu de leurs couleurs, rouge et blanche, et en possession de la Maison d'Or de Néron. Nous devinons bien ce qu'il en penserait, ce qu'il en dirait et peut-être ce qu'il en ferait ;
TEvang^iie nous suffit pour cela, car, un de ses ordres a été celui-ci: « Vous ne régnerez pas sur les nations à la manière de leurs princes. »
Vous parlez ensuite de charité intellectuelle des catho^ ligues et vous en donnez le seul exemple convenable : rinquisition. Soyez sûr, Monsieur, que si les cléricaux redevenaient les maîtres absolus, nous reverrions les beaux jours de Torquemada. Il n*y a pas si longtemps que le soleil de Philippe II s'est couché en Espagne. Le premier de tous les dogmes du clérical, c'est Tintolérance. Votre chapitre XIII sut l'Eglise et les hommes de bonne volonté est bien court. Il eut pu être à lui seul un gros volume, dans lequel il vous eut été facile de prouver que TEglise n'accepte les bonnes volontés qu'à la condition d'en faire des momies ingénues, bien et dûment ficelées pour toujours. Elle ne fait exception que pour la bonne volonté de ses ennemis, à laquelle elle applaudit toujours des deux mains, en attendant que, pris au piège, ils passent eux-mêmes au rang des perles enfilées. Et quand je dis TEglise, c'est pour me servir de votre mot, qui est impropre, et par lequel vous désignez évidemment la clerg^ie officielle, les gens qui vous disent sérieusement que la partie est plus grande que le tout. La partie, c'est eux naturellement. L'histoire est là pour montrer ce que l'on fait des bonnes volontés dans un tel régime, où Ton professe qu'il vaut mieux servir la politique des hommes que la vérité de Dieu.
Dans votre chapitre XIV, vous traitez la question du Christianisme social vis^à-vis des Conservateurs, L'égUse officielle. Monsieur, a toujours été essentiellement conservatrice ; mais, quoique Ton puisse dire, elle progresse. Sans doute, l'histoire montre qu'à travers les siècles, depuis saint Pierre, jusqu'à nos jours, elle a toujours conservé toutes les vieilles défroques : formes judaïques, césarîsme païen, formes du culte païen, mysticisme du
moyen-âge, Humanisme de la Renaissance, formes gouvernementales diverses de l'Europe, féodalité, monarchisme ; actuellement encore, elle est la plus ferme conservatrice de la Révolution Française mise à la sauce Napoléon et autres. Soyez tranquille, elle deviendra, dans un siècle, ce que nous sommes aujourd'hui et conservera mordicus pour les gens du xxi* siècle les chemises usées de ceux du xx*. Et, chose très singulière, remarquez qu'elle excommunie tout le temps, à la fois la forme qu'elle n'a pas encore adoptée et les formes qu'elle a rejetée. De même que l'avenir est toujours pour elle une hérésie, le passé et le présent en sont toujours une aussi, de sorte qu'en tout temps elle a été et sera en lutte à la fois avec les représentants du passé, avec les précurseurs de l'avenir, et avec les gens du présent. L'Eglise n'est donc pas ennemie du progrès humain ; mais, au lieu de le précéder elle le suit, de très loin, comme Barbey d'Aurevilly suivait, en 1880, la dernière mode... de 1830. Eh! bien, je crois qu'en cela encore elle est dans son rôle ; c'est ainsi que l'Académie fait le dictionnaire, et c'est, hélas ! ainsi que la langue de Bossueta rejoint les vieilles lunes et que la langue de M. Bruant monte lentement vers l'apothéose.
Les Congrégations, d'après votre chapitre XV, doivent tous leurs maiheurà présents aux haines antisémites et antidreyfusardes des catholiques, et vous avez eu la bonne idée, une idée à succès, de mettre dans votre chapitre XVI flamberge au vent en leur faveur, avec beaucoup de lyrisme.
Loin de moi. Monsieur, d'approuver l'injustice, et les attentats publics contre la liberté, fussent-ils commis sous le manteau majestueux de la Religion ou de la Loi.
iMais, le vrai mot de l'énigme, vous le dites par la bouche interrogative de M. G. Monod : « Sommes-nous condamnés à être perpétuellement ballotés entre deux
intolérances ? et le cri de Vive la Liberté ! ne sera-t-il jamais .que le cri des oppositions persécutées, au lieu d'être la devise des majorités triomphantes?» Parfaitement, c'est ainsi que cela a toujours et sera toujours, malheureusement. En attendant que cela change, tous les normaliens ont largement le temps de refaire leurs études, un aussi grand nombre de fois que cela leur sera nécessaire, pour n'être plus des normaliens, mais des 'normaux. L'homme est ainsi fait, sa liberté est l'esclavage et la proscription des autres. Lisez l'histoire.
Vous verrez, en outre, dans l'histoire, en ce qui concerne les Congrégations, que ce n'est pas M. Combes qui a inventé leur proscription ; bien avant M. Combes, un certain Philippe le Bel aurait eu la même idée : et entre M. Philippe le Bel et M. Combes, il y a des papes qui ont proscrit également les Congrégations, exactement pour les mêmes motifs qu'aujourd'hui, comme dévorant tout autour d'elles, comme se faisant une concurence efiFrénée et ruinant complètement le clergé séculier.
Ceci se passait au moyen âge. Au commencement du XVI* siècle, sous Paul III, une commission de cardinaux s'était prononcée pour la suppression complète de tous les Ordres religieux. Paul III n'était pas éloigné d'acquiescer, lorsque Ignace de Loyola changea habilement ses idées, en lui demandant d'approuver son nouvel Ordre, la soi-disant compagnie de « Jésus » ; il s'y prit bien, et quand il eut offert au pape de mettre au service absolu de son autocratisme et de son absolutisme cette armée internationale, l'apôtre de la Maison d'Or s'écria : a Le doigt de Dieu est là ! » Il eut été absurde d'accepter un Ordre Nouveau et en même temps de supprimer tous les autres, et ainsi ceux-ci durent à celui-là leur conservation.
Mais, Monsieur, ce sont les coulisses des Congrégations, à notre époque, qu'il faut étudier; c'est leurs inelTables rapports entre elles et avec le clergé séculier ; ce sont
leurs incroyables mœurs intra muros, leurs non moins incroyables intrigues et le mécanisme compliqué et savant de leurs occupations, le tout sentant rÉvangile comme un arrivage de crevettes sent Tessence de rose. Le bon laïque ignore tout cela ; la toile de fond et les portants, bien brossés et bien éclairés, ne laissent pas soupçonner ce qui se passe dans les loges des acteurs, et la plupart des figurants même, — car il y a une imposante figuration, — ignorent même qu'ils sont sur les planches, ils croient que c'est arrivé, tout comme M. Jourdain, et on les étonnerait même beaucoup en leur affirmant qu'ils font de la prose sans le savoir.
Du reste, vous aurez le temps de voir la comédie de l'avenir, si vous n'avez pas bien vu celle du passé. Ah ! les façades ! Monsieur, c'est par derrière qu'il faut les voir, et il faut toujours se méfier des rues qui empêchent les gens de passer et des maisons qui empêchent de voir la ville.
Quant à la question de l'éducation et de l'instruction, j'avoue que je mets dans le même panier les gens qui m'enseignent que la France date de 1789, et les Loriquets qui veulent me faire croire que 1789 n'a jamais existé ; celui qui m'enseigne qu'il n'y a pas de Dieu et celui qui me représente Dieu avec une nature et des mœurs, dont un anthropophage ne voudrait pas.
Vous parlez fort à propos de Julien l'Apostat ou soidisant tel; ouvrez les Pères de TEglise, et voyez ce qu'étaient les mœurs des soi-disant chrétiens à cette époque. Malgré les belles périodes violentes à la Didon, des Grégoire et des Basile, il faut reconnaître que l'essai de Julien, dirigé contre le Christianisme, puisait beaucoup de ses motifs dans les mœurs des chrétiens, déjà très forts, très intolérants et tout aussi corrompus que les païens.
Vive la liberté et la tolérance pour tous ! voilà mon avis ; mais, Monsieur, quand donc et à qui les catholiques toutpuissants ont-ils donné cette liberté, jamais ? Et de quel
droit, alors, la réclament-ils? La loi du talion est immanente dans le monde : ce vous serez traités comme vous aurez traité les autres ; qui se sert du glaive périt par le glaive. » Voilà l'avertissement qu'avait donné Jésus à ses Disciples, parmi tant d'autres pareils et visant le même objet.
Ah ! certes, je ne plains pas ces gens-là !
Cette lettre est bien longue : je veux, cependant, y ajouter encore quelque chose.
D'abord, un mot sur votre héros, Dreyfus. Si j'étais un Anglais riche et original, je mettrais en dépôt un grand nombre de livres sterling pour être remis à l'oiseau rare, qui n'a pas pris parti pour ou contre, et je regagnerais mes livres sterling, car je suis ce rara avis. J'avoue humblement ma profonde incompétence. Ce qui me console, c'est que je ne suis pas le seul. Je suis tout à fait de Tavis du cardinal Lecot. C'est assez dire que j'estime que, dans cette affaire, l'opinion a donné au monde le plus honteux de tous les scandales, le scandale d'une nation entière transformée en arène de bêtes féroces, dans la négation de toute la justice et l'épanouissement de toute l'anarchie.
Est-il innocent? Je le plains; est-il coupable? Je me bornerai à dire, sur ma conviction éprouvée, que, dans une société en décomposition comme la nôtre, le spectacle le plus ordinaire qu'il nous soit donné de voir est celui de la mise en accusation du Monsieur qui pue par le Monsieur qui sent mauvais. J'ai vu trop de coulisses, Monsieur, je ne crois plus à la pièce; il y a longtemps que j'ai repris mon pardessus au vestiaire, et quand une ouvreuse le reverra, c'est qu'un autre m'aura succédé dans ses manches par le ministère du marchand d'habits.
La seule impression que m'aient donnée les échos de cette triste affaire est que les « gens » ne sont qu'une race de chiens enragés, qui semblent voués à s'entre-dévorer
éternellement sur tous les champs de bataille possibles et imaginables.
Mais je veux, en terminant, vous dire autre chose de beaucoup plus important, et puisse ma conclusion vous donner le désir d'approfondir les questions, dont vous me permettrez de vous dire, en toute fraternelle estime, que, comme la plupart de vos contemporains, vous voyez surtout l'apparence, la surface et le côté sentimental.
Je ne crois pas, Monsieur, qu'un chrétien puisse se recommander positivement de la Déclaration des Droits de rhomme et des Principes de 89, non plus que de la Révolution Française. Rien n'est moins chrétien que tout cela, le Dieu de la Révolution ne fut pas le Christ, mais Brutus. Aucune idée religieuse n'a présidé à la Révolution ; elle n'est pas la (ille de l'Evangile, elle vient en ligne directe du contre-Evangile, de Tanti-christianisme, du paganisme, par la Renaissance, les Humanistes et les Juristes, et, faut-il vous le dire, Monsieur, par la Papauté même du temps où le Médicis, qui fut Léon X, truffait ses bulles papales de per deos atque Komines ! sous la précieuse plume de Sadolet, aux applaudissements des secrétaires apostoliques, les Arétin, les Pogge et autres merveilleux pornographes de haut fumet et de grand style.
Le précieux M. Brunetière, la dernière colonne de l'Eglise à notre époque, après M. Coppée, comme nous l'apprennent nos ecclésiastiques lettrés et nos prélats dernier bateau, n'a pas d'autre catholicisme à nous offrir que celui de l'Humanisme, entourée savamment d'un persil, cueilli dans sa riche et arbitraire imagination de normalien et d'universitaire, bien digne des honneurs officiels d'une ingrate époque qui l'a trop méconnu en les lui refusant obstinément et trop longtemps ; mais la postérité le vengera de l'Université en vengeant le Christianisme, et des Brunetière et des Coppée, et de l'Université et de tous les gens qui, au lieu de connaître le Christia-
nisme, ont fait le rêve de l'avoir inventé, comme de ceux qui, ne le connaissant pas davantage, quoique se disant et même se croyant chrétiens, tressent autour de la tète de tels poncifs Tauréole usurpée des docteurs.
La Révolution, Monsieur, nous a rendu de grands services à tous, puisqu'elle nous a donné la liberté de penser et d'exprimer notre pensée. Mais elle nous a donné aussi celle de nous instruire; et franchement. Monsieur, je ne vois pas qu'on ait beaucoup usé de cette dernière liberté ; on a préféré user de celle de jouir du droit d'avoir des idées personnelles arbitraires, sans queue ni tète, mais sur l'oreiller desquelleson passe sa vie, comme si c'était arrivé. La Déclaration des Droits de l'Homme fut une très bonne chose, qui eut été meilleure encore, si on y eut ajouté celle des Devoirs de l'Homme. Or, Monsieur, cette double et complète déclaration existe dans une apothéose de liberté, auprès de laquelle le « grand soleil de messidor » n'est qu un fond de casserole, et elle s'appelle l'Evangile, qu ont voilé à l'envi, depuis deux mille ans, toutes les vraies tyrannies et toutes les fausses libertés.
L'esprit humain a revendiqué toutes les fausses libertés et il les a conquises : c'est bien ; Dieu aime la liberté et Dieu veut libre l'homme qu'il a fait libre. Mais la liberté n'est pas tout; au-dessus de la liberté, il y a son principe même, qui est la sagesse, c'est-à-dire la vraie science, sans laquelle il n'y a pas de véritable ordre social possible.
Le christianisme sait, en Jésus-Christ, d'où il vient et où il veut aller; la Révolution, Monsieur, ne le sait pas ; et la société, qui en est issue, le sait encore bien moins. Seuls, quelques initiés au sens profond de ces mystères que gardaient les lèvres muettes du Sphinx et les Arches d'or devant lesquelles étaient tendues les voiles que déchira l'Evangile, suivent que ce monde tout entier qui, au nom de la Nature, a nié Dieu et entraîné dans son apos-
tasie, par la voie de la tyrannie, de Fignorance et de la fausse science empirique, le sacerdoce lui-même, va à des cataclysmes gigantesques, et à sa fin annoncée par toutes les voix prophétiques.
Vous citiez, à propos de Gallilée, le verset de l'Ecriture invoqué contre ce grand homme par sa sainte Ignorance le romanisme : Terra autem in œîernum stabit, quia in œternum stat. Cela ne veut pas dire que la Terre ne tourne pas, ni sur elle-même ni autour du soleil : cela veut dire que la terre est et restera le domaine de Thomme, parce que la parole a dit ailleurs : Cœlum cœli Domino^ terrant autem dédit filiis hominum. Le ciel du Ciel est au Seigneur, mais il a fait la Terre l'héritage des enfants des hommes. La fin de ce monde, qui se désagrège de toutes parts, sera la fin d'une race d'hommes, d'un cycle humain, auxquels succédera la race d'un autre cycle, en qui sera incarnée cette âme supérieure, dont on parle tant et dont nos maîtres du scalpel croient spirituel de rire, parce qu'ils ne l'ont jamais vue sur leurs tables de dissection.
Comme au temps du déluge, le Noé de ce nouveau naufrage sera le Christ, et Tarche ne sera pas la Déclaration des Droits de l'Homme, mais TEvangile. Quand la grande intumescence du sang des peuples égorgés de leurs propres mains, au nom de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, aura baissé sur la terre submergée, cette arche s'arrêtera sur TArarat d'un monde nouveau, où vivront des hommes nouveaux, avec la (leur des hommes anciens, ceux qui auront connu, comme dit Paul, le mystère de l'Economie de Dieu dans ses œuvres et le vrai rôle sacerdotal de l'homme divin. C'est ainsi que la Religion, dans son esprit vivant et social, fera refleurir le verbe antique dans le verbe nouveau, sur les ruines des faux cultes abolis, des empires arbitraires écroulés et des démagogies englouties dans l'abîme qui les avait fait vomir.
Le sort des prophètes est de n'être jamais écoutés, mais ie sort des Jésuralems qui les tuent, est de toujours vérifier, au temps fixé, la parole qu'elles n'ont point voulu entendre, au jour où elles ont été visitées.
Dites-nous des choses qui nous plaisent, die nobis placeniiuy disent les Jérusalems à leurs prophètes et nous vous écouterons. « Vous ne pouvez pas m'entendre », disait Jésus aux pharisiens. Et moi je leur dirai : Illustres gens, qui prétendez conduire le monde, dites-moi donc un peu où vous le menez ? Au ciel, dites-vous ; mais la Parole a dit que le ciel était au Seigneur, et la Terre à l'Homme, et, Jésus a dit que « les Doux posséderont la terre ». Et, quand bien même vous conduiriez les gens au ciel, il est dit aussi : a Père, que votre Règne arrive sur la terre, selon votre volonté, comme au ciel. On demande à voir le Règne de Dieu sur la terre, comme l'ont annoncé tous le Prophètes des deux Testaments. Nous ne savons donc pas où vous nous menez, et vous ne le savez pas plus que nous. Apprenez donc votre mission, et revenez à la vérité pure et simple de l'Evangile, car il y est écrit que « le Royaume de Dieu est en vous-mêmes, dès le jour où vous le voudrez ». Si vous l'aviez voulu, si vous l'eussiez compris et pratiqué, le Règne de Dieu serait au moins en vous, tandis qu'il y est moins qu'ailleurs, où il n'est pas du tout; mais il viendra par une autre voie, et il est écrit que les publicains et les femmes de mauvaise vie seront plus aptes à le reconnaître que les docteurs de la Loi, parce que la Loi, parce que la malice de l'esprit est un aveuglement volontaire et un péché irrémissible.
Les êtres mentaux sont, parmi nous, la plus infime des minorités, surtout parmi les catholiques dit pratiquants. Le Catholicisme actuel n'est pas une religion de l'esprit, mais une véritable culture de Tâme animale, c'est-à-dire exactement le contraire de ce qu'a voulu l'esprit de la Religion et la Religion de l'esprit. Le catholique n'a aucun
moyen de pratiquer la Religion de l'esprit, parcequ'on lui impose la lettre, et quelle lettre! et qu'on lui interdit Texamen et l'étude de l'esprit. Lorsque, comme moi, on vit dans une profonde solitude, uniquement occupé à la méditation et à la contemplation des choses de l'esprit, et que, par hasard, on va dans le monde dit catholique, on se sent enseveli vivant dans les ténèbres, on étouffe comme dans l'acide carbonique, on est enfermé comme dans un ventre où Ton ne sent plus rien que la lourde chaleur de la viande humaine qui vit sans pensée.
Pourtant, dans le Clergé et dans TEpiscopat, je le sais pour l'avoir personnellement constaté, il y a quelques hommes qui ont osé étudier avec leur propre cerveau, et dont le silence triste est plus éloquent que tous les discours. Ce sont de ces hommes-là qui poussent de toutes leurs forces les laïques instruits à parler et à écrire sans crainte, et, ce faisant, ils ne sont pas seulement des hommes prudents, de cette prudence de la chair que condamnent l'Ecriture et la Parole du Maître, ils sont encore des gens qui ne soutiennent pas et trahissent ceux qu'ils excitent à jouer le rôle de sentinelles avancées et perdues de la grande cause de la mentalité chrétienne. Ces gens-là s'appellent de leur vrai nom, des chiens muets, qui ne sont même pas capables d'aboyer, canes muti^ non valentes lairare.
Heureusement, nous sommes dans un temps où la liberté de la pensée et de son expression appartient à tous. De plus en plus, les catholiques instruits en useront, et puissent-ils ne pas en abuser. Mais, ces catholiques, comme vous-même, Monsieur, ne doivent pas se faire illusion : par le fait même qu'ils pensent par eux-mêmes, ils sont et seront exclus du troupeau des gens qui ne pensent que par les autres, qui, eux-mêmes, font profession de ne pas penser. Le Catholicisme actuel se dit une religion positive, et c'est pourquoi, sans doute, il matérialise tout son culte et jusqu'à ces dogmes. Ce n'est plus
du symbolisme, c'est du plâtre et du carton pierre, dont on croit s'excuser en disant que le peuple n'est pas capable d'en comprendre davantage. Alors qu'est-ce-que Jésus- Christ est venu taire sur la terre, en annonçant la vraie Religion et le vrai culte en esprit et en vérité, et en donnant son sang pour que les peuples fussent arrachés aux ténèbres de l'idolâtrie, mère de toutes les oppressions et de toutes les servitudes? Et pourquoi saint-Jean a-t-il dit : a II y a un péché qui va à la mort : c'est celui des idoles... mes petits enfants gardez-vous des idoles. j> Et S. Paul : « Quoi qu'il y en ait beaucoup, sur la terre et dans le ciel, qui sont appelés Dieux et Seigneurs, et qu'ainsi il y ait plusieurs Dieux et Seigneurs, pour nous, nous ne reconnaissons qu'un seul Dieu, qui est le Père, duquel toutes choses tirent leur être et qui nous a faits pour lui, et il n'y a qu'un seul Seigneur, qui est Jésus-Christ, par lequel toutes choses ont été faites, et c'est par lui que nous existons. » « Mais, tous n'ont pas la science, ajoute l'Apôtre, car il y en a encore qui croient que l'idole est quelque chose. 9
Peut-être trouverez-vous, Monsieur, que je n'ai pas assez loué votre livre; je loue vos bonnes intentions et leur droiture à laquelle tout le monde rend hommage; je vous loue surtout de rester inébranlablement (idèle à l'Eglise, car, dans l'Eglise seule est la vérité et le salut, en dépit des catholiques actuels qui ignorent la vérité et tournent le dos à l'esprit du salut ; et c'est de là que viennent toutes leurs difficultés, et c'est là dedans qu'ils sombreront avec elles. Mais le Christ aura seul le dernier mot, et il sera miséricordieux pour tous, quoiqu'en disent les catholiques actuels, avec ou sans leurs difficultés. Jésus nous la dit lui-même : « Tout péché sera remis, et même le blasphème contre le Fils de l'Homme ; mais, seul le péché contre le Saint-Esprit ne sera point pardonné. »
Or, le péché contre le Saint-Esprit est l'usage conscient
de la lumière pour les œuvres des ténèbres, et le péché qui va à la mort, le péché des idoles, consiste à préférer César au Christ, à servir Targent au lieu de servir Dieu, à prendre la clef de la Science pour empêcher les autres d'y entrer, et à s'en exclure soi-même; à inventer des fables et des traditions, car c'est ainsi, dit Jésus, qu'on se perd et qu'on perd les autres, et que, courant la terre et les mers pour faire un seul prosélyte, on en fait deux fois un damné.
L'Eglise est divine, assurément, en elle-même, mais les gens qui la dirigent sont tout ce qu'il y a de plus humain. Enfermés dans les formules et les idées gouvernementales des païens, d'où rien, pas même l'appel à l'Evangile, ne peut les faire sortir, ils ne dureront que ce que durent les institutions illogiques, et ils périront, eux et leurs formules, dans le grand déluge socialiste qui se prépare et dont les eaux, ardentes du feu des passions, couvriront toute la terre avant la fin de ce siècle, si nous en croyons la fameuse prophétie de Saint Malachie et l'Apocalypse.
Comme ils ont confiance que Dieu fera des miracles pour eux, ils n'y croient pas, rien ne peut leur ouvrir les yeux, ni la philosophie de l'histoire, ni les avertissements de ceux qui savent ou de ceux qui voient, ni les leçons terribles des choses, depuis le xvi* siècle et surtout depuis la fin du xviii*; c'est le cas ou jamais de dire d eux : Quos perderc vult^ Jupiter dementat. Pour se sauver, il leur faudrait connaitre la philosophie pratique de la Religion ; or, je vous le dis, et croyez-moi, car les faits le prouvent surabondamment et lamentablement, et ne feront que le prouver de plus en plus : la Religion n'existe plus et la philosophie n'existe pas. Or, sans ces deux choses essentielles et qui n'en font qu'une, il n'y a pas de vérité dans l'esprit de l'homme, il n'y a pas de justice dans son cœur, et sa vie sociale ne peut être que Téternelle arène de la mort, pour une autre Résurrection : l'avènement du Fils de l'Homme.
Croyez, Monsieur, à toute ma sympathique estime et à mon grand désir de voir beaucoup de gens, catholiques ou non, vous suivre dans la voie large que vous leur ouvrez si noblement, si franchement et si courageusement.
Eleuthère.
L'Action (Paris), 2 mai 1905.