‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 3 sur 134 · LA FOI NOUVELLE · texte numérisé non relu

LA FOI NOUVELLE

Le Matin a consacré plusieurs articles, depuis un an et

demi, à un livre remarquable publié par un catholique de

l'école de Montalembert, M . Léon Chaîne^ qui n'a pas craint,

à Toccasion de Taffaire Dreyfus, de dire de dures vérités à

ses coreligionnaires. Lorsque Tauteur lança ce volume

sous le titre : les Catholiques français et leurs difficultés

actuelles^ il ne comptait pas sur un succès retentissant.

Il avait dépassé la cinquantaine et n'avait jamais écrit, ce

qui est d'autant plus surprenant qu'il a manifestement le

don du style et qu'il compose un livre comme s'il n'avait

fait que cela toute sa vie. Ce fut, comme il le dit lui-même,

l'indignation qui lui mit la plume à la main, il écrivit pour

« libérer sa conscience ». Mais il ne s'attendait pas à

devenir célèbre. « Je cours le risque, écrivait-il, de voir la

marée montante de mes exemplaires invendus battre les

piliers des arrière-boutiques de nos quais ». Or, à une

époque où les ouvrages sérieux ont si peu de chances de

trouver des acheteurs, celui de M. Léon Chaine en est

aujourd'hui à sa septième édition, et comme à chaque

édition lauteur, avec une grande impartialité, a joint tout

ce qu'on a dit de lui en bien ou en mal, la dernière a passé

de Tin-douze à l'in-octavo et se trouve enrichie de centaines

d'articles de journaux qui sont, dans leur diversité, comme

autant de papillons, d'abeilles ou de frelons, butinant une fleur.

Nous avions raison, quand nous prédisions à Tœuvre de M. Chaîne un avenir quasi révolutionnaire. Elle a été le point de départ d'une école, l'école dite de Lyon^ et elle constitue à l'heure qu'il est comme un drapeau autour duquel viennent se grouper les néo-catholiques épris de liberté et de lumière. M. Chaine, notons-le, est un croyant dans toute la force du terme, mais il a des idées larges, il rend justice à tous ceux de ses adversaires, fussent-ils libre-penseurs ou socialistes, en qui il reconnaît des hommes de bien, et il déclare que s'il avait une statue à élever, il l'élèverait à la « bonté ». On peut le croire sur parole, car c'est la bonté aussi que respire son livre, si pur, si honnête qu'il inspire aux spiritualistes dissidents le regret de ne pas partager ses convictions religieuses. Il est vrai que, poussant l'indulgence jusqu'au bout, l'auteur des Catholiques français et leurs difficultés actuelles considère comme plus près du Christ des hommes qui ne professent aucun culte déterminé, mais qui font le bien, qui révèrent la justice et prêchent la concorde, que des pratiquants qui, par haine sectaire, s'acharnent sur un juif innocent, nourrissent des rêves de domination et visent, dans un but de guerre, à ce que Montalembert appelait or l'alliance du corps de garde et de la sacristie ». Que de leçons de vraie charité il donne en passant, et avec quelle éloquence il démontre que l'Evangile, où tout est bonté, justice, égalité, fraternité, a été dénaturé par ceux-là même qui s'intitulent les disciples du Christ ?

Ainsi il déplaît à M. Chaine de voir, à l'église, des dames d'œuvres occuper à elles seules deux chaises et parfois trois, afin de réciter plus confortablement leurs patenôtres, alors que de pauvres femmes mal vêtues se tiennent debout derrière les piliers, cherchant à faire excuserleur présence. Il critique de même l'enterrement fastueux du riche qui,

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revanche, il a rencontré une vive sympathie dans celte partie du clergé français qui, avec Tabbé Loisy, tend à 8'affranchir de ce que certains dogmes ont de trop étroit et qui aspire à débarrasser TÉvangile des « dévotions parasitaires » et des f< cultes mercantiles i> qui ont poussé comme des champignons vénéneux sur le texte si pur du Maître. On sait notamment ce que M. Léon Chaîne pense de certaines a dévotions nouvelles ». Quelque chose de la mordante ironie de Pascal perce dans le chapitre où il les flagelle... Mais en voilà assez, sans doute, pour signaler la septième édition d'un ouvrage connu. Le reste est TalTaire de demain, car il se fait en ce moment en France, dans le domaine religieux un mouvement intense qui n'attend qu'un choc, qu'une étincelle pour se propager avec la rapidité de la foudre.

Sancho {{)

(i) Il est opportun de placer ici une lettre adressée au cardinal archevêque de Paris par le Comité catholique pour la défense du Droit, {Voir recueil publié, Paris, 1900, imprimerie de V Indépendance de VEst).

Lettre à S, E. le cardinal arckeçêque de Paris au sujet du prix des chaises dans les églises de Paris ^ le Jour delà première communion.

Paris, le i" août 1899.

« Éminence,

« Connaissant votre sollicitude pour les moindres intérêts de la religion, nous croyons devoir attirer votre attention sur une coutume qui nous paraît préjudiciable à sa cause : Télévation du prix des chaises le jour de la première communion.

« Sans doute, le décret de 1809 affranchit les fabriques de Tobligation de requérir Tapprobation de Tévêque pour les tarifs qu elles jugent opportuns. Cependant, on ne peut guère admettre que Tarticle 64 de ce décret ait soustrait les fabriques à la surveillance de Pautorité supérieure, sous laquelle ces établissements sont, dans tous les cas, placés ; si donc, il était démontré

que ces tarifs fussent excessifs, elle aurait évidemment le droit d'intervenir.

« Or, est-il bon d*augmenter le prix des places en ce jour, où, bien des pères de famille sont appelés à franchir le seuil de l'église, dont ils ont depuis longtemps souvent oublié le chemin ?

« Beaucoup se trouvent émus par la cérémonie où quelques souvenirs de leur propre enfance, et de ces heureuses dispositions la parole du prêtre peut tirer proCt pour le plus grand bien des âmes.

« Encore est-il qu'il faut que cette parole puisse venir sans entrave jusqu'à ceux qui en ont le plus besoin, et surtout que leur bonne volonté à subir une influence salutaire ne soit pas troublée par quelque ressentiment ou quelque murmure.

a C'est malheureusement ce qui arrive dans un certain nombre de paroisses, où la plupart des places ne peuvent être occupées qu'à des prix relativement élevés, i franc, i fr. 5o et plus. C'est pour les familles pauvres une trop forte dépense : les plus malheureux se voient priver d'assister à cette cérémonie, qui pourtant serait peut-être pour eux la seule fête de la vie ; et les autres, des pères et des mères, devront s'entasser dans les bascôtés toujours insuffisants, tandis que des oncles et des tantes de premiers communiants occuperont dans la nef des places de choix.

« Il n'est pas téméraire d'affirmer que plus d'un parmi ces humbles, éprouvera de celte distinction un sentiment d'envie et d'amertume qu'il reprochera aussi vivement à ceux qui font payer qu'à ceux qui payent.

« Ainsi, en ce jour qui pourrait être un jour de salut, se trouveront perdues du même coup, une occasion de retour à de meilleurs sentiments religieux, et une occasion de rapprochement social, toujours désirable.

« Nous osons espérer, Éminence, que votre amour des humbles vous disposera à accueillir favorablement notre démarche, et nous vous prions de croire que nous sommes, avec le plus profond respect. Monseigneur, de Votre Éminence, les très humbles et obéissants serviteurs. »

Western Watchman (Saint-Louis), 21 juillet 1904.

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