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M. LOUBET ET LES RÉACTIONNAIRES

Il n'est pas trop tard pour parler encore de Tinconvenante manifestation à laquelle quelques actionnaires réactionnaires se sont livrés à l'égard de M. Emile Loubet, lors de la récente assemblée générale de la Compagnie P.-L.-M.

On connait les faits : le conseil de la Compagnie avait à l'unanimité proposé la nomination de l'ancien Président de la République à une place vacante d'administrateur de la Compagnie.

Ce serait mal connaître l'envie que les réactionnaires ont de toujours se battre et le souci qu'ils prennent de ne pas rater une occasion de bien montrer qu'ils sont en minorité dans le pays, que de penser qu'ils n'aient pas tenu à aller, cette fois encore, au devant d'un retentissant échec.

Us s'appliquèrent, en effet, à transformer ce scrutin d'ordre industriel et commercial en un scrutin d'ordre

politique et il advint ce qui devait arriver; M. Emile Loubet vit son nom triompher de l'opposition et, s'il ne crut pas devoir accepter sa nomination parce qu'elle avait été discutée, il n'en fut pas moins élu à une très forte majorité.

Mais que penser des procédés de ces rétrogrades qui ne se bornèrent pas à refuser leurs voix au candidat du conseil d'administration (ce qui était leur droit absolu), mais qui se crurent permis de lancer, dans cette circonstance, l'insulte et l'outrage à la tète de l'ancien chef de l'Etat que l'immense majorité des Français vénèrent et qui s'est attiré le respect unanime de toutes les nations civilisées. Tout le monde a pu voir que ces gentilshommes nationalistes de la finance cosmopolite avaient accueilli le nom respecté de lancien président de la République par des cris de : « A bas les voleurs! A bas Panama ! »

De ces gens-là on peut encore dire: ils n'ont rien appris, rien oublié.

Et, cependant, les leçons ne leur manquent pas, il leur en vient même des hommes de leur propre parti.

N'est-ce pas un des leurs, M. Léon Chaine, qui, dans son livre, les Catholiques français, dont le retentissement dure encore, a précisément écrit ce qui suit :

La conduite tenue à l'égard de M. Loubet par tout le parti conservateur a été à la fois maladroite et coupable, tant il est vrai que pour être sûr d'être habile, il suffirait de rester juste. L'élu du Congrès de Versailles n'avait pas encore dit un mot que déjà, en face de l'Europe étonnée, il était couvert d'injures par les chefs de l'opposition qui l'affublaient du surnom odieux de Panama, comme s'ils avaient voulu faire croire que cet honnête homme dont ils connaissaient bien la probité avait pu tremper dans cette vaste escroquerie que l'on a appelée, peut être un peu trop, la plus grande escroquerie du siècle.

Le Masque.

Le Comité catholique pour la Défense du Droit ne craignit pas de protester contre l'attitude injurieuse prise par les conservateurs

à regard de M. Loubet dans les premiers temps de sa présidence.

A roccasion de la stupide agression dont le Président de la

République fut victime de la part d'un « gentilhomme » sur le

champ de course d'Auteuil, le Comité publia l'adresse suivante :

Paris, le 6 juin 1899.

« Le Comité catholique pour la Défense du Droit adresse ses hommages respectueux au Président de la République et proteste avec indignation contre l'odieuse agression dont il vient d'être l'objet ».

Il semble que les conservateurs ont, à l'avènement du Président Fallières, évité de tomber dans les fautes grossières qu'ils avaient commises lors de l'arrivée au pouvoir de son prédécesseur. Les partis de droite combattirent sa candidature comme ils en avaient le droit mais ils ne saluèrent l'élu du Congrès de Versailles que des récriminations permises aux vaincus des batailles politiques.

Quant aux républicains ils virent avec joie le nouveau président orienter dans un sens plus démocratique les usages protocolaires dont est environné la première magistrature de l'Etat, usages qu'avait déjà cherché à simplifier M. Emile Loubet et qui se ressentent encore trop de leurs origines monarchiques.

Un civil, M. Jean Lanes, devenait le Secrétaire-Général de la Présidence et au lieu d'un officier supérieur au dolman constellé d'étoiles, c'était un simple commandantqui était mis à la tête de la maison militaire à l'Elysée. Cette nouvelle organisation conforme à l'esprit qui doit régner dans tout pays civilisé et particulièrement dans un état républicain était significative, elle démontrait à tous la naturelle et légitime prédominance du pouvoir civil sur les éléments militaires, la nécessaire suprématie du Gouvernement du pays sur les soldats qui doivent le servir et le défendre.

On ne pouvait voir dans ces heureuses modifications la moindre atteinte portée à la considération dont jouit, à bon droit, l'armée, qui doit rester chère à tous puisque, dans l'état de barbarie pu se trouve encore le monde, elle est le glorieux rempart de l'indépendance de la patrie et l'un des éléments nécessaires de son existence elle-même.

Mais à cette occasion beaucoup firent un crime au Président de sa noble simplicité et de son peu d'amour pour le panacbe, ce sont les mêmes qui n'ont pas cessé de réclamer un sabre pour nous gouverner. Dans notre pays il y aura longtemps encore des grenouilles pour demander un roi.

Le Républicain du Gard (Nîmes), 24 avril 1906.

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