ROME EST POUR DREYFUS
Une correspondance particulière de Rome au Temps assure qu'au Vatican on manifeste une joie réelle de la réhabilitation du condamné de 1894 et de 1899. Dans |
l'entourage du pape, on aurait depuis longtemps eu la i
conviction de Tinnocence de Dreyfus.
Le fait n'aurait rien d'extraordinaire. Au milieu de la tourmente, les républicains trouvèrent quelques alliés parmi leurs adversaires politiques. Un Comité catholique pour la Défense du Droit fut fondé dès le début de TAfFaire par quelques catholiques partisans de la revision et ayant à leur tête des hommes comme M. Paul Viollet, de l'Institut ; Hervé de Kerohant, frère d'Edouard Hervé et rédacteur en chef du Soleil. Quincampoix, les abbés Grosjean, Pierre Vignot, Brugerette, le dominicain Maumus. D'autres prêtres eurent aussi le beau courage d'élever la voix en faveur de la justice. Un catholique bien connu, M. Léon Chaine, de Lyon, s'adressa aux prélats les plus en vue, les adjurant de prendre parti pour la révision. Il ne reçut que des réponses évasives.
Quel beau rôle pourtant TEglise avait à jouer, en puisant aux sources du christianisme l'esprit de douceur et de miséricorde et en prenant la défense non seulement d'un innocent, mais d'un juif innocent ! La passion politique l'emporta, hélas ! et l'opinion publique, faussée par toutes les légendes que Ton racontait, resta réfractaire à la vérité jusqu'au jour où apparut toute la fragilité du système d'accusation aujourd'hui effondré.
Jean de Caux.
Le Protestant (Paris), 21 juillet 1906.