‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuellesChapitre 11 sur 11 · CATHOLIQUES DREYFUSARDS · texte numérisé non relu

CATHOLIQUES DREYFUSARDS

Dès l'ouverture de la période électorale, le Comité des Droits de T Homme, fondé par M. Trarieux et autres dreyfusards de marque, a fait afficher sur les murs de Paris un manifeste interminable pour conjurer les Français de soutenir le ministère de « défense républicaine ».

Est-ce le signal d'une reprise de l'Affaire ? Est-ce seulement une manifestation nouvelle des amis de la Justice et de la Vérité, en faveur des principes révolutionnaires et maçonniques dont ils sont les défenseurs patentés ?

Nous ne tarderons pas à le savoir.

On se souvient que la Ligue des Droits de V Homme, composée surtout de huguenots et de francs-maçons, n'a pas dédaigné de s'adjoindre un sous-comité, dit catholique, dans lequel figurent, à côté de quelques universitaires, deux ou trois ecclésiastiques obscurs et un seul religieux : le R. P. Vincent Maumus, dominicain.

Ce sous-comité de la Ligue dreyfusarde va-t-il, lui aussi, entrer en campagne pour la plus grande gloire du « ministère de trahison ? »

Certains indices tendent à le prouver.

Dans son numéro du 29 mars, la Justice Sociale publiait, non sans quelque embarras, une longue lettre d'un de ses « honorables correspondants », M. Léon Chaîne, de Lyon, adressée à im « éminent prélat » dont elle ne dit point le nom.

« L'honorable corresp(Hidant » de la Justice Sociale estime avec <( l'éminent prélat » que si les catholiques souffrent dans notre pays, c'est parce qu'ils ont commis de lourdes fautes.

N'avons-nous pas à nous reprocher, dit M. Chaine, notre attitude ininteUigente et coupable dans cette trop fameuse affaire du capitaine Dreyfus qui n'est certes pas terminée? Et ne peut-on pas voir dans ce qui se passe aujourd'hui l'expiation de la conduite tenue dans cette solennelle circonstance par l'immense majorité de catholiques français ? »

Nos lecteurs se souviennent que M"*' Dreyfus-Gonzalès ne tenait pas un autre langage aux religieux qu'elle avait convoqués en son hôtel ad audendium verbum de M. Waldeck-Rousseau.

M. Léon Chaine voudrait amener (( l'éminent prélat » auquel il s'adresse à faire une déclaration de ce genre.

Il n'est jamais trop tard, écrit-il, pour reconnaître franchement les erreurs commises. Si vous êtes de ceux qui regrettent profondément l'attitude ainsi prise par la grande majorité des catholiques, et si vous pensez que le loyal aveu que l'on en ferait serait à la fois conforme à la vérité et profitable aux intérêts de la cause religieuse en notre pays, pourquoi ne le proclameriez-vous pas de votre voix si autorisée ?

Espérons, pour l'honneur de <( l'éminent prélat », qu'il fera à cette lettre la réponse qu'elle mérite.

En même temps que paraissait la lettre de M. Chaine, nous recevions le livre que le R. P. Maumus vient de publier sur la Crise religieuse et l^s leçons de Vhistoire.

On se plaignait de l'abaissement des caractères et de la pusillanimité des catholiques de ce temps. Le R. P. Maumus n'est pas du nombre de ces trembleurs. De tous les contempteurs fameux des droits de l'Eghse, il n'en est aucun qui trouve grâce devant lui. Il brave les empereurs de Constantinople, il dit son fait à Philippe le Bel et ne fléchit pas devant Louis XIV. S'il ne parle pas de Robespierre et de Napoléon, ce n'est pas qu'il redoute leur vengeance ; il a d'ailleurs plus près de lui des adversaires non moins terribles. Le militarisme, par exemple, est le grand péril du moment, sans compter ces « maladroits défenseurs de l'Eglise : Joseph de Maistre et Crétineau-Joly », qui n'ont pas su reconnaître les bienfaits de la Révolution .

On le voit, le R. P. Maumus est un dé ces disciples de Torquemada qui, selon l'expression d'Edouard Drumont, se sont mis à « bêler )> les principes de 89.

Après avoir condensé, en quelques pages, tous les empiétements des « princes chrétiens » sur les droits de l'Eglise, toutes les guerres, les pestes, les famines qui ont désolé l'Europe, de Constantinople à Londres, de Lisbonne à Varsovie, au cours de quinze siècles d'histoire, le P. Maumus conclut triomphale-

ment que nos pères ont plus souffert du gouvernement des princes que nous n'avons à souffrir de celui de M. Waldeck-Rousseau.

Un pareil procédé de discussion n'est pas digne d'un théologien, et c'est un des plus douloureux symptômes du désarroi des esprits que de voir un prêtre et im religieux dresser contre la société chrétienne un véritable réquisitoire, tel qu'on n'en avait entendu jusqu'ici que dans les loges maçonniques.

Cette partialité révoltante qui fait accepter, sans examen, à l'auteur, tout ce qui peut noircir les siècles chrétiens, lui cache, en même temps, le caractère satanique de la Révolution.

Certes, nous ne nions pas qu'il y ait eu des misères et des crimes dans l'ancienne société, surtout depuis la Renaissance (sans cela il n'y eût pas eu de Révolution), mais au lieu de voir, comme nous, dans la Révolution la conséquence, l'aggravation et le châtiment de ces misères et de ces crimes, le P. Maumus salue en elle, le « jour où le vieux peuple franc, ému de tant d'ignominie, jeta par terre cette société tombée dans l'apostasie de la vertu ».

De là sa conclusion que « les prêtres doivent pactiser avec les fils de la Révolution, sur le terrain de la liberté et de la démocratie » .

Il est humiliant pour les catholiques d'entendre un pareil langage tenu par un membre d'un grand ordre, en présence des attentats dont souffre l'Eglise et spécialement l'état religieux.

Combien différent est le langage de Léon XIII en sa récente Encyclique jubilaire !

Lui aussi fait un tableau des origines de la crise religieuse et des enseignements de Vhistoire. Ce n'est pas pour faire l'apologie de 1789.

Tandis que le P. Maumus voit dans le dogme de la souveraineté du peuple un retour au droit chrétien, Léon XIII le stigmatise en ces termes :

« Avec la faucille, l'ordre social et politique est, lui aussi, mis en danger, surtout par les doctrines nouvelles qui, assignant à la souveraineté une fausse origine, en ont corrompu par là-même la véritable idée. Car si V autorité souveraine découle formellement du consentement de la foule et non pas de Dieu, principe suprême et étemel de toute puissance, elle perd aux yeux des sujets son caractère le plus auguste et elle dégénère en une souveraineté artificielle qui a pour assiette des bases instables et changeantes comme la volonté des hommes dont on la fait dériver. »

Tandis que le P. Maumus voit dans la liberté et le droit commun la meilleure sauvegarde des droits de l'Eglise, Léon XIII qui a déjà maintes fois condamné cette erreur nous dit dans sa nouvelle Encyclique :

(( La liberté et' ses bienfaits, voilà d'abord ce que Nous avons entendu porter jusques aux nues ; en elle, on exaltait le remède souverain, un incomparable instrument de paix féconde et de prospérité . Mais les faits ont lumineusement démontré qu'elle ne possédait pas l'efficacité qu'on lui prêtait. Des conflits économiques, des luttes de classes s'allument et font éruption de tous les côtés, et Von ne voit

pas même briller Vaurore d'une vie publique où le calme régnerait. Du reste, et chacun peut le constater, telle qu'on V entend aujourd'hui, c'est-a-dire

INDISTINCTEMENT ACCORDÉE A LA VÉRITÉ ET A L'ER- REUR, AU BIEN ET AU MAL, LA LIBERTÉ N'ABOUTIT QU'A RABAISSER TOUT CE QU'IL Y A DE NOBLE, DE SAINT, DE GÉNÉREUX ET A OUVRIR PLUS LARGEMENT LA VOIE AU CRIME, AU SUICIDE ET A LA TOURBE AB- JECTE DES PASSIONS. »

Nous livrons ces lignes aux méditations du R. P. Maumus et de ses collègues de la Ligue des Droits de V Homme. Ils y verront que la fréquentation des dreyfusards n'est pas le meilleur moyen de se pénétrer de l'esprit de l'Eglise.

Charles Maignen.

Extrait de la Vérité Française du 19 avril 1902 ; UN CATHOLIQUE DREYFUSARD

Ce catholique d'une espèce rare, grâce à Dieu, nous adresse la lettre suivante :

« Lyon, le 15 avril 1902.

« Monsieur le Directeur,

« Un ecclésiastique de mes amis, abonné à votre important et honorable journal, m'a communiqué l'article du 9 avril intitulé « Catholiques dreyfusards » dans lequel j'ai l'honneur d'être attaqué en l'excellente compagnie du R. P. Maumus, dominicain que je vénère et que j'admire pour ses doctrines libérales et vraiment évangéliques.

« Vous critiquez ma lettré à un Evêque sur VattU tude\ de la grande majorité des catholiques dans l'affaire Dreyfus,

« Votre collaborateur, M. Charles Maignen, dit que la Ligue des Droits de l'Honmae composée de huguenots et de francs-maçons n'a pas dédaigné de s'adjoindre un sous-comité dit catholique, et il sousentend que j'en fais partie.

« Je n'appartenais à aucun comité.

(( Depuis la pubUcation faite dans la feuille du courageux abbé Naudet, qui comprend le droit qu'on a de ne pas penser comme lui, j'ai reçu, entre autres

marques de sympathie, de la part de membres du haut clergé, la lettre d'un vicaire général qui m'a fait connaître le Comité catholique pour la défense du Droit, fondé et présidé par l'éminent M. Paul VioUet, membre de l'Institut.

« Ce comité, qui vient de me faire l'honneur de m'admettre parmi ses membres correspondants, se réclame aussi de la déclaration des Droits de l'Homme, mais il n'en est pas moins tout à fait distinct de la Ligue avec laquelle, pour les besoins de votre polémique, vous voulez le confondre.

« Vous ne devriez pas faire fi des Paul Viollet, des abbé Pichot, et des autres membres de cette phalange héroïque qui ont démontré une fois de plus que l'on peut être catholique et libéral, avoir la foi sans rien abandonner des droits de la raison. Ils ont lutté pour l'honneur des armes, permettez-moi le militarisme de la métaphore ; on ne combat parfois que pour mériter des revanches que vous doit ensuite l'avenir.

« Vous n'avez pas voulu infliger à vos abonnés la lecture de ma lettre, mais ne me permettez-vous pas de répéter qu'à mon sens l'affaire Dreyfus semble avoir départagé, d'une part, les hommes qui aiment avant tout la vérité, la justice et le droit ; d'autre part, ceux qui obéissent surtout à des préjugés, à des antipathies ou à des sympathies traditionnelles.

<( Les plus modérés ne devraient-ils pas reconnaître, comme on me l'écrivait naguère, « que l'on « n'a pas su, assez nettement et assez tôt, distinguer

« l'aspect juridique et universel de ce cas et, sans « rien préjuger sur le fond qui relevait des tribuce naux, reconnaître au moins que les garanties du (( droit ne peuvent être violées pour personne et « qu'il n'y a pas d'intérêt supérieur à la justice. »

« Ma protestation est-elle inutile et tardive ? Non, car l'affaire n'est pas terminée et les catholiques qui pensent comme moi et qui sont plus nombreux que vous ne croyez, doivent travailler de toutes leurs forces à ce que l'opinion de leurs coreligionnaires soit mieux préparée aux expériences futures.

(( S'il est des points qui nous séparent. Monsieur le Directeur, bien d'autres doivent nous unir.

<( Comme vous, je demeure attaché d'une façon inébranlable à notre sainte religion que ne peuvent tuer ni les fautes, ni les maladresses de ses adeptes, puisque selon les promesses de son divin fondateur, elle est inunortelle.

« Comme vous, je suis cathohque convaincu et pratiquant, soumis absolument au magistère infaillible de l'Eglise et, de plus, ce qui n'est pas obligatoire, je suis soumis aux directions poUtiques de Léon XIII, ce pape nonagénaire dont la pensée toujours jeune et tendue vers les choses de l'avenir, est en si parfaite harmonie avec l'éternelle jeunesse de l'Eglise.

<( Veuillez agréer. Monsieur le Directeur, l'assurance de mes sentiments très distingués.

(( Léon Chaîne ».

M. Chaîne s'est mépris sur le sens de notre article. Nous n'avons pas l'intention d'entrer en discussion sur l'Afifaire. L'opinion des catholiques est faite, Dieu merci, depuis longtemps.

Nous avons seulement voulu prouver que les plus avancés, parmi les catholiques libéraux, suivent les révolutionnaires jusqu'au dreyfusisme inclusivement.

La nouvelle lettre de M. Léon Chaine n'est pas faite pour infirmer cette opinion .

Il suffit de cette simple observation.

p]xtrait de la Justice Sociale du 12 avril 1902 :

A PROPOS DE l'affaire

Monsieur le Directeur,

Ainsi que vous le dites, l'état d'âme de certains catholiques, très respectables d'ailleurs, à propos de V Affaire est intéressant à connaître.

La lettre que donnait la Justice Sociale dans sa « Tribune libre » contient des allégations si... inattendues que j'ai cru, un moment, utile d'en tenter la réfutation. Toutes réflexions faites, j'y renonce : nos lecteurs n'en ont pas besoin et M. Léon Chaîne garderait ses opinions, ceci soit dit sans douter de sa bonne foi.

Mais l'incident renferme une leçon dont nous pouvons tous profiter, peu ou prou.

Je n'ai pas l'honneur de connaître personnellement M. Chaîne ; mais je connais bien le type du dreyfusiste sincère, convaincu et exaspéré, type que je respecte et admire autant que je le redoute.

J'en ai précisément un dans ma famille, ce qui me navre, parce que je suis constamment sur les épines quand il se rencontre chez moi avec des antidreyfusistes. D'un accord tacite, nous ne parlons pas de l'Affaire entre nous, nous évitons même les conversations politiques.

Voici, je crois, comment il est devenu dreyfusiste.

C'est un homme très instmt, très intelligent, très épris d'art et de littérature, un apôtre de l' antialcoolisme, en un mot, un intellectuel dans le sens véritable du mot.

Il a gardé un mauvais souvenir de son court service militaire et, en généralisant quelques observations défavorables, il estime peu l'armée.

Quand la reprise de Y Affaire a éclaté, il était abonné au Figaro. Prédisposé par son antimilitarisme, il a cru tout ce que le Figaro affirmait avec l'aplomb et la violence que l'on sait. Ce n'est pourtant pas un de ces hommes qui ne savent pas penser par eux-mêmes. Il serait plutôt de ceux qui ne lisent que les joiunaux pensant conmae eux.

Quand le Figaro a cessé d'être dreyfusard, mon parent s'est réfugié dans le Temps.

Hélas ! nous sommés tous comme lui, nous n'écoutons que les feuilles qui parlent comme nous. Nous cherchons les documents qui confirment notre opinion et nous fuyons ceux qui pourraient l'ébranler.

Je connais aussi un catholique fervent, homme d'œuvres et orléaniste, donc lecteur du Soleil. Quand j 'ai tenté de lui faire accepter les abbés démocrates, qu'il a en exécration [sic), j'y ai perdu mon temps.

Dès les premiers mots, il m'a objecté les termes méprisants employés par l'abbé Gayraud à la Chambre dans la discussion sur les congrégations :

« Quelques moines et quelques religieuses ! . . . » — Où avez-vous pris cela ? — Mais, dans le compte rendu de la séance par le Soleil.

Quelques jours après, je dis : J'ai relu le compte rendu officiel : Tabbé Gayraud a défendu énergiquement les congrégations et la phrase « vous vous amusez à poursuivre des moines et des religieuses », quand on la lit avec ce qui la précède et ce qui la suit, n'a pas du tout le sens dédaigneux pour le clergé régulier que vous lui avez attribué. — Oh ! on sait que les discours parlementaires sont revus avant d'être insérés à ïOffficiel et l'abbé Gayraud a voulu effacer la mauvaise impression qu'il avait produite. Heureusement que le rédacteur du Soleil assistait à la séance et, par lui, nous savons réellement quelle a été l'attitude scandaleuse de l'abbé Gayraud à la tribune.

Voilà comment se renseigne un homme instruit et convaincu de sa bonne foi !

Quel miasme fuligineux a donc empoisonné l'atmosphère limpide où se plaisait naguère l'esprit français, avide de clarté, de vérité et de modération? Comment, tels et tels, et mon parent, et mon ami sont-ils si aveuglément exclusifs dans leurs opinions ?

Ma réponse fera peut-être sourire. Elle vaut cependant d'être méditée : c'est le poison maçonnique qui agit.

Oui, l'innocence de Dreyfus a été décrétée dans un grand convent, parce que cette thèse favorise la

guerre au cléricalisme et au militarisme. Les abbés démocrates sont odieux aux FF.*., parce qu'ils cherchent à reconciher avec la religion cathohque la république démocratique dont lesdits FF.*, prétendent s'arroger le monopole et surtout la direction exclusive.

La franc-maçonnerie attaque tout ce qui est respectable, dans le paisse comme dans le présent : monarchistes et républicains, croyants de toutes les rehgions doivent s'unir contre cet adversaire agressif et implacable.

Ils savent si bien que la ligue des honnêtes gens serait invincible, qu'ils mettent tout en œuvre pour nous diviser.

Et ils y réussissent.

Souvenez-vous de Byzance. Cessez de faire le jeu des loges, cathohques qui croyez à l'innocence de Dreyfus, et vous aussi, monarchistes fidèles, qui voyez à regret des prêtres tentés d'évangéliser Ja République.

Chassez d'abord les tyrans qui ont accaparé la France et la Répubhque pour la déchristianiser, la démilitariser et la déciviliser. Quand nous aurons reconquis notre hberté et fermé les officines de mensonges, nous pourrons y voir clair dans les questions intérieures, les traiter entre nous, et, la charité aidant, arriver, sinon à être d'accord sur tous les points, au moins à vivre en bonne intelligence.

Veuillez agréer, etc.

Marcel.

Extrait du journal Le Protestant du 26 avril 1902 :

La Vérité Française, organe ultramontain, publie dans son numéro du 20 avril une lettre écrite par M. Léon Chaine, que le journal traite de « catholique dreyfusard ». M. Chaine est, en effet, de ceux qui ont adhéré au Comité catholique pour la défense du Droit, fondé et présidé par M. Paul VioUet, membre de r Institut, comité qui se recommande de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen ; M. Léon Chaine se dit <( catholique convaincu et pratiquant, soumis absolument au magistère infaillible de l'Eglise », et cependant il fausse compagnie aux jésuites, assomptionnistes et antisémites. La Vérité Française n'ose pas le désavouer comme catholique, mais dit que c'est « grâce à Dieu, un catholique d'une espèce rare ».

Extrait de VAurore du 1®' mai 1902 :

LETTRE d'un CATHOLIQUE

Il faut rendre justice, lorsque l'occasion s'en présente, à ceux dont on ne partage pas les opinions et non les traiter de vendus. L'abbé Naudet qui, dans son journal, La Justice Sociale, défend cette thèse néfaste d'une démocratie ramenée au christianisme et d'une EgUse revivifiée par l'âme populaire ; l'abbé Naudet, qui soumet (( humblement » toutes les idées exprimées dans ladite feuille à la sanction du Saint- Siège, a parfois des franchises déconcertantes pour les catholiques.

C'est ainsi que dans sa « Tribune libre », il donne l'hospitalité à la lettre d'un correspondant lyonnais, adressée à un « éminent prélat ». Eh bien, on trouve dans cette lettre des passages à faire loucher — s'il était possible — le suave Drumont.

En voici quelques-uns :

(Suit la plus grande partie de la lettre.)

Voilà donc des catholiques qui reconnaissent que Dreyfus n'est pas un traître et que ses persécuteurs ont été de misérables faussaires. Nous aimerions savoir ce qu'en pense le révérend père Dulac ?

Ch. Malato.

L'auteur a cru pouvoir reproduire à la fin de ce volume les principales pages d'un opuscule qu'il consacra, il y a quelque dix ans, à la mémoire de M. l'abbé Chaîne, l'un des trois fondateurs du collège d'Oullins. Ces pages ont trop de liens avec les précédentes ; elles en sont, si l'on peut dire, la prémisse trop naturelle pour qu'on n'excuse pas leur réédition à cette place, comme l'antécédent logique de tout ce qui précède.

1833-1853. — C'est entre ces deux dates que se place tout le vieil OuUins.

Comme tc'est loin déjà et combien sont rares les gens que peut intéresser l'histoire de cette fondation originale et hardie qui, encouragée par les uns, vivement attaquée par les autres, eut tant de retentissement à cette époque et fut en droit de revendiquer sa part dans le grand mouvement d'idées et de faits qui devait amener la loi sur la liberté de l'enseignement e( partant line ère nouvelle pour les maisons d'é'^iication dans notre pays .

Nous avons voulu, dans ce recueil tiré à un très petit nombre d'exemplaires, remettre un peu en lumière, et faire revivre en quelque sorte pour nos ejifants, pour nos parents, pour quelques amis et pour quelques anciens camarades, la noble et douce figure de l'abbé Chaîne, l'un des trois fondateurs de cette maison.

Après sa mort, on obéit trop fidèlement peut-être à ses dernières recommandations en détruisant ses notes, ses manuscrits et sa volumineuse correspondance. Prêtre et éducateur, il avait écrit, pour les enfants, un Commentaire du Catéchisme et un Petit Traité des Sciences naturelles, mais après plus de trente ans écoulés, nous n'avons pu retrouver ni ces deux ouvrages, ni aucun des nombreux documents qui ont dû disparaître avec lui.

Toutefois, il nous a été donné de relire, dans les

journaux du temps, un article nécrologique consacré à ce défunt toujours vivant pour nous, ainsi que l'éloge funèbre prononcé lors de ses obsèques par M. Tabbé Dauphin, alors doyen de Sainte-Geneviève.

Dans ce discours, M. Dauphin, qui, depuis dix ans surtout, se trouvait au premier rang des défenseurs de la religion, qui était en perpétuel contact aveic les sommités de l'Eglise de France et entretenait un commerce littéraire avec les esprits les plus éclairés de l'époque, dit de son ancien confrère dont il traçait en termes émus l'attachant portrait :

<( Ce fut un des hommes les plus distingués que j'aie connus ».

Nous avons fait précéder la reproduction de ce distours et la courte notice biographique rééditée dans cet opuscule de quelques passages extraits des livres dans lesquels sont appréciés les choses et les hommes auxquels l'abbé Chaîne fut mêlé, ou tirés des divers écrits qui ont été publiés sur l'œuvre à laquelle il avait dévoué sa vie.

Nous n'avions pas douze ans lorsque Dieu le rappela à lui, mais nous avons conservé un souvenir inoubliable de cette figure grave et douce qui respirait autant la bonté qui attire que l'autorité qui impose la déférence et le respect .

Nous, ses neveux, nous avons passé avec lui, dans sa retraite de Mont-Thomas, la dernière année qu'il a vécu, année que, par la puissante et mystérieuse magie du souvenir et du rêve, nous avons souvent revécue depuis. Nous l'assistions comme enfants de chœur à sa messe et, malgré le long temps écoulé, nous avons toujours devant les yeux la vision de la piété angélique et de la dignité sacerdotale sous le rayonnement desquelles tout son être apparaissait comme transfiguré pendant la célébration des saints mystères.

Après notre mère, à laquelle nous devons tant, c'est lui qui, par sa parole, par son exemple, nous a inspiré un indestructible respect des choses saintes ; c'est lui qui a mis au plus profond de nos âmes et qui peut-

être y maintient ce que nous y avons de plus précieux et de meilleur, Tinaltérable empreinte du sentiment religieux et les racines mêmes d'une foi que rien ne peut ébranler

En publiant pour notre famille, afin d'y perpétuer le souvenir d'un ancêtre et d'un juste, les quelques lignes écrites autrefois sur lui, nous voulons surtout, dans un esprit de vive reconnaissance, rendre, trentetrois ans après sa mort, un pieux et tendre hommage à sa mémoire toujours vénérée

N'est-ce pas, du reste, nous conformer à cette parole de l'Ecriture qui nous est tout à la fois un ordre et un enseignement aussi bien qu'une consolation et une indéfectible espérance :

In memoria eterna erit justus.

Lyon, le 29 juin 1893.

A Oullins on donnait naturellement aux lettres le premier rang, qui leur appartient; cependant, à l'étude du français et des littératures anciennes, les programmes avaient joint résolument un enseignement scientifique plus étendu et commencé beaucoup plus tôt que ne l'admettaient à cette époque les établissements de l'Etat.

L'originalité et la nouveauté des méthodes employées au collège étaient grandes, mais à cette époque la manie stupide des examens officiels et des grades universitaires ne sévissait pas encore; les diplômes n'étaient recherchés que par les rares jeunes gens auxquels ils étaient nécessaires pour entrer dans une carrière déterminée.

Cet état de choses, conforme à une conception élevée et libérale du vrai but des études, permettait de donner à des enfants, sans les surmener, une plus large, plus solide et plus féconde instruction et de leur inspirer le goût des lettres dont le culte réserve à ses fidèles, pour certaines heures de la vie, de si douces et si délicates jouissances. Heureux temps où Fins-

tituteur n'était pas obligé de conduire par des sentiers administrativement indiqués le troupeau complet de ses élèves aux divers concours institués, et à le pousser inexorablement comme à Tabattoir du baccalauréat réglementaire !

Quant à nous, pour cette fois, laudator temporis acti, nous regrettons l'ancien régime... scolaire, sous lequel, cela est certain, on travaillait à la fois bien moins et bien mieux.

Tout l'enseignement convergeait donc vers l'idée de Dieu; mais les exercices du culte étaient ordonnés avec une sage discrétion. Les élèves jouissaient, pour l'accomplissement de leurs devoirs religieux, de toute la somme de liberté compatible avec le caractère de la maison. Ils n'assistaient réglementairement à la messe que le jeudi et le dimanche, car on s'était bien gardé de leur en faire une obligation quotidienne. Que de jeunes gens, sorti^ des établissements ecclésiastiques, abandonnent les pratiques religieuses un peu parce qu'ils en ont été saturés et ne vont plus du tout à la messe, pour avoir été contraints, pendant des années, à y assister tous les jours! Que d'enfants ainsi plies par ordre aux plus étroites, aux plus minutieuses pratiques d'une certaine dévotion qui, aux environs de la vingtième année, dès le premier tumulte des passions, ne veulent plus trouver à leur taille cette grande religion du Christ qui a satisfait le cœur et l'esprit des Newton ,des Pascal, des Thomas d'Aquin et des Michel-Ange, à laquelle iront encore jusqu'à la fin des temps les hommages et les adorations de tant d'âmes d'élite, de tant d'hommes illustres et de tant d'éclatants génies !

Ennemis, sur ce point comme sur les autres, d'une éducation servile, les directeurs d'OuUins cherchaient à éclairer leurs élèves, à exercer leur liberté pour laquelle ils marquaient un très grand respect, et ils n'auraient pas permis qu'on les menât aux sacrements comme des soldats à la parade.

Leur but était d'inspirer à la jeunesse qui leur était

confiée un sentiment religieux aussi éloigné, dans ses manifestations, des outrances dangereuses de l'ostentation que des lâches compromissions du respect humain

Le caractère tout particulier de l'Institution, joint à cette circonstance que les «collèges libres de plein exercice étaient bien rares à cette époque, faisait de l'ancien Oullins un centre intellectuel très en vue et partant fort discuté. On devait donc s'enquérir, avec curiosité, des tendances littéraires en honneur auprès des directeurs de la Maison.

Aux yeux des universitaires dont, sur bien des points, ces messieurs avaient pris le contre-pied et qui traitaient d'utopies leurs innovations généreuses en matière d'éducation, ils passaient, à tort, pour être atteints d'un romantisme excessif alors que> peu enclins, au contraire, à l'esprit de système, ils ne s'étaient pas laissés aller aux exagérations usitées, de part et d'autre, dans cette grande querelle des .classiques et des romantiques.

Sagement éclectiques, ils étaient bien éloignés de méconnaître les chefs-d'œuvre immortels laissés par l'antiquité, grecque et latine ; ils goûtaient, comme il convient, les grands auteurs français du xvii® siècle, mais ils ne se déclaraient pas moins séduits par les beautés nouvelles de la prose poétique et grandiose de Chateaubriand, par les œuvres de la brillante pléiade des écrivains qui le suivirent. Vibrant du même frisson d'enthousiasme que toute la jeunesse contemporaine, ils s'étaient sentis, comme elle, délicieusement émus et charmés par les accents si humains, si mélodieux échappés à la lyre inspirée de Lamartine, et la puissance majestueuse du génie naissant de Hugo avait forcé leur admiration.

Ces messieurs, sans partager, à rencontre des Jésuites, les préventions en cours même auprès de certains bons esprits, avaient des moyens d'éducation et de l'éducation elle-même, un autre idéal.

Ils ne partageaient pas non plus, en matière poli-

tique, les idées que l'on prêtait aux membres de cette puissante compagnie ; ils professaient hautement déjà sur les formes diverses des gouvernements, sur les devoirs des catholiques à l'égard du pouvoir civil, ce que l'on a bien reconnu depuis être les vrais principes de l'Eglise universelle, principes qu'ont naguère rappelés avec éclat pour notre pays le toast retentissant d*un grand cardinal et une encyclique si magistrale et si longtemps commentée du pape régnant.

Enfin, voulant être des éducateurs complets et partant des conducteurs d'hommes, ils avaient pris une attitude très décidée sur les questions brûlantes qui sollicitaient et divisaient les esprits à cette époque où la lutte était dans toutes les branches de l'activité intellectuelle, où la philosophie et la littérature ellesmêmes étaient militantes. Partout, ils inclinaient aux solutions inspirées par l'esprit de tolérance et l'amour sincère de la liberté.

Adversaires résolus du monopole de l'enseignement établi au profit de l'Université, ils combattaient de toutes leurs forces la doctrine jacobine et césarienne qui fait de l'enfant la propriété de l'Etat à rencontre des droits sacrés et imprescriptibles de la famille.

Nous ne donnerions pas une idée complète de l'impression produite par ces messieurs et de la situation qu'ils occupaient dans l'opinion, si nous n'ajoutions pas qu'ils furent tout d'abord suspectés de gallicanisme.

Gallicans, ils ne l'étaient pas ,mais ils demeuraient fort attachés à la vieille liturgie lyonnaise, et ce n'était pas sans un douloureux serrement de cœur qu'ils voyaient cette liturgie spéciale à leur cher diocèse disparaître peu à peu devant les envahissements de la liturgie romaine.

Le paroissien romano-lyonnais remplaçait déjà les heures lyonnaises où ils avaient lu leurs premières prières, et ils le savaient destiné à être bientôt remplacé lui-même par le paroissien purement romain,

A leurs yeux, les diverses liturgies rendues respe<;tables par le temps et de très vieux usages ne pou-

valent porter aucune atteinte à l'unité de doctrine de l'Eglise et à l'universelle soumission due à son chef.

L'amour que Ton a pour son village et pour sa province que fait-il, en effet, sinon fortifier et grandir encore l'amour que l'on ressent pour sa patrie, et n'estce pas de l'attachement au clocher que procède ordinairement le patriotisme ?

Tout en donnant au passé le tribut de regrets bien légitimes, ces hommes, attachés, il est vrai, à la tradition, mais amis de tous les progrès, ne pouvaient pas ne point comprendre qu'en ce temps de chemins de fer et de télégraphe, le clergé et les fidèles devaient être conduits par l'Êvêque des évêques siégeant à Rome autrement qu'aux temps antérieurs à l'invention de la vapeur et de l'électricité et que le vaste gouvernement de l'Eglise devait, comme les autres, profiter des découvertes modernes et devenir lui-même plus centralisateur.

Aussi dissipèrent-ils bien vite sur ce point les défiances qu'ils avaient d'abord suscitées.

Ils étaient, de plus, trop avisés pour ne pas voir que les doctrines gallicanes et leurs prétendues franchises, chères au gouvernement, ne pouvaient que favoriser l'asservissement du clergé au pouvoir royal. En somme, estimaient-ils, mieux valait exagérer (si l'on peut ainsi s'exprimer), les sentiments d'obéissance dus au souverain spirituel de la chrétienté que de trop s'abandonner en la dangereuse tutelle du pouvoir civil toujours avide d'empiétement sur les droits du sacerdoce.

Ils n'éprouvaient donc aucun goût pour les quatre fameux ajrticles arrachés, en 1682, à la faiblesse de Bossuet et à la majorité de cette assemblée d'évêques, tous grands seigneurs, et par là, trop complaisants à l'égard du Roi-Soleil, du roi très chrétien, qui fit tant de mal aux idées religieuses dans notre pays et ne voulut pas voir que les crimes commis au nom de la religion sont, comme on l'a très justement dit, des crimes commis contre elle. Ne faut-il pas se décider à voir, à la lumière éclatante des événements, que le

Grand Roi, plus que les philosophes du xviii® siècle, et autant que son successeur, prépara les horreurs de la réaction révolutionnaire et anti-chrétienne de 1793.

On sait qu'aux termes de la loi organique ajoutée par le premier Consul au Concordat sans l'assentiment de l'autre partie contractante, ces articles doivent être enseignés dans tous les séminaires français. Si on les avait enseignés aux prêtres qui fondèrent OuUins, ce devait être du bout des lèvres. Ils se souvenaient de la fière condamnation dont ils furent l'objet, postérieurement à 1682, de la nart du pieux et courageux archevêque de Cambrai.

En Russie, le Saint-Synode est, dit-on, présidé par un général de cavalerie, brave sans doute, mais probablement incompétent sur les questions dogmatiques. La patrie du Czar autocrate n'est pas la seule ou l'Etat veuille porter sa lourde et maladroite main sur les choses du domaine si délicat de la conscience.

L'abbé Chaîne était né le 7 mars 1807, jour de la fête de Saint-Thomas-d'Aquin; il avait toujours eu pour ce saint une dévotion particulière. Les trois fondateurs mirent avec joie leur œuvre sous le patronage significatif de l'illustre dominicain qui allia à un tel degré la science la plus vaste qui fût avec la foi la plus simple et la plus vive. C'est que, malgré leur attachement aux dogmes, ces messieurs n'exprimaient ni répugnance, ni anathème à l'endroit des hommes et des choses de leur temps. Sans rien sacrifier de la doctrine catholique, ils faisaient hautement profession d'aimer la sience, et leur idée maîtresse fût toujours de faire cesser le divorce impie existant alors entre elle et la foi.

Le jeune Captier, entré à OuUins dans sa dixième année, y fit toutes ses classes; à vingt ans, il professait les lettres grecques; à vingt-huit ans, après avoir passé par les fonictions de procureur (économe), il était le Tr. Rév. Père Captier, prieur de l'école. Malgré sa jeunesse, ou peut-être à cause d'elle, il exerçait

déjà une irrésistible influence sur les élèves. Sachant toute la puissance de la parole sur les hommes et sur les enfants, il multipliait sans compter ses entretiens; on l'entendait constamment dans les classes, dans les études, à la chapelle; et lui, qui devint un conférencier si éminent, eut, parait-il, des débuts assez difficiles.

Le P. Reynier nous dit que « ses discours... avaient d'abord paru ternes et froids en comparaison des accents colorés et pleins de chaleur auxquels ses prédécesseurs avaient habitué les échos d'OuUins. »

On sait quelle réputation de prédicateur s'était déjà acquise l'un surtout des trois anciens directeurs auxquels il succédait.

Au commencement de l'année 1863, il se démit de sa charge en vue de se préparer à la haute et difficile mission qu'allaient lui confier ses supérieurs. L'année suivante, en effet, il fondait à Arcueil l'école Albert-le- Grand (école aujourd'hui dirigée par le P. Didon, le plus grand xjrateur sacré que la France ait eu depuis le P. Hyacinthe, si lamentablement tombé des hauteurs de cette chaire de Notre-Dame où les plus solides esprits peuvent, paraît-il, être pris de troublants vertiges).

Le P. Captier eut tout d'abord à se mesurer avec les plus insurmontables difficultés que lui suscitèrent à l'envi les ministres de l'Intérieur, des Cultes et de l'Instruction publique. Lui et ses collaborateurs appartenant à un ordre non reconnu par le Dieu-Etat, on leur opposait déjà les fameuses lois existantes.

Le gouvernement impérial, qui feignait de croire de temps à autre au péril clérical et qui tenait alors à plaire à tous les Homais de village, ainsi qu'à quelques gros habitués du café du Commerce des chefslieux d'arrondissement, crut saisir en cette circonstance une excellente occasion de défendra la société moderne menacée, comme on dit dans le jargon courant de la politique.

Il suscita donc contre cette fondation nouvelle les plus énervantes, les plus subtiles, les plus astucieuses

tracasseries administratives qu'il put trouver dans le labyrinthe des textes vieillots régissant la matière, dans le trop riche arsenal des lois et décrets forgés depuis si longtemps contre toutes les libertés des Français.

Mais, ces divers obstacles durent céder devant Ténergie froide, l'obstination persévérante, la forte et patiente dialectique de ce jeune religieux qui sut faire reconnaître ses prérogatives de citoyen en se maintenant résolument, dans sa résistance légale, sur le terrain du droit commun.

Toutefois, rhabit dominicain demeura interdit à Arcueil, le P. Captier dut revêtir la soutane du clergé séculier en attendant du temps et des événements un changement qui ne se fit pas beaucoup attendre.

En effet, la lutte passée, l'âpre hostilité des premiers jours fit place, de la part de l'administration, à de bien meilleures dispositions.

En 1870 même, le ministre de l'Intruction publique s'honorait en appelant dans les conseils du gouvernement le Pc Captier, que le succès de son école et ses conférences publiques sur l'éducation avaient fait connaître; il n'hésita pas, en effet, à le nommer, quoique religieux, membre de la commission instituée sous la vice-présidence de M. Guizot pour préparer un projet de loi sur la liberté de l'enseignement.

On connaît la fin tragique et glorieuse du prieur d' Arcueil, massacré, le 25 mai 1871, avec ses compagnons, quelques heures avant l'entrée à Paris de Tarmée de Versailles. Il était encore bien jeune; la grandeur de l'œuvre accomplie par lui semblait le prédestiner à rendre des services plus importants encore à son pays et à l'Eglise.

Ne peut-on pas redire, devant cette mort prémata- !rée, après Plante et le vieux Ménandre, avec un de nos poètes :

Ov ot BioL (ptyo\j(riv xjitoBvio^xet vsoç

Que lorsqu'on meurt si jeune, où est aimé des dieux

s*il est permis en cette occurrence de citer ces auteurs païens.

Le P. Captier montra en toute occasion la plus respectueuse déférence à l'égard de Tabbé Chaîne, le seul des anciens directeurs resté à Oullins. C'est ainsi qu'à la chapelle il lui cédait toujours la première stalle, se plaçant lui-même à sa droite, et l'on sait toute l'importance attachée à ces questions de préséance dans les milieux ecclésiastiques, comme d'ailleurs dans tous les milieux minutieusement hiérarchisés. Mais ce qui valait mieux encore, ce qui touchait bien davantage que ces manifestations extérieures, c'était la confiante cordialité des rapports que le nouveau prieur entretenait avec son ancien maître. Que de fois ne les avonsnous pas vus tous deux allant et venant devant la jolie résidence de Mont-Thomas promener ainsi, à la façon des péripatéticiens, leurs longues et intimes causeries.

Souvent le maître et le disciple se plaisaient à prolonger ces entretiens dans l'une des galeries de la villa aux min^ces colonnades qufenserrent lete rameaux noueux et les pampres grimpants d'une verte glycine, chaque année plus vigoureuse, qui survit encore à celui qui la fit planter. De ces deux interlocuteurs, l'un, après avoir supporté déjà tout le poids du jour et creusé vaillamment son sillon, attendait, avec la résignation du sage, l'heure de s'endormir dans la paix du Seigneur; l'autre était dans toute la fraîcheur de son aurore et, ignorant de ses futures destinées, il ne pouvait penser que le soir de sa vie dût être empourpré du feu sinistre des incendies et des honneurs sanglants du martyre. Qui prévoyait alors les odieux attentats du Paris de 1871 ?

C'est sans doute en souvenir de ces excellentes relations qu'il avait conservées jusqu'à la fin avec notre oncle, que le P. Captier reporta sur les neveux de son prédécesseur une vive et bien constante affection car, même éloigné d'OuUins, il ne nous perdit jamais de vue. Il correspondait d'Arcueil avec quel-

ques-uns de ses anciens élèves qu'il appelait toujours ses chers enfants, et nous fûmes honorés de plusieurs de ses lettres que, dans l'insouciance du moment, nous n'avons pas su conserver.

La dernière fois qu'il nous écrivit, ce fut, chose bizarre, à l'occasion du plébiscite, et ici je puis bien me risquer à rappeler un souvenir personnel, puisque la confidence ne doit pas dépasser un cercle tout intime. Je fus atteint de très bonne heure de ce qu'un auteur académicien a spirituellement appelé, dans une de ses étincelantes comédies, la rougeole politique. J'étais républicain; alors que je jouais encore aux billes et que j'apprenais par l'Histoire Sainte, entre autres choses charmantes, toutes les difficultés qu'au nom de Jéhovah le grand prêtre Samuel opposa au peuple israélite qui lui demandait de .choisir un roi. A 18 ans, mon républicanisme était devenu ardent, car, trop confiant dans les objurgations éloquentes des tribuns démocrates, dans les antithèses outrées du poète des Châtiments, je haïssais avec la candeur et la férocité naturelle à mon âge l'empereur-tyran qui venait d'appeler le peuple dans ses comices. Pauvre empereur qui ne commit certainement pas, je l'ai su depuis, tous les méfaits que je supposais !

Quoi qu'il en soit, abusant cette fois de la liberté accordée, sous certaines conditions, à quelques élèves des deux dernières années, je fis une propagande effrénée auprès de deux braves électeurs, le boulanger et le menuisier de l'épole, qui finirent par me promettre de voter non. Je crus bonnement avoir acquis ces deux voix à l'opposition, ce dont je ne suis plus aussi sûr maintenant. Mais la façon dont j'avais voulu remplir avant l'heure mes devoirs civiques ne passa pas inaperçue; notre préfet de police, notre excellent censeur, veux-je-dire (le père Augustin), chargé, en somme, chez nous, du service de la sûreté, dut entretenir de ce petit événement le supérieur de la maison qui me tança d'importance et qui dans sa réprimande indignée, en arriva à me traiter d'Henri Rochefort

Je ne pouvais qu'être infiniment flatté de .cette assi-

milation avec lé célèbre pamphlétaire, mais, par prudence, je n'en fis rien voir. Peu de jours après, le P. Captier, mis au courant de mon espièglerie, ne la prit pas à distance autant au sérieux ; il m'invita seulement, dans un billet ironique et railleur, à attendre d'être électeur pour m'occuper des élections.

Depuis lors, malgré de belles illusions envolées, je n'ai pas apostasie la foi politique aue j'avais embrassée comme on l'a vu, dès un âge trop tendre, mais le temps a mis comme sa patine sur des opinions qui n'ont plus, d'ailleutrs, lie clujGirme d'opinions persécutées.

Tout en comprenant parfaitement que, sur ce point comme sur d'autres, on ait des idées absolumon'; différentes des miennes, je persiste à penser ^ue la royauté est une forme bien primitive du pouvoir, que si elle paraît naturellement indiquée pour les Gafres, les Hottentots et les autres peuplades sauvages de l'intérieur de l'Afrique, elle ne peut demeurer perpétuellement l'idéal des gouvernements pour les nations civilisées. Je ne crois même pas aux vertus de la Monarchie hybride telle que nous l'avons vue avec les d'Orléans, tempérée à la fois par des institutions parlementaires et par le jeu régulier d'insurrections aui m'ont paru à moi aussi être le plus saint des devoirs.

Il ne saurait d'ailleu3:'s, selon toute justice, être permis aux petit-fils de Philippe-Egalité d'être les héritiers de l'infortuné Louis XVI ; le drapeau royal a donc bien été enseveli avec le solitaire illuminé de Frohsdorff, dans cette tombe de Goritz, aujourd'hui lamentablement abandonnée. Et encore, faut-il le dire, celui qu'on appellera le dernier roi de France ne voulut pas régner sur notre pays; de plus, il montra dans ses dispositions testamentai/res des préaccupations bien peu françaises. On sait à qui ce prince légua le magnifique château de Chambord, monument historique à lui offert au moyen d'une souscription nationale à laquelle avaient concouru tant de patriotes, qui, eux, n'avaient pas une goutte de sang étran8:er dans les veines. N'est-ce pas le cas de le constater,

dans la longue et brillante lignée d'aïeux constituant la Maison de France,, combien peu compte-t-on de mères françaises ! C'est en effet chez les ennemis de la veille ou du lendemain que nos princes allaient chercher leurs épouses. Les mères et les femmes de nos rois étaient étrangères, leurs filles et leu,rs sœurs étaient destinées à le devenir. Les familles princières sont cosmopolites.

Depuis des siècles nous sommes habitués à nous laisser gouverner par des hommes qui n'ont eu que la peine de naître pour acquérir des droits indiscutables à leur autorité souveraine et si l'on secoue irrévérencieusement les vieux préjugés, les idées toutes faites, on peut s'étonner que de père eîn fils ils aient pu trouver, dans le berceau, la couronne avec leur biberon.

Cette institution du pouvoir héréditaire qui range les nations au rang de simples propriétés de famille paraîtra, un jour, à tous, tellement anormale, qu'on ne pourra en expliquer la longue durée que par la fatale et pesante loi de l'atavisme, loi si chère à celui que ses trop nombreux admirateurs ont proclamé le maître du roman icontemporain.

Je ne partage donc pas en matière politique ce commode septicisme qui s'accommode de tous les régimes, ni cet état d'esprit que nos athéniens du boulevard ont appelé du nom décadent, mais significatif, de jemenfoutisme ; non, je me plais toujours à espérer que ce mode rationnel du gouvernement du pays par le pays, généralement trouvé parfait en théorie, sera bientôt rendu acceptable dans la pratique.

Les catholiques sont trente-quatre millions en France; ils pourront donc, quand ils le voudront, avec ou sans le Conicordat, conquérir leur liberté dans la République et ijouir chez eux de l'indépendance qui est assurée à tous les citoyens des états libres de l'Union américaine.

La forme républicaine qui, d'ailleurs, est à son début, n'est évidemment pas une panacée universelle, mais, par son essence même, elle est perfectible et permet l'espoir de tous les progrès. Il n'y a pas à

dissimuler que nous en avons beaucoup à faire sur le terrain de la liberté religieuse, et nous ne pouvons être satisfaits de l'état de choses actuel.

Nous ne sommes pas en pays conquis et, cependant, les catholiques français, sur bien des points, ne sont pas mieux traités que les catholiques de la Pologne démembrée et asservie qui, doublement persécutée dans leurs croyances religieuses et dans la foi en leurs destinées nationales, n'en attendent pas moins, de leur indomptable espérance et de la miséricorde de Dieu, la résurrection de leur glorieuse patrie.

Chose plus triste encore à constater, les citoyens catholiques de la République française se trouvent souvent moins bien protégés dans leur propre pays que leurs coreligionnaires sujets du Grand-Turc ne le sont par les autorités ottomanes, dont les janissaires font librement circuler les pro.cessions du Saint-Sacrement dans les divers quartiers de Stamboul.

A dire le vrai, nous n'éprouvons aucun goût à voir les exercices du culte accomplis sous la garde brutale des baïonnettes. Non, ce n'est point la protection, tant de fois périlleuse> des gouvernements que nous devons désirer, c'est l'indépendance; il dépend de nous de la conquérir.

Dans la Nation, l'Eglise ne doit être ni suzeraine ni vassale, ni persécutée ni persécutrice : elle doit être libre. Elle le sera quand on le voudra avec énergie.

Dieu veuile que l'on s'abstienne, après la victoire, de criminelles représailles! Dieu veuille que l'on se souvienne que la Religion d'Etat doit avoir tôt ou tard pour conséquence l'Irréligion d'Etat.

Les conservateurs, qui ont tant de fois compromis la cause de l'Eglise en voulant en faire un instrument de leur politique, ont défendu, assez mollement, d'ailleurs (à l'exception toutefois des magistrats qui ont démissionné), les congrégations religieuses. Hé bien, Os avaient plus à faire: S'ils s'étaient inspirés exclusivement de préoccupations catholiques, ils auraient dû prendre l'offensive et attaquer résolument la congrégation civile, d'où nous vient la législation que

nous avons à renverser, tout en respectant sincèrement le Régime.

En résumé, je trouve que nous sommes trop en francmaçonnerie et pas assez en République, s'il m'est permis d'employer, en le dérangeant un peu, le mot d'un éminent archevêque, du courageux et si charitable métropolitain de Provence, prélat libéral entre tous, qui entretint des rapports particulièrement cordiaux avec les représentants du pouvoir, jusqu'au jour où, par la perception singulière des droits dits d'accroissement, l'on molesta par trop ses chères petites sœurs des pauvres et les autres ordres hospitaliers voués au soulagement dos misérables.

La plupart de ces idées ont précisément reçu, ces temps-ci, les encouragements persistants de la plus haute autorité qui soit en ce monde.

De certains points de la ville aux sept collines, le voyageur attardé peut voir, au soromet des palais apostoliques, une chambre faiblement éclairée par une lampe de travail : c'est la chambre du pape; la petite lampe prend vite aux yeux du pèlerin la proportion d'un phare gigantesque, car c'est à sa lueur que travaille le prêtre auguste chargé de dissiper les ténèbres de l'erreur et de montrer la vérité à toute la terre.

Hé bien, des hauteurs de ce Vatican, Sinaï de la loi nouvelle, de lumineux enseignements, des conseils pressants viennent de faire cesser un déplorable malentendu et de porter un coup, espérons-le, décisif, au calcul de ceux qui solidarisant dans un but intéressé avec les droits permanents de la religion, les intérêts passagers d'un parti politique voulaient tenir (profanation monstrueuse!) les destinées catholiques de notre pays rivées au cadavre récalcitrant de la monarchie.

Je professe le plus grand respect pour le culte chevaleresque rendu au passé; je ne veux pas médire de la touchante et respectueuse fidélité que gardent de très nobles esprits à des principes qui pendant des siècles

ont contribué à faire la grandeur de la France. Mais je puis bien saluer les temps nouveaux, où les doctrines de la Monarchie n'ayant même plus pour elles tous les descendants de nos grandes familles, les bourgeois, pour s'élever, ne seront plus tentés de se dire monarchistes, au sortir d'un inventaire de fin d'année satisfaisant, ou après fortune faite dans l'épicerie fine.

Il semble que l'esprit de tolérance suffirait à établir la paix religieuse.

On a quelquefois, avec raison, reproché à un certain nombre de catholiques peu de goût pour cette douce ve'rtu que, de part et d'autre, il serait bon de mettre mieux en pratique.

Les chrétiens sachant que la foi est avant tout un don de Dieu auraient surtout à plaindre et moins à blâmer leurs frères privés de sa lumière et de ses consolations souveraines; de leur côté ceux qui sincèrement ne partagent pas leurs croyances devraient tout au moins en reconnaître la bienfaisante influence et se garder d'en combattre l'heureuse diffusion dans l'intérêt supérieur de l'humanité.

Si l'erreur pouvait rester indifférente en face de la vérité, si, de par l'ordre divin, il ne devait pas y avoir lutte constante entre le principe du bien et celui du mal, il n'y aurait pas de sectaires parmil l'es incroyants, tous gardant pour eux leurs doutes, leurs décevantes négations, envieraient le doux oreiller de nos espoirs et se borneraient à voir des théories salutaires ou des chimères charmantes dans la théodicée catholique et dans la certitude que nous avons de nos destinées éternelles.

L'utilité sociale de la religion est tellement évidente qu'elle devrait lui attirer tous les respects des pouvoirs publics qui la remplaceront avec désavantage par des augmentations de gendarmerie.

Je sais bien qu'on peut être homme honnête et même vertueux sans .croire à la vie future, mais je ne le comprends pas. Il y a là évidemment un mystère laïc.

Ceci dit, il ne me reste plus qu'à m'excuser bien

sincèrement pour une si longue digression politicoreligieuse,, digression ou divagation comme on le voudra, moins étrangère cependant à Tidée générale de ce petit recueil qu'on pourrait le supposer au premier abord. Quoi qu'il en soit, j'ai mis trop de complaisance à exposer ici des théories qu'il m'est cependant permis de trouver excellentes puisqu'elles sont miennes.

Dans le discours pronon<cé au cours de cette cérémo» nie, M. Dauphin, après avoir rappelé que les premiers Dominicains enseignants allaient être, les uns des professeurs identifiés à OuUins par de longues années de collaboration, les autres d'anciens élèves ayant puisé dans le collège la vie morale et leur vocation ecclésiastique, ajoutait : <( Tous les obstacles se sont applanis, le premier pasteur de ce diocèse a bien voulu donner son assentiment à notre projet. Notre transformation en saint Dominique s'accomplit au moment où je vous parle. Nous la faisons en face même des saints autels, sous les auspices de saint Thomas

.d'Aquin et en présence de notre grande famille

.... C'est comme un contrat religieux, c'est comme une consécration solennelle dont nous avons voulu vous rendre témoins. Nous offrons devant vous à saint Dominique notre travail, nos enfants, nos personnes; et tout à l'heure, l'éminent provincial des Dominicains de France vous dira avec quelle cordiale sympathie nos offres sotat acceptées.

« Rien ne finit donc dans Saint-Thomas-d'Aquin. Tout recommence, au contraire. Notre chère maison

peut devenir le berceau d'une immense famille

Aussi, c'est le cœur rempli d'une entière confiance que nous entons notre rameau Oullinois dans la sève du trône de saint Dominique. Que Dieu daigne le bénir et il poussera comme un grand arbre où s'abriteront les générations I.... »

Le Père Lacordaire se leva à son tour pour exprimer aux directeurs d'Oullins sa profonde gratitude : en quelques paroles magnifiques, il rendit hommage à

Tesprit de la' maison, paya, au nom de tous, un juste tribut d'honneur et de reconnaissance à ses fondateurs et parla de Tère providentielle qui allait s'ouvrir pour l'ordre de Saint-Dominique, <( dont un nouveau rejeton serait désormais voué au ministère de l'enseignement.... »

Par ces quelques citations, on voit comment on a pu parler des liens étroits existant entre le primitif OuUins et la fondation du Tiers-Ordre enseignant de Saint-Dominique. Les religieux d'Oullins ont, depuis, pris la direction de l'école de Sorrèze, fondé celles d'Arcueil, d'Arcachon, de Saint-Brieuc, et établi d'autres maisons dans les deux Amériques.

Cette œuvre d'enseignement pour les Dominicains était, au surplus, une restauration plus encore qu'une nouveauté. JPendant des siècles, en effet, non seulement ils prêchèrent dans les églises, mais aussi ils enseignèrent avec éclat dans les universités; c'est par milliers que les jeunes gens de tous les pays accouraient au pied de la chaire des Albert le Grand. Le Tiers-Ordre nouveau devait donc faire revivre d'anciennes et glorieuses traditions.

Les directeurs d'Oullins mettaient déjà en pratique ce que l'on a appelé depuis les caravanes scolaires.

A l'exemple de Tœpffer avec lequel il s'est rencontré plusieurs fois en Suisse, l'abbé Chaîne faisait chaque année, aux vacances, un de ces voyages avec quelques élèves qui lui étaient confiés.

Le célèbre Genevois, dans ses Voyages en zig-zag, parle de ses rencontres avec l'abbé Dauphin et l'abbé Chaine, et il leur décerne des éloges d'autant plus Impartiaux qu'ils émanent d'un protestant convaincu.

L'une de ces rencontres eut lieu en 1843, à bord du bateau le Léman sur le lac de Genève et, à cette occasion le charmant et humoristique conteur nous montre quel était le caractère de ces excursions annuelles que dirigeait l'abbé Chaine et dont faisait quelquefois partie l'abbé Dauphin, son collègue.

« Parmi tout ce monde, écrit-il, nous remarquons

une bande de jeunes touristes à havre-sac, qui paraissent être, comme nous, au début de leur voyage. C*est un détachement de Tlnstitut d'Oullins, près de Lyon. Dans une de leurs excursions précédentes, ces jeunes gens et leurs directeurs, MM. Chaine et Dauphin, ont fait connaissance, à l'hospice du Grand- Saint-Bernard, avec quelques-unes de nos épopées annuelles, et cette circonstan»ce facilite l'amical échange de propos, de récits et de renseignements qui ne tarde pas à s'établir entre les chefs des deux caravanes. Il résulte de l'entretien que cette caravane-là, hormis /qu'elle se lance dans des excursions plus considérables que les nôtres, vit, se comporte, se tient en gaieté par des procédés de tous points identiques à ceux que nous pratiquons nous-mêmes : Grandes marches, deux repas sans plus, hôtellerie quelconque, repos gagné, appétit conquis....

« En vérité, rien ne serait plus aisé ni plus agréable sans doute que de fondre en une seule deux troupes qui se trouvent avoir une si parfaite conformité de goûts et d'habitudes; par malheur, tandis que nous tendons aux montagnes, ces messieurs se dirigent sur Rome; et, par uïi plus grand malheur encore, tandis que nous ne demanderions pas mieux que de les y suivre, la bourse commune refuse nettement de nous y accompagner. »

Dans un de ses voyages en Italie, l'abbé Chaine eut l'insigne honneur d'être reçu en audience particulière par Grégoire XVI qui lui fit, ainsi qu'à ses jeunes compagnons, le plus paternel accueil.

L'abbé Chaine fit de fréquents pèlerinages à la Ville Étemelle. Ses visites en ces lieux consacrés par la religion ,sur cette terre classique où à chaque pas le voyageur se heurte aux plus grands souvenirs de l'humanité païenne et chrétienne, ses stations sur le vieux forum et dans les saintes basiliques fournissaient toujours un ample aliment pour son cœur de prêtre, son esprit de savant et d'artiste, pour son âme toute latine.

Au sortir du Vatican, on ne voyait pas, comme nous les y avons vus depuis, les bersaglieri du roi piémon-

tais monter la garde en face de la fameuse Porté-de- Bronze, car Rome appartenait aux Romains et à tout l'Univers catholique; il est peut-être prochain l'avenir qui leur en fera, sous on ne sait quelle forme, la restitution violemment redoutée par les uns, ardemment désirée par les autres, mais prévue par tous.

Le pouvoir temporel du pape, qui n'est certes pas un élément essentiel de catholicisme, paraît être au moins pour longtemps encore une convenance supérieure et comme Tune des garanties les plus sûres de la pleine indépendance du chef de l'Eglise. Il en est de certaines lois historiques comme de celles de la nature: c'est fatalement oii, pour mieux dire, providentiellement qu'hommes et choses leur obéissent.

Quelque opinion que Uon puisse avoir sur la solution de ce grand problème de notre temps, tout esprit réfléchi n'est pas moins fortement impressionné de la pe^rsistante énergi'e appoHée dans les perpétuelles revendications de la Cour pontificale. Les cardinaux, en revêtant la pourpre, jurent de ((conserver, défendre et recouvrer les droits royaux de Saint-Pierre », les papes, en ceignant leur front de la tiare, font le serment solennel de ne jamais consentir à l'aliénation du domaine de l'Eglise. Impassibles dans leur hautaine indifférence devant le fait acompli, ils n'en paraissent point troublés, mais attendent, avec une tranquille majesté, les revanches attendues de l'histoire; et c'est toujours avec la même confiance indomptable en l'avenir qu'ils opposent à toutes les propositions, à toutes les menaces, leur invariable non possumus. Les membres de ce Sacré Collège que l'on pourrait appeler lui aussi (c une assemblée de Rois » sont bien les dignes successeurs de ces sénateurs de l'ancienne Rome que les Gaulois envahisseurs trouvaient immobiles et dédaigneux sur leurs chaises curules, ou qui, lorsque Annibal menaçait les portes de la ville, certainement à deux doigts de sa perte, n'en mettaient pas moins à l'encan le territoire même sur lequel était campé leur vainqueur.

On sait comment les coups de canon qui, à Sedan,

brisèrent pour un temps la puissance française, eurent leur douloureux retentissement, dix-sept jours après, sur la Porta Pia dont la brèche dut laisser passer les troupes de ce prince que Taveugle politique extérieure du second empire venait de faire roi d'Italie.

Plaise à Dieu que les restitutions sur lesquelles compte toujours la France soient aussi et bientôt le prélude de celles attendues par la Papauté !

(Juin 1893).

Le collège d'Oullins, qui était déjà célèbre avant que le Père Lacordaire fut venu Tenvelopper comme d'un rayon de sa gloire, jouit d'une très grande renommée surtout dans l'Est et le Sud-Est de notre pays, aussi la presse régionale accueillit-elle avec faveur le petit recueil publié à la mémoire de l'abbé Chaîne, l'un des trois fondateurs de cette maison, recueil qui n'était cependant destiné qu'aux amis et aux anciens élèves de l'établissement .

Voici les journaux qui lui consacrèrent des articles bibliographiques :

Le Salut Public du 13 août 1893 .

UExpress de Lyon du 25 août 1893 .

Le Nouvelliste de Lyon du 21 septembre 1893.

La Semaine religieuse de.Lyon du 29 décembre 1893.

La Semaine religieuse de Lyon du 26 janvier 1894.

La Semaine religieuse d'Aix du 4 mars 1894.

Le Soleil du Midi du 24 février 1894.

Nous donnons ci-après un extrait de l'article dont notre opuscule fut honoré de la part de M. Henri Thiers, rédacteur en chef du Salut Public, de ce Salut PubliCj doyenne de nos feuilles politiques locales, qui est considéré à juste titre comme un vieil ami dans la plupart des familles lyonnaises :

l'abbé chaîne et le COLLEGE d'oULLINS

Voici une notice très intéressante, non seulement pour les personnes qui aiment tout ce qui se rapporte aux intitutions lyonnaises, mais encore à un point de vue plus général pour les esprits justement soucieux de concilier le mouvement des idées avec le maintien des principes religieux sans lesquels il n'est pas de progrès véritable. #

Ce n'est point seulement de notre temps que datent les entreprises contre la religion. A l'époque de Lamennais et de Lacordaire, des hommes de foi et de science

se préoccupaient avec une légitime inquiétude de ce que Favenir réservait à notre pays si Tabîme se creusait de' plus en plus entre ces deux directions de Tesprit humain: celle qui va vers Dieu et celle qui s'en éloigne s dus prétexte de rationalisme et de science.

L'aJûhé Dauphin écrivait à Fun de ses condisciples du grand Séminaire, l'abbé Chaîne, (( jeune prêtre au cœur ardent et généreux », dit M. Eugène Beluze :

« Lorsque je considère notre pauvre société telle que rimpiété Ta faite, dévergondée, égoïste, dissolue, haletante pour les jouissances matérielles et froide à toute idée religieuse, je me dis en moi-même. Il est vraiment impossible d'entamer cette masse corrompue par des moyens ordinaires. Prêchez et on ne vous écoutera pas. Ecrivez ; si vous le faites avec une logique brûlante tcomme M. de Lamennais^ on dira peut-être: c< C'est une puissance », si vous le faites avec un cœur d'ange comme M. de Montalembert, avec un cœur navré des maux de la foi, quelques amis pleureront sans doute, mais l'opinion publique rira de votre sentimentalité religieuse. Que faire donc, après qu'on a prié, puisque la prière est le premier, le plus efficace moyen de succès ? Nous l'avons dit souvent ensemble, cher ami, il faut reprendre la société par la base. Il faut, avec l'aide de Dieu, faire une génération neuve qu'on pénétrera de foi et de science, une génération intelligente et religieuse qui deviendra «comme un centre d'attraction capable d'amener à soi peu à peu la société tout entière. Ceci sera long sans doute, et ne pourra être que l'œuvre du temps et d'efforts puissamment aidés du bon Dieu; mais pourquoi n'essayerionsnous pas nous-mêiiies, pour notre part, de résoudre ce grand problème? Tu m'as dit souvent que tu aimerais à te lie'r à une société d'amis consacrée à l'enseignement. Eh bien, mon cher Pierre, mettons-nous, sans, retard, à la besogne ».

L'abbé Chaîne demanda quelques jours pour réfléchir et, finalement donna son adhésion : l'école Saint- Thomas-d'Aquin était fondée.

Ce fait, au point de vue local, a sans doute son

importance, surtout «i Ton considère la prospérité que cette école acquit et les résultats qu'elle a donnés. Mais ce n'est pas sous cet aspect seulement qu'il faut apprécier l'œuvre de ces deux prêtres animés du zèle de la foi. Ce qu'ils ont fait à Lyon, c'était en effet ce qu'il fallait faire partout à l'époque où ils vivaient. Ils ont donc été les initiateurs d'une sorte d'apostolat auquel on ne songeait pas et qui a porté d'heureux fruits.

Mais si, maintenant, nous rapprochons les besoins moraux et religieux dans la France d'il y a cinquante ans des conditions de la foi et des mœurs à l'heure où nous vivons, nous estimerons encore plus haut ces missionnaires de l'intelligen^ce qui sentaient la nécessité de porter la foi non plus .chez les peuples sauvages mais chez les raffinés de la civilisation que l'orgueil ramène à la barbarie.

Ces émules de Lacordaire sont au courant de tout le travail intellectuel. L'abbé Dauphin écrit à l'abbé Chaîne : ((Toi qui aimes l'histoire naturelle, ne manque pas de lire VOiseiau, le nouvel ouvrage de ce malheureux Michelet. Cette fois, cette espèce de fou sublime m'a saisi et ému d'une vive jouissance. Ce n'est ni de la science ni de la politique, mais c'est très souvent de la poésie originale et enthousiaste. Il y a une préface de sa femme qui est un morceau- délicieux.

« Hier, j'ai dîné en compagnie de Lamartine, de Laprade, d'Autran, de l'aimable et spirituel Armand de Pontmartin et d'autres encore. C'était, tu le vois, un vrai dîner de poètes. Lamartine a toujours une noble figure et, avac une familiarité de bon ffoût, des airs de roi détrôné. Ce pauvre grand homme plie sous le poids de ses dettes. Si tu peux t'abonner à son Cours de Littérature, rends-lui ce service : c'est une aumône au génie indigent... Combien il serait triste que notre plus grand poète mourût dans la misère I »

L'abbé Chaîne est mort en décembre 1860. Cfci peut dire de lui et de ses collaborateurs qu'ils travaillèrent les premiers à conquérir la liberté de l'enseignement et furent ainsi les précurseurs des de Falloux, des Montalembert, des Dupanloup.

Il y a une pensée touchante dans la façon dont les neveux de l'abbé Chaîne ont réuni les éléments de cette brochure en souvenir de leur parent

tous ces éléments savamment classés, imprimés en beaux caractères, avec une rare correction et un luxe de bon goût, mettent en lumière l'importance de l'œuvre accomplie et la douce physionomie de l'abbé Chaine.

Henri Thiers.

POST-SCRTPTUM,

Ce collège d'Oullins de tout temps fut loin de constituer un foyer de réaction. Sur la liste de l'association amicale des anciens camarades figurent M. Edouard Aynard qui a été l'un des premiers élèves de l'abbé Dauphin et de l'abbé Chaîne, le vicomte Melchior de Vogue qui, avant d'être membre de l'Académie française, avait fait partie de la petite Académie oullinoise dirigée par le Père Captier, alors prieur ae l'Jtsicoie.

Que d'autres personnalités illustres, notables ou obscuies, appartenant aux diverses fractions du parti libéral sont sorties d'Oullins ou des autres écoles dominicaines ! Nos maîtres, inspirés par le culte sincère de la liberté, amis de leur temps et de leur pays, n'essayaient pas ae laire de nous <( des émigrés à l'intérieur )), bien au contraire.

C'est -ce que pourraient démontrer des études faites d'après la meaioae expérimentale, four ne citer que des camarades de ma classe qui ont des occupations ou remplissent aes îoncuons publiques ou presque publiques et aont les opinions sont par conséquent fort connues dans les villes où ils demeurent, je pourrais sans hésiter mettre en avant ici les noms de quelquesun de ceux qui sortirent avec moi de l'École Saint- Thomas d'Aquin, en 1870, à l'expiration de notre année de philosophie.

Louis Fournier, l'érudit lyonnais que ses patients et remarquables travaux ont fait connaître en France et à l'étranger (il écrivit en collaboration avec le comte de Charpin-Feugerolles les Florentins à Lyon et

en Pologrve, ouvrage d'un grand mérite qui associa sa jeune renommée à ce^le plus ancienne de. Tex-député de la Loire au corps législatif) ; Joseph Blachier, magistrat d'un loyalisme indiscutable qui remplit avec distinction les délicates fonctions de juge d'instruction dans le ressort de la Cour de Nîmes ; Paul Anprlès et André Cuilleron, tous deux avoués au Tribunal civil de Lyon, fort estimés pour leur caractère ei pour leur talent dans notre ville où leur esprit de tolérance est de plus fort connu ; Ferdinand Frécon, avocat à Lyon, que se sont disputé le Palais de Jutsice et les richesses de nos bibliothèques ; Albert Bourdin, avocat à Bourg, qui partage son temps entre le culte des belles-lettres et la défense des intérêts de la veuve et de l'orphelin ; Félix de Corcelles, inscrit au même barreau et qui, il faut l'avouer, s'égara quelque temp^, malgré son éducation libérale, dans l'administration préfectorale du 16 mai et du 24 mai, mais qui, grâce aux bons principes antérieurement reçus, a dû se repentir depuis de ce péché de jeunesse ; Michel Maicel, l'éloquent et brillant avocat oui plaide pour les justiciables aevant la Cour d'Aix-en-Provence, euc.... Je prends la liberté de parler seulement de ceux-là, parce que, à raison de la carrière qu'ils ont embrassée, ils donnent le droit au public de se préoccuper ue leurs convictions politiques. Parmi eux, plusieurs ont donné des gages sérieux à l'opinion libérale, aucun ne s'est montré réactionnaire et hostile aux principes du droit moderne.

(Décembre 1902.)

Index des noms cités.

Ampère, 280.

André (général), 27.

Andrieux (Louis), 237, 238,

239, 240, 242 Augagneur (D'), 174.

Augustin (Père), 385 Aurore (V), 28, 373.

Auvard, 222.

Aynard, 129, 234, 279, 355,

Ballanche, 280.

Barbier (Auguste), 33.

Battandier (Mgr Albert),

Bazaillas, 282.

Beasconfleld, 73.

Beeqker-Stove (M"»«), 187.

Bélanger (Père), 267, 293

Bérard, 275.

Bérenger, 216. 234, 355.

Bernard (Claude), 280 Berryer, 253.

Bert (Paul), 235.

Berthoulat, 314.

Billaz, 202, 262, 263, 282 Bismarck 73, 83

Blonde! (Maurice), 282 Boissarie (D'). 334.

Bonnefon (Jean de), 185.

Bourgeois (Léon\ 34 Bourget (Paul). 282.

Brazza (de), 31.

Bréal (Michel), 226, 230, 234.

Brette (Armand), 222.

Brigueil (Président Louis),

Broglie (Duc de), 220.

Brugerette (abbé), 7, 109,

Brunetière, 188, 189, 191,

Bugeaud (d'Isly), 222.

Bureau (Paul), 222.

Camus fMgr Le), 162.

Captier (Père), 38, 381, 383,

Camot, 244.

Cassagnac (Paul de), 38.

Cahiers de la quinzaine,

Casimir^Périer, 219.

Chaine (abbé), 379.

Challemel-Lacour, 235, 236.

Chambord (comte de) 96,

Charles X. 128, 223.

Chateaubriand, 188, 263.

Chauvin (J.), 222.

Chauvin (père), 202.

Chevreau (M*"«), 178.

Chavannes (de), 31.

Clemenceau, 8. 232, 234.

Cochin (Denys), 315.

Combes, 221.

Comédie Politiqu'e (La) y

Comte (Auguste), 153.

Coppée. 321, 322.

Cornély, 9.

Coubé (père), 35, 36, 37.

Couillé (cardinal), 344.

Crétineau-Joly, 362.

Cuvier, 73.

Dabry (abbé Pierre), 208.

Daudet (Alphonse), 313.

Dauphin (abbé), 380, 396.

Darwin, 162.

Decazes (duc), 220.

Deherme, 233, 234.

Démange, 9.

Didon (Père), 301, 304, 387.

Dimier, 282.

Disraeli, 73.

Doumic, 282.

Dreyfus-Gonzalès (M™«), 65

Dreyfus, 2 4, 8, 28 93, 118.

Drumont (Edouard), 38, 79,

Dubois (D^-), 344.

Dubois DesauUe, 25.

Ducarre, 239. Ducros, 219.

Dumay, 115.

Dupanloup (Mgr), 139, 180,

Éclair (U), 186, 226.

Edouard VII, 30.

Estournélles (d') (de Constant), 34.

Express de Lyon (L*), 32,^-

Fabre (Joseph), 272.

Fabreguette (Le Premier

Président), 248.

Faguet (Emile), 266, 281.

Falloux (de), 276, 358.

Faure (Maurice), 129.

Faure (Félix), 62, 64.

Faure (Sébastien), 121.

Ferry (Jules), 236 242.

Figaro (Ze), 371.

Flotard, 239.

Foâ (Edgard), 31.

Fonsegrive, 189, 197, 260,

Forbes (Père), 37.

France (Anatole), 121, 314,

Frémont (abbé), 7.

Gaffre (Père), 301, 303.

Galliffet (eénéral de), 327.

Gambetta, 73.

Garnier (abbé), 220.

Gaulois (Le), 9, 313.

Gazette de France (La) 28.

Gayraud (abbé), 216.

Gebhart, 282.

Genève (Journal de) y 187.

Genthon, 240.

Gibbons (cardinal), 186.

Goblet (René), 227, 228, 229, 230. 321.

Goetzen (Adolphe ds), 31 Gohier (Urbain), 121.

Gouthe-Soulard (Mgr), 115.

Goyau (Georges)» 282.

Granges (des), 282.

Gratry (Père), 139, 202. 265.

Grégoire XVI, 393.

Gribelin, 117.

Gros Jean (abbé), 175, 222.

Guillaume I, 244.

Guillaume II, 243, 245.

Guillermain, 247.

Guizot, 383.

Havet (Louis). 45.

Heine (Henri), 212.

Heinrich, 281. Hervé (Georges), 232, 234.

Hervé de Kérohan, 222.

Hiacynthe (Père), 387.

Houtin (abbé), 175.

Hugo (Victor), 19, 262.

Hulst (Mgr d'), 162, 175, 197,

HautrRhin (Le), 1.

Intransigeant (L'), 38, 338. | Ireland ^gr), 18e,

Jaurès, 8, 212, 335, 336.

Jay (Pierre), 126, 339.

Joly, 148.

Jorraud, 222.

Journal (Le), 186.

Jovrn'al des Débats (Le),

Justice Sociale (La), 1. 6

Kant, 316.

Klein (abbé), 186.

Kérallain (René dç), 222.

Labori, 9, 320, 329, 330.

Lacordaire, 123, 124, 126,

Lacroix (Sigismond), 225.

Lamartine, 53, 170, 383.

Lamy (Etienne), 292.

Lanessan (de), 61.

Lapparent (de), 282.

Lassalle^Ferdinand), 73.

Lasserre, 332.

Laurier (sir Wilfrid) 246.

Lavigerie f cardinal), 258.

Lazare CBernard), 8, 229

Leblond, 239.

Lecot (cardinal), 2, 3, 4.

Lemaître (Jules), 267, 321.

Lehman fabbé), 86.

Lemire fabbé), 216.

Léon XIII. 90, 94, 187, 218,

Lépine, 242.

Lerolle, 322. Leroy-Beau Lieu (Anatole) ,

Leiroy-Dupré, 222.

Liebkneeht, 213.

Libre Parole (La), 22^, 347.

Loisy (abbé), 175.

Loubet (Emile), 291, 292.

Louis-Philippe. 39, 128, 219,

Lournel (baron de), 222.

Lucien-Brun, 239.

Luzzati, 74.

Lyon Républicain, 323.

Magnaud (Le président),

Maignen (Charles), 365,

Maistre (de), 17, 18,362.

Malato (Ch.), 375.

Manning (Cardinal), 60.

Maret (Henri). 233, 2:Vi. 239.

Martinet (abbé), 222.

Marx (Karl), 213.

Maumus (Père), 15, 17, 101,

Mayol de Luppé, 39.

Meignan (cardinal), 175.

Meyer (Arthur), 9, -314.

Mercier (général), 25 ,146,

Millevoye (le premier Président), 248.

Millevoye (Jacques), 249.

Monaco (Prince de) 8.

Monod (Gabriel), 220, 230, 232, 234.

Montalembert, 35 113 714, 125, 268, 358, 402.

Mun (comte Albert de), 253,

Nadailiac (marquis

Napoléon !«', 110 Napoléon III, 220.

National (Le),' 1.

de).

Naudet (abbé), 20S, 211,

Newmann (cardinale 162. Nouvelliste de Lyon (Le),

Observateur Français (L'),

Ollé-Laprune, 281.

Osservatore romano (L').

Oustry, 248.

Oreglia (cardinal), 187.

Ozanam, 281.

Paty de Clam (du), 117.

Péguy (Charles), 232. 234.

I Perraud (cardinal), 149.

I Petit Journal (Le), 341.

Petit National (Le), 1* Pichot (abbé), 7, 8, 163,

Picquart (colonel), 9, 326.

Pie VII, 111.

Pinard, 239, 240.

Pinta (Camille), 222.

Piou (Jacques), 315.

Play (Le), 290.

PoUonais, 314.

Ponet (Adolphe), 239.

Protestant (Le), 372.

Pressenssé (de), 50. 60.

Progrès de Lyon (Le). 26,

Propagateur de la dévotion

à Saint-Jose.phf (Le), 150, Proudhon, 213.

Quinzaine (Là), 189, 198, | Quincampoix, 8, 222. 223, 282. I

Ravignan (de), 265.

Rampolla (cardinal), 218.

Régnard, 88.

Reinach (Joseph), 8, 88.

Reinach (Salomon), 325.

Renan, 121, 203, 277.

Renault-Morlière, 229.

Revue des Deux-Mondes,

(La), 188, 198.

Réveil Républicain (Le),

Revue Idéaliste, (La), 1, 53^

Reynier (Père\ 387.

Richard f cardinal), 305.

Ribot, 246.

Rifaux (D'), 197.

Roche (Jules), 229, 234.

Rochefort, 337. 385.

Rollet, 222.

Roux (Hugues Le), 117.

Ruel (Edouard), 281.

Russacq, 7. 222.

Sabatier (Paul), 325.

Salut Public (Le), 225, 226,

Saint- René Taillandier,

Sanguier (Marc), 153.

Sarrien, 275.

Sanvert (abbé), 257, 258^

Schaelcher, 187.

Secchi (Père), 170. v Semaine Catholique de

Sainl'Flour (La), 151.

Semaine religieuse d'Aix,

(La), 401.

Semaine religieuse de Lyon

(La), 401.

Sienkiewicz, 185.

Sertillanges (Père), 131.

Sifflet (abbé), 214.

Signal (Le), 1.

Sillon (Le), 131, Ifi?.

Simon (Jules) .242.

Soleil (Le), 371.

Soleil du' Midi (Le), 401.

Soir (Le), 1.

Sonis (général de), 25.

Soult (maréchal), 116.

Spalding (Mgr), 186.

Spuller, 235.

I Stoecker, 83.

Talion, 239.

Taxil (Léo), 82, 118.

Temps (Le), 226, 371

Thévenet, 59.

Thiers, 238, 274, 275, 276,

Thiers (Henri), 231, 401.

Thureau-Dangin, 322.

Tisseur (Clair), 280.

Tolstoï, 18.

Tœpffer, 397.

Trarieux, 319. 320, 360.

Touchet (Mgr), 130.

Tridon, 88.

Trolliet (Emile), 53, 54, 260,

Trouillot, 274, 275.

Univers Israélite [L\) i. \

Vandal, 282.

Vaughan (cardinal), 190.

Vaughan (Ernest), 330.

Vérité Française (La). 1,

Veuillot (Louis), 126 Victoria, 30.

Vigne d'Octon, 21, 25.

Viollet (Paul), 5, 6, 146, 177, 222, 223, 234 247,367, 374.

Viollet (Edouard), 222, 246.

Vogue (vicomte Melchior de), 404.

Waldeck - Rousseau, 119 | Wilson, 241.

289,314,361. | Windthorst. 83.

Zola, 8, 330, 331, 332. 333, 334, 336.

Table des matières.

Avant-propos 1

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