‹ Les catholiques libérauxChapitre 9 sur 52 · LES · texte numérisé non relu

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Importance de lu rcli;{ion au point ilc vdc politique ; son ràlc social. — Décudcncc religieuse, décadence riioraie, décadence politique. — Difficulté d'etalilir !a liberté sans le sentiment reli;[ieux ; dilficulle particulière aux pays où la religion semble en hostilité avec les institutions libres. — Impossibilité d'éluder ou de supprimer le problème. — Les catholiques libéraux lui ont cherché la solution la plus simple.

Une des choses les plus pénibles qui puissent assouibiir la vie d'un enfant, c'est le spectacle quotidien des discordes d'un père et d'une mère qui tous deux lui semblent dignes de son affection et que des divergences d'idées ou de goûts, pour lui incompréhensibles, mettent devant lui, et souvent à cause de lui, aux prises l'un avec l'autre. L'enfant s'en attriste, et, pour peu qu'il ait le cœur bien placé, il s'interdit de chercher

lequel a raison, il se défend de faire un choix entre eux, il refuse de prendre parti pour l'un contre l'autre. En entourant sa mère de ses caresses, l'adolescent ne se permet pas de condamner son père. Il cherche à se persuader qu'entre eux il n'y a que des malentendus passagers, qu'ils sont trop bons et trop nobles tous deux pour ne pas se comprendre et s'accorder un jour, et cette entente, il travaille timidement à la provoquer, il s'ingénie en secret à la rendre plus aisée, il se promet, en grandissant, d'en être le témoin et l'auteur.

Telle a été, souvent à leur insu, l'histoire de certains esj)rits de notre temps. Beaucoup ont, dès leur adolescence, souffert des dissentiments de la foi qui avait souri à leur berceau et du siècle dont ils avaient hérité les ardeurs et les ambitions. En face de cette sorte de divorce moral dont tant de jeunes âmes ont ressenti les amertumes, la plupart, après des luttes plus ou moins longues et plus ou moins cruelles, se sont résignés à faire un choix : les uns ensevelissant dans leurs pieux souvenirs, comme une morte aimée, la sereine foi de leur enfance ; les autres étouffant en eux, comme des démons maliaisauts, les austères aspirations de la science et de la liberté.

Ce choix si souvenl décliirant, quelques-uns, les plus heureux à coup sûr, le repoussenl, n'en ayant |)as le dur courajje ou n'en reconnaissant pas l'odieuse nécessité. Ils ne veulent point séparer dans leur affection la mère de leurs ànies, la tendre et noble mère dont les leçons ont façonné leur cœur aux fortes et délicates vertus, et le père altier de leur intelligence, l'esprit moderne qui leur a inculqué le viril amour de la liberté et du j)rojjrès. Au lieu d'opter entre eux, ils se font un devoir de les rapprocher ; ils cherchent à les convaincre qu'ils ne se combattent que parce qu'ils se méconnaissent.

Ainsi ont fait, nous semble-t-il, dès la première moitié du siècle, les catliolicjues dits libéraux '. Enfants soumis de l'Eglise et fils de la 1' rance contemj)oraine, ils n'ont pas consenti à les isoler dans leur cœur. Se refusant à croire que l'amour de l'une exclût le respect et l'afTection de l'autre,

' Le lecteur remarquera que, dans loul le cours de celle étude, nous nous sommes interdit l'expression, fréqutmment employée par d'autres, de catliolirisine libéral. C'est (|u'à nos yeux, c'est là un terme à tout le moins impropre, qui a le tort de prêter à l'équivoque. Wnsi que nous le rappellerons plus loin, il n'y eut jamais là, en effet, de catholicisme d'un genre particulier. Jusque chez les plus tiardis d'entre eux, le libéralisme de ces catholiques libéraux est toujours demeuré d'ordre politique, entièrement étranger à la sphère religieuse.

ils ont entrepris de mettre fin à une lutte dont les sociétés modernes ne leur semblaient pas moins souffrir que les jeunes âmes, lis ont tenté de les réconcilier, de leur prouver qu'elles pouvaient, qu'elles devaient même s'aimer et s'entendre ; ils n'ont voulu se laisser décourager par aucune rebuffade. C'était là assurément une tâche qui n'avait rien de bas ni de banal, dont le succès, quelque illusoire qu'il put sembler, était presque aussi désirable pour l'esprit que pour le cœur; et ceux qui, dans leur jeunesse, ont conçu cette haute ambition pouvaient, à travers toutes leurs déconvenues, se vanter d'avoir servi les vrais intérêts des deux causes qu'ils prétendaient rapprocher.

Pour tout homme pénétré des difficultés politiques et sociales de notre temps, il est oiseux de démontrer l'importance d'une pareille entreprise. Le christianisme , sous sa forme la plus ancienne, l'Eglise qui compte encore le plus de croyants , sont-ils ou non compatibles avec la liberté et la société nouvelle ? C'est là sans conteste une grande question , l'une des grosses questions de notre âge qui en compte tant , et bicoque, des deux parts, l'esprit d'intolérance se flatte de l'avoir tranchée à son profit, il est aisé de prévoir qu'elle agitera non moins le ving-

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tième siècle que le dix-neuvième. Durant des gcnéralions encore, elle sera bruyamment remuée par les passions p()lili(p]es ou religieuses, qui, en raison même de leur parti pris, sont incapables de la résoudre.

Est-ce, ainsi qu'affectent de le dire des esprits prévenus ou aveugles, la religion, l'Eglise catlioliquequi seule y est intéressée? Xullement, c'est, à un degré au moins égal, la vie politique des j)euples modernes, les libertés civiles, l'ordre social tout entier. Si la religion, en soulevant contre elle les aspirations fies peuples, risque d'amoindrir d'année en année sou ascendant sur les sociétés civilisées, une nation, un régime, un gouvernement ne s'exposent pas à de moindres périls eu tournant contre eux, avec les habitudes et les traditions religieuses, les besoins les plus inq)érieux de l'àme humaine, il n'est permis à personne de mettre aux prises impunément les plus nobles instincts de notre nature.

Selon un préjugé en vogue parmi nos contemporains, comme ])armi leurs ancêtres du dixhuitième siècle, c'est là, nous le savons, une opinion surannée. On va repétant que la force des religions est épuisée et leur sève tarie. On s'imagine que l'humanité, enfin affranchie des superstitions de sa longue enfance, est arrivée

au terme de sa phase religieuse, qu'elle est désormais entrée dans l'âge scientifique ou positif. On se persuade que, tout comme le poêle banni de la République de Platon, le christianisme, sorte de divine épopée de Fadoiescence de notre civilisation, doit être à son tour reconduit en dehors des sociétés devenues adultes, et Dieu lui-même expulsé de la cité humaine avec ou sans « remercîmenls pour ses services provisoires « . Vues superficielles d'aveugles savants, ignorants de la nature humaine ! \aïvcs et téméraires rêveries d'hommes oublieux de l'histoire et de l'impérissable vitalité des religions qui jamais ne sont mortes qu'en revivant sous d'autres formes !

Les philosophes du dix-huitième siècle ont cru le catholicisme, le christianisme même, expirant, et voici que, sur la fin du siècle suivant, le catholicisme se montre plus vivant, j)lus agissant, plus puissant qu'à la veille de la Révolution. Aguerri par les luttes passées, retrempé dans les épreuves qui l'ont toujours fortifié et tonifié, il est tout équipé pour les combats du siècle qui vient.

En certains pays, il est vrai, en France notamment, les masses populaires semblent en train de lui échapper; mais, par contre, il a, sous nos yeux, restauré son empire sur les classes

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élevées, celles mêmes qui naguère paraissaient l'avoir secoué à jamais. En outre, ce qu'il j)er(l en surface, il le regagne en profondeur, par l'intensité de la foi, par la ferveur du zèle qu'il souffle à ses adeptes.

Bien présomptueux ceux qui entonnent d'avance ses funérailles sur les bords de la fosse qu'ils se vantent de lui creuser! Si malade, si débile qu'elle leur paraisse, la religion, dont ils annoncent la fin, n'est pas morte, et le semblerait-elle, qu'il est des morts qui ressuscitent. Mais supposons, avec eux, le chrislianisme vieilli atteint d'un mal incurable. Imaginous-le s'éteignant, devant nous, au sourd murmure des prières de femmes et d'enfants, agenouillés autour de sa couche funèbre et s'efforçant en vain de le ranimer. Quand nous aurions assisté à son dernier soupir et que, j)our l'ensevelir, il n'eût eu que la main profane des poètes, épris des mythes du passé, quel serait l'héritier de ce mort? Qui viendrait occuper sa place vide? Qui régnerait sur sa tombe? Seraient-ce bien, comme l'espèrent de naïfs penseurs, la civilisation, la science, la liberté, débarrassées d'une concurrence importune et d'un rival gênant?

On nous permettra d'en douter.

Et en effet, pour envisager la question dans

toute son étendue, un peuple, une société peuvent-ils, du faîte à la base, dans la variété des couches étagées qui les composent, se passer impunément de toute foi religieuse? et, s'ils parviennent à s'en dépouiller, si, ce que le monde civilisé n'a encore jamais vu à aucune époque de l'histoire, ils mettent entièrement de côté la religion, s'ils bannissent de l'éducation des générations futures Dieu, l'àme, les espérances immortelles, et toutes les fortes croyances que la plupart des hommes ne se transmettent que sous l'enveloppe traditionnelle des dogmes religieux, qui profitera de cette nouvelle évolution des sociétés civilisées, de cette sorte de désenchantement de l'humanité? Sera-ce la liberté ou sera-ce le despotisme? L'incertitude en pareille matière suffirait à troubler les hommes avant tout préoccupés de l'avenir des sociétés contemporaines.

Une chose à nos yeux incontestable, c'est que, si telle ou telle forme religieuse, si le catholicisme notamment, paraît opposer dos obstacles à l'établissement de la hberlé, les doctrines qui s'en disputent la succession, celles qui semblent du moins avoir le plus de chances d'en recueillir l'héritage parmi les foules, le matérialisme, l'athéisme, le naturalisme épicurien, plus ou

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moins déguisés sous le voile du posilivisiiie, opposent des obstacles non moindres, sinon à l'établissement de la liberté, du moins à la solidité et à la durée des institutions libres.

Les politiques ou les pbiiosopbes (pii se plaisent à faire ressortir ce qu'ils appellent l'incompatibilité du catholicisme et des libertés modernes oublient, pour la plupart, qu'entre la liberté et les systèmes dont la grossière simplicité sourit le plus au vulgaire, entre la liberté et le matérialisme, ou le déterminisme, il y a logiquement une incompatibilité autrenKMil manifeste. Comment, en effet, comprendre la liberté sans le sentiment du droit, et ce dernier sans le sentiment du devoir? ou, en d'autres termes, que deviennent le droit, le devoir, la liberté sans le libre arbitre? Il y a là une contradiction formelle, une antinomie que l'inconséquence humaine peut ne pas toujours apercevoir, mais à laquelle l'inconséquence seule peut échapper.

Tout matérialisme, tout athéisme, tout déterminisme aboutit au fatalisme, et ce dernier, pour peu qu'il soit logique, n'a que faire de la liberté et du libéralisme. Comment défendre la liberté politique quand on supprime la liberté morale? Philosophe, historien, homme d'État, tout fataliste incline, malgré lui, à confondre le droit avec

la puissance, ou à mesurer l'un sur l'autre ; tout matérialiste tend à substituer le culte de la force au culte du droit, par suite, à justifier, soit en théorie, soit en fait, le despotisme, qui n'est que la souveraineté de la force ' .

Ce sont là des vérités aussi vieilles que la philosophie et la politique; mais, pour être devenues banales, elles ne s'en niiposent pas moins aux méditations des hommes qui ne craignent pas de regarder les choses en face. p]n dehors des croyances que l'humanité s'est pieusement léguées d'âge en âge, l'établissement de la liberté demeurera toujours singulièrement laborieux, son règne manifestement précaire.

Il y en a deux raisons, qui se confondent ou se complètent, l'une intellectuelle et pour ainsi dire philosophique, nous venons de l'indiquer; — l'autre morale, pratique, d'une importance au moins égale ; c'est qu'à la décadence du sentiment religieux correspond d'ordinaire la décadence des mœurs, et qu'un peuple sans mœurs, un peuple sans vertu, comme eut dit Montesquieu, est bien près de perdre la liberté

Est-ce tout encore? Nullement. Le scepticisme

' C'est ce qu'a récemment rappelé un savant israélite, M. Adolphe Franck, professeur de droit naturel au Colléyc de France. Voyez le Journal des Débats du V janvier 18S5.

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gouailleur et rirréli;jion «jrossière qui s'infillimt dans les sociétés, n'airceteiit pas seulement les mœurs publiques et privées, en allérautla notion du droit et du devoir, ils compromettent, d'une manière plus directe encore , la société et la liberté, en ébranlant la paix et la stabilité sociales.

Jusqu'ici, eu eflet, la religion, ou mieux le sentiment religieux, a, comme son nom Tiiidique, été le grand lien des sociétés humaines, la meilleure garantie de Tordre et du repos des Etats. C'est lui qui a, durant des siècles, aidé les peuples à supporter les inégalités inhérentes à la nature et à la civilisation, Lne l'ois l'espoir en une vie meilleure disparu et l'œil de l'homme borné aux horizons terrestres, une fois le ciel voilé aux yeux des masses et Dieu évanoui des âmes, la terre, avec les jouissances présentes et les biens matériels, devient le but unique de l'existence humaine, et chacun en réclame sa part. Le vague paradis qu'elle n'entrevoit plus par delà l'éther étoile, l'humanité soulïraute, l'humanité incapable d'abdiquer les vastes espérances, est invinciblement portée à le chercher en ce bas monde, autour d'elle et en elle-même. Abandonnant ses vieux rêves de cité céleste, elle place son idéal de bonheur, de justice, d'égalité

sur le sol qu'elle foule. Heureuse descente du ciel en terre, dira-t-on ; heureuse substitution des réalités vivantes aux mystiques chimères ! Quoi de plus désirable, pour son progrès, que de voir l'humanité ramener ses ambitions idéales des splières inaccessibles à l'humble planète qu'elle habite?

Hélas ! si l'individu a le droit et la société le devoir de poursuivre partout sur ce globe obscur le bien, le mieux, la perfection même, quand notre main y semble pouvoir atteindre; si, en dehors de quelque ascète attardé, nul ne saurait regretter que les radieuses perspectives de l'immortalité ne fassent pas perdre à l'homme le souci du progrès de ce monde, il n'est pas bon j)Our un peuple, il n'est pas bon pour l'individu à l'existence éphémère, d'enlermer toutes ses espérances dans l'étroit cercle des jouissances terrestres, car alors il exige trop de la terre, de la vie, de la société, et, pour leur arracher sa part de bonheur, il est trop souvent porté à leur faire violence. Ce qui de loin semblait uniquement un principe de progrès peut ainsi devenir une cause nouvelle de perturbation et d'inquiétude, un ferment de guerre et de désordre, un principe de décej)tion et de colère. Pour que les prétentions superbes de Fidéalisme humanitaire pussent

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se donner carrière, il faudrait qu'il fût possible à rhoniine de satisfaire en ce monde sublunaire son besoin de perfection, de bonheur, de justice, et comme, malgré toute sa science et en dépit de toutes ses concpiétes, il ne le pourra jamais, les générations scepticpies, en se leurrant de ce rêve, se coiulaument n une agitation sans lin, à des luttes cruelles et à d'irritantes désillusions.

Nous n'exagérons point. Le peuj)Ie qui n'attend plus rien du ciel tombe presque fatalement dans une sorte de millénarisme cpii, pour faire ii du surnaturel, j)our être réaliste et matériel, n'en est ni moins naïf, ni moins chiméri(pie, ni moins décevant. l,a .léru.^^alem divine, la cité d'or aux murailles de jasj)e et aux portes de perles, que d'autres espéraient voir descendre des nuées, il j)rétend la fonder sur la terre par la multiplication indélinie et l'égale répartition des biens de ce monde. Hanté de ce rêve qui répond à la fois aux instincts les plus nobles et auxapj)étits les plus bas de la nature humaine, il j)oursuit follement le vain mirage d'une félicité terrestre également accessible à tous , et , comme il ne peut ni l'atteindre ni l'abandonner, il s'emploie avec une sorte de ferveur religieuse à la réalisation de sa chimère, s'en prenant avec un zèle fanatique à tout ce qui lui parait y faire obstacle,

État, gouvernement, famille, propriété, décidé à tout renverser pour y parvenir.

Ce millénarisme, le plus dangereux qu'ait encore connu l'humanité, c'est ce qu'on est convenu d'aj)peler le socialisme. Pour évangile il a la révolution érigée en dogme ; pour méthode il a l'anarchie et la destruction, car avant de bâtir la société nouvelle, il faut commencer par raser l'ancienne. Le socialisme, ou d'iine manière plus générale, l'esprit révolutionnaire, dans ce qu'il a de j)his âpre, de plus outré, de j)lus utopiste, de plus sectaire, est ainsi le fils de l'incroyance religieuse. Le vide que laisse chez les masses po])ulaires la disparition de la religion et de la notion du divin, c'est lui qui le remplit. Faut-il chercher lequel est le plus sur pour l'Etat, j)Our la société, pour la liberté?

Et cependant, il est malaisé de s'aveugler à ce sujet. Les hommes qui travaillent à déchristianiser le peuple le forment à la révolution et le dressent au socialisme. Le libéralisme , assez inconséquent pour s'attaquer au principe religieux, ])répare sa propre ruine au profit de son plus redoutable adversaire, le radicalisme socialiste. Entre le socialisme et la religion, entre les convoitises révolutionnaires et les espérances d'ûutre-tombe , il n'y a, pour des millions de

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créatures humaines, pas de milieu. Il leur faut la terre ou le ciel, les joies de ce monde ou les consolations de l'autre. Aussi y a-t-il entre les (|uestions religieuses et les questions sociales une corrélation qui éclate aux yrnx les moins ouverts; et cette connexité deviendra plus visible à chaque génération.

Si, aujourd'hui déjà, les sophismes des socialistes sont siprotondéuient enracinés chez les classes ouvrières de l'Europe, c'est en grande |)artie qu'elles ont pt'rdu toute loi religieuse. Kruslrécs du ciel et des espérances supraterrestres, elles poursuivent l'unique comj)ensation qu'elles puissent découvrir. Le socialisme révolutionnaire a pris chez elles la place de la religion, et plus s'affaiblit l'enqjire de cette dernière, plus cet héritier importun prend d'ascendant. 11 n'y a j)as à se le dissimuler, c'est là un fait d'expérience non moins qu'une vérité d'induction. Le sentiment religieux disparu, l'ordre social n'a vis-àvis des appétits déchaînés d'autre garantie que la force. Les luttes de classes deviennent latales, et dans de pareilles luttes, lorsque la civilisation, lorsque la fortune et la vie sont en jeu , quel est le sort de la liberté? Comment garderaitelle tout son prix et saurait-elle se faire respecter? Tout Etat, dit Rivarol, est un vaisseau

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dont les ancres sont au ciel. Cela est avant tout vrai de la société; que ses ancres d'en haut soient rompues, et la voilà ballottée sur le flot des convoitises, qui va à la dérive au vent des passions.

« Il laut, disait un des plus sagaces observateurs de notre siècle, il faut qu'un peuple croie ou qu'il serve. :" L'alternative, ainsi formulée par Tocqueville, a beau sembler trop rigoureuse, l'expérience et la méditation ne fournissent que trop d'arguments en faveur de ce terrible dilemme. Quelque opinion qu'on ait de la religion et de telle ou telle forme religieuse, la liberté stable et ordonnée sera toujours j)Ius malaisée là oîi le respect du droit d'autrui et le respect de l'autorité sociale, où le sentiment de la justice et le sentiment du devoir n'auront pas au fond de l'âme d'invisibles racines dans le sentiment religieux. Frêle et vacillante sera partout la liberté qui ne repose pas sur la plus solide des notions morales, la responsabilité de la conscience en face de Dieu.

Remontez le cours sinueux de l'histoire jusqu'aux sources lointaines des sociétés civilisées, la décadence morale a partout entraîné la décadence politique, avec la chute de la liberté, et partout jusqu'ici l'affaiblissement du sentiment religieux, le scepticisme, Talhéisme, ré])icu-

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